Le Courrier de ParisJean de ParisJean de Paris, opéra-comique en deux actes sur un livret de Claude Godard d’Aucourt de Saint-Just mis en musique par François-Adrien Boieldieu et créé à l’Opéra-Comique le 4 avril 1812.Lire la suite…, 28 août 1857, [p. 1-2] (article signé E. Reyer).

Revue musicale.


Ce mois-ci ma plume a été bien paresseuse. Heureusement pour le public, toujours avide de choses neuves et intéressantes, mes collègues du feuilleton n’ont pas chômé, et le Conservatoire lui seul a donné une rude besogne à ceux qui ont eu la vaillance d’en publier les hauts faits depuis A jusqu’à Z. C’est que le mois dans lequel nous sommes est un mois de triomphes et de défaites, un mois de joie et de larmes, d’encouragemens et de déceptions, pour ces jeunes hommes et ces jeunes filles qu’une vocation impérieuse lance dans la carrière artistique. C’est au mois d’août, un peu avant si l’on veut, que les portes du temple s’ouvrent à deux battans devant une foule avide des spectacles de l’intelligence, et qui, silencieuse et calme pendant la bataille, applaudit à deux mains à l’heure de la victoire. Ah ! pourquoi un défaut de zèle que je suis le premier à déplorer m’a-t-il empêché de me joindre à ces flots de curieux, à ces masses empressées qui n’ont pas perdu un seul de ces débats solennels, et qui ont pu voir le laurier circulaire posé par quelque main illustre sur la tête des triomphateurs ! Pourquoi n’ai-je pu assister à ces scènes émouvantes de jeunes filles rayonnantes de bonheur et dans toute l’ivresse du succès, déposant humblement leurs couronnes dans le cabas traditionnel de leurs mères, et prêtes à s’élancer fortes et courageuses vers un avenir de gloire ! Pourquoi n’ai-je pu mêler mes sanglots à ceux de tant de pauvres désolées, pliant, frêles roseaux, sous l’humiliation de leur défaite, et repoussant d’une main tremblante le mouchoir à carreaux qui veut sécher leurs paupières ! Pourquoi ? Eh ! mon Dieu, je n’en sais trop rien, et si je le savais est-il bien sûr que j’oserais le dire ? Le Conservatoire est une institution respectable qui pourrait bien devenir un jour ou l’autre une institution utile ; mais dans cette institution, il y a des vides, des lacunes qu’il est urgent de combler, et mon ami Achille Denis, l’éminent rédacteur en chef du Messager des Théâtres, a fait sur ce sujet des réflexions extrêmement judicieuses que son savoir et son expérience lui ont dictées. Irai-je à la suite de cet écrivain, l’un des plus compétens en pareille matière, reprendre en sous-œuvre la thèse qu’il a développée ? Non, vraiment. Ce que j’ai de mieux à faire c’est de joindre ma voix à la sienne, de souhaiter de tout mon cœur la réalisation de ses vœux et de lui crier bravo quand il s’exprime ainsi :

« …..Les études d’opéra, de chant et de comédie, au Conservatoire, durent trois années. Au bout de ce temps, qu’il ait ou qu’il n’ait pas obtenu de prix, qu’il ait bien ou mal employé son temps, l’élève quitte les classes pour faire place à d’autres. Au bout de trois ans, il se trouve donc mis en demeure de prendre un parti, d’exercer sérieusement son état. Il faut que l’art lui serve de profession. Le talent qu’il a acquis doit devenir son gagne-pain. C’est alors que les difficultés se dressent devant le jeune homme sans expérience de la vie, devant la jeune fille entourée de louanges complaisantes, éblouie par les plus folles illusions. Il s’agit de vivre maintenant, de trouver un théâtre qui vous engage, un directeur qui vous paie. Grande question ! Les directeurs sont moins nombreux que les élèves du Conservatoire. A Paris, il n’y a pas toujours de place à prendre, et Paris est le paradis pour les jeunes artistes. »

M. Achille Denis fait ensuite un tableau saisissant des études continuelles, des fatigues incessantes auxquelles l’artiste doit s’astreindre en province ; il énumère une à une les tribulations par lesquelles celui-ci doit passer pour conquérir les bonnes grâces d’un public qu’il appelle très spirituellement, avec BalzacBalzac, Honoré deHonoré de Balzac (Tours, 20 mai 1799 – Paris, 18 août 1850), écrivain. Auteur de La Comédie humaine, qui rassemble en plusieurs séries 90 romans très réalistes qui décrivent la société française de la première moitié du XIXe siècle, avec ses passions dévorantes et sa fascination du poLire la suite…, « un minotaure blasé », et auquel il faut chaque jour quelque friandise nouvelle.

