Le Moniteur Universel, 20 novembre 1864, p. (article signé E. REYER).

Feuilleton du MoniteurSOUVENIRS D’ALLEMAGNE Voir Le Moniteur du 19 novembre 1864.

Si l’éducation musicale était, en général, plus soignée, ou si le public, pris en masse, avait la moindre éducation musicale, au concert comme au théâtre, on ne s’en rapporterait pas à l’étiquette pour juger de la valeur d’une œuvre. A l’époque où RossiniRossini, GioachinoGioachino Rossini (Pesaro/Italie 29 février 1792 – Passy, 13 novembre 1868), compositeur. Né de parents musiciens, Rossini étudia le chant avec Giuseppe Malerbi à Lugo et débuta comme chanteur au théâtre d’Imola en 1804 et chanta le rôle d’un enfant dans Camilla de Paer à Bologne en 180Lire la suite… arriva en France, jeune et à peu près inconnu, avec ses trésors de mélodie, ses formules nouvelles, son orchestration luxuriante et ses formidables crescendo, on le siffla au théâtre et on se moqua de lui dans le monde : quelques musiciens se mirent à la tête du complot, cela est vrai ; mais chez ceux-ci il y avait la jalousie, il y avait la crainte d’être écrasés par un nouveau venu dont ils reconnaissaient secrètement la supériorité et le génie, tandis que de la part du public il n’y avait que l’ignorance et l’amour de la routine. Et alors parurent ces caricatures qui représentaient l’auteur du BarbierBarbier de Séville, LeIl Barbiere di Siviglia (Le Barbier de Séville), opera buffa en 2 actes sur un livret de Cesare Sterbini, d’après Beaumarchais, mis en musique par Gioachino Rossini créé au Teatro Argentina à Rome le 20 février 1816. L’œuvre fut donnée à Paris pour la première fois au Théâtre-ItalienLire la suite… et de La Gazza LadraGazza ladra, LaLa gazza ladra, opera semiseria en deux actes sur un livret en italien de Giovanni Gherardini créé au Théâtre de La Scala de Milan le 31 mai 1817.Lire la suite…, tout harnaché de cymbales, de grosses-caisses, de tambours et de gros instruments de cuivre. On l’appelait M. TAMBOURROSSINI, et un savant musicien, membre de l’Institut, plein de grâce en ses manières et de finesse en ses propos, disait de lui : « Ce monsieur RossiniRossini, GioachinoGioachino Rossini (Pesaro/Italie 29 février 1792 – Passy, 13 novembre 1868), compositeur. Né de parents musiciens, Rossini étudia le chant avec Giuseppe Malerbi à Lugo et débuta comme chanteur au théâtre d’Imola en 1804 et chanta le rôle d’un enfant dans Camilla de Paer à Bologne en 180Lire la suite… aura beau faire, ce ne sera jamais qu’un petit discoureur en musique. »

WeberWeber, Carl Maria vonCarl Maria von Weber (Eutin, 18 novembre 1786 – Londres, 5 juin 1826), compositeur. Il étudia avec son père, puis avec Johann Peter Heuschkel, organiste à Hildburghausen où sa famille s’était établie en 1796. L’année suivante, sa famille s’installa à Salzbourg où Weber étudia avec Lire la suite…, sans l’habileté de M. Castil-BlazeCastil-Blaze, Francois-Henri-JosephFrançois-Henri-Joseph Blaze dit Castil-Blaze (Cavaillon/Vaucluse, 1er décembre 1784 – Paris, 11 décembre 1857), critique musical, librettiste, traducteur et adaptateur. Il étudia d’abord la musique avec son père, avant de se rendre à Paris pour étudier le droit ; il devint l’un des premLire la suite…, habileté dont a