Le Moniteur Universel, 25 décembre 1864, p. (article signé E. REYER).

 Feuilleton du MoniteurSOUVENIRS D’ALLEMAGNE Voir Le Moniteur des 19, 20, 22, 27, 29, 30 novembre, 16 et 22 décembre 1864.

Je suis donc bien convaincu que Le Hollandais volant, s’il est exécuté prochainement à Paris, comme on en prête l’intention à M. le directeur du Théâtre-Lyrique, loin de soulever les mêmes tempêtes que TannhäuserTannhäuserTannhäuser, opéra romantique en trois actes sur un livret en allemand et une musique de Richard Wagner créé au Théâtre royal de la Cour à Dresde le 19 octobre 1845. Wagner fit des quelques changements pour la version en français due à Charles Nuitter qui fut créée à l’Opéra de Paris Lire la suite…, sera favorablement accueilli du public parisien.

C’est à M. Léon PilletPillet, LeonLéon Pillet (Paris, 6 decembre 1803 – Venise, 20 mars 1868), journaliste, directeur. Il fit des études de droit puis se tourna vers le journalisme. Il fonda Le Nouveau journal de Paris en 1827 où il soutint les causes libérales. A l’avènement de Louis-Philippe, il se montra l’un des fidèLire la suite…, alors directeur de l’Opéra, que M. Richard WagnerWagner, RichardRichard Wagner (Leipzig, 22 mai 1813 – Venise, 13 février 1843), compositeur. Il étudia la musique tout d’abord en autodidacte puis, à partir de 1831, à l’université de Leipzig avec C. T. Weinlig. Chef des chœurs à Wurtzbourg en 1831, il devint directeur musical à Magdebourg de 1834 àLire la suite… vint présenter, en 1840 ou 1841, son scénario du Fliegende HollænderFliegende Hollander, Der (Le Vaisseau fantôme)Der Fliegende Hollander, (Le Vaisseau fantôme), opéra en trois actes sur un livret en allemand et une musique de Richard Wagner créé au Théâtre royal de la Cour à Dresde le 2 janvier 1843.Lire la suite…, sur lequel il se proposait d’écrire lui-même un poëme et une partition pour la scène française. A cette époque-là M. Richard WagnerWagner, RichardRichard Wagner (Leipzig, 22 mai 1813 – Venise, 13 février 1843), compositeur. Il étudia la musique tout d’abord en autodidacte puis, à partir de 1831, à l’université de Leipzig avec C. T. Weinlig. Chef des chœurs à Wurtzbourg en 1831, il devint directeur musical à Magdebourg de 1834 àLire la suite… était peut-être déjà sur la route de la célébrité, mais il était encore assez éloigné du but. M. Léon PilletPillet, LeonLéon Pillet (Paris, 6 decembre 1803 – Venise, 20 mars 1868), journaliste, directeur. Il fit des études de droit puis se tourna vers le journalisme. Il fonda Le Nouveau journal de Paris en 1827 où il soutint les causes libérales. A l’avènement de Louis-Philippe, il se montra l’un des fidèLire la suite… lui acheta son sujet et le donna à MM. Paul Foucher et RévoilRévoil, Bénédict-HenryBenoit-Henri dit Bénédict-Henry Révoil (Aix-en-Provence, 11 décembre 1816 – Paris, 13 juin 1882), écrivain, voyageur et traducteur. Il débuta sa carrière comme co-librettiste avec Paul Foucher du Vaisseau fantôme (Dietsch, 1842). Le livret de Paul Foucher et de Révoil s’inspire de lLire la suite…, qui en firent pour M. DietchDietsch, Pierre-Louis-PhilippePierre-Louis-Philippe Dietsch (Dijon, 17 mars 1808 – Paris, 20 février 1865), compositeur et chef d’orchestre. Il étudia d’abord à l’école de musique d’Alexandre Choron puis au Conservatoire de Paris où il obtint un 1er prix de contrebasse en 1830. De 1830 à 1839, il fut maitre de chapLire la suite… [Dietsch]Dietsch, Pierre-Louis-PhilippePierre-Louis-Philippe