Le Journal des Débats, 30 mars 1867 (article signé E. Reyer).

FEUILLETON DU JOURNAL DES DEBATS

DU 30 MARS 1867.

REVUE MUSICALE.

THEATRE IMPERIAL DE L’OPERA : Don CarlosDon CarlosDon Carlos, opéra en cinq actes sur un livret de Joseph Méry et Camille du Locle, d’après Friedrich Schiller, mis en musique par Giuseppe Verdi et créé à l’Opéra de Paris le 11 mars 1867.Lire la suite…, Opéra en cinq actes, poëme de MéryMéry, Francois-Joseph-Pierre-AndréFrançois-Joseph-Pierre-André Méry (Les Aygalades près de Marseille, 21 janvier 1798 – Paris, 17 juin 1866), écrivain. Il étudia le droit à Aix-en-Provence avant de fonder le périodique Le Phocéen en 1820 et plus tard La Méditerranée. En 1824, il vint à Paris et collabora au journal Le Lire la suite… et de M. Camille Du Locle, musique de M. VerdiVerdi, GiuseppeGiuseppe Verdi (Roncole près Busseto/Italie, 9 octobre 1813 – Milan, 27 janvier 1901), compositeur. Il étudia avec Ferdinando Provesi à Busseto dès 1825 puis, de 1831 à 1835 avec Vincenzo Lavigna à Milan. De 1836 à 1839, il fut maestro di musica à Busseto puis retourna à Milan où son premiLire la suite….

 

BrantômePierre de Bourdeille, seigneur de BrantômePierre de Bourdeille, seigneur de Brantôme, (Périgord, ca. 1540 – Château de Richemont à Saint-Crépin-de-Richemont/Nouvelle Aquitaine, 15 juillet 1614), chroniqueur. Ses parents officiaient à la cour de Marguerite de Navarre, sœur du roi François Ier. Lorsque celle-ci décéda en 1549, BraLire la suite… qui passa par Madrid au mois de décembre 1564, en revenant de Portugal se fit présenter à la cour d’EspagnePhilippe II d’EspagnePhilippe II d’Espagne (Valladolid, 21 mai 1527 – Palais de l’Escurial, 13 septembre 1598), roi d’Espagne et du Portugal. Fils de Charles Quint et d’Isabelle de Portugal, il épousa Marie Manuelle de Portugal en 1543. Celle-ci décéda en 1545, peu après la naissance de leur fils, Don CarlLire la suite…, y vit l’infant don Carlos, et nous a laissé de la personne et du caractère de ce prince un portrait très détaillé et fort piquant que je que je n’ose reproduire textuellement ici, la bienséance m’obligeant à supprimer certains passages de la relation du seigneur de BourdeillesPierre de Bourdeille, seigneur de BrantômePierre de Bourdeille, seigneur de Brantôme, (Périgord, ca. 1540 – Château de Richemont à Saint-Crépin-de-Richemont/Nouvelle Aquitaine, 15 juillet 1614), chroniqueur. Ses parents officiaient à la cour de Marguerite de Navarre, sœur du roi François Ier. Lorsque celle-ci décéda en 1549, BraLire la suite…. « A mon petit jugement, dit-il, je le jugeois un jour grand et luy trouvois une très bonne façon et bonne grâce, encore qu’il est d’un corps un peu gasté ; mais cela paraissoit peu. S’il eust vécu, il eust fait enrager son père, car il estoit fort bizarre et tout plein de natretés (opiniâtretés). Il menaçoit, il frappoit, il injurioit ; si bien que don Ruy Gomez, fort favory du roi d’EspagnePhilippe II d’EspagnePhilippe II d’Espagne (Valladolid, 21 mai 1527 – Palais de l’Escurial, 13 septembre 1598), roi d’Espagne et du Portugal. Fils de Charles Quint et d’Isabelle de Portugal, il épousa Marie Manuelle de Portugal en 1543. Celle-ci décéda en 1545, peu après la naissance de leur fils, Don CarlLire la suite…, s’il en fut oncques, n’en pouvoit jouir, et à toute heure il supplioit le roy de lui oster sa charge et de la donner à un autre ; qu’il en seroit très aise. Mais le roy, se fiant à luy, ne voulut jamais ; et toujours ce prince menaçoit son gouverneur qu’un jour, quand il seroit grand, il s’en repentiroit. Quant à ses autres serviteurs et officiers, quand ils ne le servoient pas bien à son gré, il ne faut point demander comment il les estrilloit. Moy estant en EspagnePhilippe II d’EspagnePhilippe II d’Espagne (Valladolid, 21 mai 1527 – Palais de l’Escurial, 13 septembre 1598), roi d’Espagne et du Portugal. Fils de Charles Quint et d’Isabelle de Portugal, il épousa Marie Manuelle de Portugal en 1543. Celle-ci décéda en 1545, peu après la naissance de leur fils, Don CarlLire la suite…, il me fust fait un conte de luy, que son cordonnier luy avoit fait une paire de bottes très mal faites ; il les fit mettre en pièces et fricasser comme tripes de bœufs, et les luy fit manger toutes devant luy, en sa chambre, de ceste façon.» L’historien Cabrera rapporte ce fait d’une manière positive, tandis que M. de Castro, dans son Histoire des Protestans espagnols, le regarde comme une calomnie inventée contre don Carlos par les conseillers de Philippe II. Quoiqu’il en soit, cette anecdote passa dans les traditions populaires, et on la trouve dans un recueil de poésies d’EspinelGomez Matinez-Espinel, VincenteVincente Gomez Martinez-Espinel (Ronda/Province de Malaga en Espagne, 28 décembre 1550 – Madrid, 4 février 1624), écrivain. Il étudia d’abord à l’université de Salamanque puis à celles de Grenade et d’Alcala. Après ses études, il fit carrière dans les armes. Capturé par des pirateLire la suite… (Diversus Rimas), imprimé à Madrid en 1591. BrantômePierre de Bourdeille, seigneur de BrantômePierre de Bourdeille, seigneur de Brantôme, (Périgord, ca. 1540 – Château de Richemont à Saint-Crépin-de-Richemont/Nouvelle Aquitaine, 15 juillet 1614), chroniqueur. Ses parents officiaient à la cour de Marguerite de Navarre, sœur du roi François Ier. Lorsque celle-ci décéda en 1549, BraLire la suite… ajoute, en parlant du prince des Asturies : « Il aimoit fort à ribler le pavé (courir la nuit, comme font les filous, les débauchés, les traîneurs d’épée) et faire à coups d’espée, fust de jour, fust de nuit ; car il avoit avec luy dix ou douze enfans d’honneur des plus grandes maisons d’EspagnePhilippe II d’EspagnePhilippe II d’Espagne (Valladolid, 21 mai 1527 – Palais de l’Escurial, 13 septembre 1598), roi d’Espagne et du Portugal. Fils de Charles Quint et d’Isabelle de Portugal, il épousa Marie Manuelle de Portugal en 1543. Celle-ci décéda en 1545, peu après la naissance de leur fils, Don CarlLire la suite…, les uns les forçant d’aller avec luy et en faire de mesme, d’autres y allant d’eux-mesme et de très bon cœur… Quand il alloit par les rues, quelque belle dame, et fust-elle des plus grandes du pays… il lui faisait mille petits affronts car il avoit très méchante opinion de toutes les femmes, et plus encore des grandes dames que des autres, les tenant pour très hypocrites et traîtresses en amour…Bref, il estoit le fléau de toutes, fors de la royne, que j’ay veu qu’il honorait fort et respectoit, car, estant devant elle, il changeoit de tout d’humeur et de naturel, voire de couleur. Enfin il estoit un terrible masle… »