largement profité celui-ci, n’aurait peut-être été connu et apprécié que vingt ans plus tard, et, certes, ce n’était ni sa tête pointue ni ses jambes torses qui auraient aidé à le faire passer parmi nous pour un homme de génie. On s’est beaucoup occupé des habitudes privées de MeyerbeerMeyerbeer, GiacomoJakob Liebmann Meyer Beer dit Giacomo Meyerbeer (Vogelsdorf, 5 septembre 1791 – Paris, 2 mai 1864), compositeur. Il étudia la composition avec Zelter puis l’abbé Vogler et le piano avec Franz Lauska. Bien que considéré par Moscheles comme un des plus grands pianistes de son temps, Meyerbeer abLire la suite… et du soin qu’il prenait de sa renommée. Il avait bien raison, ma foi, et jamais artiste riche ne fera un meilleur et un plus sage emploi de sa fortune. Il a combattu l’ignorance, il a combattu la routine, et il a triomphé. A l’aide de son talent, à l’aide de son génie seuls, il n’eût peut-être pas si glorieusement réussi. De plus vieux que moi se souviennent encore des premières soirées de Robert le DiableRobert-le-diableRobert le Diable, opéra en cinq actes sur un livret d’Eugene Scribe et  Germain Delavigne, mis en musique par Giacomo Meyerbeer, créé à l’Opéra de Paris le 21 novembre 1831.Lire la suite…. Cela servit-il d’enseignement quelques années plus tard, lorsque parurent Les HuguenotsHuguenots, LesLes Huguenots, opéra en cinq actes sur un livret d’Eugene Scribe et  Emile Deschamps, mis en musique par Giacomo Meyerbeer, créé à l’Opéra de Paris le 29 février 1836.Lire la suite… ? Pas le moins du monde. Un maire célèbre, homme d’esprit et familier de la Cour, se rendit chez le roi en sortant de la première représentation, et voici ce qu’il dit : « Ce qui vient par la flûte s’en va par le tambour, et je crains bien que ce pauvre DuponchelDuponchel, HenriHenri Duponchel (Paris, 28 juillet 1794 – Paris, 8 avril 1868), architecte, décorateur, directeur de théâtre et orfèvre. Il étudia la peinture avec Guérin aux côtés de Delacroix, avec lequel il se lia d’amitié. Il suivit des cours d’architecture puis fut associé entre 1818 et 1919 àLire la suite… ne perde avec Les HuguenotsHuguenots, LesLes Huguenots, opéra en cinq actes sur un livret d’Eugene Scribe et  Emile Deschamps, mis en musique par Giacomo Meyerbeer, créé à l’Opéra de Paris le 29 février 1836.Lire la suite… autant que son prédécesseur (le docteur VéronVéron, LouisLouis Véron (Paris, 5 avril 1798 – Paris, 27 septembre 1867), médecin et directeur. Il fit fortune en vendant une pâte pectorale, la pâte Regnauld. Après avoir collaboré à divers journaux, il fonda en 1829 La Revue de Paris. Lorsque le gouvernement décida de changer le mode de gestion de lLire la suite…) a gagné avec Robert le DiableRobert-le-diableRobert le Diable, opéra en cinq actes sur un livret d’Eugene Scribe et  Germain Delavigne, mis en musique par Giacomo Meyerbeer, créé à l’Opéra de Paris le 21 novembre 1831.Lire la suite…. » En s’exprimant ainsi, M. V….. n’était que l’écho du public, de ce public de première représentation qui n’a pas changé depuis, pour lequel Robert était devenu un chef-d’œuvre mais qui trouvait Les HuguenotsHuguenots, LesLes Huguenots, opéra en cinq actes sur un livret d’Eugene Scribe et  Emile Deschamps, mis en musique