Dietsch (Dijon, 17 mars 1808 – Paris, 20 février 1865), compositeur et chef d’orchestre. Il étudia d’abord à l’école de musique d’Alexandre Choron puis au Conservatoire de Paris où il obtint un 1er prix de contrebasse en 1830. De 1830 à 1839, il fut maitre de chapLire la suite… un libretto d’opéra intitulé Le Vaisseau fantômeVaisseau Fantome, LeLe Vaisseau fantôme, opéra en deux actes sur un livret de Paul Foucher et Bénédict-Henry Révoil mis en musique par Pierre-Louis Dietsch et créé à l’Opéra de Paris le 9 novembre 1842.Lire la suite…. Malgré les sérieuses qualités qui recommandaient cet ouvrage à l’estime et à l’attention des musiciens, il ne réussit que fort peu et ne put arriver qu’à un petit nombre de représentations, onze ou douze tout au plus. M. Richard WagnerWagner, RichardRichard Wagner (Leipzig, 22 mai 1813 – Venise, 13 février 1843), compositeur. Il étudia la musique tout d’abord en autodidacte puis, à partir de 1831, à l’université de Leipzig avec C. T. Weinlig. Chef des chœurs à Wurtzbourg en 1831, il devint directeur musical à Magdebourg de 1834 àLire la suite…, dont l’amour-propre avait eu encore plus à souffrir que la bourse, se consola de son échec en écrivant le poëme et la musique de RienziRienziRienzi, opéra en cinq actes sur un livret en allemand et une musique de Richard Wagner créé au Théâtre royal de la Cour à Dresde le 20 octobre 1842. La version en français due à Charles Nuitter et Jules Guillaume fut créée au Théâtre-Lyrique de Paris le 6 avril 1867.Lire la suite…, et en faisant dans ses heures de récréation des arrangements sur La FavoriteFavorite, LaLa Favorite, opéra en quatre actes sur un livret de Alphonse Royer et Gustave Vaëz mis en musique par Gaetano Donizetti et créé à l’Opéra de Paris le 2 décembre 1840.Lire la suite… et La Reine de ChypreReine de Chypre, LaLa Reine de Chypre, opéra en cinq actes sur un livret de Henri de Saint-Georges mis en musique par Fromental Halévy et créé à l’Opéra de Paris le 22 décembre 1841.Lire la suite…. C’est lui qui a réduit au piano la partition de ce dernier opéra, et l’on se souvient encore au théâtre des Variétés de la fameuse ronde : DescendonsDescendons gaiement la courtilleDescendons gaiement la courtille, intermède pour chœur et orchestre WWV65 de Richard Wagner, sur des paroles de Théodore Marion Dumersan et de Charles-Désiré Dupeuty pour le vaudeville-ballet-pantomime La Descente de la courtille, créé au théâtre des Variétés le 15 février 1841. Seule laLire la suite…, descendons la CourtilleDescendons gaiement la courtilleDescendons gaiement la courtille, intermède pour chœur et orchestre WWV65 de Richard Wagner, sur des paroles de Théodore Marion Dumersan et de Charles-Désiré Dupeuty pour le vaudeville-ballet-pantomime La Descente de la courtille, créé au théâtre des Variétés le 15 février 1841. Seule laLire la suite…, qu’il composa pour un vaudeville de M. DumersanDumersan, Théophile-MarionThéophile-Marion Dumersan (Plou/Cher, 4 janvier 1880 – Paris, 13 avril 1849), auteur dramatique, librettiste, poète, chansonnier et numismate. Il fut engagé en 1795 au Cabinet des médailles et antiques de la Bibliothèque royale où, avec son collègue Theodore-Edme Mionnet il créa un nouveauLire la suite…. Cette ronde était tellement difficile, que les choristes du théâtre ne purent jamais se la fourrer dans la tête : on fut obligé de chercher un compositeur plus ami de la simplicité, de la trivialité peut-être, et on le trouva.

