Le Journal des Débats, 2 avril 1868 (article signé E. Reyer).

REVUE MUSICALE.

 Bibliographie.

(Deuxième article.)

La musique aux Pays-Bas avant le dix-neuvième siècleMusique aux Pays-Bas avant le XIXe siècle, LaEdmond Van der Straeten : La Musique aux Pays-Bas avant le XIXe siècle. Documents inédits et annotés. Compositeurs, virtuoses, théoriciens, Luthiers ; opéras, motets, airs nationaux, académiesDes habits, mœurs, cérémoniesJean de Glen : Des habits, mœurs, cérémonies, façons de faire anciennes et modernes du monde, traicté non moins utile, que délectable, plein de bonnes & sainctes instructions. Avec les pourtraicts des habits taillés par Jean de Glen Liégeois, divisé en deux parties. PARTIE PREMIERE. DeLire la suite…, maîtrises, livres, portraits, etc. avec planches de musique et table alphabétique. Huit tomes. BrLire la suite…, documens inédits et annotés par Edmond Van der Straeten. —Tome 1er Un volume, Bruxelles, C. Maquardt..

La position qu’occupe M. Van der Straeten aux Archives générales du royaume, à Bruxelles, lui a permis de réunir une quantité de documens qui, classés et annotés par un écrivain érudit, par un esprit ingénieux, tels, en un mot, que nous les présente l’auteur de ce livre, doivent puissamment contribuer à réédifier et à régénérer l’Histoire de la musique dans les Pays-Bas, histoire restée jusqu’ici fort obscure, pleine de contradictions et d’erreurs. Mais d’autres documens, qui ont aussi leur importance, existent dans les archives des provinces. M. Van der Straeten, après avoir signalé les minutieuses et intéressantes recherches déjà faites par M. Léon de BurbureBurbure, Léon deLéon de Burbure de Wesembeek (Termonde/Belgique, 16 août 1812 – Anvers, 8 décembre 1889), compositeur, chef d’orchestre, musicologue. Il étudia la théorie musicale et le violoncelle dès l’âge de sept ans avec Joseph Troch puis François de Vigne. Il fit des études de droit à l’UniveLire la suite… dans les registres de la cathédrale d’Anvers, réclame le concours obligeant de tous les généreux investigateurs qui sont à même d’ajouter de nouvelles informations à celles qu’il a lui-même recueillies : «Par la publication raisonnée et circonstanciée de leurs découvertes, dit-il dans sa préface, le zèle des archivistes de province s’enflammera, les faits et les noms leur deviendront familiers, et leur coopération active cessera d’être une impossibilité ; car monopoliser les recherches et écarter les ardens n’a jamais été dans notre pensée. » Le cadre que l’auteur s’est tracé comprend les compositeurs, les virtuoses, les musicographes et tout ce qui concerne la lutherie et les luthiers, eu égard particulièrement aux instrumens polyphones à clavier, « ces auxiliaires puissans du développement de l’harmonie » ; la publication de chants nationaux inédits, soit civils, soit religieux, auxquels se rattache un fait, une légende, un trait de mœurs quelconque ; l’origine et les développemens de l’opéra français et italien aux dix-septième et dix-huitième siècles, retracés chronologiquement ; et de nombreux renseignemens sur les institutions musicales, telles que maîtrises, académies, associations de Sainte-Cécile, de Saint-Job, de Sainte-Marie-Madelaine. Quant à la partie bibliographique, on peut se faire une idée de la place importante qui lui sera réservée dans l’ouvrage de M. Van der Straeten, en parcourant le catalogue inédit, publié in extenso, de la bibliothèque musicale du chevalier DandeleuDandeleu, Jean-BaptisteJean-Baptiste Dandeleu ( ? – Bruxelles, ? décembre 1667), administrateur. Il était licencié en droit et devint surintendant du comte de Furstenberg, gouverneur de Lillers et de Saint-Venant. Il fut anobli par lettre du roi Philippe IV du 24 novembre 1629. Le 26 février 1631, il épousa LiévLire la suite…, « commissaire des monstres (c’est-à-dire des revues) des armées du roi des Pays-Bas », surintendant du comte de Fürstenberg, grand amateur de musique, mort à Bruxelles en 1607. Le portrait de Josquin DesprèsJosquin des PresJosquin des Près (près de Saint-Quentin ?, vers 1450 – Condé-sur-l’Escaut, 27 août 1521), compositeur. Un des plus grands compositeurs de la Renaissance. Il œuvra d’abord à Aix-en-Provence dans la chapelle du roi René d’Anjou puis peut-être dans celle du roi de France Louis XI. Il fLire la suite… (Josquinus Pratensis), reproduit par la photo-lithographie, peut être considéré comme une des pièces les plus curieuses contenues dans le livre de M. van der Straeten. On ne possédait jusqu’à présent aucun dessin qui rappelât les traits du plus célèbre musicien de la fin du quinzième siècle, pas plus qu’on ne sait exactement le lieu et la date de sa naissance ; c’est M. Van der Straeten qui a retrouvé lui-même le portrait de Josquin dans un ouvrage chronographique de Pierre OpmeereOpmeere, PierrePierre Opmeere ( ? 1526 – ? 1595), historien. Il publia un ouvrage en latin en deux volumes dont le titre est Opus chronographicum orbis universi a mundi exordio usque ad annum MDCXI, continens historiam, icones, et elogia summorum pontificum, imperatorum, regum, ac virorum illustrium, in duos tomusLire la suite…, continué par Laurent BeyerlinckBeyerlinck, LaurentLaurent Beyerlinck (Anvers, avril 1578 – Anvers, 7 juin 1627), homme d’église. Il étudia la théologie à l’Université de Louvain puis devint professeur de poésie et de rhétorique au Collège de de Vaulx, avant de s’occuper de la cure de Herent, non loin de Louvain, tout en enseignant lLire la suite…, et publié à Anvers (1591-1611). Le premier volume de la Musique aux Pays-Bas nous donne également la reproduction du portrait d’Adrien WillaertWillaert, AdrianAdrian Willaert (Bruges, ca. 1490 – Venise, 7 décembre 1562), compositeur. Il aurait abandonné ses études de droit à Paris pour devenir l’élève de Jean Mouton, compositeur de la cour de France. Il entreprit un premier voyage à Rome puis entra en juillet 1515 comme chantre à Ferrare au seLire la suite…, tel qu’il est gravé au verso du frontispice de la Musica novaMusica NovaMusica nova, recueil de motets et de madrigaux d’Adrian Willaert publié à Venise par Antonio Gardano en 1559. Il renferme entre autres 27 longs et sérieux motets, un cycle de sept antiennes pour la fête de la circoncision, plusieurs hymnes mariales et des psaumes pénitentiels sur des textes dLire la suite… de ce maître, ouvrage dont la bibliothèque musicale de M. CoussemakerCoussemaker, Charles-Edmond-Henri deCharles-Edmond-Henri de Coussemaker (Bailleul/Nord, 19 avril 1805 – Lille, 10 janvier 1876), juriste, compositeur et musicologue. Après ses études aux Lycée de Douai, il vint à Paris en 1825 pour suivre des cours de droit et obtint son diplôme de juriste en 1830. Il suivit un stage d’avocatLire la suite… renferme un superbe exemplaire.

