Le Courrier de Paris, 29 mars 1859, [p. 1-2] (article signé E. Reyer).

Chronique musicale.

Théâtre-Lyrique : Faust, — La fée Carabosse.Fée Carabosse, LaLa Fée Carabosse, opéra-comique en trois actes, précédé d’un prologue, sur un livret de Joseph-Philippe Lockroy et Hippolyte Cogniard mis en musique par Victor Massé et créé au Théâtre-Lyrique le 28 février 1859.Lire la suite… — Théâtre-Italien : M. TamberlickTamberlick, EnricoEnrico Tamberlick (Rome, 16 mars 1820 – Paris, 13 mars 1889), ténor. Après avoir étudié à Rome, à Naples et à Bologne, il fit ses débuts au Teatro del Fondo de Naples en 1843. Dès 1850, il se produisit chaque année à Londres dans les rôles de ténors héroïques, notamment Arnold (GuilLire la suite…. —
Les Grotesques de la musiqueLes Grotesques de la MusiqueLes Grotesques de la musique de Hector Berlioz publié par la Librairie Nouvelle A. Bourdilliet et Cie, Paris, 1859.Lire la suite…, par M. Hector BerliozBerlioz, Louis-HectorLouis-Hector Berlioz (La Côte Saint-André, 11 décembre 1803 – Paris, 8 mars 1869), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris avec Lesueur et obtint le 1er Prix de Rome en 1830. La même année, il composa sa Symphonie fantastique. De retour de Rome, il composa Lelio ou le Retour à la vLire la suite…. — Derniers Concerts

J’extrais le passage suivant du nouveau livre que vient de publier M. Hector BerliozBerlioz, Louis-HectorLouis-Hector Berlioz (La Côte Saint-André, 11 décembre 1803 – Paris, 8 mars 1869), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris avec Lesueur et obtint le 1er Prix de Rome en 1830. La même année, il composa sa Symphonie fantastique. De retour de Rome, il composa Lelio ou le Retour à la vLire la suite… et dont je parlerai plus en détail tout à l’heure.

« ……. Le préjugé veut encore, à Paris, qu’un musicien ne soit apte à faire que ce qu’il a déjà fait. Tel a débuté par un drame lyrique, qui sera inévitablement taxé d’outrecuidance, s’il prétend écrire un opéra bouffon, seulement parce qu’il a montré des qualités éminentes dans le genre sérieux. Si son coup d’essai a été une belle messe : « Quelle idée, dira-t-on à celui-ci, de vouloir composer pour le théâtre ! Il va nous faire du plain-chant ! que ne reste-t-il dans sa cathédrale ?…  » Si un musicien a commencé par écrire une symphonie, et si cette symphonie a fait sensation, le voilà classé ou plutôt parqué ; c’est un symphoniste, il ne doit songer à produire que des symphonies, il doit s’abstenir du théâtre, pour lequel il n’est point fait ; il ne doit pas savoir écrire pour les voix, etc., etc. Bien plus, tout ce qu’il fait ensuite, est appelé, par les gens à préjugés, symphonie ; les mots, pour parler de lui, sont détournés de leur acception. Ce qui, produit par tout autre, serait appelé de son vrai nom de cantate, est, sortant de sa plume, nommé symphonie ; un oratorio, symphonie ; un chœur sans accompagnement, symphonie ; une messe, symphonie. Tout est symphonie venant d’un symphoniste. Il eût échappé à cet inconvénient si sa première symphonie eût passée inaperçue, si c’eût été une platitude… »