Un éditeur, qui s’est donné la mission délicate de populariser en France les œuvres des maîtres allemands de la nouvelle école, de cette école dont M. Richard WagnerWagner, RichardRichard Wagner (Leipzig, 22 mai 1813 – Venise, 13 février 1843), compositeur. Il étudia la musique tout d’abord en autodidacte puis, à partir de 1831, à l’université de Leipzig avec C. T. Weinlig. Chef des chœurs à Wurtzbourg en 1831, il devint directeur musical à Magdebourg de 1834 àLire la suite… et Robert Schumann sont les représentants les plus illustres, vient de publier, traduite en français, la partition du Fliegende HollænderFliegende Hollander, Der (Le Vaisseau fantôme)Der Fliegende Hollander, (Le Vaisseau fantôme), opéra en trois actes sur un livret en allemand et une musique de Richard Wagner créé au Théâtre royal de la Cour à Dresde le 2 janvier 1843.Lire la suite…. J’aurais désiré que le texte allemand fût gravé au-dessus ou au-dessous des paroles françaises, afin de permettre à ceux qui connaissent les deux langues de juger du mérite et de l’exactitude de la traduction. Cela n’ayant point été fait ainsi, je ne puis guère reprocher à M. NuitterNuitter, Charles-Louis-EtienneCharles-Louis-Étienne Truinet, dit Charles Nuitter (Paris, 24 avril 1828 – Paris, 24 février 1899), librettiste et archiviste. Après des études de droit, il fut reçu à la cour d’appel de Paris en 1849. Sa première œuvre représentée fut L’Amour dans un ophicléide (Théâtre du PalaisLire la suite…, l’élégant traducteur de TannhäuserTannhäuserTannhäuser, opéra romantique en trois actes sur un livret en allemand et une musique de Richard Wagner créé au Théâtre royal de la Cour à Dresde le 19 octobre 1845. Wagner fit des quelques changements pour la version en français due à Charles Nuitter qui fut créée à l’Opéra de Paris Lire la suite…, que quelques légères fautes de prosodie qu’il lui sera facile de faire disparaître à la prochaine édition.

On dit que M. CarvalhoCarvalho, LéonLéon Cavaille, dit Carvalho (Port-Louis/ Île Maurice, 18 janvier 1825 – Paris, 29 décembre 1897), baryton et directeur.Après de bonnes études de chant au Conservatoire de Paris, il débuta le 2 Juin 1849 dans Scapin de Gilles ravisseur (Grisar) à l’Opéra-comique et tint plusieurs rôlesLire la suite… hésite entre Le Vaisseau fantômeVaisseau Fantome, LeLe Vaisseau fantôme, opéra en deux actes sur un livret de Paul Foucher et Bénédict-Henry Révoil mis en musique par Pierre-Louis Dietsch et créé à l’Opéra de Paris le 9 novembre 1842.Lire la suite… et LohengrinLohengrinLohengrin, opéra romantique en trois actes sur un livret en allemand et une musique de Richard Wagner créé au Théâtre Grand-ducal de Weimar le 28 août 1850.Lire la suite…. A sa place, je n’hésiterais pas une minute : je jouerais les deux.

