Le Journal des Débats, 18 avril 1867 (article signé E. Reyer).

FEUILLETON DU JOURNAL DES DEBATS

DU 18 AVRIL 1867.

 REVUE MUSICALE.

THEATRE DE L’OPERA-COMIQUE : La Grand’-TanteGrand’ Tante, LaLa Grand’ Tante, opéra-comique en un acte sur un livret de Jules Adenis et Charles Grandvallet mis en musique par Jules Massenet et créé à l’Opéra-Comique de Paris le 3 avril 1867.Lire la suite…, opéra-comique en un acte, paroles de M. Adenisé Grandvalet [AdenisAdenis-Colombeau, Jules dit Jules AdenisJules Adenis-Colombeau dit Jules Adenis (Paris, 28 juin 1821 – Paris, 7 février 1900), journaliste, librettiste et auteur dramatique. Il étudia au Collège royal de Bourbon puis fut engagé comme employé de la manufacture de Saint-Gobain tout en s’essayant au journalisme, de 1847 à 1849, danLire la suite… et Grandvalet], musique de M. Jules Massenet. – Les prix de Rome. – Les jeunes compositeurs.

 

C’est toujours un fait intéressant que le début au théâtre d’un jeune compositeur qui n’a pas dépassé la cinquantaine ; mais, quand le débutant est vraiment un jeune homme ayant à peine la barbe au menton, le fait est d’autant plus intéressant qu’il est plus rare. Tel est les cas de M. MassenetMassenet, Jules-Emile-FrédéricJules-Émile-Fréderic Massenet (Maontaud/Loire, 12 mai 1842 – Paris, 13 août 1912), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris, où il obtint un 1er prix de piano en 1859 puis un 1er prix de contrepoint et fugue ainsi que le 1er Prix de Rome en 1863. à Rome, Liszt lui confia une élève,Lire la suite…, élève de MM. Ambroise Thomas et Henri Reber, deux maîtres fort estimés, lauréat au concours de 1863, et qui revient de Rome où tant d’autres musiciens ne sont jamais allés.

Si M. Jules Massenet a eu l’honneur de faire représenter sur la scène du théâtre impérial de l’Opéra-Comique un petit acte, destiné, dès la seconde soirée, à servir de lever de rideau au Fils du BrigadierFils du brigadier, LeLe Fils du brigadier, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Eugène Labiche et de Delacour mis en musique par Victor Massé et créé à l’Opéra-Comique de Paris le 25 février 1867.Lire la suite…, c’est que le gouvernement, dans sa sollicitude envers les pensionnaires de la villa Médicis, leur a ménagé, à leur retour en France, l’accueil hospitalier de deux théâtres subventionnés. Quelques uns (je ne dit pas tous) passent ainsi, par une transition moins brusque, d’une vie tranquille et pleine d’espérances, à une existence agitée et remplie de déceptions. Autrefois le théâtre de l’Opéra-Comique était seul obligé, par son cahier des charges, de jouer chaque année un ouvrage composé par un lauréat du Conservatoire ; mais depuis que le Théâtre-Lyrique reçoit une subvention annuelle de 100,000 fr., il jouit aussi du même privilège. M. MassenetMassenet, Jules-Emile-FrédéricJules-Émile-Fréderic Massenet (Maontaud/Loire, 12 mai 1842 – Paris, 13 août 1912), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris, où il obtint un 1er prix de piano en 1859 puis un 1er prix de contrepoint et fugue ainsi que le 1er Prix de Rome en 1863. à Rome, Liszt lui confia une élève,Lire la suite… n’avait donc que l’embarras du choix, et pouvait s’adresser indistinctement au Théâtre-Lyrique ou à l’Opéra-Comique. C’est à ce dernier qu’il a donné la préférence.

