La Revue de Paris, 15 janvier 1854, p. 329-336 (article signé E. Reyer).

Revue musicale.

Théâtre-Lyrique : ÉlisabethElisabeth ou la fille du proscritElisabeth ou La Fille du proscrit, opéra en trois actes sur un livret de Léon Brunswick et Adolphe de Leuven mis en musique par Gaetano Donizetti et créé au Théâtre-Lyrique le 31 décembre 1853.Lire la suite…, opéra en trois actes, paroles de MM. de LeuvenLeuven, Adolphe deAdolphe de Leuven (Paris, 1800 – Paris, 14 avril 1884), auteur dramatique, librettiste. Fils d’un des trois conspirateurs de l’assassinat du roi de Suède, Gustave III, il est né en 1800 et prit comme nom de plume celui de sa grand-mère maternelle. Il était un grand ami d’Alexandre Dumas pèrLire la suite… et Brunswick, musique de Donizetti, mise en ordre par M. FontanaFontana, UranioUranio Fontana (Isco, ? novembre 1815 – Maisons-Lafitte, 20 mars 1881), compositeur et professeur de chant. Élève de Donizetti dont il arrangea en 1853 Elisabeth ou la fille du proscrit pour le Théâtre-Lyrique. Il avait étudié la musique au Conservatoire de Milan avec Francesco Basili entre Lire la suite…, son élève. Rentrée de Mlle DuezDuez, Zoé-AdolphineZoé-Adolphine Duez (Lille, 28 mars 1830 – ?), soprano. Elle étudia au Conservatoire de Paris et obtint un 1er prix de chant en 1848 et second prix d’opéra en 1849. Elle fut engagée au Théâtre-Lyrique en 1851 et crée le rôle de Zora dans La Perle du Brésil. En 1852 elle fut engagée à lLire la suite… dans Le Barbier de SévilleBarbier de Séville, LeIl Barbiere di Siviglia (Le Barbier de Séville), opera buffa en 2 actes sur un livret de Cesare Sterbini, d’après Beaumarchais, mis en musique par Gioachino Rossini créé au Teatro Argentina à Rome le 20 février 1816. L’œuvre fut donnée à Paris pour la première fois au Théâtre-ItalienLire la suite…. — Opéra-Comique : Les Papillotes de M. BenoistPapillottes de M. Benoist, LesLes Papillotes de M. Benoist, opéra-comique en un acte sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré mis en musique par Henri Reber et créé à l’Opéra-Comique le 28 décembre 1853.Lire la suite…, un acte, par MM. Michel CarréCarré, Michel-FlorentinMichel-Florentin Carré (Besançon, 21 octobre 1822 – Paris, 28 juin 1872), auteur dramatique, librettiste. Il écrivit de nombreux drames, comédies, vaudevilles et livrets principalement en collaboration avec Jules Barbier dont Galathée (Massé), Les Noces de Jeannette (Massé), Les Papillotes Lire la suite… et Jules BarbierBarbier, Paul-JulesPaul-Jules Barbier (Paris, 8 mars 1825 – Paris, 16 janvier 1901), librettiste. Il débuta à la Comédie-Française à l’âge de dix-huit ans avec un intermède : L’Ombre de Molière et un drame : Un Poète. De 1849 à 1872 ,il écrivit en collaboration avec Michel Carré des drames, des comédiLire la suite…, musique de M. Henri Reber. Début de Mlle BoulartBoulart, SophieSophie-Ferdinande-Dorothée Boulart (Montmartre, 3 avril 1836 – Asnières, 14 juin 1889), soprano. Élève de Mme Cinti-Damoreau au Conservatoire de Paris, elle obtint un 1er prix de chant et d’opéra-comique en 1853. Elle débuta en 1853 à l’Opéra-Comique dans Les Noces de Jeannette (MasLire la suite… dans Les Noces de JeannetteNoces de Jeannette, LesLes Noces de Jeannette, opéra-comique en un acte sur un livret de Michel Carré et Jules Barbier, mis en musique par Victor Massé, créé à l’Opéra-Comique le 4 février 1853.Lire la suite…. — Première séance de la Société des Concerts du Conservatoire. — Salle Herz : Concert de Mlle ClaussSzarvady, WilhelmineWilhelmine Szarvady née Clauss (Prague, 12 décembre 1832 – Paris, 1er septembre 1907), pianiste. Elle fit une tournée en Allemagne où son talent fut remarqué par Liszt et Moscheles et débuta à Paris le 25 février 1851 dans un concert dirigé par Berlioz. Elle perfectionna son éducation aLire la suite…. — Nouvelles diverses.


Tout le monde connaît le roman de Mme CottinCottin, Marie SophieMarie-Sophie Cottin, née Ristaud [Risteau] (Tonneins près de Clairac/ Lot-et-Garonne, 22 mars 1770 – Paris, 25 août 1807), écrivain. Elle est l’auteur de nombreux romans dont Claire d’Albe (1799), Malvina (1801), Mathilde (1805) et Élisabeth ou les Exilés de Sibérie (1806).Source: Lire la suite…, auquel les auteurs d’ElisabethElisabeth ou la fille du proscritElisabeth ou La Fille du proscrit, opéra en trois actes sur un livret de Léon Brunswick et Adolphe de Leuven mis en musique par Gaetano Donizetti et créé au Théâtre-Lyrique le 31 décembre 1853.Lire la suite… ont emprunté le sujet de leur poëme ; mais comme ce roman fameux peut avoir eu le sort de tant d’autres bonnes choses, et qu’en dépit de son immense succès il a peut-être été oublié, il n’est pas inutile d’en rappeler l’intrigue en quelques lignes :

Le comte Owinski, victime d’une fausse dénonciation, a été exilé en Sibérie ; Élisabeth, sa fille, l’a accompagné dans son exil, et depuis ce moment une pensée la tourmente et la préoccupe sans cesse ; elle veut aller se jeter aux pieds du czar et lui demander la grâce de son père ; elle connaît tous les obstacles que doit rencontrer la réalisation d’un tel projet : mais ni les neuf cents lieues qu’elle aura à franchir à travers des plaines de neige, ni la fatigue, ni la faim, ni les périls de la route, ne sauraient arrêter la courageuse jeune fille. Michel, le fils de la nourrice d’Élisabeth, arrive sur ces entrefaites, porteur de dépêches adressées au gouverneur de la Sibérie ; Élisabeth le met dans la confidence de son projet, qu’il essaye de combattre par tous les moyens possibles ; mais, comprenant bientôt qu’il est inutile de chercher à vaincre l’obstination de sa sœur de lait, il lui promet de partir avec elle et de lui servir de guide. Élisabeth profite du sommeil de son père pour s’éloigner, et l’espérance d’arracher le comte Owinski aux rigueurs de l’exil la soutiendra dans cette longue pérégrination, qui lui paraît moins dangereuse maintenant que le ciel lui a envoyé un frère et un protecteur.