« Or, dans les conditions que nous venons de dire, nous mettons en fait qu’il n’y a pas un élève du Conservatoire en état de se présenter sur une scène départementale, de suffire à toutes les exigences d’un métier que le Conservatoire n’apprend pas. Nous mettons en fait que si, par impossible, et au risque de faire éclater son cerveau, l’artiste novice, poussé par la nécessité, réussit à apprendre en quelques nuits les rôles les plus indispensables de son emploi, il les apprend de telle façon, que ce qu’on pourrait lui souhaiter de plus heureux serait de les oublier.

Que peut faire cependant l’élève, au sortir des classes ? A moins d’être riche, il faut bien travailler. En trois ans, il a bien pu s’initier aux procédés de son art, mais ses études pratiques sont à peine ébauchées ; il ne sait rien de ce qu’il doit savoir pour gagner immédiatement sa vie. En dehors du Conservatoire, les leçons coûtent cher ; et c’est la plus cruelle des dérisions que de conseiller de payer un professeur à un pauvre diable qui n’a pas de quoi dîner. La question de talent est, comme on voit, quelquefois une question d’argent. »

Tout en faisant remarquer que la position des lauréats engagés à Paris est bien meilleure que celle de leurs camarades qui sont obligés de s’en aller en province, l’auteur de l’article avoue cependant que le débutant, au sortir du Conservatoire, ne possède pas le moindre répertoire, et qu’il n’arrive à déguiser, aux yeux du public, les défauts d’une éducation incomplète, qu’à l’aide des conseils désintéressés, ou intéressés si l’on veut, du compositeur qui lui confie un rôle dans l’une de ses œuvres. Et encore, est-il bien sûr que l’élève sera docile aux leçons du maître ? Est-il bien sûr que l’amour-propre du lauréat, encore tout enorgueilli de ses triomphes scolaires, s’effacera devant l’autorité du nom et du talent ? Le souvenir du professeur qui a enseigné ses doctrines à l’élève ne viendra-t-il pas s’interposer entre celui-ci et le musicien qui voudra perfectionner ces doctrines, et, peut-être même, les combattre ? N’y aura-t-il jamais de lutte entre la routine de la classe et le progrès, qui le plus souvent, à vrai dire, n’est qu’un retour vers les saines traditions du passé ? Et si, au lieu de me figurer un pensionnaire couronné du Conservatoire, aux prises avec une partition moderne, étudiant son rôle sous les yeux de l’auteur, je me le représente le front penché sur une partition de GlückGluck, Christoph WillibaldChristoph Willibald Gluck (Erasbach/Haut-Palatinat, 2 juillet 1714 – Vienne, 15 novembre 1787), compositeur. Né en Bohème, on ne sait rien de ses études scolaires ou musicales. En 1732, il alla à Prague, jouant du violon, et préférablement du violoncelle et chantant dans les chœurs des églLire la suite…, de PicciniPiccinni, Vito Niccolo Marcello Antonio GiacomoVito Niccolo Marcello Antonio Giacomo Piccinni (Bari, 16 janvier 1728 – Passy près Paris, 7 mai 1800), compositeur. Il entra au Conservatoire San Onofrio de Naples en 1742 et étudia d’abord avec Leonardo Leo puis Francesco Durante. Il fit une carrière de compositeur d’opéras donnant, entre 1Lire la suite… [Piccinni]Piccinni, Vito Niccolo Marcello Antonio GiacomoVito Niccolo Marcello Antonio Giacomo Piccinni (Bari, 16 janvier 1728 – Passy près Paris, 7 mai 1800), compositeur. Il entra au Conservatoire San Onofrio de Naples en 1742 et étudia d’abord avec Leonardo Leo puis Francesco Durante. Il fit une carrière de compositeur d’opéras donnant, entre 1Lire la suite…, de SpontiniSpontini, Gaspare Luigi PacificoGaspare Luigi Pacifico Spontini (Maiolati près Ancona/Italie, 14 novembre 1774 – Maiolati près Ancona, 24 janvier 1851), compositeur. Il étudia la musique au conservatoire des Turchini à Naples et son premier opéra bouffe, Li puntigli delle donne, fut représenté à Rome en 1796. Plusieurs de Lire la suite… ou de Weber Weber, Carl Maria vonCarl Maria von Weber (Eutin, 18 novembre 1786 – Londres, 5 juin 1826), compositeur. Il étudia avec son père, puis avec Johann Peter Heuschkel, organiste à Hildburghausen où sa famille s’était établie en 1796. L’année suivante, sa famille s’installa à Salzbourg où Weber étudia avec Lire la suite…? Car, enfin, l’exemple donné par le Théâtre-Lyrique peut trouver des imitateurs, et il serait possible qu’un jour on reconnût l’utilité d’initier la génération nouvelle aux beautés de l’ancienne musique. Eh bien ! en admettant cette hypothèse, en admettant que la chansonnette, si honorée parmi nous, perde un instant de sa vogue et fasse place aux larges inspirations, au grand style des maîtres de l’art dramatique, je ne puis me défendre d’un sentiment de compassion et de tristesse, en voyant d’ici la grimace, l’étonnement et l’embarras du pauvre élève auquel on demandera de parler une langue qu’on ne lui a pas apprise.

