La Revue française, 1er juin 1855, p. 529-536 (article signé E. Reyer).

Chronique musicale.

Théâtre-Lyrique – Jaguarita l’indienneJaguarita l’IndienneJaguarita l’Indienne, opéra-comique en un acte sur un livret de Henri de Saint-Georges et Adolphe de Leuven, mis en musique par Fromental Halévy et créé au Théâtre-Lyrique le 14 mai 1855.Lire la suite….


La prétention la plus ordinaire chez une cantatrice que la faveur du public a placée momentanément en première ligne sur une scène quelconque, c’est de croire que d’elle seule dépendent le succès d’une pièce et la fortune du théâtre. Mme CabelCabel, Marie-JosèpheMarie-Josèphe Dreullette épouse Cabel (Liège, 31 janvier 1827 – Maisons-Laffitte, 23 mai 1885), soprano. Elle étudia à Liège avec Bouillon et à Bruxelles avec Ferdinand Cabel et Georges Cabel. Elle épousa ce dernier en 1847. Durant son année d’études au Conservatoire de Paris (1848/49)Lire la suite…, après s’être vu comparer à une étoile et à une reine à propos d’un refrain vulgaire assaisonné de périlleuses roulades, n’a pas tardé à prendre au sérieux tous les éloges ampoulés dictés aux feuilletonistes parisiens par cette galanterie qui leur est particulière, et plus d’une fois elle a dû s’écrier : « Le Théâtre-Lyrique, c’est moi. » De là ces exigences qui forcent les librettistes à n’écrire qu’un rôle dans un ouvrage, de là ces exigences plus déplorables encore qui obligent un compositeur à sacrifier à l’effet d’une vocalise ou d’un point d’orgue l’élégance de sa mélodie et la distinction de son style. J’ai applaudi comme tout le monde au talent gracieux, à la voix pure et flexible de Mme CabelCabel, Marie-JosèpheMarie-Josèphe Dreullette épouse Cabel (Liège, 31 janvier 1827 – Maisons-Laffitte, 23 mai 1885), soprano. Elle étudia à Liège avec Bouillon et à Bruxelles avec Ferdinand Cabel et Georges Cabel. Elle épousa ce dernier en 1847. Durant son année d’études au Conservatoire de Paris (1848/49)Lire la suite…, à sa gaucherie amusante, que d’autres ont appelée un naturel plein de charmes ; mais le jour où je l’ai vue, dédaignant le jupon court de Toinon et les petits couplets de vaudeville, s’affubler du manteau royal et s’essayer dans les grands mouvements dramatiques, ce jour-là j’ai pensé que l’étoile en vogue perdait ses plus brillants reflets, et que la gentille fauvette gazouillait pour la dernière fois. Le succès équivoque du Muletier de Tolède a justifié toutes mes prévisions, toutes mes craintes. Reine de Léon ou reine des Anacotas, Mme CabelCabel, Marie-JosèpheMarie-Josèphe Dreullette épouse Cabel (Liège, 31 janvier 1827 – Maisons-Laffitte, 23 mai 1885), soprano. Elle étudia à Liège avec Bouillon et à Bruxelles avec Ferdinand Cabel et Georges Cabel. Elle épousa ce dernier en 1847. Durant son année d’études au Conservatoire de Paris (1848/49)Lire la suite… aura beau faire, elle ne donnera pas le change au public, qui voudra toujours voir sous l’hermine d’Elvire, ou sous la peau mouchetée de Jaguarita, la petite jardinière du bois de Bagneux. Jaguarita est donc le principal rôle, et à peu près le seul rôle important de la nouvelle pièce de MM. de LeuvenLeuven, Adolphe deAdolphe de Leuven (Paris, 1800 – Paris, 14 avril 1884), auteur dramatique, librettiste. Fils d’un des trois conspirateurs de l’assassinat du roi de Suède, Gustave III, il est né en 1800 et prit comme nom de plume celui de sa grand-mère maternelle. Il était un grand ami d’Alexandre Dumas pèrLire la suite… et Saint-GeorgesSaint-Georges, Jules-Henri Vernoy deJules-Henri Vernoy de Saint-Georges (Paris, 7 novembre 1799 – Paris, 23 décembre 1875), auteur dramatique, librettiste. Il écrivit d’abord un roman puis il se tourna vers la scène et écrivit plusieurs comédies, drames et vaudevilles et produisit pendant cinquante ans des livrets d’opéras eLire la suite…, deux écrivains illustrés par maints poëmes de grand opéra et d’opéra-comique, deux habiles faiseurs recherchés des directeurs les plus intelligents et des plus grands maîtres de l’art lyrique. Autour de Jaguarita gravitent modestement des astres de second ordre : un major hollandais élevé dans un béguinage par les soins pieux de sa tante Anastasie, un capitaine aventureux que l’on appelle Maurice, et le farouche Mamma-Yambo, à la fois trappeur, espion et amant platonique de la belle Jaguarita. Ces quatre personnages sont entourés d’une prodigieuse quantité de soldats bataves, de jeunes sauvagesses et de Peaux-Rouges. Je me demande par quel bouleversement terrestre les montagnes Rocheuses, où vivent les Sioux, les Pawnies et les Delawares, se sont trouvées tout à coup si rapprochées du gouvernement de Surinam. Mais ce détail géographique importe peu à l’action, dont l’intérêt est bien au- dessus de quelques erreurs de lieux et de races. Jaguarita est amenée prisonnière dans le camp hollandais. Je ne puis résister au plaisir de parler du costume de la reine des Anacotas : une bande de peau de tigre figure assez bien sur sa poitrine le grand cordon de l’ordre des Peaux-Rouges ; elle porte une basquine tailladée, ornée de coraux et de coquillages, une jupe de gaze blanche, des brodequins en satin blanc et un marabout négligemment enroulé autour de son chignon ; elle a les bras nus et les épaules pudiquement couvertes ; je ne m’attendais pas sans doute à des tatouages emblématiques et à des arêtes de poisson passées dans les narines ; mais j’avoue que je ne comptais pas non plus sur le bizarre accoutrement que je viens de décrire. M. PerrinPerrin, EmileÉmile Perrin (Rouen, 8 janvier 1814 – Paris, 8 octobre 1885), directeur. Il étudia la peinture avec le baron Antoine-Jean Gros et Paul Delaroche et exposa au Salon régulièrement de 1841 à 1848 tout en écrivant des critiques d’art dans les journaux. Le 1er Mai 1848 il succéda à Alexandre Lire la suite…, qui, avant de devenir l’imprésario habile et intelligent par excellence, avait la réputation d’être un peintre de beaucoup de mérite, aurait bien dû éclairer de ses conseils sa jolie pensionnaire, et arrêter l’élan de sa fantaisie aux limites du ridicule. Les auteurs ont placé dans la bouche du capitaine Maurice les flatteries les plus délicates sur la beauté de Jaguarita, la souplesse de sa taille, les séductions de son regard et le bon goût de sa toilette ; le jeune guerrier déclare sa flamme, sans plus songer à sa cousine Héva, que l’on entrevoit vaguement, au début du premier acte, coiffée du chapeau de paille traditionnel des créoles. Jaguarita répond à la flamme du capitaine Maurice par une cavatine avec roulade obligée, et elle chante :