Paolo TiepoloTiepolo, PaoloPaolo Tiepolo (Venise, 22 mars 1523 – Venise, ? 1585), diplomate. Il débuta sa carrière dans les offices, administrant les affaires maritimes et la marine de la République de Venise. En 1549, il fut nommé ambassadeur à la cour de Mantoue puis fut successivement ambassadeur auprès du roi de FLire la suite…, qui avait résidé trois ans à la cour de Madrid en qualité d’ambassadeur ordinaire de la sérénissime Seigneurie, disait au Sénat de Venise en 1563 : « Le prince don Carlos est petit de taille ; sa figure est laide et désagréable. Il est de complexion mélancolique ; c’est pourquoi il a pendant trois ans, presque sans interruption, souffert de la fièvre quarte, avec aliénation d’esprit parfois …….. Lorsqu’il est passé de l’enfance à la puberté, on ne l’a vu prendre plaisir ni à l’étude, ni aux armes, ni à l’équitation, ni à d’autres choses vertueuses, honnêtes et plaisantes, mais seulement à faire mal à autrui. Ainsi, quand des personnes qui lui paraissent de peu de considération se présentent devant lui, il veut leur faire donner le fouet ou la bastonnade…..Il n’aime personne qu’on sache ; mais il y a beaucoup de gens qu’il hait à mort. Il est enchanté de recevoir des présens, et il les recherche ; mais il n’en fait point aux autres. » Don Carlos n’avait alors que dix-sept ans, et il semblerait que ses instincts se soient modifiés dans un  espace de temps assez court, car le même TiepoloTiepolo, PaoloPaolo Tiepolo (Venise, 22 mars 1523 – Venise, ? 1585), diplomate. Il débuta sa carrière dans les offices, administrant les affaires maritimes et la marine de la République de Venise. En 1549, il fut nommé ambassadeur à la cour de Mantoue puis fut successivement ambassadeur auprès du roi de FLire la suite… écrivait peu de temps après, dans une nouvelle relation adressée à la République vénitienne : « Ses aumônes sont abondantes, et c’est avec magnificence qu’il gratifie ceux auxquels il veut du bien. » Un autre ambassadeur vénitien, BadoaroBadoaro, FedericoFederico Badoaro (Venise, ? 1518 – Venise, ? 1595), diplomate. On connaît peu d’éléments de sa formation et de sa carrière. En 1548, il fut envoyé comme ambassadeur à Gênes pour accompagner le prince Philippe d’Autriche pendant tout le temps qu’il serait sur les terres de la RépublLire la suite…, lui prête ce mot heureux : « Qui donnera si un prince ne donne pas ? » Le baron de DietrichsteinDietrichstein, Adam vonAdam von Dietrichstein, Reichsfreiherr zu Hollenburg Finkenstein und Thalberg (Graz, 17 octobre 1527 – Nikolsbourg aujourd’hui Mikulov/République Tchèque, 5 janvier 1590), diplomate. Entré au service du roi de Rome, futur empereur Ferdinand Ier, il devint en 1548 échanson de l’héritier, lLire la suite…, ambassadeur d’Autriche, mandait au roi de Bohême, qui lui avait donné mission de s’enquérir avec soin du caractère, des habitudes, des qualités physiques et morales de l’infant d’Espagne Philippe II d’EspagnePhilippe II d’Espagne (Valladolid, 21 mai 1527 – Palais de l’Escurial, 13 septembre 1598), roi d’Espagne et du Portugal. Fils de Charles Quint et d’Isabelle de Portugal, il épousa Marie Manuelle de Portugal en 1543. Celle-ci décéda en 1545, peu après la naissance de leur fils, Don CarlLire la suite…: «  Il est assez bien de figure, et ses traits ne sont pas désagréables. Il a les cheveux bruns et lisses, la tête médiocre, le front assez peu élevé, les yeux gris, les lèvres moyennes, le menton un peu long, la figure très pâle. Il n’est pas large des épaules, ni d’une taille élevée ; l’une de ses épaules est un peu plus haute que l’autre. Sa poitrine rentre ; il a une petite bosse au dos, à la hauteur de l’estomac. Sa jambe gauche est beaucoup plus longue que la droite, et il se sert moins facilement de tout le côté droit que du côté gauche. Il a les cuisses assez fortes, mais mal proportionnées, et il est faible des jambes. Sa voix est fine et fluette ; il éprouve de la gène quand il commence à parler, et les mots sortent difficilement de sa bouche, il prononce mal les r et les l, en somme, toutefois, il sait dire ce qu’il veut, et parvient à se faire comprendre assez bien…. »

Le sieur de Fourquevaulx [Fourquevaux], ambassadeur de France à la cour d’EspagnePhilippe II d’EspagnePhilippe II d’Espagne (Valladolid, 21 mai 1527 – Palais de l’Escurial, 13 septembre 1598), roi d’Espagne et du Portugal. Fils de Charles Quint et d’Isabelle de Portugal, il épousa Marie Manuelle de Portugal en 1543. Celle-ci décéda en 1545, peu après la naissance de leur fils, Don CarlLire la suite…, ne nous a pas laissé non plus un portrait bien séduisant de l’infant don Carlos ; quant à l’historien espagnol don Juan-Antonio LlorenteLlorente, Juan AntonioJuan Antonio Llorente (Ricón de Soto/province de La Rioja en Espagne, 30 mars 1756 – Madrid, 5 février 1823), historien. Il étudia la philosophie à Tarragone et le droit à Saragosse et fut ordonné prêtre et promu docteur en droit canon en 1779. Il fut successivement avocat du conseil suprêLire la suite…, il nous le représente, dans son ouvrage critique sur l’Inquisition d’EspagnePhilippe II d’EspagnePhilippe II d’Espagne (Valladolid, 21 mai 1527 – Palais de l’Escurial, 13 septembre 1598), roi d’Espagne et du Portugal. Fils de Charles Quint et d’Isabelle de Portugal, il épousa Marie Manuelle de Portugal en 1543. Celle-ci décéda en 1545, peu après la naissance de leur fils, Don CarlLire la suite…, comme un prince violent, brutal, ignorant et mal élevé, et il affirme que son amour pour Elisabeth est une pure fiction.