Parmi les spécimens de chants nationaux qui font partie des documens collectionnés par M. Van der Straeten, je citerai le chant funèbre des Kersauwieren de Pamele, à Audenarde (Requiem des confrères de la Marguerite) ; la marche et la chanson du Serment des Arbalétriers de Saint-Georges, en la même ville, et une charmante mélodie populaire du seizième siècle : « O nuit, jalouse nuit ! » que l’organiste harlémois Corneille HelmbrekerHelmbreecker, Cornelis (l’Ancien) Janszoon [Corneille Helmbreker]Cornelis (l’Ancien) Janszoon Helmbreecker [Corneille Helmbreker] ( ?, 1590 – Haarlem, 29 mai 1654), organiste et compositeur. Il étudia avec Jan Pieterszoon Sweelinck et fut, de 1612 à 1619, organiste et carillonneur de la ville de Hoorn/Frise-Occidentale en Hollande. En 1619, il devint orgaLire la suite… arrangea à quatre parties et fit exécuter avec des paroles de circonstance, lors de l’installation de Guillaume van NieuwenhuysenNieuwenhuysen, Wilhelm vanWilhelm van Nieuwenhuysen ( ? – ?), recteur. Il fut d’abord recteur d’une école à Enkhuizen/Hollande, où le futur médecin, botaniste et bibliothécaire néerlandais Jan Antonides van der Linden (1609-1664) fut étudiant. En 1629, il fut ensuite nommé recteur du gymnase de Haarlem.Lire la suite… en qualité de recteur de la grande école de la ville de Harlem.

Le premier volume de la Musique aux Pays-Bas a paru, par fascicules successifs, dans l’un des meilleurs recueils périodiques du pays, le Messager des sciences historiques, de 1863 à 1867. « A peu de chose près, ajoute M. Van der Straeten, notre travail est géographiquement circonscrit dans les limites tracées par Jean de GlenGlen, Jean deJean de Glen (Liège ?, – ?), écrivain. EN 1601, il publia à Liège le premier volume de son étude intitulée Des habits, mœurs, cérémonies, façons de faire anciennes et modernes du monde. Aucun autre volume ne fut publié.Lire la suite…, auteur d’un livre intitulé : Des habitsDes habits, mœurs, cérémoniesJean de Glen : Des habits, mœurs, cérémonies, façons de faire anciennes et modernes du monde, traicté non moins utile, que délectable, plein de bonnes & sainctes instructions. Avec les pourtraicts des habits taillés par Jean de Glen Liégeois, divisé en deux parties. PARTIE PREMIERE. DeLire la suite…, mœursDes habits, mœurs, cérémoniesJean de Glen : Des habits, mœurs, cérémonies, façons de faire anciennes et modernes du monde, traicté non moins utile, que délectable, plein de bonnes & sainctes instructions. Avec les pourtraicts des habits taillés par Jean de Glen Liégeois, divisé en deux parties. PARTIE PREMIERE. DeLire la suite…, cérémoniesDes habits, mœurs, cérémoniesJean de Glen : Des habits, mœurs, cérémonies, façons de faire anciennes et modernes du monde, traicté non moins utile, que délectable, plein de bonnes & sainctes instructions. Avec les pourtraicts des habits taillés par Jean de Glen Liégeois, divisé en deux parties. PARTIE PREMIERE. DeLire la suite…, façons de faire, anciennes et modernes du monde (Liège, 1601, page 111). » « La Gaule Belgique, dit-il, est diversement nommée la Belge, la Basse-Allemaigne, les dix-sept provinces et le Pays-Bas. Mais le nom de Pays-Bas comprend encore le pays de Liège, les duchés de Juliers et de Çlèves….. Les dix-sept provinces, sont : Brabant, Lutzembourg, Lembourg, Gueldre, Flandre, Artois, Haynaut, Hollande, Zélande, Namur, Zutphen, le marquisat de Saint-Empyre, les seigneuries de Frise, Malines, Utrecht, Overyssel et Groningue. »

II est inutile, je, crois, d’insister sur l’utilité de la publication entreprise par M. Van der Straeten et sur les curieux renseignemens, qu’elle peut offrir aux musiciens désireux de s’instruire de tout ce qui se rattache à l’histoire de leur art. Les faits relatés dans cet ouvrage sont puisés aux sources les plus authentiques ; mais, comme le dit fort bien M. Van der Straeten, personne n’est exempt d’erreur : « A notre tour, si nous nous trompions, nous en ferions franchement l’aveu ; car s’égarer dans une route pleine de ténèbres est une chose toute naturelle, et la lumière une fois aperçue, un amour-propre mal entendu ne nous empêchera pas d’en reconnaître les rayonnemens bienfaisans, fut-ce au prix des plus grands sacrifices. » Voilà une déclaration pleine de modestie, et tout à fait rassurante pour ceux qui ne croient pas aveuglément à l’infaillibilité des musicographes.

Etudes pratiques de style vocalChant. Etudes pratiques de style vocalStéphen de La Madeleine : Chant. Etudes pratiques de style vocal. Paris : Joseph Albanel, 1868.Lire la suite… (leçons écrites), par M. Stéphen de La Madelaine Deux volumes, Paris, Joseph Albanel..

Voici quelques passages que j’extrais des PréliminairesDes habits, mœurs, cérémoniesJean de Glen : Des habits, mœurs, cérémonies, façons de faire anciennes et modernes du monde, traicté non moins utile, que délectable, plein de bonnes & sainctes instructions. Avec les pourtraicts des habits taillés par Jean de Glen Liégeois, divisé en deux parties. PARTIE PREMIERE. DeLire la suite… de ce livre, écrit par un homme qui compte de longues années de professorat, et qui a fait un très grand nombre d’élèves :

« En rédigeant mes Etudes pratiques de style vocalChant. Etudes pratiques de style vocalStéphen de La Madeleine : Chant. Etudes pratiques de style vocal. Paris : Joseph Albanel, 1868.Lire la suite…, je me suis proposé deux buts :

« Le premier était de fixer les règles de chacune des grandes divisions, ou, genres, qui partagent l’art en catégories spéciales, telles que :

» La tragédie,

» Le drame,

» La comédie,

» Le bouffe,

» La musique d’église,

» Le pathétique, dont le style emprunte des effets à plusieurs autres.

