L’Athenæum français, 8 mars 1856, p. 189-191 (article signé E. Reyer).

Théâtres. – Chronique musicale.

Théâtre de l’Opéra-Comique : Manon-LescautManon LescautManon Lescaut, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Eugène Scribe mis en musique par Daniel-François-Esprit Auber et créé à l’Opéra-Comique le 23 février 1856.Lire la suite… [Manon LescautManon LescautManon Lescaut, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Eugène Scribe mis en musique par Daniel-François-Esprit Auber et créé à l’Opéra-Comique le 23 février 1856.Lire la suite…], opéra-comique en trois actes, paroles de M. Eugène ScribeScribe, Augustin-EugèneAugustin-Eugène Scribe (Paris, 24 décembre 1791 – Paris, 20 février 1861), auteur dramatique, librettiste. Auteur dramatique le plus joué à la Comédie Française en son temps (Bertrand et Raton en 1833, La Camaraderie en 1837, Une Chaîne en 1841), il fut un écrivain prolixe qui écrivit 425 Lire la suite…, musique de M. AuberAuber, Daniel-François-EspritDaniel-François-Esprit Auber (Caen, 29 janvier 1782 – Paris, 12 mai 1871), compositeur. Sa famille était aisée et le prépara aux affaires tout en lui enseignant la musique, dans laquelle il montra très tôt son talent de chanteur (baryton), de pianiste, de violoniste et de violoncelliste. LesLire la suite…. — Concerts du Conservatoire et des Jeunes-Artistes.