J’espère qu’on voudra bien me pardonner la longueur de ces citations en faveur de l’intérêt qu’elles offriront sans doute au lecteur. Il n’est pas inutile d’ailleurs, quand le personnage d’un drame est un personnage historique, de montrer la part qu’il convient de faire à l’imagination du poëte. Certes don Carlos, tel qu’il est dépeint dans les chroniques du temps, tel que nous le représentent les historiens les plus véridiques, n’avait aucune des qualités qui font les héros de roman ou de tragédie ; mais les circonstances mystérieuses dont sa mort fut entourée ont suffi pour donner à l’existence misérable de ce prince un caractère légendaire que le plus grand poëte de l’Allemagne devait développer un jour dans une œuvre sublime et avec toute la puissance de son génie, au point de vue de la passion, de la philosophie et de la politique. L’Histoire de Philippe II, de PrescottPrescott, William HicklingWilliam Hickling Prescott (Salem/Massachusetts, 4 mai 1796 – Boston, 29 janvier 1859), historien. Victime d’un accident et souffrant de rhumatismes inflammatoires, il devint à demi aveugle dans sa jeunesse et dut abandonner l’idée d’une carrière juridique. Il s’intéressa à l’histoirLire la suite…, le Don Carlos et Philippe II, de M. Charles de Mouy, ouvrage couronné par l’Académie Française, et le beau livre de M. Gachard, si complet et si intéressant par les documens sur lequel s’est appuyé le savant historien belge, tout en jetant un jour nouveau sur les relations de Philippe II et de son fils, tout en nous révélant les moindres particularités de la vie de don Carlos et de sa fin tragique, n’ont diminué en rien la grandeur de la conception du drame de SchillerSchiller, Johann Christoph FriedrichJohann Christoph Friedrich Schiller (Marbach/ Wurtemberg, 10 novembre 1759 – Weimar, 9 mai 1805), écrivain. Il est l’auteur d’ouvrages de philosophie éthique et esthétique, ainsi que de livres d’histoire, mais ce sont surtout ses drames qui l’on rendu célèbre dont : Die Räuber (Les Lire la suite…, le domaine de la poésie étant parfaitement distinct du domaine de la vérité. Et, dans l’œuvre du poëte allemand, bien que l’idée première lui en ait été suggérée par une Nouvelle de l’abbé de Saint-RéalVichard de Saint-Réal, CésarCésar Vichard de Saint-Réal (Chambéry, 9 avril 1643 – Chambéry, 15 septembre 1692), historiographe. Il étudia chez les jésuites, d’abord à Lyon puis à Paris, où il travailla à la bibliothèque royale auprès de l’historiographe Antoine Varillas, qui lui enseigna la manière écrire lLire la suite…, les personnages créés par son imagination nous offrent des types si vivans, si humains et si vrais, qu’on s’étonne presque de n’en trouver aucune trace dans l’histoire : tels, par exemple, la princesse d’Eboli et le marquis de Posa.

Les auteurs du livret de Don CarlosDon CarlosDon Carlos, opéra en cinq actes sur un livret de Joseph Méry et Camille du Locle, d’après Friedrich Schiller, mis en musique par Giuseppe Verdi et créé à l’Opéra de Paris le 11 mars 1867.Lire la suite…, tout en empruntant à la tragédie de SchillerSchiller, Johann Christoph FriedrichJohann Christoph Friedrich Schiller (Marbach/ Wurtemberg, 10 novembre 1759 – Weimar, 9 mai 1805), écrivain. Il est l’auteur d’ouvrages de philosophie éthique et esthétique, ainsi que de livres d’histoire, mais ce sont surtout ses drames qui l’on rendu célèbre dont : Die Räuber (Les Lire la suite… ses scènes les plus émouvantes et les plus passionnées, ont su trouver dans les propres ressources de leur talent et de leur esprit des situations nouvelles, d’ingénieuses péripéties et un dénoûment inattendu. Ils ont laissé de côté, avec un tact dont n’avons point été surpris, les parties déclamatoires qui, dans ce poëme allemand, ne semblent guère avoir été écrites en vue du théâtre, où la marche de l’action a des exigences auxquelles il faut savoir sacrifier quelquefois. En effet, SchillerSchiller, Johann Christoph FriedrichJohann Christoph Friedrich Schiller (Marbach/ Wurtemberg, 10 novembre 1759 – Weimar, 9 mai 1805), écrivain. Il est l’auteur d’ouvrages de philosophie éthique et esthétique, ainsi que de livres d’histoire, mais ce sont surtout ses drames qui l’on rendu célèbre dont : Die Räuber (Les Lire la suite… a répondu lui-même aux critiques que souleva la publication de son Don CarlosDon CarlosDon Carlos, opéra en cinq actes sur un livret de Joseph Méry et Camille du Locle, d’après Friedrich Schiller, mis en musique par Giuseppe Verdi et créé à l’Opéra de Paris le 11 mars 1867.Lire la suite… dans Thalie, critiques dont WielandWieland, Christoph MartinChristoph Martin Wieland (Oberholzheim/Bade-Wurtemberg, 5 septembre 1733 – Weimar, 20 janvier 1813), poète et écrivain. Il est l’auteur de tragédies, dont Clementina von Poretta (1760), de dialogues moraux (Araspes und Panthea, 1760), de romans (Geschichte des Agathon, 1766-1767), de récits Lire la suite…, en particulier, s’était fait l’organe. « Il est à peine besoin de faire remarquer, écrivait SchillerSchiller, Johann Christoph FriedrichJohann Christoph Friedrich Schiller (Marbach/ Wurtemberg, 10 novembre 1759 – Weimar, 9 mai 1805), écrivain. Il est l’auteur d’ouvrages de philosophie éthique et esthétique, ainsi que de livres d’histoire, mais ce sont surtout ses drames qui l’on rendu célèbre dont : Die Räuber (Les Lire la suite…, que Don CarlosDon CarlosDon Carlos, opéra en cinq actes sur un livret de Joseph Méry et Camille du Locle, d’après Friedrich Schiller, mis en musique par Giuseppe Verdi et créé à l’Opéra de Paris le 11 mars 1867.Lire la suite… ne peut devenir une pièce de théâtre. L’auteur a pris la liberté de franchir les limites de la scène, et ne sera pas jugé d’après cette mesure. La forme dramatique a une application bien plus étendue que la poésie théâtrale, et l’on enlèverait à la poésie un grand domaine si l’on voulait restreindre à la scène et à des lois le dialogue en action… Don CarlosDon CarlosDon Carlos, opéra en cinq actes sur un livret de Joseph Méry et Camille du Locle, d’après Friedrich Schiller, mis en musique par Giuseppe Verdi et créé à l’Opéra de Paris le 11 mars 1867.Lire la suite… est un tableau de famille d’une maison royale. » Nous n’aurions certainement pas fait en France au drame de SchillerSchiller, Johann Christoph FriedrichJohann Christoph Friedrich Schiller (Marbach/ Wurtemberg, 10 novembre 1759 – Weimar, 9 mai 1805), écrivain. Il est l’auteur d’ouvrages de philosophie éthique et esthétique, ainsi que de livres d’histoire, mais ce sont surtout ses drames qui l’on rendu célèbre dont : Die Räuber (Les Lire la suite… l’accueil qu’il reçut en Allemagne, et à certaines époques, du reste, la censure se fût peut-être effarouchée du programme politique développé devant Philippe II par le marquis de Posa ; dans la rédaction en prose que SchillerSchiller, Johann Christoph FriedrichJohann Christoph Friedrich Schiller (Marbach/ Wurtemberg, 10 novembre 1759 – Weimar, 9 mai 1805), écrivain. Il est l’auteur d’ouvrages de philosophie éthique et esthétique, ainsi que de livres d’histoire, mais ce sont surtout ses drames qui l’on rendu célèbre dont : Die Räuber (Les Lire la suite… fit en 1785 pour le théâtre de Leipzig, le rôle de Rodrigue subit surtout de nombreux changemens, sans que le caractère du personnage en reçut pour cela la moindre altération ; mais, tel qu’il est dans cette version qui fut publiée en 1808 par AlbrechtAlbrecht, Johann Friedrich ErnstJohann Friedrich Ernst Albrecht (Stade/Basse Saxe, 11 mai 1752 – Altona/Hambourg, 11 mars 1814), médecin et écrivain. Il fit des études de médicine à l’université d’Erfurt qui l’engagea comme maitre de conférences à la faculté de médicine en 1772 et épousa la fille de son professeLire la suite…, directeur du théâtre de Hambourg, et dont M. BoasBoas, EduardEduard Boas (Landsberg and der Warthe, aujourd’hui Gorzów/Pologne, 18 janvier 1815 – Landsberg and der Warthe, aujourd’hui Gorzów/Pologne, 12 juin 1853), écrivain. Ses parents l’avaient destiné à une carrière commerciale et le firent voyager dans le Sud de l’Europe, pour qu’il apprLire la suite… a donné une nouvelle édition en 1840, dans son Supplément aux œuvres de Schiller, le rôle du marquis de Posa, dans certaines parties, du moins, n’eût guère plus intéressé notre public que le discours d’un député de l’Opposition transporté de la tribune sur un théâtre de drame. C’est donc principalement dans la grande scène du troisième acte, entre le marquis et Philippe II, que les auteurs ont vu un écueil qu’ils devaient absolument éviter : aussi ont-ils résumé en quelques vers les dissertations humanitaires de Rodrigue sur les droits de l’homme et la liberté de conscience :