» Mon second but était d’aborder une route audacieusement nouvelle, en appliquant les règles de chaque style à l’enseignement écrit d’un air conçu dans l’une des divisions que je viens de classer.

» Ces idées étaient-elles véritablement utiles et fécondes ? — L’exécution pouvait-elle en être claire, complète et d’une interprétation facile pour la multitude ?

» Pour essayer de résoudre ces questions vitales, je publiai, il y a quelques années, une leçon écrite sur l’air du FreyschützFreischütz, DerDer Freischütz, opéra romantique en trois actes sur un livret de Johann Friedrich Kind, mis en musique par Carl Maria von Weber, créé au Nouveau Schauspielhaus de Berlin le 18 juin 1821.Lire la suite…, qui est du genre pathétique, et qui comporte par conséquent des observations multiples, c’est-à-dire concernant plusieurs catégories de style, telles que le tragique, le dramatique, et même le religieux.

» L’intérêt que la presse musicale entière manifesta pour cet essai dépassa toutes mes espérances. L’Institut lui-même, auquel j’avais soumis le manuscrit, voulut bien formuler sur mon idée d’abord, et ensuite sur mon exécution, un jugement net et précis qui en est l’approbation, une haute et concluante approbation. J’ai bien le droit de m’en faire un titre, car l’avis de la section de musique, adopté par l’Académie des Beaux-Arts en séance générale le 18 août 1860, doit dominer tous les assentimens et toutes les critiques. Le voici textuellement :

» L’idée fondamentale de l’ouvrage de M. Stéphen de La Madelaine nous paraît ingénieuse. Cet ouvrage est une leçon très développée sur l’air célèbre du FreyschützFreischütz, DerDer Freischütz, opéra romantique en trois actes sur un livret de Johann Friedrich Kind, mis en musique par Carl Maria von Weber, créé au Nouveau Schauspielhaus de Berlin le 18 juin 1821.Lire la suite…. L’auteur a écrit avec le plus grand soin toutes les observations que cet air pouvait suggérer à un professeur habile, et il substitue ainsi un enseignement écrit et durable à un enseignement oralChant. Etudes pratiques de style vocalStéphen de La Madeleine : Chant. Etudes pratiques de style vocal. Paris : Joseph Albanel, 1868.Lire la suite… et fugitif. » (Les mots en lettres italiques ont été soulignés dans le rapport de la section des beaux-arts.) « Cette idée, appliquée aux morceaux de chant des grands maîtres, aux morceaux qu’on peut nommer classiquesChant. Etudes pratiques de style vocalStéphen de La Madeleine : Chant. Etudes pratiques de style vocal. Paris : Joseph Albanel, 1868.Lire la suite…, peut fournir le point de départ d’un enseignement éminemment utile.

» Il va sans dire que l’élève, pour profiter de ces leçons tout à fait spéciales, doit être formé à l’exercice du chant et de la vocalisation.

» Quant à l’exécution de cette idée, appliquée à l’air du FreyschützFreischütz, DerDer Freischütz, opéra romantique en trois actes sur un livret de Johann Friedrich Kind, mis en musique par Carl Maria von Weber, créé au Nouveau Schauspielhaus de Berlin le 18 juin 1821.Lire la suite…, la section a trouvé dans le travail de M. de La Madelaine d’excellens avis et une connaissance complète du morceau qu’il analyse avec un très bon sentiment.

» La presse fut unanime sur la portée de l’innovation qui modifiait si profondément les destinées de l’enseignement vocal. On reconnut la clarté de mes explications, et ma modestie ne me permet pas de dire en quels termes furent approuvés les moindres détails de ma leçon.

» Mais pendant que je recevais les félicitations de la grande majorité des journaux, quelques autres opposaient à leurs propres éloges une restriction bizarre et que j’avais cependant prévue. Depuis la création du FreyschützFreischütz, DerDer Freischütz, opéra romantique en trois actes sur un livret de Johann Friedrich Kind, mis en musique par Carl Maria von Weber, créé au Nouveau Schauspielhaus de Berlin le 18 juin 1821.Lire la suite…, jusqu’au moment où j’écrivis ma leçon, c’est-à-dire pendant une quarantaine d’années et plus, cet air avait été chanté dans les concerts, avec ornemens et points d’orgue, par les cantatrices les plus célèbres de l’époque ; Mme SchultzShoultz, Johanna Carolina Ulrika vonJohanna Carolina Ulrika von Schoultz (Stockholm, ? 1813 – Helsinki, 28 février 1863), soprano. Fille du gouverneur de Vaasa/Suède, elle étudia avec Karl Magnus Craelius et fit ses débuts en concert à Stockholm en 1828. Trois ans plus tard, elle fut reçue membre de l’Académie royale de musLire la suite… [von Schoultz]Shoultz, Johanna Carolina Ulrika vonJohanna Carolina Ulrika von Schoultz (Stockholm, ? 1813 – Helsinki, 28 février 1863), soprano. Fille du gouverneur de Vaasa/Suède, elle étudia avec Karl Magnus Craelius et fit ses débuts en concert à Stockholm en 1828. Trois ans plus tard, elle fut reçue membre de l’Académie royale de musLire la suite…, qui l’avait créé au théâtre de l’Odéon ; Mmes SontagSontag, HenrietteHenriette Gertrud Walpurgis Sontag [Sonntag] (Coblence, 3 janvier 1806 – Mexico City, 17 juin 1854), soprano. Elle étudia avec sa mère et débuta à l’âge de six ans à Darmstadt. Tout en se produisant en public, elle étudia au Conservatoire de Prague de 1815 à 1821. L’année suivante, elLire la suite…, Cinti-DamoreauCinti-Damoreau, Laure-CinthieLaure-Cinthie Monthalant dite Cinti-Damoreau (Paris, 6 février 1801 – Paris, 25 février 1863), soprano. Elle étudia au Conservatoire de Paris et débuta en 1816 au Théâtre-Italien, sous le nom de Mlle Cinti ; elle se perfectionna au contact des prima donna du Théâtre-Italien Giuseppina Ronzi-Lire la suite…, MalibranMalibran, Maria FeliciaMaria Felicia Garcia, dite Malibran (Paris, 24 mars 1808 – Manchester, 23 septembre 1836), soprano. Fille du ténor Manuel Garcia, elle étudia le chant avec Louis Hérold et Auguste Panseron à partir de 1816. Elle fit une tournée avec sa famille à New York de 1823 à 1825 ; à son retour, ellLire la suite…, etc. Leurs traditions, chaudement approuvées par WeberWeber, Carl Maria vonCarl Maria von Weber (Eutin, 18 novembre 1786 – Londres, 5 juin 1826), compositeur. Il étudia avec son père, puis avec Johann Peter Heuschkel, organiste à Hildburghausen où sa famille s’était établie en 1796. L’année suivante, sa famille s’installa à Salzbourg où Weber étudia avec Lire la suite…, qui en avait été le premier admirateur et le passionné propagateur, m’étaient d’autant mieux restées dans la mémoire, que je n’étais pas étranger au plus grand nombre de ces modifications, notamment celles de Mlle SontagSontag, HenrietteHenriette Gertrud Walpurgis Sontag [Sonntag] (Coblence, 3 janvier 1806 – Mexico City, 17 juin 1854), soprano. Elle étudia avec sa mère et débuta à l’âge de six ans à Darmstadt. Tout en se produisant en public, elle étudia au Conservatoire de Prague de 1815 à 1821. L’année suivante, elLire la suite… et de Mme Cinti-DamoreauCinti-Damoreau, Laure-CinthieLaure-Cinthie Monthalant dite Cinti-Damoreau (Paris, 6 février 1801 – Paris, 25 février 1863), soprano. Elle étudia au Conservatoire de Paris et débuta en 1816 au Théâtre-Italien, sous le nom de Mlle Cinti ; elle se perfectionna au contact des prima donna du Théâtre-Italien Giuseppina Ronzi-Lire la suite…, avec lesquelles j’avais l’insigne honneur de chanter souvent dans les concerts publics et à la cour de S. M. Charles XCharles X de BourbonCharles-Philippe de Bourbon, dit Charles X (Versailles, 9 octobre 1757 – Goritz/Autriche 6 novembre 1836), roi de France. Il est le cinquième enfant et troisième fils du dauphin Louis, fils de Louis XV et de Marie-Josèphe de Saxe. Il gouverna à la Restauration, succédant le 16 novembre 1824 Lire la suite…, en ma qualité d’artiste de la musique particulière du roi.