La collaboration de MM. ScribeScribe, Augustin-EugèneAugustin-Eugène Scribe (Paris, 24 décembre 1791 – Paris, 20 février 1861), auteur dramatique, librettiste. Auteur dramatique le plus joué à la Comédie Française en son temps (Bertrand et Raton en 1833, La Camaraderie en 1837, Une Chaîne en 1841), il fut un écrivain prolixe qui écrivit 425 Lire la suite… et AuberAuber, Daniel-François-EspritDaniel-François-Esprit Auber (Caen, 29 janvier 1782 – Paris, 12 mai 1871), compositeur. Sa famille était aisée et le prépara aux affaires tout en lui enseignant la musique, dans laquelle il montra très tôt son talent de chanteur (baryton), de pianiste, de violoniste et de violoncelliste. LesLire la suite… a souvent été très-heureuse, mais elle remonte à plus d’un quart de siècle : aussi y a-t-il bien loin de Manon LescautManon LescautManon Lescaut, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Eugène Scribe mis en musique par Daniel-François-Esprit Auber et créé à l’Opéra-Comique le 23 février 1856.Lire la suite… au Domino noirDomino noir, LeLe Domino noir, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Eugène Scribe, mis en musique par Daniel-François-Esprit Auber, créé à l’Opéra-Comique le 2 décembre 1837.Lire la suite…, à l’AmbassadriceAmbassadrice, L’L’Ambassadrice, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Eugène Scribe mis en musique par Daniel-François-Esprit Auber et créé à l’Opéra-Comique le 21 décembre 1836.Lire la suite…, au PhiltrePhiltre, LeLe Philtre, opéra en deux actes sur un livret d’Eugène Scribe mis en musique par Daniel-François-Esprit Auber et créé à l’Opéra de Paris le 20 juin 1831.Lire la suite…, à la MuetteMuette de Portici, LaLa Muette de Portici, opéra en cinq actes sur un livret d’Eugène Scribe et Germain Delavigne mis en musique par Daniel-François-Esprit Auber et créé à l’Opéra de Paris le 29 février 1828.Lire la suite…, au Cheval de bronzeCheval de bronze, LeLe Cheval de bronze, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Eugène Scribe mis en musique par Daniel-François-Esprit Auber et créé à l’Opéra-Comique le 23 mars 1835.Lire la suite…, au Dieu et la BayadèreDieu et la bayadère, LeLe Dieu et la bayadère, opéra-ballet en deux actes sur un livret d’Eugène Scribe, une chorégraphie de Marie Taglioni et une musique de Daniel-François-Esprit Auber créé à l’Opéra de Paris le 13 octobre 1830.Lire la suite…, à la SirèneSirène, LaLa Sirène, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Eugène Scribe mis en musique par Daniel-François-Esprit Auber et créé à l’Opéra-Comique le 26 mars 1844.Lire la suite…, aux Diamants de la couronneDiamants de la couronne, LesLes Diamants de la couronne, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Eugène Scribe et Henri de Saint-Georges mis en musique par Daniel-François-Esprit Auber et créé à l’Opéra-Comique le 6 mars 1841.Lire la suite… et même à la Part du diablePart du Diable, LaLa Part du Diable, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Eugène Scribe mis en musique par Daniel-François-Esprit Auber et créé à l’Opéra-Comique le 16 janvier 1843.Lire la suite…. Jenny BellJenny BellJenny Bell, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Eugène Scribe mis en musique par Daniel-François-Esprit Auber et créé à l’Opéra-Comique le 2 juin 1855.Lire la suite…, qui a précédé Manon Lescaut Manon LescautManon Lescaut, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Eugène Scribe mis en musique par Daniel-François-Esprit Auber et créé à l’Opéra-Comique le 23 février 1856.Lire la suite…de quelques mois seulement, nous l’avait fait pressentir, et si l’intention de M. AuberAuber, Daniel-François-EspritDaniel-François-Esprit Auber (Caen, 29 janvier 1782 – Paris, 12 mai 1871), compositeur. Sa famille était aisée et le prépara aux affaires tout en lui enseignant la musique, dans laquelle il montra très tôt son talent de chanteur (baryton), de pianiste, de violoniste et de violoncelliste. LesLire la suite… est de clore sa brillante carrière par un chef-d’œuvre, Manon LescautManon LescautManon Lescaut, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Eugène Scribe mis en musique par Daniel-François-Esprit Auber et créé à l’Opéra-Comique le 23 février 1856.Lire la suite… ne peut pas être le dernier mot de l’illustre compositeur. Le libretto de M. Eugène ScribeScribe, Augustin-EugèneAugustin-Eugène Scribe (Paris, 24 décembre 1791 – Paris, 20 février 1861), auteur dramatique, librettiste. Auteur dramatique le plus joué à la Comédie Française en son temps (Bertrand et Raton en 1833, La Camaraderie en 1837, Une Chaîne en 1841), il fut un écrivain prolixe qui écrivit 425 Lire la suite… n’a guère de commun que le titre avec le roman de l’abbé Prévost : le titre, c’est déjà bien assez pour piquer la curiosité d’un public dont la grande majorité ne connaît le roman que de nom ; ceux qui en savent davantage et qui craindraient d’effaroucher la pudeur de leurs filles en les faisant assister à des scènes un peu croustillantes, peuvent être rassurés par avance : la Manon de M. ScribeScribe, Augustin-EugèneAugustin-Eugène Scribe (Paris, 24 décembre 1791 – Paris, 20 février 1861), auteur dramatique, librettiste. Auteur dramatique le plus joué à la Comédie Française en son temps (Bertrand et Raton en 1833, La Camaraderie en 1837, Une Chaîne en 1841), il fut un écrivain prolixe qui écrivit 425 Lire la suite… est une honnête grisette que le coche de Nanterre a descendue sans accident dans une modeste petite chambre de la rue Saint-Jacques, et dont les relations avec Desgrieux sont tellement gazées qu’on s’attend à lui voir décerner un prix de vertu ou une couronne de rosière à la fin du troisième acte.

Le frère de Manon est devenu son cousin, soldat dans les gardes françaises, et moyennant quelques pistoles il se charge de l’enlever pour le compte de son colonel, le marquis d’Hérigny. L’exécution du marché est retardée par l’arrivée de Desgrieux, qui entre chez Manon une bourse pleine d’or à la main : tous trois vont souper chez Bancelin, le fameux traiteur du boulevard du Temple. Après le souper il y a bal à la guinguette : les costumes sont d’une entière exactitude, mais les danses nous ont paru d’une époque plus récente ; Lescaut jette sur le tapis vert les pistoles du marquis et les perd ; celles de Desgrieux, imprudemment confiées par Manon au cousin Lescaut, ne tardent pas à aller rejoindre les autres, si bien qu’il ne reste plus de quoi payer la dépense. L’hôtesse envoie chercher le commissaire qui est de ses amis : on arrête Desgrieux, et le pauvre chevalier ne trouve rien de plus simple pour se tirer d’affaire que de vendre sa liberté au recruteur des gardes-françaises ; le voilà soldat dans le régiment de M. d’Hérigny.