LE MARQUIS DE POSA, au roi :

Non ! en vain votre foudre gronde !

Quel bras a jamais arrêté

La marche de l’humanité ?

PHILIPPE

Le mien !….

LE MARQUIS

Un souffle ardent a passé sur la terre !

Il a fait tressaillir l’Europe tout entière !

Dieu vous dicte sa volonté. …

Donnez à vos enfants, Sire, la liberté !. …

Au premier acte, Carlos et Elisabeth se rencontrent dans la forêt de Fontainebleau, où retentit l’hallali des chasseurs ; l’infant d’EspagnePhilippe II d’EspagnePhilippe II d’Espagne (Valladolid, 21 mai 1527 – Palais de l’Escurial, 13 septembre 1598), roi d’Espagne et du Portugal. Fils de Charles Quint et d’Isabelle de Portugal, il épousa Marie Manuelle de Portugal en 1543. Celle-ci décéda en 1545, peu après la naissance de leur fils, Don CarlLire la suite…, fiancé à la fille de Henri IIHenri II de ValoisHenri II de Valois (Saint-Germain-en-Laye, 31 mars 1519 – Paris, 10 juillet 1559), roi de France. Deuxième fils du roi François Ier, il fut livré avec son frère aîné en otage à Charles-Quint en échange de la liberté rendue à François Ier, qui avait été fait prisonnier suite à sa défLire la suite…, se présente à elle comme un jeune seigneur attaché à la suite du comte de Lerme, ambassadeur d’EspagnePhilippe II d’EspagnePhilippe II d’Espagne (Valladolid, 21 mai 1527 – Palais de l’Escurial, 13 septembre 1598), roi d’Espagne et du Portugal. Fils de Charles Quint et d’Isabelle de Portugal, il épousa Marie Manuelle de Portugal en 1543. Celle-ci décéda en 1545, peu après la naissance de leur fils, Don CarlLire la suite… à la cour de France ; il remet à Elisabeth un écrin dans lequel est un portrait qui doit rendre inutile le déguisement de Carlos. A peine Elisabeth a-t-elle jeté les yeux sur ce portrait, elle pousse un cri de joie, et Carlos tombe aux pieds de la jeune princesse.

ELISABETH

O dieu puissant !

CARLOS

                        Je suis Carlos…Je t’aime,

ELISABETH (à part) :

De quels transports poignans et doux

Mon âme est pleine !

C’est don Carlos qu’à mes genoux

L’amour amène.

Ah ! je tremblais…et de bonheur

Encore je tremble.

C’est don Carlos ! à sa voix semble

S’ouvrir mon cœur.

Cette scène d’amour est interrompue par l’arrivée du page Thibault, qui vient annoncer à Elisabeth de ValoisÉlisabeth de ValoisÉlisabeth de Valois (Fontainebleau, 2 avril 1544 – Madrid, 3 octobre 1568), reine d’Espagne. Fille aînée du roi de France Henri II et de Catherine de Médicis, elle épousa le roi d’Espagne Philippe II en 1559, à la suite du traité de Cateau-Cambrésis entre la France et l’Espagne. Le rLire la suite… son mariage avec le roi d’EspagnePhilippe II d’EspagnePhilippe II d’Espagne (Valladolid, 21 mai 1527 – Palais de l’Escurial, 13 septembre 1598), roi d’Espagne et du Portugal. Fils de Charles Quint et d’Isabelle de Portugal, il épousa Marie Manuelle de Portugal en 1543. Celle-ci décéda en 1545, peu après la naissance de leur fils, Don CarlLire la suite….

Au roi Philippe II, Henri vous a donnée !

Vous êtes reine !

En cet instant d’un puissant effet dramatique, entrent en scène le comte de Lerme, les dames d’Elisabeth, des pages et des valets portant des flambeaux et une litière. Le comte de Lerme confirme la nouvelle apportée par le page Thibault ; le cortège s’éloigne et don Carlos reste désespéré , la tête dans ses mains, sur le rocher où Elisabeth était assise. Le peuple pousse des vivats joyeux. La toile tombe.

Le premier tableau du deuxième acte se passe dans le cloître du couvent de Saint-Just, où don Carlos est venu chercher la paix et l’oubli du passé. Un moine s’approche de lui :

Mon fils, les douleurs de la terre

Nous suivent encor en ce lieu.

La paix que votre cœur espère

Ne se trouve qu’auprès de Dieu !

A cette voix, Carlos a frissonné et a cru voir

L’ombre de l’empereur,

Sous le froc cachant sa couronne

Et sa cuirasse d’or.

Ici, dit-on il apparaît encor !…

Le chœur des moines chante :

Charles-Quint, l’auguste empereur,

N’est plus que cendre et que poussière.

Mais Charles-Quint n’est point mort.

Rodrigue a pénétré dans le cloître et veut arracher Carlos à ses sombres pensées :

L’heure a sonné ! La voix des flamands vous appelle.

Secourez-les, Carlos soyez leur dieu sauveur !