» Ces traditions, qui avaient été, je ne dirai pas seulement applaudies, mais pieusement conservées jusqu’alors, devinrent le point de mire d’une opposition systématique de certains zélateurs forcenés du respect dû à la grosse note.

» L’Institut avait cependant prévu ces sortes de critiques :

« Ajoutons », avait écrit la section de musique en terminant son rapport, « ajoutons que l’auteur dit lui-même que ces ornemens ne sont nullement un point de doctrine. C’est leur exécution qu’il indique, et non pas une série de fioritures dont il recommande l’emploi. C’est le style imitatif dont il donne un échantillon, et non des points d’orgue qu’il prescrit.»

En principe, je suis un de ces zélateurs forcenés du respect dû à la grosse note dont parle M. Stéphen de La Madelaine, et je m’empresse de l’en prévenir. Voici d’ailleurs une anecdote qui lui en donnera la preuve, et qui trouve d’autant plus naturellement sa place ici, qu’elle se rapporte à ce même air de Robin des BoisRobin des BoisRobin des bois, opéra-comique en trois actes sur un livret de Castil-Blaze et Thomas Sauvage avec la musique de Carl Maria von Weber créé au Théâtre de l’Odéon le 7 décembre 1824.Lire la suite… (M. Stéphen de La Madelaine et la section de musique n’auraient pas dû confondre Robin des BoisRobin des BoisRobin des bois, opéra-comique en trois actes sur un livret de Castil-Blaze et Thomas Sauvage avec la musique de Carl Maria von Weber créé au Théâtre de l’Odéon le 7 décembre 1824.Lire la suite… et le FreyschützFreischütz, DerDer Freischütz, opéra romantique en trois actes sur un livret de Johann Friedrich Kind, mis en musique par Carl Maria von Weber, créé au Nouveau Schauspielhaus de Berlin le 18 juin 1821.Lire la suite…) que l’auteur a choisi, comme premier exemple, pour la démonstration de son système et l’application de ses doctrines.

Je me trouvais un soir dans un salon où l’on faisait de la musique ; une cantatrice d’un certain renom (c’était peut-être une élève de M. Stéphen de La Madelaine) devait chanter l’air d’Annette de Robin des Bois.Robin des BoisRobin des bois, opéra-comique en trois actes sur un livret de Castil-Blaze et Thomas Sauvage avec la musique de Carl Maria von Weber créé au Théâtre de l’Odéon le 7 décembre 1824.Lire la suite… Les récitatifs de cet air, — les musiciens le savent bien, et, par conséquent M. Stéphen de La Madelaine, pas plus que la section de musique de l’Institut, ne peuvent l’ignorer, —sont déjà une altération, une amplification, si l’on veut, du texte allemand ; mais enfin, passons là-dessus et ne rappelons pas le procès que le spirituel traducteur de WeberWeber, Carl Maria vonCarl Maria von Weber (Eutin, 18 novembre 1786 – Londres, 5 juin 1826), compositeur. Il étudia avec son père, puis avec Johann Peter Heuschkel, organiste à Hildburghausen où sa famille s’était établie en 1796. L’année suivante, sa famille s’installa à Salzbourg où Weber étudia avec Lire la suite… a gagné depuis si longtemps en France devant l’opinion publique. Je m’approche du piano, et parmi plusieurs morceaux de chant qui étaient là étalés devant moi, j’en prends un au hasard. C’était précisément l’air d’Annette, mais tout barbouillé de points d’orgue, d’ornemens, de fioritures et de changemens qu’une main profane y avait écrits au crayon. Il me semble avoir retrouvé ces mêmes fioritures, ces mêmes points d’orgue dans le livre de M. Stéphen de La Madelaine. Mon premier mouvement fut d’essayer de sortir ; le maître de la maison causait à l’entrée du salon : toute retraite était impossible. Alors, profitant d’un moment où personne n’avait l’œil sur moi, je saisis l’air d’Annette et le fourrai prestement dans ma poche. Au même instant la cantatrice se dirigeait vers le piano, suivie de son accompagnateur. On chercha le morceau de musique longtemps et partout, excepté où il était. Je le cherchai aussi : on ne le trouva pas, et ce fut une grande déception pour tout le monde. Au lieu de l’air d’Annette, Mme X… chanta la cavatine du Barbier de SévilleBarbier de Séville, LeIl Barbiere di Siviglia (Le Barbier de Séville), opera buffa en 2 actes sur un livret de Cesare Sterbini, d’après Beaumarchais, mis en musique par Gioachino Rossini créé au Teatro Argentina à Rome le 20 février 1816. L’œuvre fut donnée à Paris pour la première fois au Théâtre-ItalienLire la suite…, qui n’est pour la plupart des cantatrices qu’un prétexte à roulades et à vocalises. Elle s’en donna à cœur – joie et eut beaucoup de succès. Les traits qu’elle exécuta, si j’ai bonne mémoire, sont à peu près les mêmes qu’a indiqués, sinon prescrits, M. Stéphen de La Madelaine dans le tome Ier de son livre (Leçons sur un air du Barbier de Séville pages 197 à 245). Certes j’étais loin de regretter le larcin que j’avais commis pour m’éviter la douleur d’entendre profaner une des plus belles inspirations de Weber Weber, Carl Maria vonCarl Maria von Weber (Eutin, 18 novembre 1786 – Londres, 5 juin 1826), compositeur. Il étudia avec son père, puis avec Johann Peter Heuschkel, organiste à Hildburghausen où sa famille s’était établie en 1796. L’année suivante, sa famille s’installa à Salzbourg où Weber étudia avec Lire la suite…; mais le lendemain j’envoyai à Mme X… un exemplaire de l’air du Freyschütz tel que WeberWeber, Carl Maria vonCarl Maria von Weber (Eutin, 18 novembre 1786 – Londres, 5 juin 1826), compositeur. Il étudia avec son père, puis avec Johann Peter Heuschkel, organiste à Hildburghausen où sa famille s’était établie en 1796. L’année suivante, sa famille s’installa à Salzbourg où Weber étudia avec Lire la suite… l’a écrit et tel qu’il devrait être chanté si les cantatrices, mieux conseillées qu’elles ne le sont généralement, savaient sacrifier au désir de faire briller leur virtuosité le respect qu’elles doivent aux œuvres des grands maîtres.