Pendant que cet engagement se passe dans la coulisse, Manon prend la guitare d’une petite chanteuse ambulante, et elle voit bientôt tomber dans son escarcelle plus d’or qu’il ne lui en faut pour désintéresser l’hôtesse. Malheureusement il est trop tard, et la pauvre fille se désole tandis que le sergent montre à sa nouvelle recrue le chemin de la caserne. Le soir même Desgrieux déserte, et Manon n’obtient sa grâce qu’en acceptant un petit souper en tête à tête dans la petite maison du marquis. Manon arrive la première au rendez-vous ; elle respire à pleins poumons l’atmosphère enivrante de ce joli boudoir parfumé, et s’étend nonchalamment sur de moelleux coussins. Grand Dieu ! à quoi donc pensez-vous mademoiselle Manon ! Elle attend d’Hérigny, et c’est Desgrieux qui vient un peu brusquement la tirer de ses réflexions : « Calmez-vous, mon cher chevalier, je suis ici en tout bien tout honneur ; je vais tirer les verroux, nous mangerons ensemble le souper du marquis et puis nous décamperons par la fenêtre. » C’est justement par la fenêtre que le marquis fait son entrée : il met l’épée à la main, Desgrieux en fait autant, et l’infortuné colonel tombe mortellement blessé. Avant de rendre le dernier soupir, il déchire l’engagement du chevalier. L’abbé Prévost n’a pas songé à ce trait de délicatesse et de générosité. Lescaut, qui faisait son métier de laquais dans une antichambre, profite de la stupéfaction générale pour voler un collier de diamants : Manon, accusée de ce larcin, est déportée à la Louisiane. Au troisième acte nous faisons connaissance avec un nouveau personnage inventé par M. Scribe Scribe, Augustin-EugèneAugustin-Eugène Scribe (Paris, 24 décembre 1791 – Paris, 20 février 1861), auteur dramatique, librettiste. Auteur dramatique le plus joué à la Comédie Française en son temps (Bertrand et Raton en 1833, La Camaraderie en 1837, Une Chaîne en 1841), il fut un écrivain prolixe qui écrivit 425 Lire la suite…: c’est Renaud, dit Tappe-fort, garde-chiourme du fort Sainte-Rosalie : il veut bien permettre à Manon de descendre du chariot infamant sur lequel elle est traînée, et de s’entretenir quelques instants avec Desgrieux. Le chevalier, à bout de pistoles et de bonnes raisons pour calmer les scrupules de l’honnête gardien, s’arme d’un pistolet, menace Renaud et le met en fuite. Marguerite, une amie d’enfance de Manon devenue la femme du planteur Gervais, conseille aux deux amoureux de prendre au plus vite la clef des champs ; elle troque son costume de mariée contre la vilaine robe brune de Manon :

Que ce long voile blanc

Te couvre et t’environne.

Il s’agit de tromper la vigilance des soldats ; Gervais chante ces deux vers :

Mais ceux en faction

M’inspirent des alarmes !

Gervais ne se pique pas de savoir sa langue comme un académicien.

Un changement à vue nous montre Manon et Desgrieux errant à travers les steppes brûlants de la Louisiane, c’est en vain que Desgrieux cherche à ranimer sa maîtresse en approchant de ses lèvres une gourde bienfaisante ; la pauvre fille tombe épuisée entre les bras du chevalier et meurt chastement comme elle avait vécu.