par Giacomo Meyerbeer, créé à l’Opéra de Paris le 29 février 1836.Lire la suite… complètement dépourvus de mélodie. Je n’ai pas besoin de rappeler les scènes scandaleuses de la première représentation de TannhäuserTannhäuserTannhäuser, opéra romantique en trois actes sur un livret en allemand et une musique de Richard Wagner créé au Théâtre royal de la Cour à Dresde le 19 octobre 1845. Wagner fit des quelques changements pour la version en français due à Charles Nuitter qui fut créée à l’Opéra de Paris Lire la suite… : les uns sifflaient, parce qu’ils ne comprenaient pas et que cela les ennuyait de ne pas comprendre ; les autres sifflaient l’œuvre du compositeur en pensant au livre de l’écrivain, à ce fameux livre qui n’est cependant que la paraphrase développée de la préface d’AlcesteAlcesteAlceste, tragédie lyrique en trois actes sur un livret de François-Louis Gand Le Bland dit bailli du Roullet adaptée du livret en italien de Ranieri de’ Calzabigi mis en musique par Christoph Willibald Gluck et créée à l’Opéra de Paris le 23 avril 1776. La version originale en Italien futLire la suite…, pour laquelle GluckGluck, Christoph WillibaldChristoph Willibald Gluck (Erasbach/Haut-Palatinat, 2 juillet 1714 – Vienne, 15 novembre 1787), compositeur. Né en Bohème, on ne sait rien de ses études scolaires ou musicales. En 1732, il alla à Prague, jouant du violon, et préférablement du violoncelle et chantant dans les chœurs des églLire la suite… n’a jamais été sifflé, et qu’il a lui-même empruntée à CacciniCaccini, Giulio RomoloGiulio Romolo Caccini (Rome, 8 octobre 1851 – Florence, 10 décembre 1618), compositeur. À l’âge de treize ans, il fut engagé comme soprano à la Cappella Giulia à Rome, où il étudia avec Giovanni Animuccia. Vers 1565, il fut engagé à la cour de Florence, où il étudia le luth et le chaLire la suite…, l’auteur des Nuove musichenuove musiche, LeLe nuove musiche, recueil de monodies basées sur deux types de poésies : madrigaux et arias (des canzonettas strophiques) pour une voix et basse continue de Giulio Romolo Caccini. Le recueil contient 12 monodies sur des madrigaux et 10 arias et fut publié à Florence en 1601/2.Lire la suite…, ouvrage joué en 1600. Après deux représentations, TannhäuserTannhäuserTannhäuser, opéra romantique en trois actes sur un livret en allemand et une musique de Richard Wagner créé au Théâtre royal de la Cour à Dresde le 19 octobre 1845. Wagner fit des quelques changements pour la version en français due à Charles Nuitter qui fut créée à l’Opéra de Paris Lire la suite… disparaissait de l’affiche. Mais il est des chutes qui font plus pour la renommée d’un compositeur et qui prouvent plus en faveur de son talent et de son génie que tels grands succès incontestés. Aussi, M. Richard WagnerWagner, RichardRichard Wagner (Leipzig, 22 mai 1813 – Venise, 13 février 1843), compositeur. Il étudia la musique tout d’abord en autodidacte puis, à partir de 1831, à l’université de Leipzig avec C. T. Weinlig. Chef des chœurs à Wurtzbourg en 1831, il devint directeur musical à Magdebourg de 1834 àLire la suite… est-il aujourd’hui, à Paris surtout, doublement célèbre : pour les uns, il a la notoriété du talent ; pour les autres, il a la notoriété du scandale.