Je regrette que cette page ne soit pas tombée sous mes yeux lorsque j’ai rendu compte d’Herculanum HerculanumHerculanum, opéra en quatre actes sur un livret de Joseph Méry et Térence Hadot mis en musique par Félicien David et créé à l’Opéra de Paris le 4 mars 1849.Lire la suite…; je l’eusse citée à propos de l’opéra de M. Félicien DavidDavid, Félicien-CésarCésar-Félicien David (Cadenet, 13 avril 1810 – St Germain-en-Laye 29 aout 1876), compositeur. Orphelin à cinq ans, après des études à la maîtrise de la cathédrale St.-Sauveur d’Aix-en-Provence et au collège St.-Louis d’Aix, il entra en 1830 au Conservatoire de Paris dans la classe d’HLire la suite…, comme je la cite à propos du FaustFaustFaust, opéra en cinq actes sur un livret de Michel Carré et Jules Barbier d’après Goethe mis en musique par Charles Gounod et crée au Théâtre-Lyrique le 19 mars 1859.Lire la suite…, de M. GounodGounod, CharlesCharles Gounod (Paris, 17 juin 1818 – Saint-Cloud, 18 octobre 1893) compositeur. Gounod étudia le piano avec sa mère et la composition et l’harmonie en privé avec Reicha tout en faisant d’excellentes études classiques au Lycée Saint-Louis à Paris. Après avoir obtenu son baccalauréat, il Lire la suite…. Pour bien des gens, M. GounodGounod, CharlesCharles Gounod (Paris, 17 juin 1818 – Saint-Cloud, 18 octobre 1893) compositeur. Gounod étudia le piano avec sa mère et la composition et l’harmonie en privé avec Reicha tout en faisant d’excellentes études classiques au Lycée Saint-Louis à Paris. Après avoir obtenu son baccalauréat, il Lire la suite… est un symphoniste : — SaphoSaphoSapho, opéra en trois actes sur un livret d’Émile Augier, mis en musique par Charles Gounod, créé à l’Opéra de Paris le 16 avril 1851.Lire la suite… et la Nonne sanglanteNonne sanglante, LaLa Nonne sanglante, opéra en cinq actes sur un livret d’Eugène Scribe et de Germain Delavigne mis en musique par Charles Gounod, créé à l’Opéra de Paris le 18 octobre 1854.Lire la suite… révèlent un talent de symphoniste qui exclut naturellement, chez l’auteur de ces deux belles partitions, toute espèce d’aptitude dramatique. FaustFaustFaust, opéra en cinq actes sur un livret de Michel Carré et Jules Barbier d’après Goethe mis en musique par Charles Gounod et crée au Théâtre-Lyrique le 19 mars 1859.Lire la suite… est aussi une symphonie….., une symphonie avec chœurs, car les chœurs de FaustFaustFaust, opéra en cinq actes sur un livret de Michel Carré et Jules Barbier d’après Goethe mis en musique par Charles Gounod et crée au Théâtre-Lyrique le 19 mars 1859.Lire la suite… ont été remarqués par tout le monde. Quand un compositeur ne suit pas les sentiers battus, quand il s’éloigne systématiquement des formules et des cadences vulgaires, quand il essaye d’atteindre aux plus hauts sommets de l’art et qu’il prétend traiter poétiquement un sujet poétique, vous pouvez être sûr qu’il sera considéré toute sa vie comme un rêveur de beaucoup de talent, mais tout à fait inhabile à traduire les différentes péripéties d’un drame ou d’une comédie. Il met trop souvent la statue dans l’orchestre, et, par momens, telle partie d’alto ou de clarinette chante d’une façon bien plus mélodique, bien plus importante que le baryton ou le soprano qui est en scène. Où s’arrête le récitatif, où commence la cavatine ? Et pourquoi, contrairement à ce qu’il y a lieu d’habitude, cette romance, ce duo ou ces couplets ne sont-ils pas précédés d’une ritournelle ? On ne fait pas un opéra en cinq actes avec un quatuor à peine indiqué, un trio, un duo, une sérénade, une chanson, une valse, des chœurs et d’interminables récits. Où est le quintette de MoïseMoïse et PharaonMoïse et Pharaon, opéra en 4 actes sur un livret de Luigi Balocchi et Etienne de Jouy mis en musique par Gioachino Rossini, créé à l’Opéra de Paris le 26 mars 1827. Lire la suite…, où est le final de Don JuanDon Giovanni (Don Juan)Il dissoluto punito ossia il Don Giovanni, K.V. 527, dramma giocoso en deux actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte mis en musique par Wolfgang Amadeus Mozart et créé au Théâtre des Etats de Prague le 29 octobre 1787. Mozart fit des modifications pour la création de l’œuvre au Burgtheater deLire la suite…, où est le septuor de Lucie Lucia di LamermoorLucia di Lammermoor, dramma tragico en trois actes sur un livret en italien de Salvadore Cammarano, d’après The Bride of Lammermoor  de Walter Scott, mis en musique par Gaetano Donizetti et créé au Théâtre San Carlo de Naples le 26 septembre 1835 et au Théâtre-Italien de Paris le 12 déceLire la suite…? Si ceux qui raisonnent de la sorte, qui s’adressent ces questions ou qui vous les adressent, exprimaient nettement leur façon de penser, ils avoueraient que ce qui les choque, ce qui leur déplait, ce qui les déroute dans une œuvre nouvelle, c’est la nouveauté de l’œuvre. Tout ce que les intelligences médiocres ne saisissent pas de prime-abord, elles le condamnent. Eh ! vraiment, nous n’allons pas au théâtre pour entendre des oratorios et des symphonies ! Quelle singulière idée avez-vous donc, monsieur le directeur, de remettre ainsi les destinées de la scène lyrique que vous dirigez, laquelle n’est que la troisième, vous le savez bien, entre les mains des symphonistes et des rêveurs ; vous vous ruinerez à ce jeu-là. Un beau jour, il vous prendra la fantaisie de nous initier aux extravagances de M. Richard WagnerWagner, RichardRichard Wagner (Leipzig, 22 mai 1813 – Venise, 13 février 1843), compositeur. Il étudia la musique tout d’abord en autodidacte puis, à partir de 1831, à l’université de Leipzig avec C. T. Weinlig. Chef des chœurs à Wurtzbourg en 1831, il devint directeur musical à Magdebourg de 1834 àLire la suite… et ce sera votre dernier trait de folie, votre coup de grâce. Alors vous songerez aux compositeurs populaires que vous avez négligés, que vous avez éconduits ; vous irez à eux et vous leur direz : Sauvez le Capitole ! mais il sera trop tard. Nous sommes des parisiens de la vieille roche et nous aimons les gais flons-flons, les joyeux refrains et les cavatines qui ne sont pas dépourvues de ritournelles. Ah ! qu’il fait donc bon, qu’il fait donc bon… entendre un joli ténor à la voix pointue et nasillarde nous chanter : Je pars, je pars, je pars, je pars, en vidant sa coupe et son sac. Pauvre Fanchon, pauvre Margot, vous voilà devenue la Marguerite du diable ; vous ne roucoulez plus comme autrefois ; votre jupon s’est allongé d’une aune, vous êtes triste et rêveuse, et cela ne vous amuse guère de vous entendre confier votre amour aux étoiles et vos douleurs au bon Dieu.

Taisez-vous, troupes de mouches, car le chœur des enthousiastes s’avance et va couvrir de sa grande voix vos monotones bourdonnemens. Ils sont nombreux les enthousiastes de M. GounodGounod, CharlesCharles Gounod (Paris, 17 juin 1818 – Saint-Cloud, 18 octobre 1893) compositeur. Gounod étudia le piano avec sa mère et la composition et l’harmonie en privé avec Reicha tout en faisant d’excellentes études classiques au Lycée Saint-Louis à Paris. Après avoir obtenu son baccalauréat, il Lire la suite…, ceux qui comprennent son talent et qui l’admirent, ceux qui s’inclinent devant le jeune maître et osent le suivre dans les hautes régions qu’il habite. Je me joins à eux pour proclamer le grand succès de FaustFaustFaust, opéra en cinq actes sur un livret de Michel Carré et Jules Barbier d’après Goethe mis en musique par Charles Gounod et crée au Théâtre-Lyrique le 19 mars 1859.Lire la suite…, succès de bon aloi qui repose sur le mérite de l’œuvre, et auquel une exécution des plus remarquables a dû, nécessairement, contribuer.