Après une très belle scène où l’infant d’EspagnePhilippe II d’EspagnePhilippe II d’Espagne (Valladolid, 21 mai 1527 – Palais de l’Escurial, 13 septembre 1598), roi d’Espagne et du Portugal. Fils de Charles Quint et d’Isabelle de Portugal, il épousa Marie Manuelle de Portugal en 1543. Celle-ci décéda en 1545, peu après la naissance de leur fils, Don CarlLire la suite… avoue à Rodrigue son amour pour la reine, Philippe II et Elisabeth passent au fond du théâtre et vont prier sur le tombeau de Charles-Quint. A la vue de la reine, Carlos, ému et troublé, se jette dans les bras de Rodrigue.

Le tableau suivant représente un site riant aux portes du couvent de Saint-Just ; on aperçoit à l’horizon les montagnes d’Estrémadure. Les dames de la cour sont assises sous les frais ombrages qui entourent la maison de Dieu et Thibault, conduisant la princesse d’Eboli, lui chante ce joli quatrain :

Venez, princesse, ici les fleurs couvrent la terre,

Les pins ouvrent leurs parasols,

Et sous l’ombrage, pour vous plaire,

Vont s’éveiller les rossignols.

La reine, triste et soucieuse, sort du couvent. Le marquis de Posa s’incline devant elle et lui remet une lettre scellée aux armes de France :

Pour Votre Majesté, par sa mère, à Paris

Ce pli fut en mes mains remis.

Mais cette lettre n’est pas de Catherine de Médicis Catherine de MédicisCatherine de Médicis (Florence, 13 avril 1519 – Blois, 5 janvier 1589), reine de France. Fille de Laurent II de Médicis et de Madeleine de la Tour d’Auvergne, elle épousa le futur Henri II en 1533. Devenue reine de France en 1547, elle fut officiellement sacrée à la basilique Saint-Denis deLire la suite…; elle est de don Carlos, et pendant qu’Elisabeth la lit avec émotion à peine contenue, Rodrigue occupe l’attention de la princesse d’Eboli par de galans madrigaux. Puis le marquis de Posa et les dames d’honneur s’éloignent. Carlos, paraît :

Je viens solliciter de la reine une grâce…

L’air d’EspagnePhilippe II d’EspagnePhilippe II d’Espagne (Valladolid, 21 mai 1527 – Palais de l’Escurial, 13 septembre 1598), roi d’Espagne et du Portugal. Fils de Charles Quint et d’Isabelle de Portugal, il épousa Marie Manuelle de Portugal en 1543. Celle-ci décéda en 1545, peu après la naissance de leur fils, Don CarlLire la suite… me tue…

Obtenez, il le faut, que je parte aujourd’hui

            Pour la Flandre !…

J’avoue ne pas aimer ces mots de fils et de mère échangés entre la reine et l’infant : cela donne lieu à une confusion de sentimens qui surprend le spectateur plutôt qu’elle ne l’attendrit. L’amour l’emporte bientôt sur le devoir : Elisabeth et Carlos tombent dans les bras l’un de l’autre. Le dernier accent de ce duo d’amour est un cri de malédiction : Carlos s’enfuit épouvanté ; Philippe II entre en scène, et le trouble d’Elisabeth n’échappe point au regard soupçonneux du roi, qui s’étonne de trouver la reine seule, sans une personne auprès d’elle.

Quelle était aujourd’hui votre dame d’atour ?

La comtesse d’Aremberg, toute tremblante, se présente devant le roi :

Comtesse, dès demain vous partez pour la France !

C’est à la fin de ce second acte qu’est placée la scène, dont j’ai cité plus haut quelques vers, entre Philippe II et le marquis de Posa.

Le premier tableau de l’acte suivant n’est qu’un prélude au ballet de la PeregrinPerrin, EmileÉmile Perrin (Rouen, 8 janvier 1814 – Paris, 8 octobre 1885), directeur. Il étudia la peinture avec le baron Antoine-Jean Gros et Paul Delaroche et exposa au Salon régulièrement de 1841 à 1848 tout en écrivant des critiques d’art dans les journaux. Le 1er Mai 1848 il succéda à Alexandre Lire la suite…:

« Dans une grotte féerique toute de nacre et de corail, les perles, merveilles de l’Océan, sont cachées à tous les yeux sous la garde des vagues jalouses. Un pêcheur descend dans cette demeure interdite aux mortels. Ebloui par tant de magnificences, il croit rêver, et les perles coquettes se plaisent à déployer devant lui toutes les séductions de leur beauté. Cependant la reine des eaux est accourue. Pour punir l’audacieux, elle veut le précipiter dans les abîmes ; les prières des perles ne peuvent désarmer son courroux. Alors apparaît un page aux armes et aux couleurs de Philippe II. C’est pour le roi d’EspagnePhilippe II d’EspagnePhilippe II d’Espagne (Valladolid, 21 mai 1527 – Palais de l’Escurial, 13 septembre 1598), roi d’Espagne et du Portugal. Fils de Charles Quint et d’Isabelle de Portugal, il épousa Marie Manuelle de Portugal en 1543. Celle-ci décéda en 1545, peu après la naissance de leur fils, Don CarlLire la suite… que le pêcheur cherche au fond des mers la plus belles des perles. Au nom redouté de Philippe, la reine des eaux s’incline avec respect ; elle offre au pêcheur toutes les richesses de son empire ; mais nulle perle n’est digne de Philippe. Il faut fondre en une seule la beauté de toutes. Pour former cette merveille, les perles dociles se dépouillent de leurs parures. Elles les réunissent dans une bague d’or, d’où sort bientôt la PeregrinPerrin, EmileÉmile Perrin (Rouen, 8 janvier 1814 – Paris, 8 octobre 1885), directeur. Il étudia la peinture avec le baron Antoine-Jean Gros et Paul Delaroche et exposa au Salon régulièrement de 1841 à 1848 tout en écrivant des critiques d’art dans les journaux. Le 1er Mai 1848 il succéda à Alexandre Lire la suite…a, le plus beau joyau de la couronne d’EspagnePhilippe II d’EspagnePhilippe II d’Espagne (Valladolid, 21 mai 1527 – Palais de l’Escurial, 13 septembre 1598), roi d’Espagne et du Portugal. Fils de Charles Quint et d’Isabelle de Portugal, il épousa Marie Manuelle de Portugal en 1543. Celle-ci décéda en 1545, peu après la naissance de leur fils, Don CarlLire la suite…. Cette perle, qui n’eut de pareille que celle de Cléopâtre, est personnifiée par la reine. Eboli, sous la mantille et le masque d’Elisabeth, apparaît dans un char étincelant ; l’hymne espagnol retentit, les perles s’agenouillent, les dames et les seigneurs qui assistent à la fête s’inclinent aussi pour rendre hommage à leur souveraine. »

On le voit, cette notice, que j’emprunte au livret, parle seulement de perles et ne dit rien des coquilles. Saint-SimonRouvroy de Saint-Simon, Louis deLouis de Rouvroy de Saint-Simon (Paris, 16 janvier 1675 – Paris, 2 mars 1755), écrivain. Il étudia chez les jésuites puis rejoignit les Mousquetaires gris ; il prit part au siège de Namur (1692) et à la bataille de Neerwinden (1693). Il participa encore à la campagne d’Alsace en 1697. En Lire la suite… dans le chapitre de ses Mémoires qui se rapporte à son séjour en EspagnePhilippe II d’EspagnePhilippe II d’Espagne (Valladolid, 21 mai 1527 – Palais de l’Escurial, 13 septembre 1598), roi d’Espagne et du Portugal. Fils de Charles Quint et d’Isabelle de Portugal, il épousa Marie Manuelle de Portugal en 1543. Celle-ci décéda en 1545, peu après la naissance de leur fils, Don CarlLire la suite…, raconte qu’il « a vu et touché à son aise » la fameuse PeregrinPerrin, EmileÉmile Perrin (Rouen, 8 janvier 1814 – Paris, 8 octobre 1885), directeur. Il étudia la peinture avec le baron Antoine-Jean Gros et Paul Delaroche et exposa au Salon régulièrement de 1841 à 1848 tout en écrivant des critiques d’art dans les journaux. Le 1er Mai 1848 il succéda à Alexandre Lire la suite…a.