On a beaucoup écrit en faveur des prix de Rome et des jeunes compositeurs en général, et je ne crois pas que, malgré les efforts incessans de l’administration et le bon vouloir indiscutable de MM. les directeurs, leur situation se soit sensiblement améliorée. Celui qui fut couronné au premier concours de 1803 se nommait Albert Androt, : il mourut pendant son séjour à Rome. Cela n’a pas porté bonheur aux autres. Un livre très intéressant, et qui, malgré certaines lacunes, mérite d’être consulté, la Musique au théâtreMusique au théâtre, LaLa Musique au Théâtre, de Antoine-Louis Malliot. Essai sur l’histoire des administrations de l’Opéra, de l’Opéra-Comique, des divers théâtres lyriques de Paris et l’histoire des privilèges, de quelques-unes des persécutions que ces privilèges ont engendrées, des nombreux abus : imLire la suite…, par A.-L. MalliotMalliot, Antoine-LouisAntoine-Louis Malliot (Lyon, 30 août 1812 – Rouen, 5 avril 1868), compositeur, musicologue et ténor. Il étudia au Conservatoire de Paris avec Alexandre Choron et Alexis de Garaudé. Il débuta avec succès au Théâtre de Rouen en 1839 mais se retira bientôt de la scène pour se consacrer à lLire la suite…, nous apprend en effet que de 1803 à 1862, c’est-à-dire dans un espace de cinquante-neuf ans, vingt-sept pensionnaires de l’Ecole de Rome ont été représentés plus ou moins souvent sur le théâtre de l’Opéra-Comique. En tenant compte des huit concours qui n’ont pas donné lieu à premier prix, on peut donc établir que vingt-trois lauréats n’y ont jamais été représentés. Académie impériale de Musique qui n’est assujettie à aucune obligation envers prix de Rome, en a joué huit dans cette période de plus d’un demi-siècle. M. Daussoigne, neveu de M. MéhulMehul, Etienne-NicolasEtienne-Nicolas Mehul (Givet, 22 juin 1763 – Paris, 18 octobre 1817), compositeur. Il étudia la musique avec Wilhelm Hanser et devint son assistant puis s’installa à Paris vers 1778 où il continua ses études avec le compositeur Jean-Frédéric Edelmann. Avec le librettiste, François-Benoît HLire la suite…, directeur du Conservatoire de Liège et membre correspondent de l’Institut de France ; M. ChelardChelard, Hippolyte-Andre-Jean-BaptisteHippolyte-André-Jean-Baptiste Chelard (Paris, 1er février 1789 – Weimar, 12 février 1861), compositeur. Il étudia au Conservatoire le violon avec Rodolphe Kreutzer et la composition avec François-Joseph Gossec et obtint le premier Prix de Rome en 1811. En Italie, il étudia avec Zingarelli etLire la suite…, ancien maître de chapelle du duc de Saxe-Weimar, et M. BenoîtBenoist, FrançoisFrançois Benoist (Nantes, 10 septembre 1794 – Paris, 6 mai 1878), compositeur et professeur. Il étudia au Conservatoire de Paris, où il obtint un 1er prix d’harmonie en 1811, un 1er prix de piano en 1814 et enfin le Prix de Rome en 1815. De 1819 à 1872, il fut professeur d’orgue au ConservLire la suite… [Benoist]Benoist, FrançoisFrançois Benoist (Nantes, 10 septembre 1794 – Paris, 6 mai 1878), compositeur et professeur. Il étudia au Conservatoire de Paris, où il obtint un 1er prix d’harmonie en 1811, un 1er prix de piano en 1814 et enfin le Prix de Rome en 1815. De 1819 à 1872, il fut professeur d’orgue au ConservLire la suite…, professeur au Conservatoire, attendirent, le premier onze ans, le second seize ans, et le troisième trente-trois ans avant d’être représentés sur notre première scène lyrique. M. GounodGounod, CharlesCharles Gounod (Paris, 17 juin 1818 – Saint-Cloud, 18 octobre 1893) compositeur. Gounod étudia le piano avec sa mère et la composition et l’harmonie en privé avec Reicha tout en faisant d’excellentes études classiques au Lycée Saint-Louis à Paris. Après avoir obtenu son baccalauréat, il Lire la suite…, qui obtint son prix en 1839, n’arriva à l’Opéra qu’en 1851 avec sa belle partition de Sapho SaphoSapho, opéra en trois actes sur un livret d’Émile Augier, mis en musique par Charles Gounod, créé à l’Opéra de Paris le 16 avril 1851.Lire la suite…: celui-là du moins s’est dédommagé depuis par de nombreux succès. M. ErmelErmel, Louis-ConstantLouis-Constant Ermel (Gand, 27 décembre 1798 – Clermont-Ferrand/Puy-de-Dôme, 3 juin 1871), compositeur. Il apprit la musique d’abord avec son père, Symphorien Ermel, pianiste, chanteur et compositeur puis il entra en 1819 au Conservatoire de Paris, où il obtint un 2nd prix d’harmonie la mLire la suite…, couronné en 1823, eut un ouvrage reçu à l’Opéra, mais qui ne fut jamais représenté, et voici à ce sujet une curieuse conversation entre ce lauréat et M. LubbertLubbert, Emile-TimothéeÉmile-Timothée Lubbert (Bordeaux, 18 février 1794 – Le Caire/Égypte, ? mars 1859), directeur. Après des études au Lycée Bonaparte à Paris, il fut nommé inspecteur de la loterie au ministère des Finances grâce à son oncle, le sénateur Dominique Garat. Il étudia l’harmonie et la comLire la suite…, directeur de l’Opéra en 1829, rapportée dans un article de la Gazette musicale, publié le 4 septembre par M. Fétis Fétis, Francois-JosephFrançois-Joseph Fétis (Mons, 25 mars 1784 – Bruxelles, 26 mars 1871), compositeur, théoricien et professeur. Il étudia au Conservatoire de Paris le piano avec Boieldieu et Pradher et l’harmonie avec Rey et obtint un deuxième prix de composition en 1807. Après avoir occupé des postes à BoLire la suite…:

« Je désir savoir, Monsieur, quelle époque vous avez choisie pour faire commencer les répétitions de mon ouvrage ? – Aucune. – Mais il y a bien longtemps que j’attends ? – Eh bien ! ne vous fatiguez pas ; continuez. – Ma pièce est reçue ! – Je le sais. – Ma musique l’est également ! – Je ne le nie pas. – L’Institut et une ordonnance du roi décident que je dois obtenir mon tour ! – Détrompez-vous, Monsieur, votre pièce fût-elle reçue dix fois, votre musique le fût-elle cent, y eût-il vingt ordonnances en votre faveur, je vous déclare que votre opéra ne sera pas joué, parce qu’il ne convient pas qu’il soit. »

Aujourd’hui, quand un directeur ne veut pas jouer un ouvrage, surtout un ouvrage reçu, il ne s’exprime pas avec cette brutale franchise, M. FétisFétis, Francois-JosephFrançois-Joseph Fétis (Mons, 25 mars 1784 – Bruxelles, 26 mars 1871), compositeur, théoricien et professeur. Il étudia au Conservatoire de Paris le piano avec Boieldieu et Pradher et l’harmonie avec Rey et obtint un deuxième prix de composition en 1807. Après avoir occupé des postes à BoLire la suite… ajoute :

« Lorsque M. LubbertLubbert, Emile-TimothéeÉmile-Timothée Lubbert (Bordeaux, 18 février 1794 – Le Caire/Égypte, ? mars 1859), directeur. Après des études au Lycée Bonaparte à Paris, il fut nommé inspecteur de la loterie au ministère des Finances grâce à son oncle, le sénateur Dominique Garat. Il étudia l’harmonie et la comLire la suite… daigne s’excuser de ce despotisme, il dit que le roi, faisant la dépense de l’Opéra, ne peut en faire un théâtre d’essai ; mais cette excuse est évidemment fausse de tous points. Les fonds subventionnels des théâtres sont votés chaque année par la Chambre des Députés au ministre de l’intérieur, qui les verse ensuite dans la caisse de la liste civile. En accordant ces fonds, la France les destine à tourner au profit du progrès des arts ; c’était donc aller contre le but de l’institution que de refuser à de jeunes artistes l’occasion de développer leur talent…. Dans tous les cas, un roi n’est pas moins tenu qu’un autre à l’exécution de ses promesses, et il n’y a pas de promesse plus authentique que celle d’une ordonnance insérée au Bulletin des Lois Il s’agit d’une ordonnance qui décidait qu’à leur retour de Rome un poëme serait livré aux lauréats de l’Institut pour être mis en musique par eux et représenté sur un théâtre royal. »