Plus je m’éloigne de Weimar, plus j’y reviens avec plaisir. Le lendemain du jour où j’avais entendu le Fliegende HollænderFliegende Hollander, Der (Le Vaisseau fantôme)Der Fliegende Hollander, (Le Vaisseau fantôme), opéra en trois actes sur un livret en allemand et une musique de Richard Wagner créé au Théâtre royal de la Cour à Dresde le 2 janvier 1843.Lire la suite… je me promenais avec Edouard LassenLassen, EduardEduard Lassen (Copenhague, 13 avril 1830 – Weimar, 15 janvier 1904), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Bruxelles avec François-Joseph Fétis et obtint un 1er prix de piano (1844), un 1er prix de composition (1847) et le Prix de Rome belge (1851). Il séjourna en Italie et en Allemagne, Lire la suite… tout en fredonnant le chœur des fileuses, celui des matelots et la chanson du mousse, qui ne vaut pas, à beaucoup près, celle des TroyensTroyens, LesLes Troyens, opéra en cinq actes sur un livret et une musique de Hector Berlioz dont les trois derniers actes furent créés sous la direction de Berlioz au Théâtre-Lyrique de Paris le 4 novembre 1863 sous le titre: Les Troyens à Carthage.Lire la suite…. Edouard LassenLassen, EduardEduard Lassen (Copenhague, 13 avril 1830 – Weimar, 15 janvier 1904), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Bruxelles avec François-Joseph Fétis et obtint un 1er prix de piano (1844), un 1er prix de composition (1847) et le Prix de Rome belge (1851). Il séjourna en Italie et en Allemagne, Lire la suite… dissipa d’un seul coup mes souvenirs de la veille en me posant cette question : « Connaissez-vous Tristan et IseultTristan und IsoldeTristan et Isolde, handlung (action) en trois actes sur un livret en allemand et une musique de Richard Wagner créée au Théâtre royal de la Cour de Bavière à Munich le 10 juin 1865.Lire la suite… ? — Non, répondis-je, mais j’ai ouï dire que cet ouvrage avait été mis à l’étude à Vienne, et qu’après une cinquantaine de répétitions les artistes chanteurs avaient été obligés d’y renoncer. — Eh bien, me dit LassenLassen, EduardEduard Lassen (Copenhague, 13 avril 1830 – Weimar, 15 janvier 1904), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Bruxelles avec François-Joseph Fétis et obtint un 1er prix de piano (1844), un 1er prix de composition (1847) et le Prix de Rome belge (1851). Il séjourna en Italie et en Allemagne, Lire la suite…, venez avec moi chez le docteur X… (il y a à Weimar plus de docteurs que de barons), et nous déchiffrerons ensemble cette indéchiffrable partition. »

Le docteur X…, qui est un des plus fervents adeptes de la musique de l’avenir, fut enchanté d’apprendre le but de notre visite. LassenLassen, EduardEduard Lassen (Copenhague, 13 avril 1830 – Weimar, 15 janvier 1904), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Bruxelles avec François-Joseph Fétis et obtint un 1er prix de piano (1844), un 1er prix de composition (1847) et le Prix de Rome belge (1851). Il séjourna en Italie et en Allemagne, Lire la suite… se mit au piano, je devrais dire à l’orchestre, et il joua l’ouverture. Je tournais les pages silencieusement ; le docteur X…, assis dans un fauteuil, s’épanouissait. L’ouverture finie, les récits succédèrent aux récits, et d’autres récits leur succédèrent encore. Je n’apercevais au loin et de tous côtés que des horizons de sable ; la chaleur devenait accablante, et pas une oasis pour nous reposer, pas le plus petit filet d’eau pour étancher notre soif !… Enfin la voix de Tristan s’unit à la voix d’Iseult. Ce que deux hautbois ou deux clarinettes peuvent exécuter, sinon sans inconvénient pour l’oreille, du moins sans difficulté, deux voix, quelque exercées qu’on les suppose, sont inhabiles à le faire : il est des intervalles rapprochés, des dissonances dont il ne faut pas abuser, bien moins encore dans le chant que dans l’orchestre ; deux voix qui se rencontrent trop souvent à la faible distance d’une seconde diminuée, par exemple, finissent par se heurter, par se frotter l’une à l’autre et par produire la plus horrible cacophonie.