« Le roi l’avait, ce soir-là, au retroussis de son chapeau, pendant d’une agrafe de diamans. Cette perle, de la plus belle eau qu’on ait jamais vue, est précisément faite et évasée comme ces petites poires qui sont musquées, et qu’on appelle de sept-en-geule, et qui paraissent dans leur maturité vers la fin des fraises… »

Au troisième tableau, l’infant d’EspagnePhilippe II d’EspagnePhilippe II d’Espagne (Valladolid, 21 mai 1527 – Palais de l’Escurial, 13 septembre 1598), roi d’Espagne et du Portugal. Fils de Charles Quint et d’Isabelle de Portugal, il épousa Marie Manuelle de Portugal en 1543. Celle-ci décéda en 1545, peu après la naissance de leur fils, Don CarlLire la suite…, trompé par un billet qu’il croit écrit de la main de la reine, laisse échapper devant la princesse d’Eboli le secret de sa passion pour Elisabeth. La princesse, amoureuse de don Carlos, a su l’attirer la nuit dans les jardins du palais : ni les prières de l’infant, ni les menaces du marquis de Posa ne peuvent calmer le courroux de l’amante outragée, qui jure de tout révéler au roi.

C’est une magnifique scène que celle du quatrième tableau : le couronnement de Philippe II, les supplications des députés flamands, l’arrestation de don Carlos et l’auto-da-fé éclairant de ses sinistres lueurs la grande place Valladolid.

L’entrée du grand-inquisiteur vient interrompre, au début du quatrième acte, les sombres méditations du roi :

Je dormirai dans mon manteau royal

Quand sonnera pour moi l’heure dernière ;

Je dormirai sous les voûtes de pierre

Des caveaux de l’Escorial !

Le Dominicain demande à Philippe de livrer à l’Inquisition le marquis de Posa et lui promet l’absolution du ciel s’il consent à immoler son fils rebelle « à la paix du monde. »

Un coffret dérobé à la reine par la princesse d’Eboli et renfermant le portrait de don Carlos est entre les mains de Philippe II. La douleur d’Elisabeth, injustement accusée d’adultère par son époux, les remords de la princesse d’Eboli et le dévouement de Rodrigue, sont les principaux élémens de ce quatrième acte, dont l’effet dramatique a vivement impressionné le public. Le marquis de Posa a voulu sauver l’infant en attirant sur lui la vengeance de Philippe II : il s’est compromis et dénoncé lui-même comme le véritable agitateur des Pays-Bas, et à peine Carlos a-t-il appris le généreux sacrifice de Rodrigue, que celui-ci tombe à ses pieds, frappé par la balle d’un arquebusier du roi. Philippe, ayant cru punir le véritable traître, vient dans la prison de son fils lui apporter le pardon et la liberté ; mais Carlos se dresse menaçant devant le roi, et s’écrie :

Vous n’avez plus de fils ! Choisissez-vous

Parmi ceux des bourreaux un fils à votre image.

…..Connaisseur profond du cœur humain,

Vous savez quel sang pur a versé votre main.

Il m’aimait, et nous étions frères…

Nos cœur étaient liés par d’éternels sermens :

Méprisant vos bienfaits, méprisant vos colères,

C’est pour moi qu’il est mort.

Cette scène était suivie de la révolte du peuple, apaisée autant par l’attitude calme et courageuse de Philippe que par le terrible anathème du grand-inquisiteur. On l’a supprimée à la seconde représentation.

Le cinquième acte est court ; il renferme seulement les adieux de don Carlos à Elisabeth et le dernier de Philippe abandonnant son fils au tribunal des inquisiteurs . Mais au moment où les familiers du Saint-Office veulent s’emparer de Carlos, la grille du tombeau de Charles-Quint s’ouvre, et un moine attire à lui l’infant qu’il entraîne au fond du cloître. Ce moine, c’est l’empereur ! Et devant la grande ombre de son père, Philippe se prosterne épouvanté.

Peut-être ce dénoûment n’a-t-il pas satisfait tout le monde : à l’Opéra on s’attend toujours à ce que le rideau tombe sur une apothéose.

Par l’analyse assez détaillée que j’ai donnée du libretto de Don CarlosDon CarlosDon Carlos, opéra en cinq actes sur un livret de Joseph Méry et Camille du Locle, d’après Friedrich Schiller, mis en musique par Giuseppe Verdi et créé à l’Opéra de Paris le 11 mars 1867.Lire la suite…, on peut voir avec quelle scrupuleuse fidélité les auteurs se sont conformés à la pensée du drame allemand : il a fallu la collaboration de deux poëtes pour réduire aux proportions d’un excellent livret d’opéra le drame si compliqué de SchillerSchiller, Johann Christoph FriedrichJohann Christoph Friedrich Schiller (Marbach/ Wurtemberg, 10 novembre 1759 – Weimar, 9 mai 1805), écrivain. Il est l’auteur d’ouvrages de philosophie éthique et esthétique, ainsi que de livres d’histoire, mais ce sont surtout ses drames qui l’on rendu célèbre dont : Die Räuber (Les Lire la suite…. Que n’a-t-il pu être témoin de son succès et applaudir à celui de son jeune collaborateur, mon cher et regretté Méry Méry, Francois-Joseph-Pierre-AndréFrançois-Joseph-Pierre-André Méry (Les Aygalades près de Marseille, 21 janvier 1798 – Paris, 17 juin 1866), écrivain. Il étudia le droit à Aix-en-Provence avant de fonder le périodique Le Phocéen en 1820 et plus tard La Méditerranée. En 1824, il vint à Paris et collabora au journal Le Lire la suite…!

La mise en scène est superbe ; les décors sont peints par les maîtres du genre, et il faut louer également la richesse et l’exactitude des costumes. M. Emile PerrinPerrin, EmileÉmile Perrin (Rouen, 8 janvier 1814 – Paris, 8 octobre 1885), directeur. Il étudia la peinture avec le baron Antoine-Jean Gros et Paul Delaroche et exposa au Salon régulièrement de 1841 à 1848 tout en écrivant des critiques d’art dans les journaux. Le 1er Mai 1848 il succéda à Alexandre Lire la suite… a monté ce grand ouvrage avec un soin, une habilité et un goût tout particuliers : je suis heureux de renouveler ici à l’intelligent directeur les félicitations que je lui ai déjà adressées de vive voix.