Vous trouvez, mon cher DenisDenis, AchilleHenri-Louis-Achille Denis (Liège, ? 1817 – Courbevoie/Hauts–de-Seine, 29 octobre 1889), journaliste et critique de théâtre. Il vint à Paris en 1829 et fut l’un des premiers à organiser dans la presse le reportage théâtral. En 1835, il fonda la revue L’Entracte, dont il fut le rédacteLire la suite…, que le Conservatoire « ne devrait pas livrer ses élèves aux luttes et aux périls de la vie, avant de les savoir assez forts pour les traverser, » et vous demandez la création d’une classe d’enseignement pratique. Demandez aussi qu’il soit créé une classe dans laquelle les élèves iront apprendre uniquement l’ancien répertoire, et sous la direction d’un maître qui le possédera bien, qui aura la religion de l’art, le respect des textes, l’amour du beau, toutes choses qui, prêchées chaque jour à des natures intelligentes et choisies, feraient disparaître peu à peu le chevrottement, les cris, les altérations, les fioritures, les points d’orgue, plaies toutes modernes qu’il serait peut-être bon de ne pas transmettre à nos petits-neveux. Demandez cela, mon cher DenisDenis, AchilleHenri-Louis-Achille Denis (Liège, ? 1817 – Courbevoie/Hauts–de-Seine, 29 octobre 1889), journaliste et critique de théâtre. Il vint à Paris en 1829 et fut l’un des premiers à organiser dans la presse le reportage théâtral. En 1835, il fonda la revue L’Entracte, dont il fut le rédacteLire la suite…, vous dont la voix éloquente a bien plus de chances d’être entendue que la mienne ; et, si vos vœux sont exaucés, nous serons l’un et l’autre agréablement surpris de voir, comme premier résultat, qu’aux concerts de la société du Conservatoire, par exemple, l’interprétation des pages immortelles de nos plus grands maîtres cesse d’être confiée, contrairement à ce qui a lieu depuis trop longtemps, à des chanteuses d’opéra-comique.

Le 15 août, nos principaux théâtres étaient envahis par le peuple ; quelques-uns de ceux qui, suivant la belle expression de VoltaireVoltaire, François-MarieFrançois-Marie Arouet, dit Voltaire, (Paris, 21 novembre 1694 – Paris, 30 mai 1778), écrivain et philosophe. Chef de file du parti philosophique, il est le plus célèbre porte-parole de la philosophie des Lumières. Anticlérical mais déiste, il dénonça dans son Dictionnaire Philosophique leLire la suite…, ne se croient pas du peuple, étaient là aussi. Ces représentations solennelles et gratuites se sont passées dans un ordre parfait. D’autres qui en ont parlé avant nous ont vanté le sens et le goût des spectateurs, le talent et le zèle des artistes. La seule réflexion que nous nous permettrons d’ajouter, c’est que, en dehors de l’enseignement moral, la première chose qui ressort de ces spectacles populaires, c’est l’inutilité de la claque, institution barbare que la civilisation a inventée, que notre époque a amenée à son dernier degré de perfectionnement ou d’exagération et qui, par cela même, ne doit pas tarder à disparaître.

Pendant qu’une pluie malencontreuse éteignait les lampions de la fête, nous étions à Dijon, où il pleuvait comme à Paris ; et, là-bas, les bannières des orphéonistes n’étaient guère plus épargnées qu’ici les drapeaux officiels. Il a fallu se mettre à l’abri dans une salle improvisée et renoncer aux magnificences qui nous étaient promises et que la ville avait déployées dans le vaste jardin du parc, où devait se faire la distribution des récompenses. Les Sociétés d’harmonie qui devaient concourir en plein air sur de vertes pelouses, se sont réfugiées dans la Halle aux Blés, vieux bâtiment que le trafic et la spéculation ont enlevé au culte, et une décoration faite à la hâte, des tentures, une estrade et quelques banquettes, ont masqué pour la circonstance la nudité habituelle de la Salle philharmonique, où les vainqueurs sont venus recevoir les médailles conquises.