Au second acte, nous sommes au pont du torrent, étroit passage formé par deux troncs de sapin suspendus au-dessus de l’abîme ; adossée aux pieds des rochers est une misérable cabane qui sert d’habitation au colonel Iwan, le dénonciateur du comte Owinski, exilé comme lui, mais non plus pour un crime imaginaire. Élisabeth, qu’une tempête de neige a séparée de son compagnon, vient tomber épuisée à la porte de la cabane. À peine revenue à elle-même, elle pousse un cri en reconnaissant dans l’homme qui la soutient dans ses bras ce colonel Iwan dont elle a si souvent flétri l’odieuse conduite. Mais Iwan est assez puni de sa lâcheté, et Élisabeth, touchée de son repentir, accepte l’hospitalité et les soins qu’il lui offre. Michel arrive bientôt après ; il a perdu les traces de sa compagne, et il vient demander à Iwan de le guider et d’aller avec lui à la recherche de la jeune fille ; il apprend alors qu’Élisabeth est retrouvée et qu’elle est en sûreté dans la cabane de l’exilé. Les deux jeunes gens peuvent maintenant continuer leur voyage ; mais le sergent Ourzak, préposé à la garde d’Iwan, survient avec son escouade de cosaques, tous gens à l’air farouche, à la barbe hérissée et barbouillée de chandelle ; il a aperçu Élisabeth, et, poussé par une brutale convoitise, il conçoit le dessein de s’en emparer. Ourzack [Ourzak] prévient alors Michel qu’il ait à changer de route et à se diriger sur Odessa au lieu de partir pour Saint-Pétersbourg. Tel est l’ordre que le gouverneur l’a chargé de lui transmettre. Michel donne dans le piège ; cependant au moment de s’éloigner il hésite à abandonner sa sœur ; Ourzak lui rappelle quels châtiments terribles l’attendent s’il désobéit au gouverneur, et, pressé par Élisabeth, il part. À peine Michel a-t-il disparu derrière les rochers, que le farouche Ourzak, ne craignant plus d’autre défenseur pour Élisabeth que le bras débile du vieil Iwan, se précipite sur la jeune fille et ordonne à ses soldats de l’emmener. Iwan saute sur sa carabine, mais il est aussitôt désarmé, et Élisabeth, se souvenant alors de la croix grecque qu’elle porte attachée sur sa poitrine, s’en saisit comme d’un talisman et la montre aux cosaques, qui, à la vue de ce signe révéré, remettent le sabre au fourreau et abandonnent leur victime.

Tout à coup le vent mugit avec violence, on voit s’avancer de gros nuages noirs, le torrent gronde et se répand en tourbillons écumeux ; la cabane va être envahie ; Iwan essaye vainement de courir au secours d’Élisabeth ; éperdue, elle s’est attachée à une croix de bois plantée sur un tombeau et encaissée dans de lourds madriers. La pieuse jeune fille ne quitte pas cette ancre de salut, qui est bientôt entourée comme une île, et que le courant entraîne tout doucement vers la rive. Ourzack n’avait pas renoncé à ses projets de séduction et attendait Élisabeth au passage du pont ; on le voit faire le saut de carpe, disparaître dans le gouffre, et la toile tombe sur cette scène émouvante, dramatique, et représentée avec une étonnante vérité.

Le troisième acte nous fait assister à des exercices de patineurs sur une place de Saint-Pétersbourg ; Owinski, en apprenant le départ de sa fille, a volé sur ses traces, et, déguisé en pèlerin, il vend des amulettes aux groupes joyeux qui se pressent autour de lui ; Nizza, la jolie fiancée de Michel, lui offre un refuge dans son auberge, et c’est là qu’il retrouve sa fille, situation pathétique qui manque rarement son effet. Elisabeth, apprenant que le czar se promène par la ville, et que, monarque débonnaire, il s’informe des besoins de ses sujets, écoute leurs plaintes et cherche à adoucir leur sort, Elisabeth rédige un placet et demande à Nizza de la conduire auprès du czar. Au même instant les portes du fond s’ouvrent, et Sa Majesté Impériale, qui a été prévenue de l’arrivée du comte et du dévouement de sa fille, apparaît dans son yacht tout pavoisé, entouré de seigneurs de sa cour, apportant lui-même à Elisabeth la grâce qu’elle venait solliciter. Les clairons sonnent, le peuple pousse des vivats d’enthousiasme, et les exilés reconnaissants tombent à genoux devant leur magnanime souverain.

La partition d’ElisabethElisabeth ou la fille du proscritElisabeth ou La Fille du proscrit, opéra en trois actes sur un livret de Léon Brunswick et Adolphe de Leuven mis en musique par Gaetano Donizetti et créé au Théâtre-Lyrique le 31 décembre 1853.Lire la suite… devait être représentée en 1841 au théâtre de l’Opéra-Comique ; le peu de succès obtenu, à son début, par la Fille du régimentFille du Regiment, LaLa Fille du régiment, opéra-comique en deux actes sur un livret de Jean-François-Alfred Bayard et Henri de Saint-Georges mis en musique par Gaetano Donizetti et créé à l’Opéra-Comique le 11 février 1840.Lire la suite…, jouée à peu près vers la même époque, fit renoncer à une seconde tentative de musique italienne sur une scène française, et la nouvelle partition rentra dans les cahiers du compositeur. Aujourd’hui que Donizetti est mort et qu’il a, d’ailleurs, d’autres titres à l’attention et à la faveur du public, le Théâtre-Lyrique a tenté l’exhumation de cet ouvrage, et il en a confié la mise en ordre et le complément de certaines parties à M. FontanaFontana, UranioUranio Fontana (Isco, ? novembre 1815 – Maisons-Lafitte, 20 mars 1881), compositeur et professeur de chant. Élève de Donizetti dont il arrangea en 1853 Elisabeth ou la fille du proscrit pour le Théâtre-Lyrique. Il avait étudié la musique au Conservatoire de Milan avec Francesco Basili entre Lire la suite…, l’ami et l’élève de ce maître dont le génie fécond a créé assez de belles œuvres pour assurer à son nom une place au Panthéon de l’immortalité.