Je voudrais que la musique fût la langue universelle et qu’elle parlât à toutes les oreilles, comme la peinture parle à tous les yeux. Qu’un peuple ait sa musique nationale, sa musique de prédilection, cela doit-il l’empêcher d’admirer ce qui se fait ailleurs que chez lui ? On a parlé souvent de l’accueil empressé que nous faisons aux musiciens étrangers ; cela est vrai, mais à une condition : c’est qu’ils renonceront presque entièrement, en notre faveur, à leur nationalité. Lulli, PicciniPiccinni, Vito Niccolo Marcello Antonio GiacomoVito Niccolo Marcello Antonio Giacomo Piccinni (Bari, 16 janvier 1728 – Passy près Paris, 7 mai 1800), compositeur. Il entra au Conservatoire San Onofrio de Naples en 1742 et étudia d’abord avec Leonardo Leo puis Francesco Durante. Il fit une carrière de compositeur d’opéras donnant, entre 1Lire la suite… [Piccinni]Piccinni, Vito Niccolo Marcello Antonio GiacomoVito Niccolo Marcello Antonio Giacomo Piccinni (Bari, 16 janvier 1728 – Passy près Paris, 7 mai 1800), compositeur. Il entra au Conservatoire San Onofrio de Naples en 1742 et étudia d’abord avec Leonardo Leo puis Francesco Durante. Il fit une carrière de compositeur d’opéras donnant, entre 1Lire la suite…, GluckGluck, Christoph WillibaldChristoph Willibald Gluck (Erasbach/Haut-Palatinat, 2 juillet 1714 – Vienne, 15 novembre 1787), compositeur. Né en Bohème, on ne sait rien de ses études scolaires ou musicales. En 1732, il alla à Prague, jouant du violon, et préférablement du violoncelle et chantant dans les chœurs des églLire la suite…, SpontiniSpontini, Gaspare Luigi PacificoGaspare Luigi Pacifico Spontini (Maiolati près Ancona/Italie, 14 novembre 1774 – Maiolati près Ancona, 24 janvier 1851), compositeur. Il étudia la musique au conservatoire des Turchini à Naples et son premier opéra bouffe, Li puntigli delle donne, fut représenté à Rome en 1796. Plusieurs de Lire la suite…, PaërPaer, FerdinandoFerdinando Paer (Parme, 1er juin 1771 – Paris, 3 mai 1839), compositeur. Il étudia avec son père puis avec Gian Francesco Fortunati, maitre de chapelle de la cour de Parme. Son premier opéra, Orphée et Eurydice (Parme, 1791) fut suivi de plusieurs autres qui lui valurent du succès dans les villLire la suite…, CherubiniCherubini, Maria Luigi Carlo Zanobi SalvadoreMaria Luigi Carlo Zanobi Salvadore Cherubini (Florence, 8 septembre 1860 – Paris, 15 mars 1842), compositeur. Il étudia la musique avec son père puis avec Bartolomeo Felici, Pietro Bizzari et Giuseppe Castrucci, puis à Milan avec Giuseppe Sarti. Il fut engagé comme compositeur au King’s TheateLire la suite…, RossiniRossini, GioachinoGioachino Rossini (Pesaro/Italie 29 février 1792 – Passy, 13 novembre 1868), compositeur. Né de parents musiciens, Rossini étudia le chant avec Giuseppe Malerbi à Lugo et débuta comme chanteur au théâtre d’Imola en 1804 et chanta le rôle d’un enfant dans Camilla de Paer à Bologne en 180Lire la suite…, MeyerbeerMeyerbeer, GiacomoJakob Liebmann Meyer Beer dit Giacomo Meyerbeer (Vogelsdorf, 5 septembre 1791 – Paris, 2 mai 1864), compositeur. Il étudia la composition avec Zelter puis l’abbé Vogler et le piano avec Franz Lauska. Bien que considéré par Moscheles comme un des plus grands pianistes de son temps, Meyerbeer abLire la suite…, et bien d’autres, par les fonctions qu’ils ont remplies, par les honneurs qui leur ont été accordés, par les œuvres qu’ils ont écrites spécialement pour nos scènes lyriques, ne sont-ils pas devenus des musiciens français ? Mais qu’un compositeur vienne à se révéler, en Allemagne comme Richard WagnerWagner, RichardRichard Wagner (Leipzig, 22 mai 1813 – Venise, 13 février 1843), compositeur. Il étudia la musique tout d’abord en autodidacte puis, à partir de 1831, à l’université de Leipzig avec C. T. Weinlig. Chef des chœurs à Wurtzbourg en 1831, il devint directeur musical à Magdebourg de 1834 àLire la suite…, comme GlinkaGlinka, Mikhail IvanovitchMikhail Ivanovitch Glinka (Novospasskoye près Yelnya, district de Smolensk/Russie, 20 mai [1er juin ?] 