L’affluence du public était grande, et à voir l’expansion joyeuse de ceux qui avaient pu gravir le bel escalier d’honneur de l’ancien palais des ducs du Bourgogne, on pouvait se faire une idée du désappointement des retardataires, groupés au milieu de la cour, sous des parapluies et surexcités à chaque instant, dans leur curiosité, par le bruit des fanfares et des acclamations qui arrivaient jusqu’à eux.

M. le maire de Dijon, qui, en l’absence du préfet, présidait la cérémonie, a prononcé un discours fort remarquable et dont pas un mot, pas une syllabe n’ont été perdus. A entendre cette parole nette et concise, ces phrases élégantes et cadencées, nous eussions deviné, si nous ne l’avions su déjà, que M. Th. VernierVernier, Théodore-MichelThéodore-Michel Vernier (Louhans/ Saône-et-Loire, 27 décembre 1810 – Fixin/Côte d’Or, 22 septembre 1892), homme politique. Il fut député de la Côte d’Or de 1852 à 1863. Il fut élu maire de Dijon en 1856 et reélu jusqu’en 1863 puis il fut conseiller d’Etat de 1863 à 1873.SourLire la suite… était non seulement un administrateur habile, mais encore un orateur des plus distingués. Il a dit en débutant que le mauvais état de l’atmosphère, « tout en amoindrissant l’éclat du concours, lui laissait cependant toute sa portée dans l’avenir et ne le dépouillait d’aucun des fruits qu’il doit produire dans ce beau pays de Bourgogne, » où les manifestations du progrès, ajouterons-nous, sont toujours sûres d’être bien accueillies.

Si nous suivons avec tant d’intérêt ces luttes pacifiques qui rapprochent sur le même sol, qui convient à la même hospitalité tant de populations de mœurs et d’habitudes si variées, c’est que de ce rapprochement, favorisé aujourd’hui par la rapidité des communications, doit résulter une sympathie, une émulation et un progrès dont le sentiment musical aura été le plus sûr et le principal mobile.

M. le maire de Dijon, comprenant très bien que dans une circonstance comme celle qui nous réunissait autour de lui, Rameau devait avoir la préférence sur le grand saint Bernard, a parlé en homme érudit auquel aucune question d’art n’est étrangère, de l’influence que le célèbre musicien dijonnais avait exercée sur la musique, de ses découvertes et de ses théories, de ses œuvres, « moins goûtées aujourd’hui, peut-être, qu’elles ne le furent autrefois, » et de ses livres qui, eux du moins, survivront très certainement, et pendant longtemps, à ses compositions musicales. Ce qui ne veut pas dire que le chœur de Castor et PolluxCastor et PolluxCastor et Pollux, tragédie lyrique en cinq actes avec un prologue sur un livret de Gentil Bernard mis en musique par Jean-Philippe Rameau et créé à l’Opéra de Paris le 24 octobre 1737.Lire la suite…, par exemple, qui se chante deux ou trois fois chaque année aux concerts du Conservatoire, ne sera pas éternellement beau, éternellement jeune.