L’ouverture d’ElisabethElisabeth ou la fille du proscritElisabeth ou La Fille du proscrit, opéra en trois actes sur un livret de Léon Brunswick et Adolphe de Leuven mis en musique par Gaetano Donizetti et créé au Théâtre-Lyrique le 31 décembre 1853.Lire la suite… débute par un chant exécuté par les premiers violons, andante écrit dans un bon sentiment et accompagné seulement par les seconds violons ; l’allegro est plein de verve et forme la péroraison de cette page symphonique qui est à la hauteur de la plupart de celles qui servent de lever de rideau aux opéras italiens. La prière des femmes sibériennes qui se lamentent sur l’absence de leurs maris partis pour aller chasser l’ours dans les glaciers polaires, est dans un style très-religieux et contraste heureusement avec le chœur des chasseurs, franchement rhythmé, et dont le motif principal a beaucoup d’entrain. La polonaise chantée par Elisabeth est gracieuse et brillante ; les couplets du courrier Michel sont spirituellement écrits ; nous aimons beaucoup moins l’air du comte Owinski, dont la mélodie en si bémol n’est pas d’une entière originalité. Michel et Elisabeth chantent un duo bien en situation, et la toile tombe sur les tendres adieux que la jeune fille adresse à son père à travers la cloison de l’appartement dans lequel il sommeille ; le quatuor en sourdines accompagne délicieusement ce morceau final.

Au second acte, nous citerons les couplets d’Iwan, qui sont d’une allure très-franche, puis le duo entre Iwan et Elisabeth, très-dramatique, et l’une des meilleures pages de la partition ; le chœur des cosaques a une certaine énergie sauvage que fait ressortir le costume et les barbes rousses et touffues de MM. les choristes ; la romance de Michel, qui a quelque analogie avec celle de dom Sébastien et la scène de la tempête, dans laquelle le travail de l’orchestre renferme d’intéressants détails et des effets grandioses ; au troisième acte, nous n’avons guère à mentionner que de jolis airs de danse, les couplets de Nizza et le duo entre Elisabeth et son père ; cet acte-là était sans doute le moins achevé de la pièce, mais on y sent tout de même l’inspiration du maître.

Mme ColsonColson, Pauline DésiréePauline-Désirée Dejon épouse Colson (Belgique, ca. 1828 – Milan, 1904), soprano. Elle débuta à La Haye sous le nom de Pauline Marchand. Elle épousa en 1850 le ténor Charles-Alexandre Colson et fit carrière sous le nom de Mme Colson. Elle fut engagée au Théâtre-Lyrique de Paris en 1852 eLire la suite… s’est montrée, comme d’habitude, grande comédienne et cantatrice de premier ordre dans le rôle d’Élisabeth qui restera comme une de ses plus belles créations. Nous ne savons ce qu’il adviendra de Mme ColsonColson, Pauline DésiréePauline-Désirée Dejon épouse Colson (Belgique, ca. 1828 – Milan, 1904), soprano. Elle débuta à La Haye sous le nom de Pauline Marchand. Elle épousa en 1850 le ténor Charles-Alexandre Colson et fit carrière sous le nom de Mme Colson. Elle fut engagée au Théâtre-Lyrique de Paris en 1852 eLire la suite… à l’expiration de son engagement au Théâtre-Lyrique ; mais, selon nous, sa place est marquée à l’Opéra où elle peut aborder les rôles les plus dramatiques avec la certitude d’un très-grand succès ; LaurentLaurent, Pierre MariePierre-Marie Quillevéré, dit Laurent (Brest, 24 janvier 1821 – Chatou, 23 août 1854), baryton. Second prix de chant en 1840 au Conservatoire de Paris, il débuta à Marseille avant d’être engagé au Théâtre-Lyrique en 1852. Il créa le rôle-titre de Maître Wolfram d’Ernest Reyer en maiLire la suite… est un acteur rempli de finesse, d’intelligence et de distinction ; il met son cachet à chaque création nouvelle ; sa voix, d’un timbre suave, d’une très-belle étendue, et assouplie par le travail à toutes les difficultés du chant, a des intonations pleines de tendresse et de mélancolie ; JuncaJunca, Francois MarcelFrançois-Marcel Junca (Bayonne, vers 1818 – Lormes près de Corbigny/ Nièvre, 4 octobre 1878), basse. Il fit ses études à Toulon puis à Paris et débuta en 1838 à Metz. Il chanta en 1840/41 à Lyon et de 1850 à 1855 au Théâtre-Lyrique de Paris où il participa aux créations des œuvres sLire la suite… s’est fait applaudir par la salle entière dans le personnage d’Iwan qu’il représente avec beaucoup de vérité ; il se costume avec un art infini ; sa belle prestance, sa voix puissante, sa tenue en scène et l’expression de son chant en font un artiste exceptionnel et l’un de ceux qui rendent le plus de services au théâtre de M. SévesteSéveste, JulesDésiré-Henri-Jules Séveste (Paris, 19 mars 1803 – Meudon, 30 juin 1854), directeur. Fils de Pierre Séveste, en 1822 il se joignit à son père qui dirigeait le théâtre de Saint-Cloud. Avec son frère, Edmond Séveste, il fonda le Théâtre de Belleville en 1828 et obtint le privilège de prLire la suite… [Seveste].

 Mlle Petit-BrièrePetit-Brière, Adolphine-Louise-EmilieAdolphine-Louise-Emilie Petit-Brière (Dijon, 11 juin 1828 – ?), soprano. Elle étudia au Conservatoire de Paris et obtint un 2eme prix d’opéra-comique en 1847, elle débuta la même année à l’Opéra-National. Engagée à l’Opéra de Paris en 1850 elle y créa le rôle de Nemrod dans L’ELire la suite… est une gracieuse jeune fille qui a assez de talent et de modestie pour se charger quelquefois de rôles un peu effacés et se contenter de briller au second rang quand on ne lui demande pas de briller au premier. CabelCabel, Louis JosephLouis-Joseph Cabu, dit Cabel (Namur, 29 mars 1819 – Gand, 27 juillet 1884), baryton. Beau-frère de Marie Cabel, il fut engagé en 1853 au Théâtre-Lyrique où il participa aux créations de Colin-Maillard (Hignard, 1853), Le Bijou perdu (Adam, 1853), Élisabeth ou la Fille du proscrit (DonizettLire la suite… s’est acquitté très-convenablement du rôle d’Ourzak ; Mme Vadé-Bibre est une des meilleures mères-nobles qu’il y ait au théâtre. Après le succès du Bijou perduBijou perdu, LeLe Bijou perdu, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Adolphe de Leuven et Philippe-Auguste-Alfred Pittaud de Forges mis en musique par Adolphe Adam et créé au Théâtre-Lyrique le 6 octobre 1853.Lire la suite…, le succès d’ÉlisabethElisabeth ou la fille du proscritElisabeth ou La Fille du proscrit, opéra en trois actes sur un livret de Léon Brunswick et Adolphe de Leuven mis en musique par Gaetano Donizetti et créé au Théâtre-Lyrique le 31 décembre 1853.Lire la suite…, et après celui-ci encore bien d’autres. Le Théâtre-Lyrique, on le voit, ne s’endort pas et tout en étant fidèle au but principal de sa mission, il cherche à se mettre autant que possible en mesure d’attendre les libéralités annuelles que le gouvernement ne peut tarder à lui octroyer.