Le rôle de Manon a été écrit pour Mme CabelCabel, Marie-JosèpheMarie-Josèphe Dreullette épouse Cabel (Liège, 31 janvier 1827 – Maisons-Laffitte, 23 mai 1885), soprano. Elle étudia à Liège avec Bouillon et à Bruxelles avec Ferdinand Cabel et Georges Cabel. Elle épousa ce dernier en 1847. Durant son année d’études au Conservatoire de Paris (1848/49)Lire la suite…. La charmante fauvette du boulevard du Temple a eu une fâcheuse inspiration le jour où, séduite par les brillantes promesses de M. le directeur de l’Opéra-Comique, elle a consenti à passer d’une cage dans une autre. Sur la scène de la rue Favart, sa voix nous a semblé grêle, et son jeu plus dépourvu que jamais de charme et de naturel. Mme CabelCabel, Marie-JosèpheMarie-Josèphe Dreullette épouse Cabel (Liège, 31 janvier 1827 – Maisons-Laffitte, 23 mai 1885), soprano. Elle étudia à Liège avec Bouillon et à Bruxelles avec Ferdinand Cabel et Georges Cabel. Elle épousa ce dernier en 1847. Durant son année d’études au Conservatoire de Paris (1848/49)Lire la suite… n’empêchera pas les plus indulgents eux-mêmes de se souvenir du brio, de la verve de Mme UgaldeUgalde, DelphineDelphine Ugalde née Beaucé (Paris, 3 décembre 1829 – Paris, 19 juillet 1910), soprano. Elle étudia avec Mme Cinti-Damoreau et débuta en 1848 à l’Opéra-Comique. Elle y fit de nombreuses créations dont : Le Toréador (Adam) en 1849, La Dame de Pique (Halévy) en 1850, Galathée (Massé) enLire la suite…, de l’exquise méthode de Mlle DuprezDuprez, Caroline-FirenziCaroline-Firenzi Duprez (Florence 10 avril 1832 – Pau, 17 avril 1875), soprano. Fille et élève du ténor, Gilbert Duprez, elle chanta à Reims puis au Théâtre-Italien en 1850, Londres en 1851, et Bruxelles en 1851/52 où elle créa le rôle de Joanita dans L’Abîme de la Maladetta composé pLire la suite… et de la séduisante distinction de Mlle LefebvreFaure, Constance-CarolineConstance-Caroline Lefebvre épouse Faure (Paris, 21 décembre 1828 – Paris, 1905), soprano. Elle étudia le chant au Conservatoire de Paris avec M. Banderali et Mme Moreau-Sainti et obtint un 1er Prix d’opéra-comique en 1849. Elle débuta à l’Opéra-Comique en 1849 et chanta avec succès auLire la suite…. FaureFaure, Constance-CarolineConstance-Caroline Lefebvre épouse Faure (Paris, 21 décembre 1828 – Paris, 1905), soprano. Elle étudia le chant au Conservatoire de Paris avec M. Banderali et Mme Moreau-Sainti et obtint un 1er Prix d’opéra-comique en 1849. Elle débuta à l’Opéra-Comique en 1849 et chanta avec succès auLire la suite… a eu les honneurs de la soirée.

L’ouverture de Manon LescautManon LescautManon Lescaut, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Eugène Scribe mis en musique par Daniel-François-Esprit Auber et créé à l’Opéra-Comique le 23 février 1856.Lire la suite… débute par un chant de hautbois assez mélancolique, auquel succède une strette mouvementée dont le motif n’offre rien de très-saillant. L’air du marquis renferme de jolies parties ; mais les couplets d’entrée de Mme CabelCabel, Marie-JosèpheMarie-Josèphe Dreullette épouse Cabel (Liège, 31 janvier 1827 – Maisons-Laffitte, 23 mai 1885), soprano. Elle étudia à Liège avec Bouillon et à Bruxelles avec Ferdinand Cabel et Georges Cabel. Elle épousa ce dernier en 1847. Durant son année d’études au Conservatoire de Paris (1848/49)Lire la suite… sont une réminiscence de M. AuberAuber, Daniel-François-EspritDaniel-François-Esprit Auber (Caen, 29 janvier 1782 – Paris, 12 mai 1871), compositeur. Sa famille était aisée et le prépara aux affaires tout en lui enseignant la musique, dans laquelle il montra très tôt son talent de chanteur (baryton), de pianiste, de violoniste et de violoncelliste. LesLire la suite… lui-même, avec une légère variante dans le rhythme. Viennent ensuite un cantabile, accompagné par la clarinette, et un allegretto, dans lequel les trilles, les roulades, les arpèges et les vocalises de toutes sortes n’ont pas été ménagées : cela a produit peu d’effet. J’aime bien mieux la petite complainte chantée par Manon et les joyeux éclats de rire du refrain ; le final est très-dramatique ; la grosse caisse frappe le premier coup de la mesure avec une persistance obstinée. Le premier air de Manon est rappelé au commencement du deuxième acte : la romance du marquis :

Manon est frivole et légère

est une mélodie heureusement trouvée ; elle a surtout été chantée d’une manière très-remarquable ; il y a de charmants passages dans le duo suivant entre d’Hérigny et Manon ; je passerai rapidement sur cette cavatine un peu filandreuse :