Le Courrier de ParisJean de ParisJean de Paris, opéra-comique en deux actes sur un livret de Claude Godard d’Aucourt de Saint-Just mis en musique par François-Adrien Boieldieu et créé à l’Opéra-Comique le 4 avril 1812.Lire la suite… a déjà publié la liste des récompenses que le jury a accordées : nous n’y reviendrons que pour ajouter à la médaille obtenue par la Teutonia, une mention particulière. Cette société a à peine trois mois d’existence : elle n’est formée que de trente membres, et dix-sept seulement étaient présens au concours. Je suis à peu près certain que, dans un avenir qui n’est pas très éloigné, quels que soient les concurrens qui engagent la lutte avec elle, la Teutonia se placera au premier rang. Ces dix-sept Allemands ont commencé par se donner un chef très intelligent et excellent musicien ; ce chef leur apprend à chanter et à solfier ; il leur fait étudier des chœurs bien écrits, courts, sans onomatopées, d’une harmonie élégante, d’une allure franche, des chœurs allemands enfin, signés de MendelssohnMendelssohn, FelixJacob-Ludwig-Felix Mendelssohn-Bartholdy (Hambourg, 3 février 1809 – Leipzig, 4 novembre 1847), compositeur. Il étudia la composition avec Zelter et le piano avec Berger et se lia d’amitié avec Goethe. Enfant surdoué, ses premières compositions datent de 1819 et à douze ans il avait déjà cLire la suite…, de KuckenKucken, Friedrich WilhelmFriedrich Wilhelm Kücken (Bleckede/ Hanovre, 16 novembre 1810 – Schwerin, 3 avril 1882), compositeur et chef d’orchestre. Enfant, il étudia le piano puis s’installa à Schwerin où il étudia la basse continue, le violon, le piano et la flûte. Il devint membre de l’orchestre du Théâtre Lire la suite… ou de Weber Weber, Carl Maria vonCarl Maria von Weber (Eutin, 18 novembre 1786 – Londres, 5 juin 1826), compositeur. Il étudia avec son père, puis avec Johann Peter Heuschkel, organiste à Hildburghausen où sa famille s’était établie en 1796. L’année suivante, sa famille s’installa à Salzbourg où Weber étudia avec Lire la suite…; tous les artistes savent combien, dans ces morceaux d’ensemble excessivement appréciés et recherchés en Allemagne, les voix sont groupées avec habileté, le mouvement des parties est intéressant : eh bien, là est en grande partie le secret de l’effet produit par des chanteurs relativement très inférieurs en nombre à ceux des sociétés rivales, et les derniers venus dans 1a grande famille de l’Orphéon. Quand les dix-sept jeunes gens qui composent la Teutonia ont entonné le Turkisches-SchenkenliedTürkisches SchenkenliedTürkisches Schenkenlied (Chanson à boire turque), Op. 50 No. 1, chœur pour quatre voix d’hommes sans accompagnement sur un poème  de Wolfgang Goethe mis en musique par Felix Mendelssohn.Lire la suite… de MendelssohnMendelssohn, FelixJacob-Ludwig-Felix Mendelssohn-Bartholdy (Hambourg, 3 février 1809 – Leipzig, 4 novembre 1847), compositeur. Il étudia la composition avec Zelter et le piano avec Berger et se lia d’amitié avec Goethe. Enfant surdoué, ses premières compositions datent de 1819 et à douze ans il avait déjà cLire la suite…, on aurait dit qu’ils étaient cinquante. Et quand les cinquante membres de la société de *** ont attaqué les premières notes du chœur parisien de M. *** on eût pu croire qu’ils étaient à peine dix-sept. Maintenant, c’est à MM. les orphéonistes de comprendre tout l’avantage qu’ils peuvent avoir, non pas précisément à ne chanter que de la musique allemande, mais bien à mêler le moins de drôleries possibles à leurs refrains.

Un devoir que je ne pouvais me dispenser d’accomplir m’a privé d’assister à la seconde partie du banquet offert à MM. les membres du jury et aux représentans de la presse parisienne par la municipalité de Dijon. Et ce n’est jamais, on le sait, que vers la fin de ces sortes de réunions que l’éloquence des convives commence à se trahir. J’avais lu les couplets de circonstance improvisés par M. Emile de LabédollièreLabédollière, Emile deÉmile de Labédollière (Paris, 24 mai 1812 – Paris, 24 avril 1883), historien. Les couplets qu’il improvisa ont été publiés sous le titre : Couplets improvisés au punch offert le 16 août 1857, par la commission du concours musical aux membres du jury, Dijon, imprimerie E. Jobard (s.d.). Lire la suite…, mais j’ai eu le regret de ne pas les entendre chanter par l’auteur : la verve de M. de LabédollièreLabédollière, Emile deÉmile de Labédollière (Paris, 24 mai 1812 – Paris, 24 avril 1883), historien. Les couplets qu’il improvisa ont été publiés sous le titre : Couplets improvisés au punch offert le 16 août 1857, par la commission du concours musical aux membres du jury, Dijon, imprimerie E. Jobard (s.d.). Lire la suite… est très entraînante, un peu bachique, d’une gaieté de bon aloi et inépuisable. Je n’ai pas entendu non plus le toast de M. Charles PoisotPoisot, Charles EmileCharles-Emile Poisot (Dijon, 7 juillet 1822 – Dijon, 4 mars 1904), compositeur et pianiste.  Il étudia le piano avec Louis Adam et Camille Stamaty et la composition avec Fromental Halévy. Il fit représenter Le Paysan à l’Opéra-Comique (1850), et publia un Essai sur les musiciens bourguignLire la suite…, jeune compositeur qui joue du piano comme un maître, accompagne comme feu GaraudéGaraudé, Alexis deAlexis-Albert-Gauthier Garaudé (Choisy, 27 octobre 1821 – Paris, 6 août 1854), pianiste accompagnateur. Il étudia au Conservatoire de Paris et obtint les 1er prix de solfège (1833), de contrepoint et fugue (1837) et d’orgue (1838) et un 2eme prix de Rome en 1841. Il fut engagé comme accompaLire la suite…, fait sur la musique des articles fort remarqués, et attend depuis longtemps déjà, au théâtre, des succès qui assurément ne lui feront pas défaut. M. Charles PoisotPoisot, Charles EmileCharles-Emile Poisot (Dijon, 7 juillet 1822 – Dijon, 4 mars 1904), compositeur et pianiste.  Il étudia le piano avec Louis Adam et Camille Stamaty et la composition avec Fromental Halévy. Il fit représenter Le Paysan à l’Opéra-Comique (1850), et publia un Essai sur les musiciens bourguignLire la suite… est Dijonnais : il passe la belle saison dans une charmante retraite, à quelques lieues de sa ville natale, et il n’est pas le seul de sa famille dont je pourrais vanter le talent, la distinction et la riche organisation artistique.