1804 – Berlin, 15 février 1857), compositeur. Il étudia le piano avec John Field puis Charles Meyer et le chant avec Belloli. Il voyagea en Italie de 1830 à 1833 avec le ténor Nicolay IvanoLire la suite… en Russie, et que pendant vingt années l’un et l’autre soient acclamés de Berlin à Vienne, de Moscou à Saint-Pétersbourg, qui s’en inquiète chez nous ? Celui-ci nous est tout à fait inconnu ; quant au premier, il sait ce qu’il en a coûté à son amour-propre pour avoir essayé de faire sanctionner sa renommée allemande par les bravos parisiens. HaydnHaydn, Franz JosefFranz Josef Haydn (Rohrau/Basse Autriche, 31 mars 1732 – Vienne, 31 mai 1809), compositeur. Il étudia avec Johann Mathias Franck, chef de chœur de l’église de Hainburg et fut remarqué par Reutter, maître de chapelle du Stephansdom à Vienne, qu’il le recruta en 1739 ou 1740 comme choristeLire la suite…, MozartMozart, Wolfgang AmadeusWolfgang Amadeus Mozart (Salzbourg, 27 janvier 1756 – Vienne, 5 décembre 1791), compositeur. Enfant prodige. Son père développa ses dons pour le piano et la composition et l’exhiba dès l’âge de six ans dans des voyages à travers toute l’Europe. Ses premières compositions, des pièces Lire la suite…, BeethovenBeethoven, Ludwig vanLudwig van Beethoven (Bonn, 16 décembre 1770 – Vienne, 26 mars 1827), compositeur. Enfant prodige qui donna son premier concert public à Bonn à huit ans. Il alla à Vienne et prit des leçons avec Haydn de 1792 à 1794 puis avec Albrechtsberger de 1794 à 1795 et avec Salieri vers 1799. Il compLire la suite…, WeberWeber, Carl Maria vonCarl Maria von Weber (Eutin, 18 novembre 1786 – Londres, 5 juin 1826), compositeur. Il étudia avec son père, puis avec Johann Peter Heuschkel, organiste à Hildburghausen où sa famille s’était établie en 1796. L’année suivante, sa famille s’installa à Salzbourg où Weber étudia avec Lire la suite…, et MendelssohnMendelssohn, FelixJacob-Ludwig-Felix Mendelssohn-Bartholdy (Hambourg, 3 février 1809 – Leipzig, 4 novembre 1847), compositeur. Il étudia la composition avec Zelter et le piano avec Berger et se lia d’amitié avec Goethe. Enfant surdoué, ses premières compositions datent de 1819 et à douze ans il avait déjà cLire la suite…, n’ont été exécutés en France qu’après leur mort : pour eux aujourd’hui c’est de l’engouement, et je le partage ; mais, de leur vivant, c’est à peine si on les connaissait.

Ce n’est que par l’éducation musicale que nous arriverons à aimer la musique, à l’aimer et à la comprendre, car on ne peut l’aimer si on ne la comprend pas ; ce n’est que par l’éducation musicale que nous arriverons à sanctionner de nos bravos les belles œuvres, dès qu’elles se produisent et de quelque pays qu’elles viennent ; ce n’est que par l’éducation musicale que nous serons capables de confondre dans une même admiration les morts illustres et les vivants qui les continuent. Alors tombera cette barrière qu’une coterie a élevée et essaye de maintenir entre les gloires du passé et les gloires de l’avenir ; alors nous oserons hardiment faire acte d’initiative ; nous formulerons nos jugements en connaissance de cause, et ce ne sera plus au temps seul que nous laisserons le soin de consacrer les grandes renommées.