Cela rappelle cette plaisanterie, véritable tour de force, que faisaient quelquefois RubiniRubini, Giovanni BattistaGiovanni Battista Rubini (Romano, 7 avril 1794 – Romano, 3 mars 1854), ténor. L’impresario Domenico Barbaja le fit venir à Naples où il se perfectionna auprès de Nozzari tout en se produisant sur les petites scènes. En 1824-1825, il se produisit à Vienne avec succès et fut invité en octoLire la suite… et LablacheLablache, LuigiLuigi Lablache (Naples, 6 décembre 1794 – Naples, 23 janvier 1858), basse. Il débuta comme basse comique à Naples en 1812 et comme basse chantante à Palerme en 1813. Au cours des années suivantes sa réputation grandit et il se produisit sur les scènes italiennes dont Milan en 1821 où il eut Lire la suite… (ailleurs qu’au théâtre) en chantant le duo des PuritainsTristan und IsoldeTristan et Isolde, handlung (action) en trois actes sur un livret en allemand et une musique de Richard Wagner créée au Théâtre royal de la Cour de Bavière à Munich le 10 juin 1865.Lire la suite… à un demi-ton d’intervalle au lieu de le chanter à la tierce. Ajoutez à cela les modulations les plus…… inattendues, les retards, les suspensions, les prolongations et les résolutions les plus bizarres, des superpositions d’accords absolument incohérentes, et vous n’aurez encore qu’une faible idée de ce fameux duo d’amour qui dure près d’un acte, un acte de folie amoureuse, de cette partition de Tristan et IseultTristan und IsoldeTristan et Isolde, handlung (action) en trois actes sur un livret en allemand et une musique de Richard Wagner créée au Théâtre royal de la Cour de Bavière à Munich le 10 juin 1865.Lire la suite…, au sujet de laquelle M. Richard WagnerWagner, RichardRichard Wagner (Leipzig, 22 mai 1813 – Venise, 13 février 1843), compositeur. Il étudia la musique tout d’abord en autodidacte puis, à partir de 1831, à l’université de Leipzig avec C. T. Weinlig. Chef des chœurs à Wurtzbourg en 1831, il devint directeur musical à Magdebourg de 1834 àLire la suite…, dans la lettre que j’ai déjà citée et qui sert de préface à la publication de ses quatre poëmes d’opéras, fait les réflexions suivantes : « Croyez-moi, il n’y a pas de félicité supérieure à cette spontanéité de l’artiste dans la création, et je l’ai connue, cette spontanéité, en composant mon TristanTristan und IsoldeTristan et Isolde, handlung (action) en trois actes sur un livret en allemand et une musique de Richard Wagner créée au Théâtre royal de la Cour de Bavière à Munich le 10 juin 1865.Lire la suite…. Peut-être la devais-je à la force acquise dans la période de réflexion qui avait précédé. C’était à peu près une image de ce qu’avait fait mon maître (Charles-Marie de WeberWeber, Carl Maria vonCarl Maria von Weber (Eutin, 18 novembre 1786 – Londres, 5 juin 1826), compositeur. Il étudia avec son père, puis avec Johann Peter Heuschkel, organiste à Hildburghausen où sa famille s’était établie en 1796. L’année suivante, sa famille s’installa à Salzbourg où Weber étudia avec Lire la suite…) en m’apprenant les artifices les plus difficiles du contre-point ; il m’avait fortifié, disait-il, non pour écrire des fugues, mais pour avoir ce qu’on n’acquiert que par un sévère exercice, l’indépendance et la sûreté. » Qui croirait jamais que l’étude de la fugue et du contre-point puisse conduire un musicien, sain d’esprit, à des aberrations de ce genre !

Au milieu du duo j’éprouvai cette folle rage de l’enfant qui, désespérant d’apprendre la leçon qu’on lui a donnée à étudier, trépigne et pleure, ferme son livre avec colère et le jette bien loin de lui. De mes doigts crispés je frappai tout à coup le clavier comme l’eussent fait les griffes d’un chat furieux, et, mêlant au hasard les mots allemands et les phrases les plus bizarres, je poussai des cris plus ou moins inintelligibles, des sons inarticulés, incohérents, sauvages. LassenLassen, EduardEduard Lassen (Copenhague, 13 avril 1830 – Weimar, 15 janvier 1904), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Bruxelles avec François-Joseph Fétis et obtint un 1er prix de piano (1844), un 1er prix de composition (1847) et le Prix de Rome belge (1851). Il séjourna en Italie et en Allemagne, Lire la suite…, toujours calme et souriant à peine, continuait à déchiffrer. Je me retournai pour voir quelle mine faisait le docteur. — Il avait disparu. — Alors Lassen s’arrêta, et j’allai le prier de me dire franchement s’il trouvait une grande différence entre la manière dont le duo avait fini et celle dont il avait commencé, lorsque le docteur reparut. « Continuez, nous dit-il ; j’étais dans mon cabinet, mais je n’ai pas perdu une note. N’est-ce pas que c’est admirable (wunderschœn) ? »