Je suis la panthère,

La reine des bois.

Le chœur reprend à son tour :

Elle est la panthère,

La reine des boas.

C’est une de ces nombreuses plaisanteries auxquelles se livrent, dans les moments les plus sérieux, des choristes fort spirituels, mais mal disciplinés.

Ce morceau d’ensemble est interrompu par une fanfare et un roulement de tambour. Les Hollandais placent le major à leur tête et s’en vont en guerre contre les Anacotas.

Au second acte, le major Van Tromp, qui, dans une marche de nuit, a perdu la trace de ses compagnons d’armes, est seul au milieu d’une grotte éloignée de toute habitation et ensevelie dans les profondeurs d’un ravin peuplé d’animaux féroces. Nous devons dire ici quelques mots du caractère de ce major, dont les accès de couardise et les calembours ont fort réjoui le public du boulevard ; ajoutons, par parenthèse, que, cette hilarité, excitée parmi personnage investi d’un commandement suprême, portant l’uniforme et la graine d’épinard, a blessé certaines susceptibilités, et, à la seconde représentation, on a fait supprimer l’habit et le grade. Les militaires d’aucun pays, les Russes exceptés, ne sauraient poser en grotesques devant une assemblée de simples bourgeois, capables d’oublier, ne fût-ce que pour un instant, devant un pareil tableau, le respect dû à l’épaulette. Van-Tromp, héritier d’un nom que son aïeul a rendu célèbre dans les guerres du nouveau monde, porte difficilement le poids d’un si lourd héritage ; la culture des tulipes a absorbé la plus grande partie des loisirs de sa jeunesse ; l’odeur de la poudre lui donne des nausées, et il se pâme rien qu’à la vue d’un tomawak ou d’une flèche empoisonnée ; il tient à sa belle chevelure jaune et se soucie peu de la voir pendue en guise de trophée à la ceinture d’un Peau-Rouge. Tel est Van-Tromp, qui, malgré cela, a réussi à mettre en défaut la perspicacité de ses soldats, et dont le nom seul est un épouvantail pour les peuplades guerrières du gouvernement de Surinam. Au lever du rideau, le major raconte qu’ayant lâché par hasard la détente de son pistolet il a tué le féroce Zam-Zam, dit le Grand-Serpent, l’un des chefs les plus redoutés des Anacotas ; cet acte de bravoure, dont il n’est pas responsable, doit plus tard le couvrir de gloire aux yeux de tous les siens ; en attendant, il déplore son isolement dans cette grotte où il n’y a rien à manger, mais où il peut être mangé. (Nous nous permettrons de temps en temps de citer textuellement les passages les plus remarquablement littéraires du libretto.) Après les lamentations en prose viennent les lamentations rimées, et Van Tromp chante d’une voix émue :

La dent de la panthère,

Le ventre du boa,

La flèche meurtrière,

Tel est le sort qu’on a.