Nous ne sommes point un peuple de musiciens mais nous pouvons le devenir. S’il est vrai de dire que les aptitudes varient suivant les individus et que chaque peuple élève l’art ou l’abaisse au niveau de son intelligence, il n’est pas vrai d’affirmer que le goût de chacun est voué d’avance a telle forme de l’art, et qu’il est impossible de le modifier ou de l’épurer. L’éducation musicale et les bons exemples mis à la portée de tout le monde doivent infailliblement développer les instincts, ouvrir à l’intelligence des horizons plus vastes et habituer les masses au contact des grandes œuvres de toutes les écoles et de tous les temps. Voici venue la liberté des théâtres : on dit que c’est un grand pas de fait, que c’est un acte de haute sagesse qui sera fécond en bons résultats. Mais, à côté des nouveaux théâtres qui ne peuvent tarder à s’ouvrir, je voudrais voir fonder une grande école de musique qui serait le Conservatoire du peuple et préparerait de nombreux élèves à écouter et à comprendre les œuvres lyriques, toutes indistinctement et sous quelque forme qu’elles se présentent. Alors on n’entendrait plus tant de gens vous dire : Je ne suis pas musicien, mais j’aime la musique quand elle est bonne, et elle est bonne quand elle me plaît et qu’elle éveille en moi des sensations agréables ; profession de foi que l’on peut appeler la fatuité de l’ignorance. Que de prétendus amateurs me l’ont faite après les TroyensTroyens, LesLes Troyens, opéra en cinq actes sur un livret et une musique de Hector Berlioz dont les trois derniers actes furent créés sous la direction de Berlioz au Théâtre-Lyrique de Paris le 4 novembre 1863 sous le titre: Les Troyens à Carthage.Lire la suite…, qu’ils avaient entendus sans les comprendre, et qu’ils critiquaient parce qu’ils ne les avaient pas compris ! Fredonner un motif de l’œuvre qui se joue pour la première fois, c’est la joie du public qui sort, c’est l’espoir du public qui entre. Après la première représentation des TroyensTroyens, LesLes Troyens, opéra en cinq actes sur un livret et une musique de Hector Berlioz dont les trois derniers actes furent créés sous la direction de Berlioz au Théâtre-Lyrique de Paris le 4 novembre 1863 sous le titre: Les Troyens à Carthage.Lire la suite…, personne ne chantait la plus petite phrase de l’opéra de BerliozBerlioz, Louis-HectorLouis-Hector Berlioz (La Côte Saint-André, 11 décembre 1803 – Paris, 8 mars 1869), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris avec Lesueur et obtint le 1er Prix de Rome en 1830. La même année, il composa sa Symphonie fantastique. De retour de Rome, il composa Lelio ou le Retour à la vLire la suite…, et le public, trop présomptueux pour s’accuser lui-même, accusait le compositeur. Il reprochait à BerliozBerlioz, Louis-HectorLouis-Hector Berlioz (La Côte Saint-André, 11 décembre 1803 – Paris, 8 mars 1869), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris avec Lesueur et obtint le 1er Prix de Rome en 1830. La même année, il composa sa Symphonie fantastique. De retour de Rome, il composa Lelio ou le Retour à la vLire la suite… de manquer de mélodie, de cette mélodie facile qui se passe d’accompagnement, qui secoue toute harmonie, cette guenille, et dont les orgues de Barbarie s’emparent ; il lui reprochait de n’avoir pas refait quelque opéra très-goûté et très-populaire ; il lui reprochait l’originalité de ses rythmes, la coupe neuve de ses morceaux, la science de son orchestration, la richesse de ses harmonies, et il appelait tout cela les extravagances d’un cerveau malade.