Les auteurs du poëme n’ont fait que suivre, presque pas à pas, scène par scène, la tragédie de GoëtheGoethe, Johann Wolfgang vonJohann Wolfgang von Goethe (Francfort, 28 août 1749 – Weimar, 22 mars 1832), écrivain. Son œuvre est prolifique et presqu’encyclopédique puisqu’il a écrit des poèmes, des drames, des romans mais aussi des ouvrages de botanique et d’ostéologie et d’analyse du spectre des couleurs. Ses Lire la suite… [Goethe] : s’ils ont éliminé certains détails, s’ils ont amoindri ou supprimé certaines figures, en revanche ils ont développé avec beaucoup d’art et d’habileté telles situations qui devaient séduire plus particulièrement l’imagination du compositeur.

Après une courte introduction, d’un style sévère et d’un caractère fantastique, la toile se lève et nous laisse voir le docteur Faust dans son cabinet d’étude. Le doute et le découragement amènent la coupe empoisonnée aux bords de ses lèvres ; mais il entend au loin le carillon des cloches de Pâques ; les hymnes saintes retentissent dans l’église ; des villageois et des jeunes filles passent sous ses fenêtres en chantant une pastorale, et l’âme désenchantée du philosophe se réveille au murmure de ces chansons et de ces harmonies… « Oh ! s’il y a dans l’air des esprits qui flottent souverains entre la terre et le ciel, qu’ils descendent de leurs nuages d’or et me guident vers une vie nouvelle et lumineuse. » Traduction de M. Henri Blaze de Bury, la plus complète, la plus exacte et la mieux écrite assurément (Note d’Ernest Reyer) Et Méphistophélès, sans qu’on le voie sortir de la peau d’un barbet noir apparaît devant Faust, le petit manteau sur l’épaule, la plume de coq au chapeau et l’épée au côté, dans toute la gracieuse élégance d’un jeune gentilhomme. Une goutte de sang, le pacte est signé, et le docteur s’élance vers l’image de Marguerite, que Méphistophélès vient de lui montrer tournant son rouet dans un nuage. Pour transfigurer Faust, le diable n’a pas eu besoin de le conduire dans l’antre de la sorcière. Le monologue de Faust, le chœur rustique avec ses pédales de musette et le duo final sont les trois morceaux saillans de ce premier tableau, qui est assez court et sert de prologue à la pièce.

Le second acte débute par une kermesse, un triple chœur admirablement écrit, et dans lequel on a surtout remarqué le passage chanté par les vieillards :

Et nous allons voir couler l’eau

Le long de la rivière.

Cela a une tournure archaïque, cela se chante avec des branlements de tête et des chevrottemens qui devaient produire leur effet. La dispute entre les jeunes filles et les vieilles femmes est fort originale, traitée avec on ne peut plus de verve et d’esprit. Nous ne sommes pas loin de la taverne d’Auerbach, car voici les refrains des joyeux compères au milieu desquels j’aurais bien voulu reconnaître la chanson de Brander ou celle de Méphistophélès.

M. BerliozBerlioz, Louis-HectorLouis-Hector Berlioz (La Côte Saint-André, 11 décembre 1803 – Paris, 8 mars 1869), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris avec Lesueur et obtint le 1er Prix de Rome en 1830. La même année, il composa sa Symphonie fantastique. De retour de Rome, il composa Lelio ou le Retour à la vLire la suite… n’a oublié ni l’une ni l’autre de ces deux chansons dans sa Damnation de FaustDamnation de Faust, LaLa Damnation de Faust, légende dramatique en quatre parties, Op. 24, pour solistes, double chœur, chœur d’enfants et orchestre sur un texte de Gérard de Nerval traduit de Wolfganf von Goethe avec des ajouts d’Almire Gandonnière, mis en musique par Hector Berlioz et créé à l’Opéra-ComLire la suite…, et ce ne sont pas les pages les moins curieuses et les moins piquantes de cette belle partition. Dans le Faust FaustFaust, opéra en cinq actes sur un livret de Michel Carré et Jules Barbier d’après Goethe mis en musique par Charles Gounod et crée au Théâtre-Lyrique le 19 mars 1859.Lire la suite…de M. GounodGounod, CharlesCharles Gounod (Paris, 17 juin 1818 – Saint-Cloud, 18 octobre 1893) compositeur. Gounod étudia le piano avec sa mère et la composition et l’harmonie en privé avec Reicha tout en faisant d’excellentes études classiques au Lycée Saint-Louis à Paris. Après avoir obtenu son baccalauréat, il Lire la suite…, Méphistophélès interrompt l’un des buveurs, et chante à sa place des couplets sur le veau d’or. Le vin coule, les brocs s’emplissent ; mais c’est le vin du diable, qui, en se répandant sur le sol, fait jaillir des étincelles, et se change en une longue traînée de feu : Méphistophélès est reconnu, et il s’éloigne, saisi de terreur, à la vue des épées en croix que lui présentent les étudians.

Cette scène n’est pas textuellement ainsi dans GoëtheGoethe, Johann Wolfgang vonJohann Wolfgang von Goethe (Francfort, 28 août 1749 – Weimar, 22 mars 1832), écrivain. Son œuvre est prolifique et presqu’encyclopédique puisqu’il a écrit des poèmes, des drames, des romans mais aussi des ouvrages de botanique et d’ostéologie et d’analyse du spectre des couleurs. Ses Lire la suite…. Oh ! le pauvre diable que celui qui tombe en pamoison devant des croix improvisées et qui n’ont pas même été aspergées d’eau bénite. N’importe ; la scène est très dramatique, et le compositeur l’a rendue avec une puissance, avec une vigueur des plus remarquables.