Le célèbre violoniste Rudolphe KreutzerKreutzer, RodolpheRodolphe Kreutzer (Versailles, 16 novembre 1766 – Genève, 6 janvier 1831), violoniste et compositeur. Il étudia tout d’abord avec son père puis, à partir de 1778, il étudia le violon et la composition avec Anton Stamitz et se produisit dans un concerto pour violon de ce dernier au Concert SLire la suite…, maître de chapelle du roi en 1815 et chef d’orchestre de l’Opéra, ayant été mis à la retraite 1826, voulut faire au public un dernier adieu sur cette scène où il avait un assez grand nombre d’ouvrages représentés avec succès : il écrivit dans ce but la musique d’un opéra intitulé Malek-Adel, et y donna tous ses soins, espérant que cet ouvrage lui ouvrirait les portes de l’Institut et serait la gloire de sa vieillesse. L’Opéra fut reçu ; mais en 1827 la direction changea, et le nouveau directeur refusa de le représenter. KreutzerKreutzer, RodolpheRodolphe Kreutzer (Versailles, 16 novembre 1766 – Genève, 6 janvier 1831), violoniste et compositeur. Il étudia tout d’abord avec son père puis, à partir de 1778, il étudia le violon et la composition avec Anton Stamitz et se produisit dans un concerto pour violon de ce dernier au Concert SLire la suite… en ressentit un si profond chagrin, que sa santé s’altéra ; il perdit la raison, et mourut deux années après. KreutzerKreutzer, RodolpheRodolphe Kreutzer (Versailles, 16 novembre 1766 – Genève, 6 janvier 1831), violoniste et compositeur. Il étudia tout d’abord avec son père puis, à partir de 1778, il étudia le violon et la composition avec Anton Stamitz et se produisit dans un concerto pour violon de ce dernier au Concert SLire la suite…, étant né en 1766, n’avait pu, par conséquent, concourir pour le grand prix de composition musicale, qui fut décerné pour la première fois, ainsi que je l’ai dit plus haut, en 1803.

Dans le même livre de M. A.-L. MalliotMalliot, Antoine-LouisAntoine-Louis Malliot (Lyon, 30 août 1812 – Rouen, 5 avril 1868), compositeur, musicologue et ténor. Il étudia au Conservatoire de Paris avec Alexandre Choron et Alexis de Garaudé. Il débuta avec succès au Théâtre de Rouen en 1839 mais se retira bientôt de la scène pour se consacrer à lLire la suite…, je trouve deux lettres fort intéressantes, l’une signée : Un pauvre musicien ; la seconde portant la signature de M. Hector BerliozBerlioz, Louis-HectorLouis-Hector Berlioz (La Côte Saint-André, 11 décembre 1803 – Paris, 8 mars 1869), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris avec Lesueur et obtint le 1er Prix de Rome en 1830. La même année, il composa sa Symphonie fantastique. De retour de Rome, il composa Lelio ou le Retour à la vLire la suite…. Voici la lettre que le pauvre musicien adresse au directeur de la Revue musicale :

« Monsieur, vous faites un journal sur la musique : vous le faites, dites-vous, dans l’intérêt de l’art ; ne pourriez-vous pas le faire aussi dans l’intérêt des artistes ? Vous êtes professeur à l’Ecole royale de musique ; comme tel vous augmentez chaque jour le nombre des musiciens qui végètent en France ; vous devez au moins protection à vos élèves. Dans cette persuasion, je prends la liberté de vous soumettre quelques observations dont vous ferez l’usage comme vous jugerez convenable. Comme tant d’autres je suis élève de l’Ecole royale ; j’y ai appris à peu près tout ce qu’on peut y apprendre, et, persuadé qu’on attachait dans le monde autant d’importance que moi au savoir en musique, je crus ma fortune faites dès que mes études furent terminées. Je me trompais. »

Ici le correspondent racontait qu’après de longues et sérieuses études, il avait obtenu le grand prix de Rome, et qu’il était revenu à Paris plein d’espoir et avec la certitude qu’il allait trouver de suite un poëme à mettre en musique.

« A peine descendu de voiture, ajoute-t-il, je cours au théâtre, où chacun me fait le meilleur accueil. Ravi, transporté, je reviens chaque soir, et chaque soir même démonstration d’intérêt et d’amitié, mais de poëme point. Fatigué d’attendre en vain, je cours chez mon ancien professeur, et le prie de me recommander à quelque auteur de sa connaissance. Pour toute réponse, il me peint les embarras et les chagrins de la carrière dramatique. Je m’adresse à ceux de mes camarades dont le retour avait précédé le mien : ils m’avouent que leur position est absolument semblable à celle dont je me plains. Cependant il faut vivre ; le temps presse, et je me décide à composer de la musique instrumentale. Je fais des quatuors, des symphonies, des sonates où je mets toutes les inspirations de mon génie et toute la science que j’ai acquise. Je ne doutais pas que les marchands de musique (on écrirait éditeur aujourd’hui) ne s’empressassent d’acheter mes ouvrages dès qu’ils les auraient entendus ; mais ils me déclarent tous qu’ils ne pourraient s’en charger qu’après que l’une de mes compositions aurait eu du succès dans le monde…. L’un de ces messieurs finit cependant par me dire qu’il s’intéressait à moi, et me demanda si je voulais faire pour lui des variations sur l’air : GuernadierDépart du grenadier, LeLe Départ du grenadier, romance mise en musique par Henri Blanchard. Le premier vers de cette romance est « Guernadier que tu m’affliges ». Cette romance fut chantée dans Les Cuisinières, comédie en un acte mêlée de couplets, par Nicolas Brazier et Théophile-Marion Dumersan créée au TLire la suite…, que tu m’affliges ! Voilà donc où m’ont conduit mes études d’harmonie, mes fugues et mon contrepoint alla Palestrina. Les journaux m’ont bercé longtemps de l’espoir de l’établissement d’un second théâtre d’opéra-comique ; mais on dit que des comédiens du théâtre-Feydeau réclament en faveur de leur privilège. Cependant, puisqu’il y a quatre théâtres privilégiés pour le vaudeville et deux théâtres privilégiés pour la musique étrangère On veut parler sans doute du Théâtre-Italien et de l’Odéon où l’on représentait alors des opéras étrangers traduits en français., il me semble qu’il pourrait aussi y avoir deux pour la musique française. Qu’il y ait au moins un asile pour les jeunes compositeurs français ou qu’on cesse d’en former. A quoi sert de leur enseigner les principes d’un art qu’ils ne doivent point mettre en pratique ? Pourquoi les diriger sur une route qu’ils ne pourront pas suivre ? Voilà, Monsieur, les réflexions que font les jeunes artistes qui regrettent d’avoir perdu dix années à se préparer à une carrière qu’ils ne doivent point courir. »