Pendant le trop court séjour que j’ai fait dans la patrie de saint Bernard et du grand Rameau, j’ai eu l’honneur d’être présenté à M. MercierMercier, JulesJules Mercier (Dijon, 23 aout 1819 – Dijon, 5 mars 1868), violoniste et chef d’orchestre. Il fonda la Société philharmonique de Dijon dont il fut le chef d’orchestre ; il se produisit régulièrement en concert en province et en Allemagne avec le pianiste Charles Poisot. Ami de Liszt, il l’Lire la suite…, jeune violoniste dont la réputation est pour le moins aussi grande à Paris qu’à Dijon. M. MercierMercier, JulesJules Mercier (Dijon, 23 aout 1819 – Dijon, 5 mars 1868), violoniste et chef d’orchestre. Il fonda la Société philharmonique de Dijon dont il fut le chef d’orchestre ; il se produisit régulièrement en concert en province et en Allemagne avec le pianiste Charles Poisot. Ami de Liszt, il l’Lire la suite… a le rare bonheur d’être prophète dans son pays, où tout le monde l’aime, où tout le monde l’admire. Quand le public qui assistait à la distribution des récompenses, a connu la décision du jury par laquelle une médaille d’honneur était offerte, à l’unanimité, à M. Jules MercierMercier, JulesJules Mercier (Dijon, 23 aout 1819 – Dijon, 5 mars 1868), violoniste et chef d’orchestre. Il fonda la Société philharmonique de Dijon dont il fut le chef d’orchestre ; il se produisit régulièrement en concert en province et en Allemagne avec le pianiste Charles Poisot. Ami de Liszt, il l’Lire la suite…, des hurrahs d’allégresse ont éclaté dans la salle, et l’estrade s’est trouvée trop étroite pour contenir tous ceux qui voulaient serrer la main de l’heureux artiste. M. MercierMercier, JulesJules Mercier (Dijon, 23 aout 1819 – Dijon, 5 mars 1868), violoniste et chef d’orchestre. Il fonda la Société philharmonique de Dijon dont il fut le chef d’orchestre ; il se produisit régulièrement en concert en province et en Allemagne avec le pianiste Charles Poisot. Ami de Liszt, il l’Lire la suite… paraissait fort ému, en se voyant l’objet de ces témoignages si flatteurs de l’affection et de l’estime de ses amis, de ses compatriotes.

Au moment où nous allions quitter Dijon, le soleil, qui boudait depuis deux jours, a voulu être témoin de nos adieux et des bonnes poignées de main que nous échangions avec les hôtes charmans qui nous avaient si bien accueillis. Pour ma part, j’ai éprouvé bien de la peine à me séparer de mon ami de la veille, et je crois que je ne serais pas parti s’il ne m’avait fait promettre de revenir. M. Charles Muteau, qui porte un des noms les plus éminens et les plus honorables de la magistrature française, est heureux toutes les fois qu’il a l’occasion d’offrir l’hospitalité à un artiste. Quand il m’a introduit dans la jolie petite chambre d’ami qu’il m’avait fait préparer, il m’a dit : « LisztLiszt, FranzFranz Liszt (Raiding, 22 octobre 1811 – Bayreuth, 31 juillet, 1886), pianiste et compositeur. Il étudia le piano d’abord avec son père puis grâce à une bourse étudia à Vienne avec Czerny pour le piano et Salieri pour la composition. Ses premiers récitals en 1823 à Vienne et à Pest firenLire la suite… et VivierVivier, Eugène-LéonEugène-Léon Vivier (Brioude, 4 décembre 1817 – Nice, 24 février 1900), corniste et compositeur. Il abandonna le droit pour se consacrer au cor, qu’il apprit en autodidacte. En 1842, il s’installa à Paris et se produisit en concerts dans sa ville et à l’étranger, souvent aux cotés de Lire la suite… ont passé par là : vous verrez que vous n’y serez pas trop mal. » Et j’y étais si bien que je ne demanderais pas mieux que d’y être encore.