Je veux qu’ici vous soyez reine,

pour arriver à la gentille ariette que chante Manon pendant qu’on entend dans la coulisse les violons du bal donné à l’hôtel d’Hérigny. Sur les deux notes aigues ut ré, Mme CabelCabel, Marie-JosèpheMarie-Josèphe Dreullette épouse Cabel (Liège, 31 janvier 1827 – Maisons-Laffitte, 23 mai 1885), soprano. Elle étudia à Liège avec Bouillon et à Bruxelles avec Ferdinand Cabel et Georges Cabel. Elle épousa ce dernier en 1847. Durant son année d’études au Conservatoire de Paris (1848/49)Lire la suite… a fait un trille d’une entière perfection. Je m’aperçois que j’ai oublié de citer au premier acte un duo frais et gracieux entre Manon et Marguerite, le duo de la lettre. La scène du souper, trop tôt interrompue par l’arrivée du marquis, est traitée avec cet esprit et cette finesse qui caractérisent particulièrement le talent de M. AuberAuber, Daniel-François-EspritDaniel-François-Esprit Auber (Caen, 29 janvier 1782 – Paris, 12 mai 1871), compositeur. Sa famille était aisée et le prépara aux affaires tout en lui enseignant la musique, dans laquelle il montra très tôt son talent de chanteur (baryton), de pianiste, de violoniste et de violoncelliste. LesLire la suite….

Le troisième acte s’ouvre par des danses créoles, manquant peut-être un peu de couleur locale ; la chanson de la jeune esclave ne m’a pas semblé non plus très-originale ; cela n’en empêchera pas le succès ; Gervais chante un hymne à la patrie absente ; les danses recommencent, et au milieu des groupes voltigent trois négrillons de l’aspect le plus pittoresque. On sait tout le soin que la direction de l’Opéra-Comique apporte habituellement dans la mise en scène de ses ouvrages. Les accents plaintifs des violoncelles annoncent l’arrivée de Manon ; après un trio dont les détails sont remplis l’intérêt, Desgrieux, Gervais, Manon et Marguerite chantent un délicieux quatuor qui a été très-applaudi. Le tableau du désert, la prière et la mort de Manon ont humecté les paupières de la partie la plus impressionnable de la salle : en effet cela est fort triste, d’autant plus triste que la robe d’innocence de Mlle Manon n’a pas reçu la plus petite éclaboussure. Quelques esclaves, guidés par Gervais et Marguerite, se sont mis à la poursuite des fugitifs : ils arrivent trop tard. Tous se prosternent devant la rampe et entonnent un chant religieux d’une solennité imposante.

— L’EgmontEgmontEgmont, Op. 84, musique de scène pour la tragédie de Johann Wolfgang Goethe, créée au Burgtheater à Vienne le 15 juin 1810.Lire la suite… de BeethovenBeethoven, Ludwig vanLudwig van Beethoven (Bonn, 16 décembre 1770 – Vienne, 26 mars 1827), compositeur. Enfant prodige qui donna son premier concert public à Bonn à huit ans. Il alla à Vienne et prit des leçons avec Haydn de 1792 à 1794 puis avec Albrechtsberger de 1794 à 1795 et avec Salieri vers 1799. Il compLire la suite… a été exécuté au dernier concert du Conservatoire ; nous avons déjà analysé cet admirable chef-d’œuvre, ce drame émouvant où l’héroïsme, la douleur et l’amour sont exprimés avec des accents si grandioses, si tendres et si poétiques : on a bissé cette ravissante ballade de Claire accompagnée seulement par la clarinette et un léger trémolo de timbales en sons voilés : on aurait voulu tout bisser. Mlle BoulartBoulart, SophieSophie-Ferdinande-Dorothée Boulart (Montmartre, 3 avril 1836 – Asnières, 14 juin 1889), soprano. Élève de Mme Cinti-Damoreau au Conservatoire de Paris, elle obtint un 1er prix de chant et d’opéra-comique en 1853. Elle débuta en 1853 à l’Opéra-Comique dans Les Noces de Jeannette (MasLire la suite… a chanté de manière à satisfaire tout le monde, même les plus difficiles : cette jeune artiste fait chaque jour de sensibles progrès. Les belles strophes de M. Henri TrianonTrianon, HenriHenri Trianon (Paris, 11 juillet 1811 – Paris, 17 octobre 1896), écrivain. Il débuta comme critique artistique et littéraire dans les journaux de Paris, puis s’adonna un temps à l’enseignement. Il traduisit des œuvres de Homère et de Platon et devint assistant bibliothécaire de la bibliLire la suite…, déclamées par M. GuichardGuichard, Adolphe-GabrielAdolphe-Gabriel Guichard (Paris, 2 août 1826 – Ivry, 26 décembre 1883), acteur. Il étudia au Conservatoire de Paris et obtint un deuxième prix de tragédie en 1836. Il se produisit à l’Ambigu, puis à la Comédie-Française de 1853 à 1854 et à l’Odéon à partir de 1854.Lire la suite…, ont été vivement applaudies : on sent que le souffle de GoetheGoethe, Johann Wolfgang vonJohann Wolfgang von Goethe (Francfort, 28 août 1749 – Weimar, 22 mars 1832), écrivain. Son œuvre est prolifique et presqu’encyclopédique puisqu’il a écrit des poèmes, des drames, des romans mais aussi des ouvrages de botanique et d’ostéologie et d’analyse du spectre des couleurs. Ses Lire la suite… a passé sur la lyre du jeune poëte. Le psaume de MendelssohnMendelssohn, FelixJacob-Ludwig-Felix Mendelssohn-Bartholdy (Hambourg, 3 février 1809 – Leipzig, 4 novembre 1847), compositeur. Il étudia la composition avec Zelter et le piano avec Berger et se lia d’amitié avec Goethe. Enfant surdoué, ses premières compositions datent de 1819 et à douze ans il avait déjà cLire la suite… pour chœur, orgue et orchestre, est plus remarquable sous le rapport du travail scientifique qu’au point de vue de la mélodie : cette œuvre donne une idée de tout le parti qu’un compositeur habile peut tirer d’une phrase de quatre mesures ; le public s’en est peut-être rendu compte, mais il ne s’est pas montré très-ému.