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En sortant de chez le docteur X., LassenLassen, EduardEduard Lassen (Copenhague, 13 avril 1830 – Weimar, 15 janvier 1904), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Bruxelles avec François-Joseph Fétis et obtint un 1er prix de piano (1844), un 1er prix de composition (1847) et le Prix de Rome belge (1851). Il séjourna en Italie et en Allemagne, Lire la suite… et moi nous allâmes chez le violoncelliste CossmannCossmann, BernhardBernhard Cossmann (Dessau, 17 mai 1822 – Frankfort, 7 mai 1910), violoncelliste. Il étudia avec Theodore Muller et Karl Drechsler entre autres avant d’être engagé dans l’orchestre du Théâtre-Italien de 1840 à 1846. A Paris, il fit la connaissance de Franz Liszt, qui l’engagea dans l’orLire la suite…, à qui nous racontâmes notre aventure. Il en rit beaucoup, et, pour rafraîchir un peu nos oreilles (les miennes surtout), il nous joua la charmante fantaisie qu’il venait de composer sur les plus beaux motifs d’EuryantheEuryantheEuryanthe, opéra en trois actes sur un livret en allemand de Helmina von Chézy mis en musique par Carl Maria von Weber et créé Kärntnertortheater de Vienne 25 octobre 1823.Lire la suite…, musique de Charles-Marie de WeberWeber, Carl Maria vonCarl Maria von Weber (Eutin, 18 novembre 1786 – Londres, 5 juin 1826), compositeur. Il étudia avec son père, puis avec Johann Peter Heuschkel, organiste à Hildburghausen où sa famille s’était établie en 1796. L’année suivante, sa famille s’installa à Salzbourg où Weber étudia avec Lire la suite…, celui que M. Richard WagnerWagner, RichardRichard Wagner (Leipzig, 22 mai 1813 – Venise, 13 février 1843), compositeur. Il étudia la musique tout d’abord en autodidacte puis, à partir de 1831, à l’université de Leipzig avec C. T. Weinlig. Chef des chœurs à Wurtzbourg en 1831, il devint directeur musical à Magdebourg de 1834 àLire la suite… appelle son maître et qui le fut en effet.

Un Allemand, excellent musicien, auquel je disais ce que je pense de Tristan et IseultTristan und IsoldeTristan et Isolde, handlung (action) en trois actes sur un livret en allemand et une musique de Richard Wagner créée au Théâtre royal de la Cour de Bavière à Munich le 10 juin 1865.Lire la suite…, et ce qu’en pensent aussi ceux qui admirent M. WagnerWagner, RichardRichard Wagner (Leipzig, 22 mai 1813 – Venise, 13 février 1843), compositeur. Il étudia la musique tout d’abord en autodidacte puis, à partir de 1831, à l’université de Leipzig avec C. T. Weinlig. Chef des chœurs à Wurtzbourg en 1831, il devint directeur musical à Magdebourg de 1834 àLire la suite… encore plus que je ne l’admire, me fit remarquer que ces dissonances qui m’avaient tant exaspéré, que ce perpétuel frottement des deux voix, lorsqu’elles chantent ensemble, était, en certaines parties du moins, parfaitement justifié par la situation et par le texte :

ISEULT.

« O ennemie de ceux qui aiment, distance maudite ! O mortelle lenteur du temps paresseux ! »

TRISTAN.

« O distance et proximité ! irréconciliables adversaires ! PROXIMITÉ CHARMANTE ! MORNE DISTANCE ! »

Que M. Richard WagnerWagner, RichardRichard Wagner (Leipzig, 22 mai 1813 – Venise, 13 février 1843), compositeur. Il étudia la musique tout d’abord en autodidacte puis, à partir de 1831, à l’université de Leipzig avec C. T. Weinlig. Chef des chœurs à Wurtzbourg en 1831, il devint directeur musical à Magdebourg de 1834 àLire la suite… veuille bien me pardonner cette innocente plaisanterie, et me permettre de lui dire que tout système suppose une idée fixe, qu’une idée fixe est une sorte de monomanie, et que de la monomanie à l’extravagance il n’y a qu’un pas… ou une partition.