Maintenant le rideau est baissé et le concours de Dijon est le dernier des concours, pour cette année du moins. L’année prochaine, on nous promet de nous faire voir Agen, Nîmes, Toulouse, Arles et Nancy. Et pendant que nous serons bien tranquillement assis au coin de notre feu, les pantoufles sur les chenets, M. DelaporteDelaporte, EugèneChristophe-Louis-Joseph-Eugène Delaporte (Paris, 21 février 1818 – Saint-Mandé près Paris, 21 février 1886), organiste et chef de chœurs. Il étudia au Conservatoire de Paris, où il obtint un accessit en Solfège en 1830. Il fut organiste à Sens en 1846. Il créa l’Association des SociLire la suite… passera une partie de l’hiver sur les grandes routes, allant d’un maire à l’autre, de cet orphéon-ci à cet orphéon-là, de la salle philharmonique à l’antichambre municipale, à droite, à gauche, courant toujours, questionné par chacun, questionnant tout le monde et s’essuyant le front même quand il neige. Et demandez-lui ce qu’il gagne à un pareil métier ? Beaucoup de popularité, la sympathie de ceux qui le connaissent, un peu de reconnaissance en échange d’un très grand dévouement, et puis c’est tout. C’est à dire que ce n’est pas assez. Mais, bon Dieu ! que de gens je connais qui voudraient bien se faire de pareilles rentes.

Je ne suis guère en mesure de répondre à ceux qui désireraient savoir ce qu’il y a de nouveau à Paris. J’arrive et je vais repartir. On m’a conté, cependant, que Mme CabelCabel, Marie-JosèpheMarie-Josèphe Dreullette épouse Cabel (Liège, 31 janvier 1827 – Maisons-Laffitte, 23 mai 1885), soprano. Elle étudia à Liège avec Bouillon et à Bruxelles avec Ferdinand Cabel et Georges Cabel. Elle épousa ce dernier en 1847. Durant son année d’études au Conservatoire de Paris (1848/49)Lire la suite…, revenue de Bade, était rentrée avec éclat dans l’Etoile du NordEtoile du Nord, L’L’Etoile du Nord, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Eugène Scribe mis en musique par Giacomo Meyerbeer et créé à l’Opéra-Comique le 16 février 1854.Lire la suite… et la Fille du Régiment Fille du Regiment, LaLa Fille du régiment, opéra-comique en deux actes sur un livret de Jean-François-Alfred Bayard et Henri de Saint-Georges mis en musique par Gaetano Donizetti et créé à l’Opéra-Comique le 11 février 1840.Lire la suite…; on m’a dit aussi que Mlle L’HéritierL’Héritier, MarieMarie L’Héritier (Paris, 26 septembre 1837 – ?), soprano. Elle étudia au Conservatoire de Paris où elle obtint un 1er prix de solfège en 1851, un second prix de piano en 1853 et un 1er prix de chant et d’opéra-comique et un 2eme prix d’opéra en 1856. Elle débuta à l’Opéra-Comique enLire la suite… avait pris, dans l’EclairEclair, L’L’Eclair, drame lyrique en trois actes sur un livret de Henri de Saint-Georges et d’Eugène de Planard mis en musique par Fromental Halévy et créé à l’Opéra-Comique le 30 décembre 1830.Lire la suite…, la place de Mlle DuprezDuprez, Caroline-FirenziCaroline-Firenzi Duprez (Florence 10 avril 1832 – Pau, 17 avril 1875), soprano. Fille et élève du ténor, Gilbert Duprez, elle chanta à Reims puis au Théâtre-Italien en 1850, Londres en 1851, et Bruxelles en 1851/52 où elle créa le rôle de Joanita dans L’Abîme de la Maladetta composé pLire la suite… et qu’elle l’occupait de manière à satisfaire les plus difficiles, les amis de Mlle DuprezDuprez, Caroline-FirenziCaroline-Firenzi Duprez (Florence 10 avril 1832 – Pau, 17 avril 1875), soprano. Fille et élève du ténor, Gilbert Duprez, elle chanta à Reims puis au Théâtre-Italien en 1850, Londres en 1851, et Bruxelles en 1851/52 où elle créa le rôle de Joanita dans L’Abîme de la Maladetta composé pLire la suite… eux-mêmes. Mlle L’HéritierL’Héritier, MarieMarie L’Héritier (Paris, 26 septembre 1837 – ?), soprano. Elle étudia au Conservatoire de Paris où elle obtint un 1er prix de solfège en 1851, un second prix de piano en 1853 et un 1er prix de chant et d’opéra-comique et un 2eme prix d’opéra en 1856. Elle débuta à l’Opéra-Comique enLire la suite… est une jeune artiste d’une rare intelligence et dont l’Opéra-Comique a mis plus d’une fois le zèle à l’épreuve en lui demandant de jouer presque au pied levé les rôles importans de l’AmbassadriceAmbassadrice, L’L’Ambassadrice, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Eugène Scribe mis en musique par Daniel-François-Esprit Auber et créé à l’Opéra-Comique le 21 décembre 1836.Lire la suite…, du CaïdCaïd, LeLe Caïd, opéra-comique en deux actes sur un livret de Thomas Sauvage mis en musique par Ambroise Thomas et créé à l’Opéra-Comique le 3 janvier 1849.Lire la suite…, du Maître de ChapelleMaitre de chapelle, LeLe Maitre de chapelle, opéra-comique en deux actes sur un livret de Sophie Gay mis en musique par Ferdinando Paër et créé à l’Opéra-Comique le 29 mars 1821.Lire la suite…, de Jean de ParisJean de ParisJean de Paris, opéra-comique en deux actes sur un livret de Claude Godard d’Aucourt de Saint-Just mis en musique par François-Adrien Boieldieu et créé à l’Opéra-Comique le 4 avril 1812.Lire la suite…, de PsychéPsychéPsyché, opéra-comique en trois actes sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré mis en musique par Ambroise Thomas et créé à l’Opéra-Comique le 26 janvier 1857.Lire la suite… et de la Fête du village voisinFête du village voisin, LaLa Fête du village voisin, opéra-comique en trois actes sur un livret de Charles-Augustin Sewrin mis en musique par François-Adrien Boieldieu et créé à l’Opéra-Comique le 5 mars 1816.Lire la suite….