A ce magnifique choral succède une très jolie valse allemande, accompagnée par le chœur, et coupée par un court dialogue entre Faust et Marguerite : « Ma belle demoiselle, oserais-je vous offrir mon bras et ma conduite ? — Je ne suis ni demoiselle ni belle, et n’ai besoin de personne pour rentrer à la maison. » M. GounodGounod, CharlesCharles Gounod (Paris, 17 juin 1818 – Saint-Cloud, 18 octobre 1893) compositeur. Gounod étudia le piano avec sa mère et la composition et l’harmonie en privé avec Reicha tout en faisant d’excellentes études classiques au Lycée Saint-Louis à Paris. Après avoir obtenu son baccalauréat, il Lire la suite… a traduit très poétiquement, par une phrase suave, cette conversation qui, n’était le caractère des personnages, n’aurait par elle-même rien de bien poétique.

Le troisième acte se passe dans le jardin de Marguerite ; il renferme un très beau cantabile, chanté par Faust, la chanson gothique du roi de Thulé, un quatuor, l’air de Marguerite essayant l’un après l’autre les joyaux de la cassette, un duo et une scène d’amour qui termine l’acte, lequel est certainement un des meilleurs de l’ouvrage.

Je n’ai pas bien compris pourquoi M. GounodGounod, CharlesCharles Gounod (Paris, 17 juin 1818 – Saint-Cloud, 18 octobre 1893) compositeur. Gounod étudia le piano avec sa mère et la composition et l’harmonie en privé avec Reicha tout en faisant d’excellentes études classiques au Lycée Saint-Louis à Paris. Après avoir obtenu son baccalauréat, il Lire la suite… faisait entendre dans l’orchestre des coups de cymbales et de grosse caisse frappés pianissimo au moment où Marguerite, éblouie par le scintillement des diamans et des émeraudes, se trouve aussi richement parée que la fille d’un roi : je crains que ce ne soit pour exprimer tout ce qu’il y a de solennel et d’ambitieux dans une telle comparaison. Mais, que ce quatuor est charmant ! comme ils causent tendrement ces deux amoureux, et quels jolis apartés font ensemble Méphistophélès et Marthe, dont les œillades passionnées finissent par épouvanter le diable. Écoutez Marguerite appuyée sur sa fenêtre, aspirant les parfums enivrans des fleurs qui l’environnent et ouvrant ses bras au bien-aimé. Quelle extase, quel ravissement ! que d’amour, que de volupté dans ce chant et dans ces harmonies ! N’est-il pas vrai que cette scène est admirable et que le musicien a surpassé le poëte ?

La voilà sortie de son rêve, la pauvre Gretchen, et le bruit du rouet accompagne sa chanson plaintive.

La scène change : Valentin et ses compagnons d’armes entonnent à pleine voix un chœur dont le rythme est plein de vigueur et d’énergie, et que l’on a fait bisser sans aucun égard pour les poumons de messieurs les choristes. Les griffes de Satan grattent les cordes de la mandoline devant la porte de Marguerite :

Vous qui faites l’endormie,

N’entendez-vous pas,

O Catherine, ma mie,

Ma voix et mes pas ?

Un coup d’épée de Valentin brise l’instrument entre les mains du donneur de sérénade et l’épée de Méphistophélès traverse la poitrine du soldat. Le frère dénonce publiquement le déshonneur de sa sœur ; il expire en lançant l’anathème sur la jeune fille qui pleure agenouillée devant lui. Cette scène émouvante a causé une impression très-grande ; mais l’enthousiasme du public a été bien mieux justifié encore par la scène de l’église qui fait un final si pompeux et si grandiose à ce quatrième acte. L’orgue mêle ses accords religieux aux sombres accens du dies irae ; Marguerite, prosternée sous le porche de la cathédrale, essaye de calmer ses remords par la prière. Méphistophélès, debout à ses côtés, invisible pour elle, couvre de ses imprécations et de ses blasphèmes les sanglots de la pécheresse.

Voici la nuit de Walpurgis ; des silhouettes fantastiques passent dans les airs et les sorcières mènent sur le Brocken leur ronde échevelée, « cela se presse et pousse, siffle et clapote, frémit et grouille, file et bavarde ; cela reluit, étincelle, et jure et flambe ! Un véritable élément de sorcières. » Au milieu de ces masques hideux et grimaçans apparaît à Faust la douce figure de Marguerite : quel étrange ornement porte-t-elle donc autour de son cou ? Un petit ruban rouge étroit comme le tranchant d’un couteau ! Les auteurs du libretto ont amené ici l’épisode d’Hélène qui ne se trouve, on le sait, que dans la seconde partie du drame de GoëtheGoethe, Johann Wolfgang vonJohann Wolfgang von Goethe (Francfort, 28 août 1749 – Weimar, 22 mars 1832), écrivain. Son œuvre est prolifique et presqu’encyclopédique puisqu’il a écrit des poèmes, des drames, des romans mais aussi des ouvrages de botanique et d’ostéologie et d’analyse du spectre des couleurs. Ses Lire la suite…. L’épouse de Ménélas préside l’orgie à laquelle prennent part Laïs, Cléopâtre et une foule de célébrités païennes. Un décor d’une richesse éblouissante est évidemment le seul prétexte que l’on puisse donner à cette exhibition tout à fait inattendue.

Le récit de Méphistophélès et les couplets bachiques de Faust ont été beaucoup mieux appréciés que les glapissemens des diablesses chevauchant sur leurs balais fourchus, et poussant des hou hou avec accompagnement de cymbales et de petite flûte.