Avant la représentation de Don CarlosDon CarlosDon Carlos, opéra en cinq actes sur un livret de Joseph Méry et Camille du Locle, d’après Friedrich Schiller, mis en musique par Giuseppe Verdi et créé à l’Opéra de Paris le 11 mars 1867.Lire la suite…, j’avais entendu dire que M. VerdiVerdi, GiuseppeGiuseppe Verdi (Roncole près Busseto/Italie, 9 octobre 1813 – Milan, 27 janvier 1901), compositeur. Il étudia avec Ferdinando Provesi à Busseto dès 1825 puis, de 1831 à 1835 avec Vincenzo Lavigna à Milan. De 1836 à 1839, il fut maestro di musica à Busseto puis retourna à Milan où son premiLire la suite… avait fait subir à son style une transformation dont seraient fort agréablement surpris ceux qui ne professent pas pour ce maître une admiration sans limites. Il y a, en effet, dans l’œuvre nouvelle, des tendances bien évidentes à se rapprocher d’une école qui n’est point l’école italienne et qui a produit d’impérissable chefs-d’œuvre ; mais il ne faut pas pousser les choses jusqu’à l’exagération et prendre pour une transformation absolue le résultat d’une préoccupation momentanée et d’influences locales qui disparaîtront assurément le jour où M. VerdiVerdi, GiuseppeGiuseppe Verdi (Roncole près Busseto/Italie, 9 octobre 1813 – Milan, 27 janvier 1901), compositeur. Il étudia avec Ferdinando Provesi à Busseto dès 1825 puis, de 1831 à 1835 avec Vincenzo Lavigna à Milan. De 1836 à 1839, il fut maestro di musica à Busseto puis retourna à Milan où son premiLire la suite… écrira un ouvrage pour quelque scène d’Italie.

L’ampleur et l’importance données par l’auteur de Don CarlosDon CarlosDon Carlos, opéra en cinq actes sur un livret de Joseph Méry et Camille du Locle, d’après Friedrich Schiller, mis en musique par Giuseppe Verdi et créé à l’Opéra de Paris le 11 mars 1867.Lire la suite… à certaines parties du récit, les recherches dans le travail harmonique et dans les effets d’instrumentation, la facture de plusieurs morceaux qui sortent tout à fait du moule banal des cavatines et des cabalettes, témoignent d’une façon évidente des sérieux efforts qu’a dû faire M. VerdiVerdi, GiuseppeGiuseppe Verdi (Roncole près Busseto/Italie, 9 octobre 1813 – Milan, 27 janvier 1901), compositeur. Il étudia avec Ferdinando Provesi à Busseto dès 1825 puis, de 1831 à 1835 avec Vincenzo Lavigna à Milan. De 1836 à 1839, il fut maestro di musica à Busseto puis retourna à Milan où son premiLire la suite… pour se rapprocher des grands maîtres de la musique dramatique, en prenant possession d’une scène qu’ils ont illustrée ; mais de là à une transformation comme celle qui a marqué dans la carrière de Gluck, de Meyerbeer et de Rossini, la distance est grande, et pour le compositeur le mieux doué il pourrait y avoir péril à vouloir la franchir du premier coup.

Quand l’individualité acquise est aussi méritée et aussi universellement reconnue que celle de M. VerdiVerdi, GiuseppeGiuseppe Verdi (Roncole près Busseto/Italie, 9 octobre 1813 – Milan, 27 janvier 1901), compositeur. Il étudia avec Ferdinando Provesi à Busseto dès 1825 puis, de 1831 à 1835 avec Vincenzo Lavigna à Milan. De 1836 à 1839, il fut maestro di musica à Busseto puis retourna à Milan où son premiLire la suite…, on la garde comme un bien précieux dont les avantages sont de nature à compenser les critiques les plus amères et les plus injustes quelquefois. Aussi, en même temps que je rends hommage aux tentatives hardies de l’auteur du Trovatore, de la Forza del Destino et de Rigoletto, je m’empresse de constater qu’en écrivant la partition de Don CarlosDon CarlosDon Carlos, opéra en cinq actes sur un livret de Joseph Méry et Camille du Locle, d’après Friedrich Schiller, mis en musique par Giuseppe Verdi et créé à l’Opéra de Paris le 11 mars 1867.Lire la suite… il n’a point annihilé tout à fait ses qualités les plus saillantes et les plus personnelles : le public s’en est montré fort satisfait, et les morceaux qui révèlent particulièrement la manière habituelle du compositeur ne sont pas ceux qui ont été le moins applaudis. Je citerai au premier acte la romance de Don Carlos précédée d’un récitatif fort intéressant ; le duo entre l’infant et Elisabeth ; le chœur O chant de fête et d’allégresse ! et l’émouvante péripétie amenée par l’arrivée du comte de Lerme annonçant à la princesse de ValoisÉlisabeth de ValoisÉlisabeth de Valois (Fontainebleau, 2 avril 1544 – Madrid, 3 octobre 1568), reine d’Espagne. Fille aînée du roi de France Henri II et de Catherine de Médicis, elle épousa le roi d’Espagne Philippe II en 1559, à la suite du traité de Cateau-Cambrésis entre la France et l’Espagne. Le rLire la suite… qu’elle va monter sur le trône de Philippe II.

L’introduction exécutée par les quatre cors au lever du rideau du second acte est d’un beau caractère, et l’on retrouve dans le chœur des moines de Saint-Just les sombres accens du Miserere. Les instrumens de cuivre et les timbales accompagnent la voix de l’empereur, qui retentit encore sous les voûtes du monastère après le monologue de Carlos : De celle qui me fut ravie l’image erre avec moi dans ce cloître glacé. Il y a de la chaleur et même de la passion dans le duo entre Rodrigue et Carlos ; mais j’ai cru y remarquer un abus de la tierce et une certaine réminiscence rythmique du fameux duo du quatrième acte de la Favorite : Viens dans une autre patrie. La chanson du voile a été bissée ; elle est écrite sur le rhythme ternaire des boléros, et l’auteur y a employé avec intention la note sensible non altérée, ce qui est peu usité dans le mode majeur. Le trio entre Elisabeth, Rodrigue et la princesse d’Eboli est conçu dans le même sentiment que le quatuor de Rigoletto et n’est pas moins bien réussi. Le duo entre le marquis de Posa et Philippe II, avec les effets imitatifs qui accompagnent le chant de Rodrigue : O roi ! j’arrive de Flandre, est une des meilleures pages de la partition. Mais j’ai hâte de signaler la scène du couronnement, si largement traitée, si pleine d’heureux contrastes, et dans laquelle les instrumens et les voix ont une puissance de sonorité vraiment saisissante. La salle entière a été électrisée par l’effet de ce morceau, dont je reconnais toute la valeur mais auquel je préfère, au point de vue musical, la scène entre le grand-inquisiteur et Philippe II, placée au commencement du quatrième acte. Dans cette scène, M. VerdiVerdi, GiuseppeGiuseppe Verdi (Roncole près Busseto/Italie, 9 octobre 1813 – Milan, 27 janvier 1901), compositeur. Il étudia avec Ferdinando Provesi à Busseto dès 1825 puis, de 1831 à 1835 avec Vincenzo Lavigna à Milan. De 1836 à 1839, il fut maestro di musica à Busseto puis retourna à Milan où son premiLire la suite… semble avoir voulu indiquer à ses plus chauds partisans qu’ils feraient peut-être bien à l’avenir de se montrer moins systématiquement hostiles à une école dont l’auteur de Don CarlosDon CarlosDon Carlos, opéra en cinq actes sur un livret de Joseph Méry et Camille du Locle, d’après Friedrich Schiller, mis en musique par Giuseppe Verdi et créé à l’Opéra de Paris le 11 mars 1867.Lire la suite… a prouvé qu’il était loin de repousser les préceptes et les enseignemens. Citons encore le duo très dramatique entre Rodrigue et l’infant et celui du cinquième acte entre Elisabeth et Carlos. L’orchestre dans ce dernier morceau, comme dans plus d’une page de la partition, est traité avec une délicatesse et un son auxquels M. VerdiVerdi, GiuseppeGiuseppe Verdi (Roncole près Busseto/Italie, 9 octobre 1813 – Milan, 27 janvier 1901), compositeur. Il étudia avec Ferdinando Provesi à Busseto dès 1825 puis, de 1831 à 1835 avec Vincenzo Lavigna à Milan. De 1836 à 1839, il fut maestro di musica à Busseto puis retourna à Milan où son premiLire la suite… ne nous avait pas habitué jusqu’ici.