Mlle DuezDuez, Zoé-AdolphineZoé-Adolphine Duez (Lille, 28 mars 1830 – ?), soprano. Elle étudia au Conservatoire de Paris et obtint un 1er prix de chant en 1848 et second prix d’opéra en 1849. Elle fut engagée au Théâtre-Lyrique en 1851 et crée le rôle de Zora dans La Perle du Brésil. En 1852 elle fut engagée à lLire la suite…, après un court séjour à la scène de la rue Lepelletier [Le Peletier], est revenue au théâtre de ses premiers succès et elle a reparu la semaine dernière dans le Barbier de SévilleBarbier de Séville, LeIl Barbiere di Siviglia (Le Barbier de Séville), opera buffa en 2 actes sur un livret de Cesare Sterbini, d’après Beaumarchais, mis en musique par Gioachino Rossini créé au Teatro Argentina à Rome le 20 février 1816. L’œuvre fut donnée à Paris pour la première fois au Théâtre-ItalienLire la suite…. Mlle DuezDuez, Zoé-AdolphineZoé-Adolphine Duez (Lille, 28 mars 1830 – ?), soprano. Elle étudia au Conservatoire de Paris et obtint un 1er prix de chant en 1848 et second prix d’opéra en 1849. Elle fut engagée au Théâtre-Lyrique en 1851 et crée le rôle de Zora dans La Perle du Brésil. En 1852 elle fut engagée à lLire la suite… est une belle personne qui débuta d’une manière brillante dans la Perle du BrésilPerle du Brésil, LaLa Perle du Brésil, opéra-comique en trois actes sur un livret de Jules-Joseph Gabriel et Sylvain Saint-Etienne mis en musique par Félicien David et créé au Théâtre-Lyrique le 22 novembre 1851.Lire la suite…, de M. Félicien David ; à l’Opéra elle joua la FavoriteFavorite, LaLa Favorite, opéra en quatre actes sur un livret de Alphonse Royer et Gustave Vaëz mis en musique par Gaetano Donizetti et créé à l’Opéra de Paris le 2 décembre 1840.Lire la suite… et ne fut pas accueillie comme elle méritait de l’être ; ce qui manque à Mlle DuezDuez, Zoé-AdolphineZoé-Adolphine Duez (Lille, 28 mars 1830 – ?), soprano. Elle étudia au Conservatoire de Paris et obtint un 1er prix de chant en 1848 et second prix d’opéra en 1849. Elle fut engagée au Théâtre-Lyrique en 1851 et crée le rôle de Zora dans La Perle du Brésil. En 1852 elle fut engagée à lLire la suite… c’est un peu plus d’étendue dans la voix ; elle est souvent forcée de transposer, et c’est là un inconvénient tout aussi réel pour le chanteur que pour le musicien. Malgré cela Mlle DuezDuez, Zoé-AdolphineZoé-Adolphine Duez (Lille, 28 mars 1830 – ?), soprano. Elle étudia au Conservatoire de Paris et obtint un 1er prix de chant en 1848 et second prix d’opéra en 1849. Elle fut engagée au Théâtre-Lyrique en 1851 et crée le rôle de Zora dans La Perle du Brésil. En 1852 elle fut engagée à lLire la suite… a de très-grandes qualités, et toutes les fois qu’elle sera chargée d’un rôle spécialement écrit pour elle, et tout à fait dans ses moyens, elle s’y montrera à la hauteur de bien d’autres cantatrices qui sont plus connues, plus applaudies qu’elle ne l’est aujourd’hui. La voix de Mlle DuezDuez, Zoé-AdolphineZoé-Adolphine Duez (Lille, 28 mars 1830 – ?), soprano. Elle étudia au Conservatoire de Paris et obtint un 1er prix de chant en 1848 et second prix d’opéra en 1849. Elle fut engagée au Théâtre-Lyrique en 1851 et crée le rôle de Zora dans La Perle du Brésil. En 1852 elle fut engagée à lLire la suite… est d’un timbre excessivement sympathique ; elle a beaucoup de puissance dans le médium et de l’ampleur dans les notes basses ; elle vocalise dans la perfection et ses traits, comme ses cadences, sont toujours marqués au coin du bon goût et d’une excellente méthode. On ira entendre Mlle DuezDuez, Zoé-AdolphineZoé-Adolphine Duez (Lille, 28 mars 1830 – ?), soprano. Elle étudia au Conservatoire de Paris et obtint un 1er prix de chant en 1848 et second prix d’opéra en 1849. Elle fut engagée au Théâtre-Lyrique en 1851 et crée le rôle de Zora dans La Perle du Brésil. En 1852 elle fut engagée à lLire la suite… dans le Barbier de Séville Barbier de Séville, LeIl Barbiere di Siviglia (Le Barbier de Séville), opera buffa en 2 actes sur un livret de Cesare Sterbini, d’après Beaumarchais, mis en musique par Gioachino Rossini créé au Teatro Argentina à Rome le 20 février 1816. L’œuvre fut donnée à Paris pour la première fois au Théâtre-ItalienLire la suite…comme on va entendre Mme ColsonColson, Pauline DésiréePauline-Désirée Dejon épouse Colson (Belgique, ca. 1828 – Milan, 1904), soprano. Elle débuta à La Haye sous le nom de Pauline Marchand. Elle épousa en 1850 le ténor Charles-Alexandre Colson et fit carrière sous le nom de Mme Colson. Elle fut engagée au Théâtre-Lyrique de Paris en 1852 eLire la suite… dans ÉlisabethElisabeth ou la fille du proscritElisabeth ou La Fille du proscrit, opéra en trois actes sur un livret de Léon Brunswick et Adolphe de Leuven mis en musique par Gaetano Donizetti et créé au Théâtre-Lyrique le 31 décembre 1853.Lire la suite… et Mme CabelCabel, Louis JosephLouis-Joseph Cabu, dit Cabel (Namur, 29 mars 1819 – Gand, 27 juillet 1884), baryton. Beau-frère de Marie Cabel, il fut engagé en 1853 au Théâtre-Lyrique où il participa aux créations de Colin-Maillard (Hignard, 1853), Le Bijou perdu (Adam, 1853), Élisabeth ou la Fille du proscrit (DonizettLire la suite… dans le Bijou perduBijou perdu, LeLe Bijou perdu, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Adolphe de Leuven et Philippe-Auguste-Alfred Pittaud de Forges mis en musique par Adolphe Adam et créé au Théâtre-Lyrique le 6 octobre 1853.Lire la suite…. Les représentations de ce charmant ouvrage d’Adolphe Adam sont interrompues, on le sait, depuis quelques jours et elles reprendront à l’expiration du congé de Mme CabelCabel, Louis JosephLouis-Joseph Cabu, dit Cabel (Namur, 29 mars 1819 – Gand, 27 juillet 1884), baryton. Beau-frère de Marie Cabel, il fut engagé en 1853 au Théâtre-Lyrique où il participa aux créations de Colin-Maillard (Hignard, 1853), Le Bijou perdu (Adam, 1853), Élisabeth ou la Fille du proscrit (DonizettLire la suite…, qui est maintenant au Hâvre [Havre], où elle est fêtée tous les soirs par une salle comble qui jonche la scène de fleurs. Peu de temps après la reprise du Bijou perduBijou perdu, LeLe Bijou perdu, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Adolphe de Leuven et Philippe-Auguste-Alfred Pittaud de Forges mis en musique par Adolphe Adam et créé au Théâtre-Lyrique le 6 octobre 1853.Lire la suite…, le Théâtre-Lyrique nous promet un opéra de MM. de Leuwen-Brunswick [Leuven et Brunswick] et ClapissonClapisson, Antoine-LouisAntoine-Louis Clapisson (Naples, 5 septembre 1808 – Paris, 19 mars 1866), compositeur. Il étudia le violon d’abord à Bordeaux puis avec Habeneck au Conservatoire de Paris. En 1832 il fut engagé comme violoniste au Théâtre-Italien et composa à partir de 1839 de nombreuses romances dont certLire la suite…, dans lequel Mme CabelCabel, Louis JosephLouis-Joseph Cabu, dit Cabel (Namur, 29 mars 1819 – Gand, 27 juillet 1884), baryton. Beau-frère de Marie Cabel, il fut engagé en 1853 au Théâtre-Lyrique où il participa aux créations de Colin-Maillard (Hignard, 1853), Le Bijou perdu (Adam, 1853), Élisabeth ou la Fille du proscrit (DonizettLire la suite… remplit un des principaux rôles, et dont l’action se passe à Saint-Tropez. JuncaJunca, Francois MarcelFrançois-Marcel Junca (Bayonne, vers 1818 – Lormes près de Corbigny/ Nièvre, 4 octobre 1878), basse. Il fit ses études à Toulon puis à Paris et débuta en 1838 à Metz. Il chanta en 1840/41 à Lyon et de 1850 à 1855 au Théâtre-Lyrique de Paris où il participa aux créations des œuvres sLire la suite… est chargé de jouer un personnage marseillais, qui parlera marseillais et qui fera des gestes marseillais ; ce sera peut-être la seule fois que nous verrons sur la scène un de ces intéressants indigènes représenté au naturel.