La lettre de M. Hector BerliozBerlioz, Louis-HectorLouis-Hector Berlioz (La Côte Saint-André, 11 décembre 1803 – Paris, 8 mars 1869), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris avec Lesueur et obtint le 1er Prix de Rome en 1830. La même année, il composa sa Symphonie fantastique. De retour de Rome, il composa Lelio ou le Retour à la vLire la suite… est datée du mois de mai 1828. A cette époque, le futur auteur des Troyens n’avait pas encore concouru pour le prix de Rome qu’il devait remporter deux années plus tard : il se préparait à donner un concert composé tout entier de sa musique, ce qui lui avait valu dans la presse et dans le public des inculpations assez graves pour qu’il crût devoir se justifier : « On m’accuse de témérité, dit-il, on me prête les prétentions les plus ridicules. A tout cela je répondrai que je veux tout simplement me faire connaître, afin d’inspirer, si je le puis, quelque confiance aux auteurs et aux directeurs de nos théâtres lyriques : Ce désir est-il blâmable dans un jeune homme ? Je ne le crois pas : Or si un pareil dessein n’a rien de répréhensible, en quoi les moyens que j’emploie pour l’accomplir peuvent-ils l’être ?…. Quant à la témérité qui me porte à m’exposer devant le public dans un concert, elle est toute naturelle, et voici mon excuse : Depuis quatre ans je frappe à toutes les portes, aucune ne s’est encore ouverte. Je ne puis obtenir aucun poëme d’opéra ni faire représenter celui qui m’a été confié. J’ai essayé inutilement tous les moyens de me faire entendre, il ne m’en reste plus qu’un, je l’emploie et je crois que je ne ferai pas mal de prendre pour devise ce vers de Virgile :

Una salus victis, nullam sperare salutem.

M. FétisFétis, Francois-JosephFrançois-Joseph Fétis (Mons, 25 mars 1784 – Bruxelles, 26 mars 1871), compositeur, théoricien et professeur. Il étudia au Conservatoire de Paris le piano avec Boieldieu et Pradher et l’harmonie avec Rey et obtint un deuxième prix de composition en 1807. Après avoir occupé des postes à BoLire la suite… écrivait dans la livraison du 5 mars 1827 (il y a quarante ans aujourd’hui) de la Revue musicale, dont il était le fondateur, et qui peut-être considérée comme le premier journal spécial de musique qui ait paru en France :

«  Il faudrait laisser s’établir autant de théâtres d’opéras-comiques qu’on trouvera de gens disposés à en faire l’entreprise afin de faciliter aux musiciens les moyens de se produire.. »

Dans le même article on lisait encore à propos des pièces reçues et non jouées :

« On calcule que le nombre d’opéras reçus depuis 1749, dont la musique est faite, et qui n’ont pas été représentés, s’élève à plus de douze cents. C’est une odieuse déception, qui prend sa source dans la facilité avec laquelle on reçoit les pièces, dans le peu de confiance qu’inspirent les musiciens, et dans l’incurie des diverses administrations qui se sont succédé à l’Opéra.  C’est un tort réel qu’on fait aux artistes, dont on occupe le temps inutilement, et ce tort est d’autant plus grand qu’il vient un moment où il n’est plus possible de le réparer ; car un ouvrage qui pouvait être bon il y a vingt ans ne l’est plus aujourd’hui. »

M. FétisFétis, Francois-JosephFrançois-Joseph Fétis (Mons, 25 mars 1784 – Bruxelles, 26 mars 1871), compositeur, théoricien et professeur. Il étudia au Conservatoire de Paris le piano avec Boieldieu et Pradher et l’harmonie avec Rey et obtint un deuxième prix de composition en 1807. Après avoir occupé des postes à BoLire la suite… veut dire sans doute que le compositeur qui écrit un ouvrage à une certaine époque ne l’écrirait pas de la même façon vingt ans plus tard.