Le succès a été grand le premier soir ; il a grandi encore à la représentation suivante, et l’on peut en conclure que si la première représentation a été donnée devant l’élite du public parisien, tous les gens d’un haut goût, tous les dilettantes les plus raffinés n’étaient pas ce soir-là dans la salle.

M. Gevaert, le directeur de la musique de l’Opéra, est investi depuis trop peu de temps de ses nouvelles fonctions pour que je lui attribue une part, même minime, dans la bonne exécution de Don CarlosDon CarlosDon Carlos, opéra en cinq actes sur un livret de Joseph Méry et Camille du Locle, d’après Friedrich Schiller, mis en musique par Giuseppe Verdi et créé à l’Opéra de Paris le 11 mars 1867.Lire la suite…; et comme il sait en quel estime je tiens son talent et son caractère, il ne doit pas attendre de moi une flatterie inopportune. Pour cette fois encore j’adresserai donc mes éloges sans réserves à M. VauthrotVauthrot, François-EugeneFrançois-Eugene Vauthrot (Paris, 2 septembre 1825 – Paris, 18 avril 1871), pianiste, organiste, professeur de chant. Il étudia au Conservatoire de Paris, où il obtint un 2ème accessit d’harmonie en 1843 puis un 2nd prix d’orgue en 1846. Il fut engagé à l’Opéra-Comique comme accompagnaLire la suite…, chef du chant, à mon ami Victor MasséMassé, Felix-Marie-VictorFélix Marie Victor Massé (Lorient, 7 mars 1822 – Paris, 5 juillet 1884), compositeur. Il étudia le piano avec Zimmerman et la composition avec Halévy au Conservatoire de Paris, où obtint le 1er Prix de piano en 1839 et le 1er Prix de Rome en 1844. Il débute à l’Opéra-Comique en 1850 avec LLire la suite…, chef des chœurs, et à M. Georges HainlHainl, Francois dit GeorgesFrançois dit George(s) Hainl (Issoire/Puy-de-Dôme, 16 novembre 1807 – Paris, 2 juin 1873), violoncelliste, chef d’orchestre et compositeur. Il étudia au Conservatoire, où il obtint un 1er prix de violoncelle en 1830. Il se produisit alors dans les orchestres de Paris, de province, de BelgiquLire la suite…, chef de l’orchestre, je devrais dire chef d’un incomparable orchestre. Mlle Beaugrand a dansé avec une grâce parfaite et une légèreté d’oiseau son pas du troisième acte ; MM. FaureFaure, Jean-BaptisteJean-Baptiste Faure (Moulins, 15 janvier 1830 – Paris, 9 novembre 1914), baryton. Elève de Ponchard au Conservatoire de Paris, il obtint les 1er Prix de chant et d’opéra-comique à l’unanimité en 1852 et débuta en octobre à l’Opéra-Comique dans le rôle de Pygmalion (Massé). A l’OpLire la suite…, ObinObin, Louis-HenriLouis-Henri Obin (Ascq/Nord, 4 aout 1820 – Paris, 9 novembre 1895), basse. Il étudia à Lille avec Antoine Ponchard puis au Conservatoire de Paris. Il débuta à l’Opéra de Paris en 1844 et créa avec beaucoup de succès le rôle de Bocchoris de L’Enfant prodigue (Auber, 1850). Il créa le rLire la suite…, MorèreMorère, JeanJean Morère (Couladère/Haute-Garonne, 6 octobre 1836 – Toulouse, 7 février 1887), ténor. Il étudia au Conservatoire de Paris, où il obtint un 1er prix d’opéra en 1861. Il débuta à l’Opéra de Paris le 20 octobre 1861 dans le rôle de Manrique du Trouvère (Verdi) et s’y produisit juLire la suite…, DavidDavid,David ( ? – ?), basse. Il fit ses débuts en juin 1864 dans le rôle de Bertram de Robert le Diable (Meyerbeer). Il se produisit ensuite dans L’Africaine (Meyerbeer) et créa le rôle du Grand Inquisiteur dans Don Carlos (Verdi) ainsi que celui de Polus dans La Fiancée de Corynthe (Duprato).Lire la suite…, CastelmaryCastelmary, Armand de Castan ditArmand de Castan dit Castelmary, basse (Toulouse, 16 août 1834 – New York, 10 février 1897). Il débuta en 1863 à l’Opéra de Paris, où il créa L’Africaine (Meyerbeer, 1865), Don Carlos (Verdi, 1867) et Hamlet (A. Thomas, 1868). En 1864, il épousa la soprano Marie Sasse, dont il se sépaLire la suite…, Mmes Sass, Gueymard-LautersDeligne-Lauters, PaulinePauline Deligne-Lauters (Bruxelles, 1er décembre 1834 – Paris, 10 mai 1918), mezzo-soprano. Elle étudia au Conservatoire de Bruxelles et fut engagée au Théâtre-Lyrique de Paris en 1854. Elle y créa Le Billet de Marguerite (Gevaert, 1854), se produisit ensuite dans la version de Castil-Blaze dLire la suite… et Mlle Levielly [Levieilli]Levieilli, Léonie-Marie-Alexandrine Rivoirard diteLéonie-Marie-Alexandrine Rivoirard dite Levieilli (Paris, 23 janvier 1839 – ?), soprano. Elle étudia au Conservatoire de Paris, où elle obtint un 1er prix de solfège en 1858. De 1864 à 1870, elle se produisit à l’Opéra dans l’Africaine (Meyerbeer), La Favorite (Dinizetti), Guillaume TeLire la suite… ont été, dans des proportions relatives, à la hauteur de leur renommée.

Voilà ma tâche accomplie. J’ai fait de mon mieux, et je suis à peu près certain de n’avoir oublié personne.