Faut-il dire maintenant comment est venue à M. Stéphen de La Madelaine la pensée de collaborer à l’œuvre de Weber Weber, Carl Maria vonCarl Maria von Weber (Eutin, 18 novembre 1786 – Londres, 5 juin 1826), compositeur. Il étudia avec son père, puis avec Johann Peter Heuschkel, organiste à Hildburghausen où sa famille s’était établie en 1796. L’année suivante, sa famille s’installa à Salzbourg où Weber étudia avec Lire la suite…:

« Lorsque l’auteur lui-même exécute sa production avec cette voix enrouée et presque éteinte qui caractérise « une voix de compositeur », il écorche sa musique de manière à faire grincer de dents. »

(M. Stéphen de La Madelaine, qui a probablement entendu chanter RossiniRossini, GioachinoGioachino Rossini (Pesaro/Italie 29 février 1792 – Passy, 13 novembre 1868), compositeur. Né de parents musiciens, Rossini étudia le chant avec Giuseppe Malerbi à Lugo et débuta comme chanteur au théâtre d’Imola en 1804 et chanta le rôle d’un enfant dans Camilla de Paer à Bologne en 180Lire la suite… il y a trente ans, et plus récemment M. Gounod et M. Félicien David, aurait peut-être pu s’exprimer d’une façon moins absolue.)

« …. C’est dans une audition de ce genre que la voix tremblotante de WeberWeber, Carl Maria vonCarl Maria von Weber (Eutin, 18 novembre 1786 – Londres, 5 juin 1826), compositeur. Il étudia avec son père, puis avec Johann Peter Heuschkel, organiste à Hildburghausen où sa famille s’était établie en 1796. L’année suivante, sa famille s’installa à Salzbourg où Weber étudia avec Lire la suite… m’a révélé toute la poésie de son air du FreyschützFreischütz, DerDer Freischütz, opéra romantique en trois actes sur un livret de Johann Friedrich Kind, mis en musique par Carl Maria von Weber, créé au Nouveau Schauspielhaus de Berlin le 18 juin 1821.Lire la suite…, que Mme SchultzShoultz, Johanna Carolina Ulrika vonJohanna Carolina Ulrika von Schoultz (Stockholm, ? 1813 – Helsinki, 28 février 1863), soprano. Fille du gouverneur de Vaasa/Suède, elle étudia avec Karl Magnus Craelius et fit ses débuts en concert à Stockholm en 1828. Trois ans plus tard, elle fut reçue membre de l’Académie royale de musLire la suite… exécutait alors à l’Odéon avec un talent, honorable sans doute, mais insuffisant au point de vue poétique. J’avais souvent entendu ce beau morceau, et je l’appréciais sous le rapport de la mélodie, mais je n’étais alors qu’aux portes du sanctuaire. En écoutant le susurrement de l’illustre compositeur qui soupirait avec une sorte de piaulement passionné les inspirations de son admirable génie, je devinai la profondeur inouïe de ses intentions. Ce fut un trait de lumière qui éclaira tout à coup mes facultés créatrices. Je n’entrevis WeberWeber, Carl Maria vonCarl Maria von Weber (Eutin, 18 novembre 1786 – Londres, 5 juin 1826), compositeur. Il étudia avec son père, puis avec Johann Peter Heuschkel, organiste à Hildburghausen où sa famille s’était établie en 1796. L’année suivante, sa famille s’installa à Salzbourg où Weber étudia avec Lire la suite… que pendant quelques momens, et depuis il ne me fut plus donné de le revoir…Mais la pensée de ce que j’avais entendu ne me quitta plus…, Je n’eus point de cesse que je n’eusse trouvé les moyens de réaliser les rêves mélodieux que le souvenir de WeberWeber, Carl Maria vonCarl Maria von Weber (Eutin, 18 novembre 1786 – Londres, 5 juin 1826), compositeur. Il étudia avec son père, puis avec Johann Peter Heuschkel, organiste à Hildburghausen où sa famille s’était établie en 1796. L’année suivante, sa famille s’installa à Salzbourg où Weber étudia avec Lire la suite… amassait dans ma juvénile imagination. »

M. Stéphen de La Madelaine se met à la besogne, et son travail achevé, il l’enseigne à une jeune fille choisie parmi ses élèves.