Sur le programme du dernier concert de la Société des jeunes artistes, figuraient une symphonie de M. Lefébure-VélyLefebure-Wely, Louis-James-AlfredLouis-James-Alfred Lefébure-Wély (Paris, 13 novembre 1817 – Paris, 31 décembre 1869), organiste et compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris, où il obtint un premier prix d’orgue en 1835. À quinze ans, il succéda à son père comme organiste de l’église Saint-Roch. De 1847 à 18Lire la suite… [Lefébure-Wély]Lefebure-Wely, Louis-James-AlfredLouis-James-Alfred Lefébure-Wély (Paris, 13 novembre 1817 – Paris, 31 décembre 1869), organiste et compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris, où il obtint un premier prix d’orgue en 1835. À quinze ans, il succéda à son père comme organiste de l’église Saint-Roch. De 1847 à 18Lire la suite…, organiste de la Madeleine, et une mélodie évangélique inédite de M. Charles Gounod Gounod, CharlesCharles Gounod (Paris, 17 juin 1818 – Saint-Cloud, 18 octobre 1893) compositeur. Gounod étudia le piano avec sa mère et la composition et l’harmonie en privé avec Reicha tout en faisant d’excellentes études classiques au Lycée Saint-Louis à Paris. Après avoir obtenu son baccalauréat, il Lire la suite…: Jésus de NazarethJésus de NazarethJésus de Nazareth, chant évangélique sur des paroles de Adolphe Porte pour baryton, piano et orgue ad libitum, mis en musique par Charles Gounod.Lire la suite…. Dans la symphonie de M. LefébureFaure, Constance-CarolineConstance-Caroline Lefebvre épouse Faure (Paris, 21 décembre 1828 – Paris, 1905), soprano. Elle étudia le chant au Conservatoire de Paris avec M. Banderali et Mme Moreau-Sainti et obtint un 1er Prix d’opéra-comique en 1849. Elle débuta à l’Opéra-Comique en 1849 et chanta avec succès auLire la suite…, nous avons remarqué l’andante, dont le thème, joué d’abord par les violoncelles, varié ensuite, est repris par les instruments à vent pendant que les violons exécutent un contre-sujet. Ici, le compositeur a mal équilibré les forces de son orchestre ou bien les violons ont joué avec trop de vigueur ; ce n’est qu’après quelques mesures que nous avons pu distinguer le retour du motif. Il y a de jolies choses dans le scherzo, d’agréables effets d’orchestre et une légère réminiscence de la première symphonie de M. Charles GounodGounod, CharlesCharles Gounod (Paris, 17 juin 1818 – Saint-Cloud, 18 octobre 1893) compositeur. Gounod étudia le piano avec sa mère et la composition et l’harmonie en privé avec Reicha tout en faisant d’excellentes études classiques au Lycée Saint-Louis à Paris. Après avoir obtenu son baccalauréat, il Lire la suite… que M. LefébureFaure, Constance-CarolineConstance-Caroline Lefebvre épouse Faure (Paris, 21 décembre 1828 – Paris, 1905), soprano. Elle étudia le chant au Conservatoire de Paris avec M. Banderali et Mme Moreau-Sainti et obtint un 1er Prix d’opéra-comique en 1849. Elle débuta à l’Opéra-Comique en 1849 et chanta avec succès auLire la suite… a sans doute entendue et qu’il a dû applaudir comme nous.