Je ne connais pas la tétralogie des NiebelungenTetralogie des NiebelungenLa Tetralogie l’Anneau des Niebelungen (Der Ring des Nibelungen) est composée d’un prologue et de trois opéras (Journées):L’Or du Rhin (Das Rheingold)La Walkyrie (Die Walkürie)SiegfriedLe Crépuscule des Dieux (Die Götterdämmerung)Lire la suite…, et j’ignore même si elle est achevée ; les uns m’ont parlé d’une scène qui, se passant sous l’eau, est écrite dans une langue sous-marine inventée par M. WagnerWagner, RichardRichard Wagner (Leipzig, 22 mai 1813 – Venise, 13 février 1843), compositeur. Il étudia la musique tout d’abord en autodidacte puis, à partir de 1831, à l’université de Leipzig avec C. T. Weinlig. Chef des chœurs à Wurtzbourg en 1831, il devint directeur musical à Magdebourg de 1834 àLire la suite… lui-même et tout à fait inintelligible pour le reste des mortels. Dans cette scène, le dragon Fafnir chante une mélopée, ce qui dépasse de beaucoup les aboiements de Cerbère, si merveilleusement imités par les contre-basses dans l’OrphéeOrphée et EurydiceOrphée et Euridice, drame héroïque en trois actes sur un livret de Pierre-Louis Moline mis en musique par Christoph Willibald Gluck et créé à l’Opéra de Paris le 2 août 1774.Lire la suite… de GluckGluck, Christoph WillibaldChristoph Willibald Gluck (Erasbach/Haut-Palatinat, 2 juillet 1714 – Vienne, 15 novembre 1787), compositeur. Né en Bohème, on ne sait rien de ses études scolaires ou musicales. En 1732, il alla à Prague, jouant du violon, et préférablement du violoncelle et chantant dans les chœurs des églLire la suite…. D’autres, et M. RubinsteinRubinstein, AntonAnton Rubinstein (Vikhvatinets/ Ukraine, 28 novembre 1829 – Peterhof/ Russie, 20 novembre 1894), pianiste et compositeur. Il étudia le piano avec A. I. Villoing et fit un tour de l’Europe comme enfant prodige (1840-1843). Sa famille s’installa à Berlin où, de 1844 à 1846, il étudia la comLire la suite… est de ce nombre, m’ont dit qu’au dernier festival de Carlsruhe, auquel malheureusement je n’ai pu assister, certains fragments des NiebelungenTetralogie des NiebelungenLa Tetralogie l’Anneau des Niebelungen (Der Ring des Nibelungen) est composée d’un prologue et de trois opéras (Journées):L’Or du Rhin (Das Rheingold)La Walkyrie (Die Walkürie)SiegfriedLe Crépuscule des Dieux (Die Götterdämmerung)Lire la suite… avaient produit un grand effet, et il m’a cité particulièrement le combat des Valkyries : le chant se déroule, exécuté par les cuivres, sur un magnifique dessin des violons, à peu près comme dans l’ouverture de TannhäuserTannhäuserTannhäuser, opéra romantique en trois actes sur un livret en allemand et une musique de Richard Wagner créé au Théâtre royal de la Cour à Dresde le 19 octobre 1845. Wagner fit des quelques changements pour la version en français due à Charles Nuitter qui fut créée à l’Opéra de Paris Lire la suite…, tandis que les flûtes, les hautbois et les clarinettes font planer au-dessus du motif principal le tournoiement rapide et vertigineux de leurs trilles.