« Malgré l’inexpérience du sujet que j’avais entre les mains, j’obtins à peu près tous mes effets, même ceux de l’expression, que je lui fis imiter avec un plein succès. Quelques mois après, la jeune fille, se trouvant à Londres, où elle s’est fixée depuis, se présenta chez WeberWeber, Carl Maria vonCarl Maria von Weber (Eutin, 18 novembre 1786 – Londres, 5 juin 1826), compositeur. Il étudia avec son père, puis avec Johann Peter Heuschkel, organiste à Hildburghausen où sa famille s’était établie en 1796. L’année suivante, sa famille s’installa à Salzbourg où Weber étudia avec Lire la suite… et lui fit entendre son œuvre. Le grand artiste en fut ému jusqu’aux larmes, et il approuva mon travail, en lui donnant des éloges qui m’ont encouragé dans le système d’études dont ma carrière vocale a été la manifestation. »

Tous les compositeurs n’ont pas apporté, dans leurs relations avec les cantatrices, l’énergie brutale, l’extrême violence d’HaendelHandel, Georges FredericGeorge Frideric Haendel (Halle, 23 février 1685 – Londres, 14 avril 1759), compositeur. Il étudia la composition avec Friedrich Wilhelm Zachow, organiste à Halle. En 1703, il accepta le poste de violoniste dans l’orchestre de Hambourg. C’est là qu’il composa son premier opéra, Almira (1Lire la suite…, mais il ne faut pas prendre non plus au pied de la lettre les complimens et les éloges que, par faiblesse ou par indifférence, plusieurs d’entre eux ont adressés à des artistes qu’ils avaient quelque intérêt à ménager. Ainsi Weber a bien pu, comme l’affirme M. Stéphen de La Madelaine, se montrer « ému jusqu’aux larmes » en entendant cette jeune fille qui lui apportait à Londres les points d’orgue et les traits brillans dont la juvénile imagination de son professeur avait émaillé l’air du FreyschützFreischütz, DerDer Freischütz, opéra romantique en trois actes sur un livret de Johann Friedrich Kind, mis en musique par Carl Maria von Weber, créé au Nouveau Schauspielhaus de Berlin le 18 juin 1821.Lire la suite… ; je ne doute pas davantage qu’il ait chaudement remercié Mmes SchultzShoultz, Johanna Carolina Ulrika vonJohanna Carolina Ulrika von Schoultz (Stockholm, ? 1813 – Helsinki, 28 février 1863), soprano. Fille du gouverneur de Vaasa/Suède, elle étudia avec Karl Magnus Craelius et fit ses débuts en concert à Stockholm en 1828. Trois ans plus tard, elle fut reçue membre de l’Académie royale de musLire la suite…, Damoreau, SontagSontag, HenrietteHenriette Gertrud Walpurgis Sontag [Sonntag] (Coblence, 3 janvier 1806 – Mexico City, 17 juin 1854), soprano. Elle étudia avec sa mère et débuta à l’âge de six ans à Darmstadt. Tout en se produisant en public, elle étudia au Conservatoire de Prague de 1815 à 1821. L’année suivante, elLire la suite…, MalibranMalibran, Maria FeliciaMaria Felicia Garcia, dite Malibran (Paris, 24 mars 1808 – Manchester, 23 septembre 1836), soprano. Fille du ténor Manuel Garcia, elle étudia le chant avec Louis Hérold et Auguste Panseron à partir de 1816. Elle fit une tournée avec sa famille à New York de 1823 à 1825 ; à son retour, ellLire la suite…, etc., de ce qu’elles voulaient bien dénaturer sa musique ; mais cependant, si WeberWeber, Carl Maria vonCarl Maria von Weber (Eutin, 18 novembre 1786 – Londres, 5 juin 1826), compositeur. Il étudia avec son père, puis avec Johann Peter Heuschkel, organiste à Hildburghausen où sa famille s’était établie en 1796. L’année suivante, sa famille s’installa à Salzbourg où Weber étudia avec Lire la suite… a approuvé les traditions de ces cantatrices, et s’il en a été le premier admirateur et le premier propagateur, d’où vient qu’aucune édition de l’œuvre du maître n’en porte la moindre trace, et que ces belles traditions sont perdues ? Je puis affirmer à mon tour qu’une cantatrice qui essaierait de produire sur n’importe quelle scène allemande la version de M. Stéphen de La Madelaine serait impitoyablement sifflée, et je ne crois pas qu’elle serait beaucoup mieux accueillie en France. Lorsque le Théâtre-Lyrique a repris, l’année dernière, le FreyschützFreischütz, DerDer Freischütz, opéra romantique en trois actes sur un livret de Johann Friedrich Kind, mis en musique par Carl Maria von Weber, créé au Nouveau Schauspielhaus de Berlin le 18 juin 1821.Lire la suite…, il a eu bien soin d’informer le public que c’était l’œuvre intacte et complète de l’illustre compositeur qu’on lui offrait cette fois ; le public a cru M. le directeur du Théâtre-Lyrique sur parole, et les musiciens pointilleux, les zélateurs forcenés du respect dû à la grosse note, ont su un gré infini à Mme Carvalho de chanter l’air du second acte, à peu de chose près, textuellement, tel qu’il existe dans la partition allemande, la seule dont il convient de se préoccuper. HaendelHandel, Georges FredericGeorge Frideric Haendel (Halle, 23 février 1685 – Londres, 14 avril 1759), compositeur. Il étudia la composition avec Friedrich Wilhelm Zachow, organiste à Halle. En 1703, il accepta le poste de violoniste dans l’orchestre de Hambourg. C’est là qu’il composa son premier opéra, Almira (1Lire la suite… répondait au refus d’une cantatrice, de chanter l’air Falsa imagine, dans l’opéra d’Othon, tel que le maître l’avait écrit, en la menaçant de la jeter par la fenêtre ; WeberWeber, Carl Maria vonCarl Maria von Weber (Eutin, 18 novembre 1786 – Londres, 5 juin 1826), compositeur. Il étudia avec son père, puis avec Johann Peter Heuschkel, organiste à Hildburghausen où sa famille s’était établie en 1796. L’année suivante, sa famille s’installa à Salzbourg où Weber étudia avec Lire la suite… souriait aux chanteuses qui faisaient disparaître l’élégance et la simplicité de ses inspirations sous un amalgame de puérilités et d’inutiles broderies ; quelquefois même il se montrait ému jusqu’aux larmes ; il y avait bien là de quoi pleurer, vraiment. Aujourd’hui ne voyons-nous pas aussi des compositeurs dont on pourrait blâmer les trop faciles complaisances à l’égard de certaines cantatrices ? Mais qui vous dit que tout en approuvant, avec plus ou moins de bonne grâce, ce qu’ils ne sauraient empêcher, ils ne regrettent pas de ne pouvoir agir avec la violence et la brutalité de HaendelHandel, Georges FredericGeorge Frideric Haendel (Halle, 23 février 1685 – Londres, 14 avril 1759), compositeur. Il étudia la composition avec Friedrich Wilhelm Zachow, organiste à Halle. En 1703, il accepta le poste de violoniste dans l’orchestre de Hambourg. C’est là qu’il composa son premier opéra, Almira (1Lire la suite….