Jésus de NazarethJésus de NazarethJésus de Nazareth, chant évangélique sur des paroles de Adolphe Porte pour baryton, piano et orgue ad libitum, mis en musique par Charles Gounod.Lire la suite… a été chanté par BattailleBattaille, Charles-AmableCharles-Amable Battaille (Nantes, 30 septembre 1822 – Paris, 2 mai 1872), Basse. Après des études de médecine à Nantes, il vint à Paris et étudia au Conservatoire avec Manuel Garcia. Il obtint les premiers prix de chant, d’opera et d’opéra-comique en 1847 et débuta en 1848 à l’Opéra-CoLire la suite… et de la façon la plus remarquable : on a demandé bis. C’est une belle et large mélodie, pleine d’onction et écrite dans le style le plus pur et le plus élevé : cela fait songer à ces grandes figures du Christ taillées dans le marbre byzantin par le ciseau pieux des artistes du moyen âge.

Pauvres perclus, paralytiques

Levez-vous et marchez.

Il y a dans cette phrase un effet irrésistible et amené, sans violence, par les procédés les plus simples : l’orchestre, traité avec beaucoup de sobriété, est rempli des dessins les plus intéressants, des harmonies les plus riches et les plus variées. Je professe pour le talent de M. GounodGounod, CharlesCharles Gounod (Paris, 17 juin 1818 – Saint-Cloud, 18 octobre 1893) compositeur. Gounod étudia le piano avec sa mère et la composition et l’harmonie en privé avec Reicha tout en faisant d’excellentes études classiques au Lycée Saint-Louis à Paris. Après avoir obtenu son baccalauréat, il Lire la suite… une admiration et une estime toutes particulières, c’est vrai ; mais je ne ferai qu’exprimer l’opinion de tous les musiciens qui ont entendu comme moi Jésus de NazarethJésus de NazarethJésus de Nazareth, chant évangélique sur des paroles de Adolphe Porte pour baryton, piano et orgue ad libitum, mis en musique par Charles Gounod.Lire la suite… en disant que cette œuvre pourrait être signée par les plus grands maîtres.

Je suis obligé de renvoyer à mon prochain article le compte rendu de La Fanchonnette, opéra de MM. ClapissonClapisson, Antoine-LouisAntoine-Louis Clapisson (Naples, 5 septembre 1808 – Paris, 19 mars 1866), compositeur. Il étudia le violon d’abord à Bordeaux puis avec Habeneck au Conservatoire de Paris. En 1832 il fut engagé comme violoniste au Théâtre-Italien et composa à partir de 1839 de nombreuses romances dont certLire la suite… et Saint-GeorgesSaint-Georges, Jules-Henri Vernoy deJules-Henri Vernoy de Saint-Georges (Paris, 7 novembre 1799 – Paris, 23 décembre 1875), auteur dramatique, librettiste. Il écrivit d’abord un roman puis il se tourna vers la scène et écrivit plusieurs comédies, drames et vaudevilles et produisit pendant cinquante ans des livrets d’opéras eLire la suite…, qui vient d’obtenir un très-brillant succès au Théâtre-Lyrique. Jamais le talent de Mme Miolan-CarvalhoMiolan-Carvalho, Marie-CarolineMarie-Caroline Félix-Miolan épouse Calvalho (Marseille, 31 décembre 1827 – Paris, 10 juillet 1895), soprano. Elle étudia au Conservatoire de Paris avec Duprez et obtint le 1er prix de chant en 1847. Elle débuta à l’Opéra-Comique en Mai 1850 dans L’Ambassadrice (Auber). Elle participa à Lire la suite… ne s’était révélé avec autant de puissance et d’éclat. Voilà le Théâtre-Lyrique sauvé ! tant mieux pour lui et tant mieux pour nous.