Evidemment il résulte des citations qui précédent que nous sommes entrés dans la voie des améliorations et du progrès. On ne s’étonne plus, quand un artiste donne un concert, qu’il n’y fasse entendre absolument que de la musique composée par lui. Nous avons la liberté des théâtres ; le nombre de pièces qui attendent leur tour dans les cartons de l’Opéra-Comique s’élève à une trentaine tout au plus ; le Théâtre-Lyrique, avant d’y avoir été invité par l’administration supérieure, a joué deux ouvrages en trois actes de deux prix de Rome : les Pêcheurs de perlesPêcheurs de perles, LesLes Pêcheurs de perles, opéra en trois actes sur un livret de Eugène Cormon et Michel Carré mis en musique par Georges Bizet et créé au Théâtre-Lyrique de Paris le 30 septembre 1863.Lire la suite…, de M. BizetBizet, GeorgesAlexandre-César-Léopold-Georges Bizet (Paris, 25 octobre 1838 – Bougival/Seine-et-Oise, 3 juin 1875), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris, où il obtint un 1er prix de piano en 1851 puis un 1er prix d’orgue et de fugue en 1855. Il concourut avec Le Docteur Miracle pour le prix dLire la suite…, et la Fiancée d’AbydosFiancée d’Abydos, LaLa Fiancée d’Abydos, opéra en quatre actes sur un livret de Jules Adenis mis en musique par Adrien Barthe et créé au Théâtre-Lyrique de Paris le 20 décembre 1865.Lire la suite…, de M. BartheBarthe, Grat-Norbert dit AdrienGrat-Norbert Barthe dit Adrien Barthe (Bayonne, 7 juin 1828 – Asnières-sur-Seine, 13 aout 1898), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris et obtint le 1er Prix de Rome en 1854. Son oratorio, Judith, composé lors de son séjour à Rome, reçu le Prix Edouard Rodrigues. Il épousa Mlle BanLire la suite…. On n’a pas entendu dire depuis bien longtemps qu’un musicien soit mort de chagrin pour avoir eu un ouvrage refusé par un directeur ; non seulement nous avons un second théâtre d’opéra-comique, mais nous en avons un troisième et un quatrième, celui des Bouffes-Parisiens, qui n’est plus consacré exclusivement au répertoire de M. OffenbachOffenbach, JacquesJacques Offenbach (Cologne, 20 juin 1819 – Paris, 5 octobre 1880), violoncelliste et compositeur. Il se produisait dans les salons et en concerts lorsqu’Arsène Houssaye, qui voulait réformer l’orchestre du Théâtre-Français, lui offrit, par contrat signé le 30 juillet 1850, le poste de chLire la suite…, celui des Fantaisies-Parisiennes, dirigé par un homme fort intelligent et tout à fait impartial, qui fait le même accueil aux vieux maîtres et aux jeunes disciples, à BoieldieuBoieldieu, Adrien-Louis-VictorAdrien-Louis-Victor Boieldieu (Paris, 3 novembre 1815 – Quincy, 9 juillet 1883), compositeur. Fils de François-Adrien Boieldieu et de Thérèse Regnault, il étudia avec son père, puis avec Charles Dourlen et Fromental Halévy au Conservatoire. Il débuta en complétant un opéra-comique de son Lire la suite… père et à BoieldieuBoieldieu, Adrien-Louis-VictorAdrien-Louis-Victor Boieldieu (Paris, 3 novembre 1815 – Quincy, 9 juillet 1883), compositeur. Fils de François-Adrien Boieldieu et de Thérèse Regnault, il étudia avec son père, puis avec Charles Dourlen et Fromental Halévy au Conservatoire. Il débuta en complétant un opéra-comique de son Lire la suite… fils, à HéroldHérold, Louis-Joseph-FerdinandLouis-Joseph-Ferdinand Hérold (Paris, 28 janvier 1791 – Paris, 19 janvier 1833), compositeur. Premier prix de Rome en 1812, il rencontra des succès durables à l’Opera-Comique avec Marie (1826), Zampa (1831), et Le Pré aux clercs (1832).Lire la suite… et à M. JonasJonas, EmileÉmile Jonas (Paris, 5 mars 1825 – Saint-Germain-en-Laye, 22 mai 1905), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris, où il obtint un 1er prix d’harmonie en 1847 et un second Grand Prix de Rome en 1849. De 1847 à 1866, il fut professeur de solfège au Conservatoire de Paris. En 1857, il fLire la suite…, à GluckGluck, Christoph WillibaldChristoph Willibald Gluck (Erasbach/Haut-Palatinat, 2 juillet 1714 – Vienne, 15 novembre 1787), compositeur. Né en Bohème, on ne sait rien de ses études scolaires ou musicales. En 1732, il alla à Prague, jouant du violon, et préférablement du violoncelle et chantant dans les chœurs des églLire la suite… et à M. Duprato Duprato, Jules-Laurent-AnacharsisJules-Laurent-Anacharsis Hinard dit Duprato (Nîmes, 20 juillet 1827 – Paris, 20 mai 1892), compositeur. Il étudia la composition avec Simon Leborne au Conservatoire de Paris et obtint le premier Prix de Rome en 1848. Il rencontra le succès aux Bouffes-Parisiens en 1856 avec son opérette MonsieurLire la suite…; deux théâtres de genre, le Palais-Royal et les Variétés, ont même pu, grâce à la liberté qui leur a été octroyée, se transformer à leur gré en théâtres de musique, et si jusqu’ici cette transformation n’a eu lieu qu’au profit d’un seul musicien, pourquoi ne pas espérer, qu’un jour ou l’autre, demain ou dans vingt ans, un très grand nombre de jeunes compositeurs seront appelés à en profiter aussi. Un nouveau théâtre où il y a des chanteurs et un orchestre ne vient-il pas de s’ouvrir à Passy sous le patronage de Rossini Rossini, GioachinoGioachino Rossini (Pesaro/Italie 29 février 1792 – Passy, 13 novembre 1868), compositeur. Né de parents musiciens, Rossini étudia le chant avec Giuseppe Malerbi à Lugo et débuta comme chanteur au théâtre d’Imola en 1804 et chanta le rôle d’un enfant dans Camilla de Paer à Bologne en 180Lire la suite…? Le petit opéra la dernière VedetteDernière Vedette, LaLa Dernière Vedette, opéra-comique en un acte sur un livret d’Édouard Thierry et Élie Berthet, mis en musique par Camille Schubert, fut créé au Théâtre Rossini à Passy le 26 mars 1867. Ce théâtre, dû à l’architecte Émile Mauran, était sis au 76 rue de la Tour, au coin de la rue CoLire la suite…, que l’on y a donné le premier soir est charmant, et ceux de mes confrères qui ont eu la bonne fortune de l’entendre en ont fait l’éloge. L’auteur de la partition est M. Camille SchubertSchubert, CamilleCamille Prilipp, dit Schubert (Paris, 13 mars 1810 – Montagny/ Val-d’Oise, 14 novembre 1889), compositeur et éditeur de musique. Il publia sous le pseudonyme de Camille Schubert des transcriptions pour piano à quatre mains d’ouvertures célèbres, des fantaisies sur des airs d’opéras, des mLire la suite…, compositeur particulièrement connu par des albums de musique de danse, et qui n’en est pas moins un musicien habile et très distingué. N’aurons-nous pas aussi, et dans un bref délai, l’inauguration du théâtre international, qui a déjà mis à l’étude un ouvrage en trois actes de M. Henri Potier, et qui nous promet une œuvre inédite de S. A. le duc de Saxe-Cobourg Gotha Saxe-Cobourg-Gotha, Ernest II, duc deErnest II, duc de Saxe-Cobourg-Gotha (Cobourg/ Allemagne, 21 juin 1818 – Reinhardsbrunn, Allemagne, 22 août 1893), compositeur et chef d’État. Il étudia la musique et composa des opéras joués surtout en Allemagne. En 1849, il succéda à son père à la tête des duchés de Saxe-Cobourg et Lire la suite…?