Passons maintenant au théâtre de l’Opéra-Comique, toujours absorbé par les répétitions de l’ouvrage de M. MeyerbeerMeyerbeer, GiacomoJakob Liebmann Meyer Beer dit Giacomo Meyerbeer (Vogelsdorf, 5 septembre 1791 – Paris, 2 mai 1864), compositeur. Il étudia la composition avec Zelter puis l’abbé Vogler et le piano avec Franz Lauska. Bien que considéré par Moscheles comme un des plus grands pianistes de son temps, Meyerbeer abLire la suite…, et qui a pourtant trouvé le loisir, ces jours passés, de monter un tout petit acte de M. Reber ayant pour titre : les Papillotes de M. BenoistPapillottes de M. Benoist, LesLes Papillotes de M. Benoist, opéra-comique en un acte sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré mis en musique par Henri Reber et créé à l’Opéra-Comique le 28 décembre 1853.Lire la suite…. Le sujet du poëme a été emprunté, par MM. Michel CarréCarré, Michel-FlorentinMichel-Florentin Carré (Besançon, 21 octobre 1822 – Paris, 28 juin 1872), auteur dramatique, librettiste. Il écrivit de nombreux drames, comédies, vaudevilles et livrets principalement en collaboration avec Jules Barbier dont Galathée (Massé), Les Noces de Jeannette (Massé), Les Papillotes Lire la suite… et Jules BarbierBarbier, Paul-JulesPaul-Jules Barbier (Paris, 8 mars 1825 – Paris, 16 janvier 1901), librettiste. Il débuta à la Comédie-Française à l’âge de dix-huit ans avec un intermède : L’Ombre de Molière et un drame : Un Poète. De 1849 à 1872 ,il écrivit en collaboration avec Michel Carré des drames, des comédiLire la suite…, à une nouvelle de GoëtheGoethe, Johann Wolfgang vonJohann Wolfgang von Goethe (Francfort, 28 août 1749 – Weimar, 22 mars 1832), écrivain. Son œuvre est prolifique et presqu’encyclopédique puisqu’il a écrit des poèmes, des drames, des romans mais aussi des ouvrages de botanique et d’ostéologie et d’analyse du spectre des couleurs. Ses Lire la suite… [Goethe] : Frère et SœurFrère et sœurFrère et sœur (Die Geschwister), comédie en allemand en un acte et en prose de Johann Wolfgang von Goethe créée à Weimar le 21 novembre 1776 et publiée en 1787.Lire la suite…. C’est une pièce à trois personnages, un de plus seulement que dans les Noces de JeannetteNoces de Jeannette, LesLes Noces de Jeannette, opéra-comique en un acte sur un livret de Michel Carré et Jules Barbier, mis en musique par Victor Massé, créé à l’Opéra-Comique le 4 février 1853.Lire la suite….