M. Richard WagnerWagner, RichardRichard Wagner (Leipzig, 22 mai 1813 – Venise, 13 février 1843), compositeur. Il étudia la musique tout d’abord en autodidacte puis, à partir de 1831, à l’université de Leipzig avec C. T. Weinlig. Chef des chœurs à Wurtzbourg en 1831, il devint directeur musical à Magdebourg de 1834 àLire la suite… ayant pris soin de nous avertir, dans la préface que j’ai citée plus haut, qu’il interrompit sa tétralogie des NiebelungenTetralogie des NiebelungenLa Tetralogie l’Anneau des Niebelungen (Der Ring des Nibelungen) est composée d’un prologue et de trois opéras (Journées):L’Or du Rhin (Das Rheingold)La Walkyrie (Die Walkürie)SiegfriedLe Crépuscule des Dieux (Die Götterdämmerung)Lire la suite… alors qu’elle était déjà fort avancée, pour écrire le poëme et la musique de Tristan et IseultTristan und IsoldeTristan et Isolde, handlung (action) en trois actes sur un livret en allemand et une musique de Richard Wagner créée au Théâtre royal de la Cour de Bavière à Munich le 10 juin 1865.Lire la suite…, cet ouvrage peut être considéré comme l’expression la plus complète de son système. Je sais que ce mot est tantôt repoussé, tantôt accepté par M. Wagner Wagner, RichardRichard Wagner (Leipzig, 22 mai 1813 – Venise, 13 février 1843), compositeur. Il étudia la musique tout d’abord en autodidacte puis, à partir de 1831, à l’université de Leipzig avec C. T. Weinlig. Chef des chœurs à Wurtzbourg en 1831, il devint directeur musical à Magdebourg de 1834 àLire la suite…; mais il me serait aussi difficile qu’à lui d’en trouver un autre pour bien rendre ma pensée et la sienne.

Jusqu’à ce que les beautés que renferme, dit-on, la partition des NiebelungenTetralogie des NiebelungenLa Tetralogie l’Anneau des Niebelungen (Der Ring des Nibelungen) est composée d’un prologue et de trois opéras (Journées):L’Or du Rhin (Das Rheingold)La Walkyrie (Die Walkürie)SiegfriedLe Crépuscule des Dieux (Die Götterdämmerung)Lire la suite… m’aient été plus amplement révélées, mon admiration pour l’œuvre du maître s’arrêtera, toutes réserves faites, après LohengrinLohengrinLohengrin, opéra romantique en trois actes sur un livret en allemand et une musique de Richard Wagner créé au Théâtre Grand-ducal de Weimar le 28 août 1850.Lire la suite…. Je connais bien des gens, en Allemagne comme en France, qui n’ont pas été aussi loin.

Il parait que le premier acte d’autorité qu’ait fait M. Richard WagnerWagner, RichardRichard Wagner (Leipzig, 22 mai 1813 – Venise, 13 février 1843), compositeur. Il étudia la musique tout d’abord en autodidacte puis, à partir de 1831, à l’université de Leipzig avec C. T. Weinlig. Chef des chœurs à Wurtzbourg en 1831, il devint directeur musical à Magdebourg de 1834 àLire la suite… en prenant la direction de la chapelle du nouveau roi de Bavière a été de mettre à l’étude sa partition de Tristan et IseultTristan und IsoldeTristan et Isolde, handlung (action) en trois actes sur un livret en allemand et une musique de Richard Wagner créée au Théâtre royal de la Cour de Bavière à Munich le 10 juin 1865.Lire la suite…, dont les principaux rôles doivent être chantés par Mme Titjens [Tietjens]Tietjens, ThérèseThérèse Tietjens (Hambourg, 17 juillet 1831 – Londres, 3 octobre 1877), soprano. Elle étudia à Hambourg puis à Vienne avec Heinrich Proch et débuta en 1849 à Hambourg dans le rôle-titre de Lucrezia Borgia (Donizetti). Elle se produisit à Francfort en 1850, à Brünn l’année suivante puLire la suite… et M. SchnorrSchnorr von Carolsfeld, LudwigLudwig Schnorr von Carolsfeld (Munich, 2 juillet 1836 – Dresde, 21 juillet 1865), ténor. Fils du peintre Julius Schnorr von Carolsfeld, il étudia au conservatoire de Leipzig et débuta à Carlsruhe en 1858. Il fut vite remarqué pour sa belle et puissante voix dans Norma (Bellini), Freischütz (Lire la suite…. Nous saurons bientôt si les artistes du théâtre de Munich, se montrant en cela plus patients, plus courageux et plus habiles que les artistes du théâtre de Vienne, auront pu aller jusqu’au bout de la tâche qui leur a été imposée.

(La suite prochainement.)