Quelques protestations isolées se perdaient au milieu de l’indifférence et des sarcasmes de la foule. Cela a duré ainsi vingt représentations, et bien que chaque fois les admirateurs les plus zélés du maître fissent de nouveaux prosélytes, ils n’en faisaient pas assez pour emplir la salle et satisfaire aux exigences du caissier. Je suis fâché de vous le dire, mon cher BerliozBerlioz, Louis-HectorLouis-Hector Berlioz (La Côte Saint-André, 11 décembre 1803 – Paris, 8 mars 1869), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris avec Lesueur et obtint le 1er Prix de Rome en 1830. La même année, il composa sa Symphonie fantastique. De retour de Rome, il composa Lelio ou le Retour à la vLire la suite…, mais sachez bien que la chute de TannhäuserTannhäuserTannhäuser, opéra romantique en trois actes sur un livret en allemand et une musique de Richard Wagner créé au Théâtre royal de la Cour à Dresde le 19 octobre 1845. Wagner fit des quelques changements pour la version en français due à Charles Nuitter qui fut créée à l’Opéra de Paris Lire la suite…, à laquelle vous avez tant soit peu contribué, a préparé la chute des TroyensTroyens, LesLes Troyens, opéra en cinq actes sur un livret et une musique de Hector Berlioz dont les trois derniers actes furent créés sous la direction de Berlioz au Théâtre-Lyrique de Paris le 4 novembre 1863 sous le titre: Les Troyens à Carthage.Lire la suite…, chute moins éclatante, moins brusque, mais non moins réelle que l’autre. Mieux valait pour vous que les TroyensTroyens, LesLes Troyens, opéra en cinq actes sur un livret et une musique de Hector Berlioz dont les trois derniers actes furent créés sous la direction de Berlioz au Théâtre-Lyrique de Paris le 4 novembre 1863 sous le titre: Les Troyens à Carthage.Lire la suite… entrassent à l’Opéra à la suite de TannhäuserTannhäuserTannhäuser, opéra romantique en trois actes sur un livret en allemand et une musique de Richard Wagner créé au Théâtre royal de la Cour à Dresde le 19 octobre 1845. Wagner fit des quelques changements pour la version en français due à Charles Nuitter qui fut créée à l’Opéra de Paris Lire la suite… et même de LohengrinLohengrinLohengrin, opéra romantique en trois actes sur un livret en allemand et une musique de Richard Wagner créé au Théâtre Grand-ducal de Weimar le 28 août 1850.Lire la suite… que de ne pas y entrer du tout. Votre œuvre jouée au Théâtre-Lyrique, avec les coupures et les changements motivés par l’exiguïté des moyens d’exécution et la petitesse du cadre, c’était déjà une défaveur ; le jour où vous avez condamné publiquement l’œuvre et les doctrines de WagnerWagner, RichardRichard Wagner (Leipzig, 22 mai 1813 – Venise, 13 février 1843), compositeur. Il étudia la musique tout d’abord en autodidacte puis, à partir de 1831, à l’université de Leipzig avec C. T. Weinlig. Chef des chœurs à Wurtzbourg en 1831, il devint directeur musical à Magdebourg de 1834 àLire la suite…, ce jour-là, je vous le dis en toute sincérité, vous avez fait une faute et vous n’avez guère agi dans l’intérêt de votre renommée. Certes, il n’y a pas le plus petit rapprochement à faire entre les TroyensTroyens, LesLes Troyens, opéra en cinq actes sur un livret et une musique de Hector Berlioz dont les trois derniers actes furent créés sous la direction de Berlioz au Théâtre-Lyrique de Paris le 4 novembre 1863 sous le titre: Les Troyens à Carthage.Lire la suite… et TannhäuserTannhäuserTannhäuser, opéra romantique en trois actes sur un livret en allemand et une musique de Richard Wagner créé au Théâtre royal de la Cour à Dresde le 19 octobre 1845. Wagner fit des quelques changements pour la version en français due à Charles Nuitter qui fut créée à l’Opéra de Paris Lire la suite…, quoiqu’il y ait plus d’un point de contact entre le talent de WagnerWagner, RichardRichard Wagner (Leipzig, 22 mai 1813 – Venise, 13 février 1843), compositeur. Il étudia la musique tout d’abord en autodidacte puis, à partir de 1831, à l’université de Leipzig avec C. T. Weinlig. Chef des chœurs à Wurtzbourg en 1831, il devint directeur musical à Magdebourg de 1834 àLire la suite… et le vôtre ; mais, pour le public, WagnerWagner, RichardRichard