Mais ce n’est pas tout.

Un concours dans le genre de celui qui a ouvert il y a à peine deux ans à M. BartheBarthe, Grat-Norbert dit AdrienGrat-Norbert Barthe dit Adrien Barthe (Bayonne, 7 juin 1828 – Asnières-sur-Seine, 13 aout 1898), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris et obtint le 1er Prix de Rome en 1854. Son oratorio, Judith, composé lors de son séjour à Rome, reçu le Prix Edouard Rodrigues. Il épousa Mlle BanLire la suite…, prix de Rome de 1854, les portes du Théâtre-Lyrique va se renouveler non seulement pour ce théâtre, mais aussi pour celui de l’Opéra-Comique auquel M. de Saint-GeorgesSaint-Georges, Jules-Henri Vernoy deJules-Henri Vernoy de Saint-Georges (Paris, 7 novembre 1799 – Paris, 23 décembre 1875), auteur dramatique, librettiste. Il écrivit d’abord un roman puis il se tourna vers la scène et écrivit plusieurs comédies, drames et vaudevilles et produisit pendant cinquante ans des livrets d’opéras eLire la suite… a gracieusement offert, en cette circonstance inespérée, un poëme en trois actes qui ne s’est traîné encore sur le piano d’aucun compositeur, et que l’illustre librettiste a sorti tout exprès de son portefeuille. Reste maintenant à trouver le poëme destiné au Théâtre-Lyrique. On aurait lieu d’être surpris si l’exemple donné par M. de Saint-GeorgesSaint-Georges, Jules-Henri Vernoy deJules-Henri Vernoy de Saint-Georges (Paris, 7 novembre 1799 – Paris, 23 décembre 1875), auteur dramatique, librettiste. Il écrivit d’abord un roman puis il se tourna vers la scène et écrivit plusieurs comédies, drames et vaudevilles et produisit pendant cinquante ans des livrets d’opéras eLire la suite… n’excitait pas l’émulation de ses confrères et ne trouvait pas un seul imitateur.

Les concurrens, auxquels on doit naturellement supposer des aptitudes diverses, pourront donc choisir entre un opéra-comique et un opéra de genre, entre le Fils du brigadierFils du brigadier, LeLe Fils du brigadier, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Eugène Labiche et de Delacour mis en musique par Victor Massé et créé à l’Opéra-Comique de Paris le 25 février 1867.Lire la suite… et SardanapaleSardanapaleSardanapale, opéra en trois actes sur un livret de Henry Becque mis en musique par Victorin Joncières et créé au Théâtre-Lyrique de Paris le 8 février 1867.Lire la suite….

Un instant M. le directeur de l’Opéra lui-même a eu l’idée de partager avec MM. de LeuvenLeuven, Adolphe deAdolphe de Leuven (Paris, 1800 – Paris, 14 avril 1884), auteur dramatique, librettiste. Fils d’un des trois conspirateurs de l’assassinat du roi de Suède, Gustave III, il est né en 1800 et prit comme nom de plume celui de sa grand-mère maternelle. Il était un grand ami d’Alexandre Dumas pèrLire la suite… et CarvalhoCarvalho, LéonLéon Cavaille, dit Carvalho (Port-Louis/ Île Maurice, 18 janvier 1825 – Paris, 29 décembre 1897), baryton et directeur.Après de bonnes études de chant au Conservatoire de Paris, il débuta le 2 Juin 1849 dans Scapin de Gilles ravisseur (Grisar) à l’Opéra-comique et tint plusieurs rôlesLire la suite… les bénéfices d’un acte de philanthropie dont les jeunes compositeurs se sont émus ; mail il a dû y renoncer en présence de difficultés auxquelles on ne songe pas toujours dans le premier élan d’une pensée généreuse. En effet, mettre au concours un ouvrage en cinq actes, c’est préparer une trop dure rude besogne aux juges et bien des regrets à ceux qui ceux qui ne seront pas appelés a recueillir le fruit de plusieurs années de travail, c’est-à-dire qu’ils auront perdu leur travail et se seront soumis volontairement à un jugement sans appel. Ensuite, il est rare qu’un jeune musicien, si bien doué qu’il soit, abordant pour la première fois une grande scène lyrique, y arrive je ne dirai pas avec un chef d’œuvre, mais avec une œuvre exempte de faiblesses et de défauts, résultat de son inexpérience. Et même, si nous supposons un musicien qui réunisse les conditions de talent les plus indispensables et les meilleures, lui sera-t-il possible d’écrire une partition en cinq actes, en ayant la certitude qu’elle ne sera jamais exécutée dans le cas où il ne sortirait pas vainqueur de la lutte ? La décentralisation artistique n’existant pas, malgré toutes les tentatives déjà faites en sa faveur, les concurrens évincés trouveront-ils en province un directeur qui tenterait de les dédommager de l’échec qu’ils auront subi à Paris ? Si la mise au concours d’un opéra de genre ne semble point sans inconvénient, je trouve ce procédé d’une application tout à fait impossible, s’il s’agit d’un grand opéra, et je suis bien aise de n’être pas seul de cet avis.