Suzanne et André habitent ensemble une mansarde dans laquelle ils vivent parfaitement heureux, et comptent au nombre de leurs plus chères distractions les préludes dont les régale chaque matin le violon de leur voisin Benoist. Ce Benoist est un vieillard propret, poudré et sentimental, qui, depuis vingt-cinq ans, chante la même mésaventure amoureuse sur la quatrième corde de son instrument ; il a beaucoup aimé une jeune personne à laquelle il a osé écrire pour lui demander un rendez-vous ; le rendez-vous a été accordé, mais, ô mystification cruelle, en levant les yeux vers cette fenêtre où M. Benoist doit apercevoir l’objet aimé, une papillote tombe à ses pieds, et un éclat de rire argentin répond à la stupéfaction de cet infortuné Benoist qui reconnaît, dans la feuille de papier roulée, un fragment de son amoureuse épître. Depuis ce moment, Benoist a brisé sa plume, et il n’a plus vécu que de souvenirs, seul avec son violon, le discret confident de ses tendres élégies. Cependant, la vue de Mlle Suzanne semble faire reverdir ce célibataire platonique ; il se tâte et se sent jeune encore ; ses jambes sont bonnes, son estomac aussi, et le reste est à l’avenant. Bast ! se dit maître Benoist, Suzanne est la sœur d’André ; elle ne peut pas épouser son frère ; je suis son plus proche voisin, son meilleur ami, j’ai quinze cents francs de rente, offrons un bouquet. Le bouquet est accepté, Suzanne donne en échange un baiser, et Benoist tressaille des pieds à la tète au contact de cette bouche fraîche et rosée de jeune fille. Le lendemain, un peu remis de l’émotion de la veille, M. Benoist hasarde timidement l’offre de sa main ; Suzanne, pour toute réponse lui tend la sienne, et ne met d’autre condition à son mariage que le consentement de son frère. André se souvient alors d’une cassette que lui a confiée sa mère mourante, et qu’elle lui a recommandé de n’ouvrir qu’à l’époque où Suzanne serait en âge de se marier. Le moment est venu, se dit André, et il ouvre la cassette. Il n’y trouve pas une dot, mais seulement un acte constatant que Suzanne n’est pas sa sœur, et qu’il est par conséquent parfaitement libre de l’épouser. Comme les deux jeunes gens s’aimaient depuis longtemps sans oser se le dire, l’affaire est bientôt bâclée, et Benoist, faisant contre fortune bon cœur, se charge des apprêts de la noce, sert de parrain à la mariée, et met une chanterelle neuve à son violon.

Nous ne chicanerons pas M. Reber sur le système qu’il a adopté de faire de la musique rétrospective ; cela fait diversion au bruit dont nous assourdissent bien des compositeurs qui, sous le prétexte d’innover, se jettent dans tous les écarts d’une fantaisie burlesque. M. Reber est un musicien qui ne manque certainement pas d’individualité ; mais tout en ayant des qualités très-personnelles, on devine facilement, à la tournure de ses mélodies et à la formule de ses cadences, sa prédilection particulière pour les vieux maîtres de l’école allemande et de l’école française indistinctement. Une fois le genre qu’affectionne M. Reber accepté par les amateurs de mélodies simples et naïves, nous n’avons pas à juger des impressions que font éprouver les ouvrages de ce compositeur aux nombreux adeptes de son talent ; quant à nous, nous entendons volontiers une partition de M. Reber, mais nous avouons aussi n’avoir jamais ressenti en écoutant cette musique, qui porte perpétuellement une perruque à marteaux et une mouche sous l’œil, qu’un bien-être tout à fait exempt de surprises et d’émotions violentes. Il y a quelques longueurs dans les Papillotes de M. Benoist ; Papillottes de M. Benoist, LesLes Papillotes de M. Benoist, opéra-comique en un acte sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré mis en musique par Henri Reber et créé à l’Opéra-Comique le 28 décembre 1853.Lire la suite…ce défaut aura peut-être disparu à la seconde représentation, mais nous n’y sommes pas allés voir.

L’ouverture est faite avec deux motifs seulement ; les violons jouent une phrase en ré majeurSymphonie no. 6 fa majeur "Pastorale" Op.68Symphonie pour orchestre no. 6 en fa majeur Op. 68 dite « Pastorale » de Ludwig van Beethoven dédiée au Prince Franz Joseh von Lobkowitz et au Comte Andreas Razumovsky et créée au Theater-an-der-Wien  de Vienne le 22 décembre 1808.Lire la suite… qui a quelque analogie avec un motif bien connu du Calife de Bagdad ; Calife de Bagdad, LeLe Calife de Bagdad, opéra-comique en un acte sur un livret de Claude Godard d’Aucourt de Saint-Just mis en musique par François-Adrien Boieldieu et créé à l’Opéra-Comique le 16 septembre 1800.Lire la suite…sur cette phrase viennent se dessiner des traits de flûte et des arpèges de clarinette très-finement écrits. L’ouverture est terminée par un allegretto à six-huit, qui n’est pas d’une entière distinction. — Le rideau se lève sur un duo chanté par André et Suzanne. — Suzanne fait de la tapisserie ; André, qui est orfèvre marque avec son marteau un rhythme qui accompagne le chant :

Voilà la Saint-Jean passée.

On entend ensuite dans la coulisse le violon de M. Benoist, qui adresse son bonjour matinal à Mlle Suzanne. La voix pure et flexible de la jeune ouvrière répond à la courtoisie un peu surannée de l’instrument, et fait avec lui assaut de roulades, de trilles perlés et de gammes rapides. M. Benoist entre en scène ; il est vêtu d’une ample douillette de soie ; ses bas blancs serrent un mollet confortable, une jambe fine et un pied élégamment chaussé de souliers à boucles d’argent ; il chante sa chanson d’amour qui date d’un peu loin, on le sent bien. Le trio suivant :

Bras dessus, bras dessous,

est fait sur un mouvement de polka qui lui donne une tournure commune, bien qu’il renferme çà et là quelques jolis bouts de phrase : il est bien en situation, et c’est là son plus grand mérite.

Les couplets chantés par André, et dont le refrain est sur ces paroles :

Suzanne n’est plus un enfant,

sont assurément le meilleur morceau de la partition ; c’est là une délicieuse inspiration, pleine de grâce, de fraîcheur et de sentiment ; le premier couplet est accompagné par le quatuor qui, au second couplet, fait entendre seulement des pizzicati sous de ravissantes broderies exécutées par la flûte et la clarinette. Le public a demandé bis, et cette fois le public avait raison.

L’air de Suzanne en mouvement de valse est hérissé de vocalises ; son duo avec M. Benoist est traité un peu trop à l’italienne ; c’est ici que des coupures intelligentes nous paraissent nécessaires, si elles ne sont déjà faites par le ciseau habile du directeur. La toile tombe sur un trio dans lequel on entend pour la seconde fois la chanson de M. Benoist et le motif :

Bras dessus, bras dessous,

dont nous avons déjà parlé.

L’instrumentation de M. Reber est très-sobre, et il obtient souvent de fort jolis effets par les moyens les plus simples, ce qui est un très-grand mérite ; il donne peu de besogne aux cuivres et à la grosse caisse, cela n’en fait pas plus mal, bien au contraire. En somme, les Papillotes de M. BenoistPapillottes de M. Benoist, LesLes Papillotes de M. Benoist, opéra-comique en un acte sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré mis en musique par Henri Reber et créé à l’Opéra-Comique le 28 décembre 1853.Lire la suite… sont un ouvrage estimable à plus d’un titre, et si M. Reber n’était pas de l’Institut, ce n’est assurément pas cette œuvre-là qui l’empêcherait d’y arriver.