Il y a d’excellentes choses dans l’acte de la prison : un trio très dramatique et le grand air de Marguerite coupé par des réminiscences de la valse du second acte et par le rappel de cette phrase suave que les deux amants ont chantée à leur première rencontre. L’apothéose est traitée avec beaucoup de grandeur et d’élévation : elle a bien le caractère mystique qui convient aux hymnes des archanges et des séraphins et termine pompeusement une œuvre que je n’hésite pas à classer parmi les plus complètement belles de ce temps-ci, une œuvre dans laquelle de très légères imperfections sont effacées par des inspirations et des beautés de premier ordre.

La pièce est montée avec un luxe de décors et de mise en scène qui atteste le bon goût, l’intelligence et l’habileté de M. Carvalho ; l’exécution m’a paru en tous points très satisfaisante : orchestre et chœurs méritent des éloges. BalanquéBalanqué, Mathieu-EmileMathieu-Émile Balanqué (Bayonne, 16 septembre 1826 – Paris, 29 avril 1866), basse. Il fit ses études au Conservatoire de Paris et débuta au Théâtre National (futur Théâtre-Lyrique) dans Juanita (Duprez) le 11 mai 1852. Il se produisit ensuite à Bruxelles et en province (Toulouse et StrasbouLire la suite… a du mordant, de la verve et de l’ironie : il a fort bien chanté sa sérénade et a trouvé des éclats de voix vraiment sataniques dans la scène de l’église. BarbotBarbot, JulesJoseph-Théodore-Désiré Barbot, dit Jules Barbot (Toulouse, 12 avril 1824 – Paris, 26 décembre 1896), ténor. Élève de M. Garcia au Conservatoire de Paris, il obtint un premier prix de chant et un deuxième prix d’opéra-comique en 1847 et fut engagé à l’Opéra de Paris cette même annLire la suite… a fait un tour de force dont peu d’artistes moins bons musiciens que lui auraient été capables ; il a appris le rôle de Faust en trois semaines et il a chanté avec beaucoup de talent et de distinction. Mlle FaivreFaivre, AmelieLouise-Amélie Faivre (Paris, 4 février 1837 – Paris, 17 novembre 1897), soprano. Elle étudia au Conservatoire de Paris, où elle obtint un troisième accessit de chant et un deuxième prix d’opéra-comique en 1857. Elle débuta au Théâtre-Lyrique dans Euryanthe (Weber), et y créa de nombreLire la suite… est charmante et pleine de gentillesse sous les traits de Siebel ; ReynalRaynal, Barthélemy-OsmondBarthélemy-Osmond Raynal [Reynal] (Agen/Lot-et-Garonne, 14 octobre 1826 – Paris, 22 septembre 1885). Il épousa Anne-Marie Forcès le 5 juin 1849 à Agen/Lot-et-Garonne. En 1859, il fut engagé au Théâtre-Lyrique, où il créa le rôle de Valentin dans Faust (Gounod). Il y resta jusqu’en 186Lire la suite… [Raynal]Raynal, Barthélemy-OsmondBarthélemy-Osmond Raynal [Reynal] (Agen/Lot-et-Garonne, 14 octobre 1826 – Paris, 22 septembre 1885). Il épousa Anne-Marie Forcès le 5 juin 1849 à Agen/Lot-et-Garonne. En 1859, il fut engagé au Théâtre-Lyrique, où il créa le rôle de Valentin dans Faust (Gounod). Il y resta jusqu’en 186Lire la suite… a débuté dans le personnage de Valentin : il a une très jolie voix de baryton et pourra rendre, je crois, de très utiles services au Théâtre-Lyrique. Dans l’écrin de Marguerite, il n’y a pas une perle, pas un diamant qui vaille la voix de Mme Miolan-Carvalho Miolan-Carvalho, Marie-CarolineMarie-Caroline Félix-Miolan épouse Calvalho (Marseille, 31 décembre 1827 – Paris, 10 juillet 1895), soprano. Elle étudia au Conservatoire de Paris avec Duprez et obtint le 1er prix de chant en 1847. Elle débuta à l’Opéra-Comique en Mai 1850 dans L’Ambassadrice (Auber). Elle participa à Lire la suite…; toutes les nuances, toutes les délicatesses de son rôle ont été rendues par la grande cantatrice avec un talent et un art exquis ; je n’aurais jamais cru qu’une voix si habituée à voltiger dans le domaine de la fioriture et de la roulade pût se prêter aussi magistralement à l’interprétation du chant large et dramatique. Voilà revenues les belles soirées des Noces de FigaroNoces de Figaro, LesLes Noces de Figaro (Le nozze di Figaro), K.V. 492, opera buffa en quatre actes sur un livret en italien de Lorenzo Da Ponte, d’après Beaumarchais, mis en musique par Wolfgang Amadeus Mozart et créé au Burgtheater de Vienne le 1er mai 1786.Lire la suite… ; l’entracte n’aura pas duré longtemps.