Puisque j’essaie de faire ressortir la supériorité de notre époque en ce qui touche aux intérêts des compositeurs et aux sérieuses préoccupations que ces intérêts font éclore dans l’esprit de ceux auxquels ils sont confiés, je ne dois pas oublier l’occasion qui est offerte aux musiciens de tous pays, grands et petits, jeunes et vieux indistinctement, de se signaler au concours de l’Exposition universelle, dont le comité a bien voulu donner à l’art de la musique une place égale à celle qui est réservée aux autre arts. On connaît déjà le programme de ce tournoi artistique ; je voudrais maintenant que mes confrères les plus oubliés, ceux qui ont le plus à se plaindre de l’injustice du sort, pussent entrevoir des jours meilleurs et se préparer à la composition de l’Hymne de la paix, en faisant entrer dans leur âme le calme et l’apaisement. Je le voudrais, mais je ne l’espère point. Comme la mer, le compositeur se plaint toujours, et j’ai entendu plus d’un lauréat de l’Institut regretter amèrement de ne pas avoir suivi l’exemple de Massin et de GuillionGuillon, Albert-FrançoisAlbert-François Guillion (Meaux/Seine-et-Marne, 22 septembre 1801 – Pederiva di Montebelluna/Province de Trévise en Italie, 31 mars 1854), compositeur et producteur de soie. Il étudia la musique d’abord à la maîtrise de la cathédrale Saint-Étienne de Meaux puis à celle de la cathédrale Lire la suite…, deux élèves du Conservatoire, qui, ayant été envoyés en Italie, n’en sont jamais revenus. Il paraît que, malgré la sollicitude de l’administration envers les pensionnaires de la villa Médicis, malgré l’hospitalité que deux théâtres subventionnés se sont engagés à leur offrir, malgré ceci, malgré cela, ils trouvent encore un peu trop brusque la transition de cette vie tranquille et pleine d’espérances qu’ils mènent là-bas à l’existence agitée et remplie de déceptions qui les attend parmi nous. Et voilà pourquoi l’un d’eux, vaincu et découragé, me disait un jour : « Il vaut mieux être cicérone à Naples, professeur de zampogna dans les Abruzzes ou soprano à Rome, que compositeur de musique à Paris. » A travers l’exagération de cette doléance, il n’est pas impossible d’entrevoir la vérité. Je me hâte d’ajouter que ce n’est pas M. MassenetMassenet, Jules-Emile-FrédéricJules-Émile-Fréderic Massenet (Maontaud/Loire, 12 mai 1842 – Paris, 13 août 1912), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris, où il obtint un 1er prix de piano en 1859 puis un 1er prix de contrepoint et fugue ainsi que le 1er Prix de Rome en 1863. à Rome, Liszt lui confia une élève,Lire la suite… qui m’a parlé ainsi : il est jeune, il a du talent et la ferme volonté de réussir ; à peine revenu en France, son nom figure presque en même temps sur une affiche de théâtre et sur une affiche de concert ; on l’applaudit chaque soir au Casino de la rue Cadet (la meilleure société de Paris l’ignore peut-être), décidément ce n’est pas M. MassenetMassenet, Jules-Emile-FrédéricJules-Émile-Fréderic Massenet (Maontaud/Loire, 12 mai 1842 – Paris, 13 août 1912), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris, où il obtint un 1er prix de piano en 1859 puis un 1er prix de contrepoint et fugue ainsi que le 1er Prix de Rome en 1863. à Rome, Liszt lui confia une élève,Lire la suite… qui, jusqu’à présent du moins, augmentera la liste des mécontens. J’ai écouté avec beaucoup d’intérêt le petit acte que ce jeune compositeur (on l’appelle déjà un mortel favorisé) vient de faire représenter à l’Opéra-Comique, j’y ai trouvé d’excellentes qualités mélodiques et une grande habilité dans le maniement de l’orchestre ; des couplets pleins d’entrain et de verve, bien chantés par Mlle Girard, ont été bissés ; M. CapoulCapoul, Joseph-Amédée-VictorJoseph-Amédée-Victor Capoul (Toulouse, 27 février 1839 – Pujaudran/Gers, 18 février 1924), ténor. Au Conservatoire de Paris, il étudia le chant avec Alphonse Revial et l’opéra-comique avec Eugene-Ernest Mocker ; il obtint en 1861 un 2nd prix d’opéra et un 1er prix d’opéra-comique. Lire la suite… a dit avec un sentiment exquis et avec la plus jolie voix de ténor qu’il y a aujourd’hui au théâtre, une poétique romance dont l’accompagnement est des mieux réussis, et cependant je n’aurais eu qu’une idée fort inexacte du talent de M. MassenetMassenet, Jules-Emile-FrédéricJules-Émile-Fréderic Massenet (Maontaud/Loire, 12 mai 1842 – Paris, 13 août 1912), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris, où il obtint un 1er prix de piano en 1859 puis un 1er prix de contrepoint et fugue ainsi que le 1er Prix de Rome en 1863. à Rome, Liszt lui confia une élève,Lire la suite… si j’avais dû le juger sur ce simple échantillon. La Grand’TanteGrand’ Tante, LaLa Grand’ Tante, opéra-comique en un acte sur un livret de Jules Adenis et Charles Grandvallet mis en musique par Jules Massenet et créé à l’Opéra-Comique de Paris le 3 avril 1867.Lire la suite… est bien peu de chose comparée à la Suite d’orchestreSuite d’orchestre no. 1 op. 13Suite d’orchestre no. 1 op. 13 de Jules Massenet. Elle fut créée aux Concerts populaires dirigés par Jules Pasdeloup au Cirque Napoléon de Paris le 24 mars 1867.Lire la suite… que nous a fait entendre M. PasdeloupPasdeloup, Jules-EtienneJules-Étienne Pasdeloup (Paris, 15 septembre 1819 – Fontainebleau, 13 août 1887), pianiste et chef d’orchestre. Il étudia au Conservatoire de Paris où il obtint les premiers prix de solfège en 1832 et de piano en 1834. En 1841, il devint répétiteur de solfège au Conservatoire, puis répLire la suite… à l’un de ses derniers concerts. Voilà assurément une composition de grand style et qu’un maître eût pu signer. Il y a dans la manière dont les idées sont développées, dans le travail de l’instrumentation, une science peu commune, une entente parfaite des combinaisons et des sonorités. Si chaque morceau n’a pas la même valeur, dans chacun du moins on reconnaît la même sûreté de main, les mêmes aspirations élevées, les mêmes aptitudes symphoniques. C’est donc par sa Suite d’orchestreSuite d’orchestre no. 1 op. 13Suite d’orchestre no. 1 op. 13 de Jules Massenet. Elle fut créée aux Concerts populaires dirigés par Jules Pasdeloup au Cirque Napoléon de Paris le 24 mars 1867.Lire la suite…, bien plus que par son opérette, que M. MassenetMassenet, Jules-Emile-FrédéricJules-Émile-Fréderic Massenet (Maontaud/Loire, 12 mai 1842 – Paris, 13 août 1912), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris, où il obtint un 1er prix de piano en 1859 puis un 1er prix de contrepoint et fugue ainsi que le 1er Prix de Rome en 1863. à Rome, Liszt lui confia une élève,Lire la suite… prend rang aujourd’hui parmi les jeunes musiciens auxquels on peut prédire en toute assurance le plus brillant avenir. Mais qu’il se souvienne que c’est vers la musique dramatique que doivent se tourner ses regards et se concentrer toutes ses facultés. En France, la symphonie est comme une plante que l’on a coupée à sa racine : aucune sève ne la nourrit plus et elle meurt.