On a fait courir le bruit que M. DeloffreDeloffre, Louis-Michel AdolpheLouis-Michel-Adolphe Deloffre (Paris, 28 juillet 1817 – Paris, 8 janvier 1876), violoniste et chef d’orchestre. Il étudia le violon d’abord avec son père, puis avec Bellon, Lafont et enfin Baillot. En 1836, il partit avec le chef d’orchestre Louis Jullien à Londres où il fut violon solo Lire la suite…, éloigné du Théâtre-Lyrique par une indisposition sérieuse, avait été forcé de remettre son bâton de commandement à M. Charles GounodGounod, CharlesCharles Gounod (Paris, 17 juin 1818 – Saint-Cloud, 18 octobre 1893) compositeur. Gounod étudia le piano avec sa mère et la composition et l’harmonie en privé avec Reicha tout en faisant d’excellentes études classiques au Lycée Saint-Louis à Paris. Après avoir obtenu son baccalauréat, il Lire la suite…, et que les trois premières représentations d’EuryantheEuryantheEuryanthe, opéra en trois actes sur un livret en allemand de Helmina von Chézy mis en musique par Carl Maria von Weber et créé Kärntnertortheater de Vienne 25 octobre 1823.Lire la suite… seraient dirigées par l’heureux auteur de SaphoSaphoSapho, opéra en trois actes sur un livret d’Émile Augier, mis en musique par Charles Gounod, créé à l’Opéra de Paris le 16 avril 1851.Lire la suite…. La vérité est que M. DeloffreDeloffre, Louis-Michel AdolpheLouis-Michel-Adolphe Deloffre (Paris, 28 juillet 1817 – Paris, 8 janvier 1876), violoniste et chef d’orchestre. Il étudia le violon d’abord avec son père, puis avec Bellon, Lafont et enfin Baillot. En 1836, il partit avec le chef d’orchestre Louis Jullien à Londres où il fut violon solo Lire la suite…, fortement éprouvé par la perte d’un de ses enfans, est aujourd’hui, sinon entièrement consolé, du moins complètement rétabli, et que le jour de la réouverture du Théâtre-Lyrique il aura repris le poste qui lui est confié et dans lequel il serait très difficilement remplacé.