Et la Fée CarabosseFée Carabosse, LaLa Fée Carabosse, opéra-comique en trois actes, précédé d’un prologue, sur un livret de Joseph-Philippe Lockroy et Hippolyte Cogniard mis en musique par Victor Massé et créé au Théâtre-Lyrique le 28 février 1859.Lire la suite… ! Se suis tout honteux de n’avoir encore écrit que quelques mots sur la nouvelle partition de M. Victor MasséMassé, Felix-Marie-VictorFélix Marie Victor Massé (Lorient, 7 mars 1822 – Paris, 5 juillet 1884), compositeur. Il étudia le piano avec Zimmerman et la composition avec Halévy au Conservatoire de Paris, où obtint le 1er Prix de piano en 1839 et le 1er Prix de Rome en 1844. Il débute à l’Opéra-Comique en 1850 avec LLire la suite…. Quatre lignes ne suffisent pas pour payer le plaisir que m’a fait éprouver cette œuvre charmante, et l’auteur de GalathéeGalatéeGalatée, opéra-comique en deux actes sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré mis en musique par Victor Massé et créé à l’Opéra-Comique le 14 avril 1852.Lire la suite…, des Noces de JeannetteNoces de Jeannette, LesLes Noces de Jeannette, opéra-comique en un acte sur un livret de Michel Carré et Jules Barbier, mis en musique par Victor Massé, créé à l’Opéra-Comique le 4 février 1853.Lire la suite… et des SaisonsSaisons, LesLes Saisons, opéra-comique en trois actes sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré mis en musique par Victor Massé et créé à l’Opéra-Comique le 22 décembre 1855.Lire la suite… (oui, des SaisonsSaisons, LesLes Saisons, opéra-comique en trois actes sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré mis en musique par Victor Massé et créé à l’Opéra-Comique le 22 décembre 1855.Lire la suite…) mérite d’être traité avec plus d’égards. Mais le temps, mais l’espace ! et une indomptable paresse qui me fait toujours remettre au lendemain ce que je devrais faire la veille. Evidemment il est trop tard pour que j’analyse maintenant le spirituel poème, le joyeux libretto de MM. LockroyLockroy, Joseph-PhilippeJoseph-Philippe Simon dit Lockroy (Turin, 17 février 1803 – Paris, 19 janvier 1891), acteur, auteur dramatique et librettiste. Il débuta comme comédien en 1827 à l’Odéon puis joua au théâtre de la Porte St. Martin et à la Comédie-Française tout en écrivant, seul ou avec Scribe des piècesLire la suite… et CogniardCogniard, Jean-HippolyteJean-Hippolyte Cogniard (Paris, 20 novembre 1807 – Paris, 6 février 1882), auteur dramatique. Il écrivit de nombreux vaudevilles et féeries en collaboration avec son frère Charles-Théodore, dont La Cocarde tricolore (1831), La Fille de l’air (1837), Les Chercheuses d’or (1850) et La Chatte Lire la suite…. Mais il est encore temps de dire mon opinion sur la musique de M. Victor MasséMassé, Felix-Marie-VictorFélix Marie Victor Massé (Lorient, 7 mars 1822 – Paris, 5 juillet 1884), compositeur. Il étudia le piano avec Zimmerman et la composition avec Halévy au Conservatoire de Paris, où obtint le 1er Prix de piano en 1839 et le 1er Prix de Rome en 1844. Il débute à l’Opéra-Comique en 1850 avec LLire la suite…, laquelle abonde en gracieuses mélodies, en détails d’instrumentation très piquants. Le chœur de moissonneurs, placé au premier acte, est un des beaux morceaux d’ensemble que je connaisse ; on l’a fait répéter le soir de la première représentation.

Le grand air chanté par la belle voix de M. MichotMichot, Pierre-JulesPierre-Jules Michot (Lyon, 22 mai 1828 – Chatou, 22 avril 1896), ténor. Il fit ses débuts en province puis chanta à Paris au café-concert, où Adolphe Adam le remarqua. Il étudia auprès de A. Guillot de Sainbris et débuta au Théâtre-Lyrique dans le rôle-titre de Richard Cœur-de-Lion (Lire la suite… a produit beaucoup d’effet ; on a remarqué aussi un excellent duo pour ténor et soprano, un quatuor très heureusement réussi, et surtout la chanson de l’alouette, qui est le bouquet de la partition. C’est dans cette chanson que Mme UgaldeUgalde, DelphineDelphine Ugalde née Beaucé (Paris, 3 décembre 1829 – Paris, 19 juillet 1910), soprano. Elle étudia avec Mme Cinti-Damoreau et débuta en 1848 à l’Opéra-Comique. Elle y fit de nombreuses créations dont : Le Toréador (Adam) en 1849, La Dame de Pique (Halévy) en 1850, Galathée (Massé) enLire la suite… fait, chaque soir, des prodiges de vocalisation, et se livre à toutes les hardiesses, à toutes ces merveilleuses broderies que le public du boulevard du Temple applaudit comme ils les applaudissaient jadis à l’Opéra-Comique.

TamberlickTamberlick, EnricoEnrico Tamberlick (Rome, 16 mars 1820 – Paris, 13 mars 1889), ténor. Après avoir étudié à Rome, à Naples et à Bologne, il fit ses débuts au Teatro del Fondo de Naples en 1843. Dès 1850, il se produisit chaque année à Londres dans les rôles de ténors héroïques, notamment Arnold (GuilLire la suite… est revenu de Russie : il est rentré samedi au Théâtre-Italien, dans le rôle de Manrico du TrovatoreTrovatore, IlIl Trovatore, opéra en quatre actes sur un livret en italien de Salvadore Cammarano  complété par Leone Emanuele Bardare et mis en musique par Giuseppe Verdi. L’œuvre fut créée au Théâtre Apollo à Rome le 19 janvier 1853 et au Théâtre-Italien à Paris le 23 décembre 1854.Lire la suite…, et cette soirée m’a un peu fait oublier la représentation de Don GiovanniDon Giovanni (Don Juan)Il dissoluto punito ossia il Don Giovanni, K.V. 527, dramma giocoso en deux actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte mis en musique par Wolfgang Amadeus Mozart et créé au Théâtre des Etats de Prague le 29 octobre 1787. Mozart fit des modifications pour la création de l’œuvre au Burgtheater deLire la suite…, à laquelle j’ai assisté la semaine dernière. Si je l’ai oubliée, c’est une bonne raison pour n’en rien dire.