Une toute jeune personne, sortie cette année du Conservatoire avec un premier prix d’opéra comique, vient de débuter dans les Noces de JeannetteNoces de Jeannette, LesLes Noces de Jeannette, opéra-comique en un acte sur un livret de Michel Carré et Jules Barbier, mis en musique par Victor Massé, créé à l’Opéra-Comique le 4 février 1853.Lire la suite…. Mlle BoulartBoulart, SophieSophie-Ferdinande-Dorothée Boulart (Montmartre, 3 avril 1836 – Asnières, 14 juin 1889), soprano. Élève de Mme Cinti-Damoreau au Conservatoire de Paris, elle obtint un 1er prix de chant et d’opéra-comique en 1853. Elle débuta en 1853 à l’Opéra-Comique dans Les Noces de Jeannette (MasLire la suite… a justifié le choix de M. Perrin Perrin, EmileÉmile Perrin (Rouen, 8 janvier 1814 – Paris, 8 octobre 1885), directeur. Il étudia la peinture avec le baron Antoine-Jean Gros et Paul Delaroche et exposa au Salon régulièrement de 1841 à 1848 tout en écrivant des critiques d’art dans les journaux. Le 1er Mai 1848 il succéda à Alexandre Lire la suite…; elle a été très-applaudie. Sa voix a toutes les qualités que l’on peut demander à une chanteuse légère ; elle est pure comme du cristal, douce et harmonieuse ; elle fait le trait avec facilité, et le talent de la jolie débutante a plus d’un côté de ressemblance avec celui de Mlle Miolan, ce qui n’est pas le moindre éloge que nous en puissions faire.

La Société des Concerts du Conservatoire a donné dimanche dernier sa première séance. Des fragments de Don JuanDon Giovanni (Don Juan)Il dissoluto punito ossia il Don Giovanni, K.V. 527, dramma giocoso en deux actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte mis en musique par Wolfgang Amadeus Mozart et créé au Théâtre des Etats de Prague le 29 octobre 1787. Mozart fit des modifications pour la création de l’œuvre au Burgtheater deLire la suite… ont été chantés par M. ChapuisChapuis, René-AlexandreRené-Alexandre Chapuis (Lormes, 20 août 1828 – ?), ténor. Il obtint un premier prix de chant et un second prix d’opéra au Conservatoire de Paris en 1850. L’année suivante, il fut engagé à l’Opéra de Paris, où il resta jusqu’en 1855 avant de rejoindre le Théâtre de la Monnaie à Lire la suite… et M. Battaille Battaille, Charles-AmableCharles-Amable Battaille (Nantes, 30 septembre 1822 – Paris, 2 mai 1872), Basse. Après des études de médecine à Nantes, il vint à Paris et étudia au Conservatoire avec Manuel Garcia. Il obtint les premiers prix de chant, d’opera et d’opéra-comique en 1847 et débuta en 1848 à l’Opéra-CoLire la suite…; les chœurs ont exécuté une scène d’OlympieOlympieOlympie, opéra en trois actes sur un livret de Charles Brifaut et Armand-Michel Dieulafoy, d’après la tragédie de Voltaire, mis en musique par Gaspare Spontini et créé à l’Opéra de Paris le 22 décembre 1819. Spontini remania l’œuvre pour lui donner une fin heureuse. Cette version fut Lire la suite…, de Spontini, belle et religieuse inspiration accompagnée par des accords de harpe sur des termes d’instruments à vent. La Symphonie pastoraleSymphonie no. 6 fa majeur "Pastorale" Op.68Symphonie pour orchestre no. 6 en fa majeur Op. 68 dite « Pastorale » de Ludwig van Beethoven dédiée au Prince Franz Joseh von Lobkowitz et au Comte Andreas Razumovsky et créée au Theater-an-der-Wien  de Vienne le 22 décembre 1808.Lire la suite… était le morceau capital du programme. Cette œuvre sublime, l’une des plus magnifiques créations du génie de BeethovenBeethoven, Ludwig vanLudwig van Beethoven (Bonn, 16 décembre 1770 – Vienne, 26 mars 1827), compositeur. Enfant prodige qui donna son premier concert public à Bonn à huit ans. Il alla à Vienne et prit des leçons avec Haydn de 1792 à 1794 puis avec Albrechtsberger de 1794 à 1795 et avec Salieri vers 1799. Il compLire la suite…, a été exécutée avec la perfection habituelle à l’orchestre de la rue Bergère. Quelques notes de cor mal attaquées ont seules fait jaillir quelques éclairs de mécontentement du sein de cet auditoire méticuleux qui, en revanche, a fait entendre un doux frémissement de joie au chant du coucou, rendu avec une si rigoureuse exactitude par les deux notes Préludes op. 8124 Préludes Op. 81 pour piano de Stephen Heller.Lire la suite… et si-bémol de la clarinette. C’est grâce à ces marques d’improbation de ce public, qui passe pour le plus éclairé et le plus fin connaisseur des quatre parties du monde, que dans ce passage du chœur de Judas MacchabéeJudas MaccabéeJudas Maccabæus, oratorio pour soli, chœur et orchestre en trois actes sur un livret du R. P. Thomas Morell, mis en musique par Georg Friedrich Haendel, créé à Covent Garden à Londres le 1er avril 1747.Lire la suite… :

Célébrons la gloire de Judas vainqueur !

les cors ont été remplacés par des cornets à piston. A l’approche de cette phrase, d’une exécution difficile sans doute, mais dont toutes les notes sont des notes ouvertes, le corniste, quelque habile qu’il fût, se sentait pris d’un tel accès de frayeur qu’il perdait toute confiance en lui-même et qu’il se livrait à une série de couacs du plus piteux effet. En Allemagne, les cornistes ont-ils plus de talent ou plus d’aplomb, nous n’en savons rien ; ce qu’il y a de certain, c’est que la destitution du cor au profit du cornet n’a pas encore été jugée nécessaire, et que dans tous les cas cela ne se serait pas fait sans que le public s’en fût aperçu. La séance a été terminée par un chœur de la CréationCréation, LaLa Création (Die Schöpfung), oratorio pour soprano, ténor, basse, chœur et orchestre en trois parties sur un livret de Gottfried van Swieten mis en musique par Joseph Haydn et créé en privé au Palais Schwarzenberg de Vienne le 30 avril 1798 puis en public au Burgtheater de Vienne le 19 mars Lire la suite… d’Haydn, dont le solo a été chanté par la voix mordante expressive de M. BattailleBattaille, Charles-AmableCharles-Amable Battaille (Nantes, 30 septembre 1822 – Paris, 2 mai 1872), Basse. Après des études de médecine à Nantes, il vint à Paris et étudia au Conservatoire avec Manuel Garcia. Il obtint les premiers prix de chant, d’opera et d’opéra-comique en 1847 et débuta en 1848 à l’Opéra-CoLire la suite….