Je n’ai pas tout dit  sur les jeunes musiciens et les prix de Rome ; le sujet est intéressant, et j’y reviendrai dans un prochain feuilleton en parlant des concerts de la saison et de la belle messe pour orchestre militaire et chœurs, composée par M. Charles Colin, autre prix de Rome. Je veux cependant, avant de terminer cet article, rappeler aux compositeurs qui ont le plus à se plaindre de la destinée, que la vie des maîtres les plus célèbres n’a été exempte ni de mécomptes, ni d’amertumes, ni de désenchantemens. Quelques uns ont bu le calice jusqu’à la lie, sans qu’ils aient pour cela renoncé à leurs convictions et renié leurs croyances : l’art a toujours des consolations et des dédommagemens pour ceux qui lui sont fidèles. Le véritable artiste doit poursuivre sa route, toujours tout droit, tâcher de vaincre les obstacles qu’il rencontre, et ne jamais  se laisser aller ni au découragement ni au doute. Avoir confiance en soi, c’est doubler sa force ; il faut prendre la vie comme elle est et les hommes tels qu’ils sont : celui-là connaît bien peu le cœur humain qui s’étonne d’une injustice et croit aveuglément à la sincérité d’une parole donnée.

E. Reyer

Mlle Gabrielle KraussKrauss, GabrielleGabrielle Krauss (Vienne, 24 mars 1842 – Paris, 6 janvier 1906), soprano. En 1853, elle entra au Conservatoire de Vienne pour étudier le piano, l’harmonie et les langues étrangères avant d’étudier le chant avec Mathilde Marchesi 1858. Elle obtint un 1er prix de piano, de chant et d’harmoLire la suite…, artiste de l’Opéra impérial et royal de Vienne, a été très applaudie samedi dernier au Théâtre-Italien, dans le rôle de Leonora du TrovatoreTrovatore, IlIl Trovatore, opéra en quatre actes sur un livret en italien de Salvadore Cammarano  complété par Leone Emanuele Bardare et mis en musique par Giuseppe Verdi. L’œuvre fut créée au Théâtre Apollo à Rome le 19 janvier 1853 et au Théâtre-Italien à Paris le 23 décembre 1854.Lire la suite…. Mlle Krauss est une excellente musicienne, mais sa voix a beaucoup plus de charme que d’éclat. Mlle Ernestine UrbanUrban, ErnestineErnestine Urban (Vienne, 18 novembre 1842 – Paris, 28 février 1919), danseuse. De 1863 à 1864, elle fut soliste des ballets de l’Opéra de Paris puis, jusqu’en 1870, prima mima du Théâtre-Italien de Paris, où elle créa les ballets en un acte Don Zeffiro (Pugni, 1865), Il Basilico (GraziaLire la suite…, qui avait dansé l’hiver dernier dans le ballet de Don ZeffiroDon ZeffiroDon Zeffiro, ballet en un acte sur une musique de Cesare Pugni et une chorégraphie de Arthur Saint-Leon créé au Théâtre-Italien de Paris le 26 avril 1865.Lire la suite…, composé pour le théâtre Ventadour, par M. Saint-LéonSaint-Léon, ArthurCharles-Victor-Arthur Michel, dit Arthur Saint-Léon (Paris, 17 septembre 1821 – Paris, 2 septembre 1870), danseur et chorégraphe. Il étudia la musique et la danse avec son père à Stuttgart et le violon avec Mayseder. Il débuta à Stuttgart comme violoniste en 1834 et à Munich comme danseur Lire la suite…, vient de paraître au théâtre de Madrid dans ce même ouvrage et y a obtenu beaucoup de succès. Mlle Urban a été rappelée plusieurs fois. Un de mes amis, fort expert en matière de chorégraphie, et qui actuellement voyage en Espagne, m’annonce cette heureuse nouvelle.

E.R.