M. TamberlickTamberlick, EnricoEnrico Tamberlick (Rome, 16 mars 1820 – Paris, 13 mars 1889), ténor. Après avoir étudié à Rome, à Naples et à Bologne, il fit ses débuts au Teatro del Fondo de Naples en 1843. Dès 1850, il se produisit chaque année à Londres dans les rôles de ténors héroïques, notamment Arnold (GuilLire la suite… a lancé un ut de poitrine, un ut qui, pour ne pas être diézé, n’en a pas moins électrisé la salle. Aux Italiens, comme à l’Opéra, on aime cette note, et jamais ténor ne l’a possédée plus éclatante, plus belle et mieux timbrée. Dans OtelloOtelloOtello, opera seria en trois actes sur un livret en italien de Francesco Berio di Salsa mis en musique par Gioachino Rossini et créé au Théâtre Del Fondo de Naples le 4 décembre 1816 et au Théâtre-Italien de Paris le 5 juin 1821. Rossini remania l’œuvre sur un livret français d’AlphonseLire la suite…, qui sera joué quand on aura trouvé une Desdemone, TamberlickTamberlick, EnricoEnrico Tamberlick (Rome, 16 mars 1820 – Paris, 13 mars 1889), ténor. Après avoir étudié à Rome, à Naples et à Bologne, il fit ses débuts au Teatro del Fondo de Naples en 1843. Dès 1850, il se produisit chaque année à Londres dans les rôles de ténors héroïques, notamment Arnold (GuilLire la suite… montera son ut d’un demi-ton, et il le monterait peut-être plus haut si le diapason actuel voulait bien le lui permettre.

N’allez pas croire qu’il n’y a chez cet artiste qu’une note phénoménale : il a aussi une grande intelligence, une bonne méthode et un profond sentiment dramatique.

Voici un livre que j’ai lu deux fois, et que je compte bien relire encore, tant je le trouve intéressant et instructif, même dans ses pages les plus frivoles. Les Grotesques de la musiqueLes Grotesques de la MusiqueLes Grotesques de la musique de Hector Berlioz publié par la Librairie Nouvelle A. Bourdilliet et Cie, Paris, 1859.Lire la suite… auront la vogue des Soirées de l’orchestreSoirées de l’orchestre, LesLes Soirées de l’orchestre par Hector Berlioz. Recueil d’extraits des feuilletons de Hector Berlioz mis sous forme de 25 soirées suivies de deux épilogues, publié par Michel Levy Frères, libraires-éditeurs, Rue Vivienne 2bis, Paris, 1852.Lire la suite… et du Voyage en Allemagne et en ItalieVoyages en Allemagne et en ItalieVoyage musical en Allemagne et en Italie, Etudes sur Beethoven, Gluck et Weber. Mélanges et nouvelles, de Hector Berlioz, publié par Jules Labitte, Paris, 1844.Lire la suite…. Dans le nouveau volume que vient de publier M. Hector BerliozBerlioz, Louis-HectorLouis-Hector Berlioz (La Côte Saint-André, 11 décembre 1803 – Paris, 8 mars 1869), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris avec Lesueur et obtint le 1er Prix de Rome en 1830. La même année, il composa sa Symphonie fantastique. De retour de Rome, il composa Lelio ou le Retour à la vLire la suite…, vous retrouverez, tel que vous l’avez connu dans ses précédens ouvrages, l’écrivain sceptique et paradoxal, l’observateur fin et spirituel de toutes les misères de la vie d’artiste, le conteur charmant, plein de gaieté et de bonne humeur. Ne vous effarouchez pas de ses calembours par à peu près et de ses plaisanteries rabelaisiennes ; suivez les pointes de ses épigrammes : elles vont toujours droit au but. Ses portraits sont des caricatures ; mais ses caricatures sont des portraits : vous en reconnaîtrez plus d’un parmi ceux qui défilent dans cette galerie. Dans plus d’une anecdote joyeusement racontée, vous devinerez la pensée philosophique de l’écrivain, et partout vous retrouverez cet amour du beau, cette horreur des médiocrités et des choses médiocres, qui ne l’a jamais abandonné, et qui se relève dans ses écrits aussi bien que dans ses compositions musicales.

A la dernière séance de la Société du Conservatoire, une jeune cantatrice, Mlle BattuBattu, MarieMarie Battu (Paris, 30 mai 1837 – Paris, 12 juin 1919), soprano. Fille du violoniste et second chef d’orchestre de l’orchestre de l’Opéra, Pantaléon Battu, et sœur du librettiste Léon Battu, elle étudia le chant avec Duprez. Elle se produisit dans Pepito (Offenbach, 1856), mais ne fut remLire la suite…, a eu la bonne fortune de se faire entendre devant les juges redoutables qui siègent dans le temple de la rue Bergère ; et tous ces fronts, qui d’habitude se chargent de nuages aussitôt qu’on les met en présence d’un nom nouveau ou d’une œuvre nouvelle, se sont déridés, se sont éclaircis dès les premières notes lancées par la débutante. Et cependant elle n’était pas très rassurée, cette timide demoiselle : elle est restée quelques instans avant de vaincre son émotion, puis elle a retrouvé tous ses moyens ; elle a chanté avec un goût parfait, une méthode irréprochable et une voix de vingt ans cet admirable final du premier acte d’Oberon OberonObéron, épopée romantique en 14 chants en vers de Christoph Martin Wieland, publiée pour la première fois en 1780 et dans sa version finale en 1796.Lire la suite…[ObéronOberonObéron, épopée romantique en 14 chants en vers de Christoph Martin Wieland, publiée pour la première fois en 1780 et dans sa version finale en 1796.Lire la suite…], dans lequel Mme Altès-RibaultAltès-Ribault, Émilie-FrancisqueÉmilie-Francisque Ribault (Mantes, 24 avril 1833 – ?), soprano. Elle étudia au Conservatoire de Paris et obtint un premier accessit d’Opéra en 1854. Le 1er février 1855, elle fut engagée à l’Opéra, où elle resta jusqu’au 1er mai 1860. En 1858, elle épousa le flutiste Joseph-Henri Lire la suite… l’a parfaitement secondée. Quand je le saurai, je ne manquerai pas de vous dire quel est l’heureux théâtre qui va compter Mlle BattuBattu, MarieMarie Battu (Paris, 30 mai 1837 – Paris, 12 juin 1919), soprano. Fille du violoniste et second chef d’orchestre de l’orchestre de l’Opéra, Pantaléon Battu, et sœur du librettiste Léon Battu, elle étudia le chant avec Duprez. Elle se produisit dans Pepito (Offenbach, 1856), mais ne fut remLire la suite… au nombre de ses nouvelles étoiles.