Mlle ClaussSzarvady, WilhelmineWilhelmine Szarvady née Clauss (Prague, 12 décembre 1832 – Paris, 1er septembre 1907), pianiste. Elle fit une tournée en Allemagne où son talent fut remarqué par Liszt et Moscheles et débuta à Paris le 25 février 1851 dans un concert dirigé par Berlioz. Elle perfectionna son éducation aLire la suite…, avant son départ pour la Russie, a donné un concert dans les salons de M. Herz. La jeune et célèbre pianiste a joué du classique et du romantique, de manière à prouver qu’elle excellait dans les deux genres. Après Beethoven, MozartMozart, Wolfgang AmadeusWolfgang Amadeus Mozart (Salzbourg, 27 janvier 1756 – Vienne, 5 décembre 1791), compositeur. Enfant prodige. Son père développa ses dons pour le piano et la composition et l’exhiba dès l’âge de six ans dans des voyages à travers toute l’Europe. Ses premières compositions, des pièces Lire la suite… et MendelssohnMendelssohn, FelixJacob-Ludwig-Felix Mendelssohn-Bartholdy (Hambourg, 3 février 1809 – Leipzig, 4 novembre 1847), compositeur. Il étudia la composition avec Zelter et le piano avec Berger et se lia d’amitié avec Goethe. Enfant surdoué, ses premières compositions datent de 1819 et à douze ans il avait déjà cLire la suite…, sont venus Listz [Liszt]Liszt, FranzFranz Liszt (Raiding, 22 octobre 1811 – Bayreuth, 31 juillet, 1886), pianiste et compositeur. Il étudia le piano d’abord avec son père puis grâce à une bourse étudia à Vienne avec Czerny pour le piano et Salieri pour la composition. Ses premiers récitals en 1823 à Vienne et à Pest firenLire la suite… et Stephen HellerHeller, StephenStephen [Istvan] Heller (Pest, 15 mai 1813 – Paris, 14 janvier 1888), compositeur et pianiste. Il étudia un temps avec Carl Czerny à Vienne où il fit la connaissance de Beethoven et de Schubert ; il fit ses débuts comme pianiste en 1828. De 1830 à 1838 il vécut à Augsbourg où il étudia lLire la suite…, l’un avec sa fantaisie sur le Roi des AulnesLe Roi des Aulnes[12] Lieder von Schubert ([12] Mélodies de Schubert) S. 558 pour piano de Franz Liszt. Ce sont des transcriptions assez élaborées des mélodies de Schubert. Erlkönig (Le Roi des Aulnes) est la quatrième œuvre de ce volume publié en 1838.Lire la suite…, de François [Franz] Schubert, et l’autre avec ses gentils petits préludes, qui doivent être mieux appréciés dans l’intimité que dans un concert. La transcription du Roi des AulnesLe Roi des Aulnes[12] Lieder von Schubert ([12] Mélodies de Schubert) S. 558 pour piano de Franz Liszt. Ce sont des transcriptions assez élaborées des mélodies de Schubert. Erlkönig (Le Roi des Aulnes) est la quatrième œuvre de ce volume publié en 1838.Lire la suite…, dont l’accompagnement est presque continuellement en octaves précipités, est d’une exécution difficile qui aurait fatigué une main moins exercée que celle de Mlle ClaussSzarvady, WilhelmineWilhelmine Szarvady née Clauss (Prague, 12 décembre 1832 – Paris, 1er septembre 1907), pianiste. Elle fit une tournée en Allemagne où son talent fut remarqué par Liszt et Moscheles et débuta à Paris le 25 février 1851 dans un concert dirigé par Berlioz. Elle perfectionna son éducation aLire la suite…. Il y a dans le talent de cette jeune artiste de la grâce, de la vigueur et une élévation de style qui lui permet d’aborder mieux que personne la musique des grands maîtres. M. SeligmannSeligmann, Hippolyte-ProsperHippolyte-Prosper Seligmann (Paris, 28 juillet 1817 – Monte-Carlo, 5 février 1882), violoncelliste et compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris avec Louis Norblin et obtint un 1er prix en 1836. Il fut un membre de l’orchestre des concerts du Conservatoire (1842/43). Il fut partenaire de JLire la suite…, l’habile violoncelliste, a secondé Mlle ClaussSzarvady, WilhelmineWilhelmine Szarvady née Clauss (Prague, 12 décembre 1832 – Paris, 1er septembre 1907), pianiste. Elle fit une tournée en Allemagne où son talent fut remarqué par Liszt et Moscheles et débuta à Paris le 25 février 1851 dans un concert dirigé par Berlioz. Elle perfectionna son éducation aLire la suite… et a fait applaudir son jeu correct, élégant et vivement senti, toujours exempt de ces caprices excentriques auxquels les exécutants médiocres se livrent si volontiers quand ils veulent flatter le mauvais goût de la majeure partie du public.

Mme Ernesta GrisiGrisi, ErnestaErnesta Grisi (Visidina/Istrie, 28 juin 1819 – Saint-Jean près Genève, 20 mai 1899), mezzo-soprano. Sœur de la célèbre ballerine Carlotta Grisi et cousine germaine des cantatrices Giuditta Grisi et Giulia Grisi, elle connut une brève carrière qui débuta en 1836 dans le rôle d’Adalgisa danLire la suite… a pris le rôle de Mlle AlboniAlboni, MariettaMarietta Alboni (Cita di Castello/ Italie, 6 mars 1823 – Ville d’Avray, 23 juin 1894), contralto. Elle étudia à Bologne, où elle débuta en 1842 dans Saffo (Pacini). De 1847 à 1849, elle fut engagée au Théâtre-Italien de Paris, où elle chanta dans les opéras de Rossini et Donizetti. DLire la suite… dans Lucrezia BorgiaLucrezia BorgiaLucrezia Borgia, opéra en un prologue et deux actes sur un livret en italien de Felice Romani mis en musique par Gaetano Donizetti et créé au Théâtre de La Scala de Milan le 26 décembre 1833 et au Théâtre-Italien de Paris le 31 octobre 1840.Lire la suite…. Elle a chanté les couplets du Brindisi avec cette excellente méthode et cette voix de contralto si émouvante et si sympathique que nous avons déjà eu plus d’une fois l’occasion d’applaudir et que M. RaganiRagani, Cesar Joseph Gaetan, comte de Zani, ColonelCésar-Joseph-Gaëtan, comte de Zani, colonel Ragani (Bologna, 6 avril 1785 – Romainville, 21 mai 1862), directeur de théâtre. Colonel dans l’armée de Napoléon Ier, il épousa en 1806 la cantatrice Giuseppina Grassani et devint ainsi l’oncle par alliance de Giulia, Giuditta, Ernesta et CarLire la suite… fera bien d’utiliser le plus souvent possible.