Wagner (Leipzig, 22 mai 1813 – Venise, 13 février 1843), compositeur. Il étudia la musique tout d’abord en autodidacte puis, à partir de 1831, à l’université de Leipzig avec C. T. Weinlig. Chef des chœurs à Wurtzbourg en 1831, il devint directeur musical à Magdebourg de 1834 àLire la suite… et vous c’est tout un, et quand on veut reprocher à un compositeur certaines hardiesses harmoniques, quand on croit découvrir chez lui la moindre velléité de rompre avec la routine ou les traditions scolastiques, on lui dit indifféremment : « Vous faites du WagnerWagner, RichardRichard Wagner (Leipzig, 22 mai 1813 – Venise, 13 février 1843), compositeur. Il étudia la musique tout d’abord en autodidacte puis, à partir de 1831, à l’université de Leipzig avec C. T. Weinlig. Chef des chœurs à Wurtzbourg en 1831, il devint directeur musical à Magdebourg de 1834 àLire la suite… ou vous faites du BerliozBerlioz, Louis-HectorLouis-Hector Berlioz (La Côte Saint-André, 11 décembre 1803 – Paris, 8 mars 1869), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris avec Lesueur et obtint le 1er Prix de Rome en 1830. La même année, il composa sa Symphonie fantastique. De retour de Rome, il composa Lelio ou le Retour à la vLire la suite……. prenez garde ! »

L’éducation musicale que je voudrais voir répandue dans toute la France et à Paris surtout, aurait pour principal résultat de grouper autour des œuvres sérieuses et nouvelles des juges plus impartiaux, plus compétents et plus attentifs. Je ne suis certainement pas le premier à avoir fait cette remarque, que la plupart des spectateurs qui assistent à l’exécution d’un opéra s’intéressent aux interprètes de l’œuvre plus qu’à l’œuvre elle-même : dans un divertissement chorégraphique, les ronds de jambe des danseuses ont infiniment plus d’attrait que la musique du ballet, et de même qu’un poëme médiocre peut tuer une œuvre sublime, une cantatrice phénoménale fera jouer cent fois un opéra médiocre. Les spectateurs du lendemain imitent les spectateurs de la veille ; aussi pourrais-je citer des opéras trois ou quatre fois centenaires dans lesquels les mêmes passages sont toujours applaudis : les points culminants de l’œuvre ont été signalés d’avance, on les attend avec anxiété ; mais combien de charmants détails qui échappent, combien de phrases caractéristiques, d’inventions ingénieuses répandues dans les rôles et dans l’orchestre, qui passent inaperçues. En Italie, on se donne rendez-vous au théâtre pour y prendre des sorbets et s’y entretenir de mille choses futiles, en attendant la cavatine que BerliozBerlioz, Louis-HectorLouis-Hector Berlioz (La Côte Saint-André, 11 décembre 1803 – Paris, 8 mars 1869), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris avec Lesueur et obtint le 1er Prix de Rome en 1830. La même année, il composa sa Symphonie fantastique. De retour de Rome, il composa Lelio ou le Retour à la vLire la suite… a spirituellement appelée la cavatine d’onze heures. En France, les loges étant disposées d’une façon moins propice aux causeries intimes, on parle un peu moins ; mais on n’écoute guère mieux. Le plus petit incident qui se passe dans la salle suffit pour détourner l’attention. Nos salles de spectacle sont trop éclairées. Heureusement la claque est là qui rappelle les spectateurs à la situation et agit comme un stimulant sur leur attention distraite, ou sur leurs sensations émoussées. Un public musicien (je ne dis pas un public de musiciens) tolérerait-il cette sotte institution qui réunit sous le lustre une poignée d’enthousiastes salariés par la vanité des chanteurs. En Allemagne et en Italie, les claqueurs n’existent pas. Quelle singulière idée ont-ils donc du public français ceux qui se sont faits les apologistes de la claque ? Si les artistes persistent à s’illusionner chez nous sur ces applaudissements réglés à l’avance et dont le tarif leur est connu, ce n’est pas une raison pour que le public sacrifie sa dignité et son libre arbitre à l’amour-propre des artistes. La claque supprimée, le public applaudira davantage et les chanteurs s’habitueront à n’être applaudis que lorsqu’ils l’auront mérité.

(La suite prochainement.)