Je signale l’arrivée d’un pianiste dont l’exécution dépasse tout ce que vous pouvez rêver de plus éblouissant, de plus merveilleux, et qui a fait sensation à Paris il y a quelques années : M. Emile Forgues a joué plusieurs morceaux de sa composition au quatrième concert de Vieuxtemps Vieuxtemps, HenriHenri Vieuxtemps (Verviers/Belgique, 17 février 1820 – Mustapha/Algérie, 6 juin 1881), violoniste et compositeur. Enfant prodige, il se produisit en concerts à Bruxelles dès l’âge de sept ans, attirant l’attention du violoniste Charles de Bériot qui le fit venir à Paris, où il débuta enLire la suite…: il nous donnera bientôt une soirée dans laquelle nous entendrons son concerto à grand orchestre, œuvre que des musiciens compétens s’accordent à trouver excessivement remarquable.

J’étais au concert de M. et Mme Deloffre Marie-Louise Leger épouse DeloffreMarie-Louise Leger épouse Deloffre (Paris, 24 décembre 1829 – Neuilly-sur-Seine, 26 février 1804), pianiste. Elle épousa le chef d’orchestre et violoniste Adolphe Deloffre le 30 décembre 1847 à Paris. Elle fut une pianiste remarquable qui se produisit avec son mari dans des concerts de musLire la suite…; j’étais au concert de M. HammerHammer, Richard-RobertRichard-Robert Hammer (Eberfeld/Allemagne, 18 novembre 1828 – Paris, 29 novembre 1907), violoniste et compositeur. Vers 1850, il s’installa à Paris, où il enseigna le violon et la musique de chambre tout en se produisant dans des concerts de musique de chambre, souvent avec les pianistes WilheLire la suite…, à celui de M. Alexandre BattaBatta, AlexandreAlexandre Batta (Maastricht, 9 juillet 1816 – Versailles, 8 octobre 1902), violoncelliste. Il étudia le violoncelle d’abord avec son père, Pietro Batta, puis avec Nicolas-Joseph Platel au Conservatoire de Bruxelles, où il obtint un 1er prix de violoncelle en 1843. Après une période de voyagesLire la suite…, à la belle soirée donnée par M. et Mme ViguierViguier, M. et Mme AlfredAlfred-Joseph Viguier ( Lauris/Vaucluse, 14 août 1828 – Paris, 12 décembre 1904), altiste. Il était membre du Quatuor Français, et devint sociétaire de la Société des concerts du Conservatoire le 28 octobre 1863. Le 17 juin 1858 il épousa la pianiste et professeur de piano Léonide-Adèle-Lire la suite…, au concert organisé au bénéfice de la Société allemande de bienfaisance, par M. KrügerKrüger, WilhelmWilhelm Krüger (Stuttgart, 5 août 1820 – Stuttgart, 16 juin 1883), pianiste, compositeur et professeur. Fils du flûtiste virtuose de l’orchestre de chambre royal du Wurtemberg Gottlieb Krüger, il fut un éminent pianiste et un compositeur de musique de salon. En 1845, il s’installa à PariLire la suite…, à la grande séance des six mille orphéonistes, dirigés par M. Eugène Delaporte, leur vaillant chef, leur apôtre, leur messie ; j’étais à la première et à la seconde soirée de la belle Mlle StarckBronsart, Ingeborg Lena vonIngeborg Lena Starck épouse von Bronsart (Saint-Pétersbourg, 12 août 1840 – Munich, 17 juin 1913), pianiste et compositeur. Fille d’Otto Starck et de Margareta Akerman, elle étudia le piano avec Nicolas von Martinoff et Adolf Henselt et la composition avec Constantin Decker. Elle compléta sesLire la suite… [Starck-Bronsart] et j’irais volontiers à la troisième ; j’étais à la matinée de Mlle de Courcelles, à la salle Beethoven ; enfin je vais partout où il y a d’excellente musique à entendre et de grands artistes à applaudir.

Et voilà pourquoi je serai aussi au concert que M. Charles PoisotPoisot, Charles EmileCharles-Emile Poisot (Dijon, 7 juillet 1822 – Dijon, 4 mars 1904), compositeur et pianiste.  Il étudia le piano avec Louis Adam et Camille Stamaty et la composition avec Fromental Halévy. Il fit représenter Le Paysan à l’Opéra-Comique (1850), et publia un Essai sur les musiciens bourguignLire la suite… donne demain ou ce soir dans la salle Herz, et dont la recette est destinée à exonérer un jeune ténor du service militaire. Eh ! bien, si j’étais ténor, il me semble que j’aimerais assez à exercer ma voix au milieu des combats ; j’essayerais de dominer le bruit du canon et de la fusillade, cet orchestre des champs de bataille, et ce serait là un exercice qui ferait, peut-être, plus pour le développement de mon organe que les cailloux de DuprezDuprez, Gilbert-LouisGilbert-Louis Duprez (Paris, 6 décembre 1806 – Poissy, 23 septembre 1896), ténor. Il se fit d’abord une carrière en Italie où il créa plusieurs rôles d’opéras de Donizetti. Ce dernier écrivit le rôle d’Edgardo de Lucia di Lammermoor pour Duprez qui le créa à Naples en 1835. En 183Lire la suite… et de DémosthèneDemostheneDémosthène (Athènes, 383 av. J.-C. – Calaurie/ Poros, 322 av. J.-C.), orateur. Après avoir travaillé comme logographe, il s’engagea politiquement et fit des discours contre l’hégémonie macédonienne en Grèce. Il joua un rôle important dans la révolte d’Athènes contre le joug macéLire la suite….