J’ai raconté, ici ou ailleurs, que MeyerbeerMeyerbeer, GiacomoJakob Liebmann Meyer Beer dit Giacomo Meyerbeer (Vogelsdorf, 5 septembre 1791 – Paris, 2 mai 1864), compositeur. Il étudia la composition avec Zelter puis l’abbé Vogler et le piano avec Franz Lauska. Bien que considéré par Moscheles comme un des plus grands pianistes de son temps, Meyerbeer abLire la suite… entra dans une violente colère en apprenant, à Berlin, qu’une chanteuse parisienne se permettait de dénaturer complètement cette phrase du duo des Huguenots Huguenots, LesLes Huguenots, opéra en cinq actes sur un livret d’Eugene Scribe et  Emile Deschamps, mis en musique par Giacomo Meyerbeer, créé à l’Opéra de Paris le 29 février 1836.Lire la suite…:

Non ! par toi ce seuil redoutable

Ne sera pas franchi ; je m’attache à tes pas !…

 Arrivé à Paria, MeyerbeerMeyerbeer, GiacomoJakob Liebmann Meyer Beer dit Giacomo Meyerbeer (Vogelsdorf, 5 septembre 1791 – Paris, 2 mai 1864), compositeur. Il étudia la composition avec Zelter puis l’abbé Vogler et le piano avec Franz Lauska. Bien que considéré par Moscheles comme un des plus grands pianistes de son temps, Meyerbeer abLire la suite… s’en fut trouver la chanteuse, qui était engagée à l’Opéra pour une série de représentations, et s’y faisait particulièrement applaudir dans le rôle de Valentine. Le changement apporté par Mme X… à l’un des passages les plus dramatiques de cette admirable scène du quatrième acte des HuguenotsHuguenots, LesLes Huguenots, opéra en cinq actes sur un livret d’Eugene Scribe et  Emile Deschamps, mis en musique par Giacomo Meyerbeer, créé à l’Opéra de Paris le 29 février 1836.Lire la suite… n’était nullement motivé par le défaut d’ampleur ou d’étendue de sa voix : il ne s’agissait pour elle que de faire briller l’agilité de son gosier dans un point d’orgue qu’elle devait sans doute à la juvénile imagination de son professeur. MeyerbeerMeyerbeer, GiacomoJakob Liebmann Meyer Beer dit Giacomo Meyerbeer (Vogelsdorf, 5 septembre 1791 – Paris, 2 mai 1864), compositeur. Il étudia la composition avec Zelter puis l’abbé Vogler et le piano avec Franz Lauska. Bien que considéré par Moscheles comme un des plus grands pianistes de son temps, Meyerbeer abLire la suite… était, comme on sait, d’une urbanité extrême et d’un caractère très conciliant ; peut-être craignit-il, en se montrant un peu trop courroucé, de mécontenter une artiste dont le talent était fort apprécié par le public de l’Opéra, et qui, après avoir chanté Valentine, devait chanter Alice. Il se borna donc à donner d’excellentes raisons à la cantatrice pour obtenir d’elle qu’elle voulût bien s’en tenir au texte de la partition ; elle dut lui en donner de plus excellentes pour maintenir sa variante et son point d’orgue en dépit du texte et de la volonté du maître, car, aux représentations qui suivirent, le point d’orgue et la variante furent scrupuleusement maintenus. Mais de ce que MeyerbeerMeyerbeer, GiacomoJakob Liebmann Meyer Beer dit Giacomo Meyerbeer (Vogelsdorf, 5 septembre 1791 – Paris, 2 mai 1864), compositeur. Il étudia la composition avec Zelter puis l’abbé Vogler et le piano avec Franz Lauska. Bien que considéré par Moscheles comme un des plus grands pianistes de son temps, Meyerbeer abLire la suite… a cédé en cette circonstance aux exigences d’une artiste, faut-il en conclure qu’il a approuvé le changement en question, et que ce changement est devenu une tradition ? On peut se convaincre du contraire en entendant chanter le rôle de Valentine par Mme Gueymard-LautersDeligne-Lauters, PaulinePauline Deligne-Lauters (Bruxelles, 1er décembre 1834 – Paris, 10 mai 1918), mezzo-soprano. Elle étudia au Conservatoire de Bruxelles et fut engagée au Théâtre-Lyrique de Paris en 1854. Elle y créa Le Billet de Marguerite (Gevaert, 1854), se produisit ensuite dans la version de Castil-Blaze dLire la suite… ou par Mme Marie Sass.

Les cantatrices ne sont que trop disposées en général à dénaturer ou tout au moins à modifier, au profit de leur virtuosité et le plus souvent sans l’agrément du compositeur, certaines parties des rôles qu’on leur confie. Les professeurs qui les guident ou qui les encouragent dans une telle voie sont fort coupables à mon avis ; une œuvre de grand style et soigneusement écrite doit-elle donc être livrée à la fantaisie et aux caprices d’une chanteuse ou d’un maître de chant ? Est-ce que jamais, dans une œuvre de ce genre, le compositeur s’en rapporte à l’exécutant du soin d’exécuter un point d’orgue là où il n’en a pas mis ? C’est pourtant ainsi que M. Stéphen de La Madelaine interprète la pensée de WeberWeber, Carl Maria vonCarl Maria von Weber (Eutin, 18 novembre 1786 – Londres, 5 juin 1826), compositeur. Il étudia avec son père, puis avec Johann Peter Heuschkel, organiste à Hildburghausen où sa famille s’était établie en 1796. L’année suivante, sa famille s’installa à Salzbourg où Weber étudia avec Lire la suite…, à propos d’un passage de l’air d’Annette, où il y a, disons-le en passant, un point d’arrêt, et non pas un point d’orgue, ce qui est tout à fait différent :

« Le compositeur qui nous montre partout dans ses œuvres, et surtout dans cet air (l’un de ses mieux réussis, le meilleur peut-être qui existe dans le genre romantique), sa préoccupation du style imitatif, n’aurait certes pas manqué de faire entendre le « brillant ramage » du rossignol, s’il n’avait pris le parti de s’en rapporter à l’exécutant ; car le point d’orgue doit être conforme aux moyens dont celui-ci dispose comme voix et comme vocalisation. »

Remarquons d’abord que la traduction de WeberWeber, Carl Maria vonCarl Maria von Weber (Eutin, 18 novembre 1786 – Londres, 5 juin 1826), compositeur. Il étudia avec son père, puis avec Johann Peter Heuschkel, organiste à Hildburghausen où sa famille s’était établie en 1796. L’année suivante, sa famille s’installa à Salzbourg où Weber étudia avec Lire la suite…, sur laquelle M. Stéphen de La Madelaine fait ses expériences de vocalisation, dit ici tout le contraire de ce qui existe dans le texte allemand :

Le rossignol fait trêve à son brillant ramage.

Si le rossignol fait trêve à son brillant ramage, c’est qu’il ne chante plus. Alors pourquoi imiter à ce moment le chant de ce mélodieux oiseau ? Voici maintenant le texte de ce même passage dans le Freyschütz Freischütz, DerDer Freischütz, opéra romantique en trois actes sur un livret de Johann Friedrich Kind, mis en musique par Carl Maria von Weber, créé au Nouveau Schauspielhaus de Berlin le 18 juin 1821.Lire la suite…:

Nur die Nachtigall und Grille

Scheint der Nachtluft sich zu freu’n.

Ce qui signifie mot à mot : seulement le rossignol et le grillon semblent se réjouir de la brise de la nuit, ou, si l’on veut une traduction moins littérale : On n’entend au milieu du silence de la nuit que le chant du rossignol et celui du grillon. Dans ce cas, l’insecte doit-il être moins favorisé que l’oiseau, et ne faut-il pas aussi un point d’orgue pour le grillon ? Cela est vraiment d’une puérilité sur laquelle je ne veux pas insister davantage. Après avoir lu le livre de M. Stéphen de La Madelaine j’ai relu la belle préface de l’AlcesteAlcesteAlceste, tragédie lyrique en trois actes sur un livret de François-Louis Gand Le Bland dit bailli du Roullet adaptée du livret en italien de Ranieri de’ Calzabigi mis en musique par Christoph Willibald Gluck et créée à l’Opéra de Paris le 23 avril 1776. La version originale en Italien futLire la suite…, de GluckGluck, Christoph WillibaldChristoph Willibald Gluck (Erasbach/Haut-Palatinat, 2 juillet 1714 – Vienne, 15 novembre 1787), compositeur. Né en Bohème, on ne sait rien de ses études scolaires ou musicales. En 1732, il alla à Prague, jouant du violon, et préférablement du violoncelle et chantant dans les chœurs des églLire la suite…, et les quelques lignes que BerliozBerlioz, Louis-HectorLouis-Hector Berlioz (La Côte Saint-André, 11 décembre 1803 – Paris, 8 mars 1869), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris avec Lesueur et obtint le 1er Prix de Rome en 1830. La même année, il composa sa Symphonie fantastique. De retour de Rome, il composa Lelio ou le Retour à la vLire la suite… a écrites à la fin de sa partition des Troyens Troyens, LesLes Troyens, opéra en cinq actes sur un livret et une musique de Hector Berlioz dont les trois derniers actes furent créés sous la direction de Berlioz au Théâtre-Lyrique de Paris le 4 novembre 1863 sous le titre: Les Troyens à Carthage.Lire la suite…:

« L’auteur croit devoir prévenir les chanteurs et les chefs d’orchestre qu’il n’a rien admis d’inexact dans sa manière d’écrire. Les premiers sont, en conséquence, priés de ne rien changer à leurs rôles, de ne pas introduire des hiatus dans les vers, de n’ajouter ni broderies ni appogiatures dans les récitatifs ni ailleurs, et de ne pas supprimer celles qui s’y trouvent, etc., etc. » Voilà certes une bonne précaution à prendre, malheureusement je la crois complètement inutile.

M. Stéphen de La Madelaine, dans ses leçons écrites sur deux airs de la JuiveJuive, LaLa Juive, opéra en cinq actes sur un livret d’Eugène Scribe mis en musique par Fromental Halévy et créé à l’Opéra de Paris le 23 février 1835.Lire la suite… (celui d’Eléazar et celui de Rachel), s’est borné à indiquer, tout en entrant dans les plus minutieux détails, la façon dont ces airs doivent être déclamés et chantés : l’expression dramatique, les nuances, les points de respiration, les jeux de physionomie, les gestes et les attitudes, il a tout scrupuleusement noté ; mais il n’a fait subir aucune altération au texte et n’y a ajouté ni fioritures ni ornemens d’aucune sorte ; il a respecté la grosse note, et je ne m’étonne pas qu’HalévyHalévy, Jacques-Fromental-ÉlieJacques-Fromental-Élie Halévy (Paris, 27 mai 1799 – Nice, 12 mars 1862), compositeur. Il étudia la composition au Conservatoire de Paris avec Cherubini et Méhul et obtint le Prix de Rome en 1819. Il débuta avec succès à l’Opéra-comique en 1827 avec L’Artisan et produisit à ce théâtrLire la suite… ait donné son entière approbation à cet intéressant travail. La leçon sur l’air de StradellaStradella, AlessandroAlessandro Stradella (Népi près de Viterbe, 13 avril 1639 – Gênes, 25 février 1682), compositeur. Fils d’une famille de la noblesse romaine, il fut chantre à l’église San Giovanni dei Fiorentini et à l’Oratotoire del Crocifisso, puis page au palais Lante. Sa première composition connLire la suite… (aria di chiesa) est excellente aussi ; mais avec le Barbier de SévilleBarbier de Séville, LeIl Barbiere di Siviglia (Le Barbier de Séville), opera buffa en 2 actes sur un livret de Cesare Sterbini, d’après Beaumarchais, mis en musique par Gioachino Rossini créé au Teatro Argentina à Rome le 20 février 1816. L’œuvre fut donnée à Paris pour la première fois au Théâtre-ItalienLire la suite… et les Noces de FigaroNoces de Figaro, LesLes Noces de Figaro (Le nozze di Figaro), K.V. 492, opera buffa en quatre actes sur un livret en italien de Lorenzo Da Ponte, d’après Beaumarchais, mis en musique par Wolfgang Amadeus Mozart et créé au Burgtheater de Vienne le 1er mai 1786.Lire la suite… M. Stéphen de La Madelaine revient à son système de points d’orgue et de vocalises à tout prix. Mozart ne s’en plaindra pas ; quant à RossiniRossini, GioachinoGioachino Rossini (Pesaro/Italie 29 février 1792 – Passy, 13 novembre 1868), compositeur. Né de parents musiciens, Rossini étudia le chant avec Giuseppe Malerbi à Lugo et débuta comme chanteur au théâtre d’Imola en 1804 et chanta le rôle d’un enfant dans Camilla de Paer à Bologne en 180Lire la suite…, on sait qu’à une de ses soirées, après avoir entendu chanter l’air de Rosine orné de fioritures ressemblant beaucoup à celles que M. de La Madelaine enseigne à ses élèves, il demanda avec une fine ironie : « De qui est donc le morceau que l’on vient de chanter ? »

E. REYER.