A peine a-t-il achevé ce quatrain mélodieux qu’il entend un bruit de pas dans la coulisse : ce sont ses compagnons d’armes, qui, inquiets de la disparition de leur chef, se sont mis à sa recherche et viennent le délivrer. Ici a lieu une scène d’attendrissement assez bouffonne et émaillée de coq-à-1’âne que je n’ai malheureusement pas retenus : la musique m’absorbait tout entier, et j’en demande très-humblement pardon aux poëtes. Jaguarita arrive bientôt, suivie d’un essaim déjeunes filles dont le costume a beaucoup plus de couleur locale que celui de leur reine ; elles exécutent des danses de divers caractères, à la grande satisfaction des soldats hollandais, dont les moustaches se hérissent au spectacle de ces évolutions lascives. Tout à coup une flèche lancée d’une main sûre vient se planter en terre, sous les yeux du major Van-Tromp, le grand chef des visages pales. (MM. de LeuvenLeuven, Adolphe deAdolphe de Leuven (Paris, 1800 – Paris, 14 avril 1884), auteur dramatique, librettiste. Fils d’un des trois conspirateurs de l’assassinat du roi de Suède, Gustave III, il est né en 1800 et prit comme nom de plume celui de sa grand-mère maternelle. Il était un grand ami d’Alexandre Dumas pèrLire la suite… et Saint-GeorgesSaint-Georges, Jules-Henri Vernoy deJules-Henri Vernoy de Saint-Georges (Paris, 7 novembre 1799 – Paris, 23 décembre 1875), auteur dramatique, librettiste. Il écrivit d’abord un roman puis il se tourna vers la scène et écrivit plusieurs comédies, drames et vaudevilles et produisit pendant cinquante ans des livrets d’opéras eLire la suite…, nourris des romans d’Eugène Sue, de Fenimore CooperCooper, FenimoreFenimore Cooper (Burlington, New Jersey, 15 septembre 1789 – Cooperstown, New York, 14 septembre 1851), écrivain. Fils d’un juge et membre du Congrès des États-Unis, il fit une brève carrière dans la marine américaine qu’il abandonna en 1811 pour se marier et se consacrer à la littératLire la suite… et du capitaine Mayne-ReidMayne-Reid, ThomasThomas Mayne-Reid (Ballyroney/ comté de Down, Irlande, 4 avril 1818 – Londres, 22 octobre 1883), écrivain. Après une jeunesse aventureuse en Amérique du Nord – il fut tour à tout trappeur en terre indienne, soldat dans la guerre du Texas (1840), journaliste à Philadelphie et capitaine des Lire la suite…, sont familiarisés avec les appellations techniques.) Au projectile est attaché un petit billet dans lequel les Anacotas proposent d’échanger leur reine bien-aimée contre vingt soldats prisonniers. La proposition est acceptée, et une larme de regret humecte la paupière de Maurice lorsqu’il voit Jaguarita rendue à la liberté. Jaguarita, heureuse de retourner au milieu de ses sujets, ne prend pas garde à cette larme qui lui eût révélé tous les trésors, toutes les jouissances d’un profond amour. Maurice juge alors qu’il fera peut-être mieux de recourir à un langage plus persuasif, et il sollicite un instant d’entretien de sa sauvage maîtresse. En fermant les yeux, à la scène suivante, on croirait que la décoration représente le boudoir d’une grande dame se défendant médiocrement contre les séductions d’un secrétaire d’ambassade. Mais cette illusion ne dure qu’un moment. Le camp hollandais est surpris par les Anacotas ; Maurice se voit arrêté au milieu de sa harangue sentimentale ; il crie à la trahison, et Jaguarita s’évanouit.

Le troisième acte nous montre la tribu des Anacotas au milieu de laquelle les prisonniers hollandais, le major Van-Tromp, le sergent Pétermann, et bien d’autres, attendent avec une certaine anxiété que le Grand Esprit des bois, le dieu Bamboussi, ait prononcé leur arrêt. Seront-ils mangés aujourd’hui ou demain ? Voilà la question posée à l’idole, qui hésite à répondre d’une manière catégorique. — « Il a dit oui, il a dit non, » chante le chœur qui tourne tout autour du fétiche. Le major, dont l’âme est moins fortement trempée que celle de ses compagnons d’infortune, est en proie au plus violent délire, et il chante à pleine voix :

Jamais les fils de la Hollande

N’ont su compter leurs ennemis ;

C’est lorsqu’ils sont morts qu’ils demandent :

Combien sont-ils, combien sont-ils ?

C’est sans doute aussi dans son accès de folie qu’il parle du « serpent fier et superbe qui s’avance en rampant sous l’herbe. » La phrase existe, mais je ne saurais préciser l’endroit où elle se trouve. Jaguarita, qui a fini par partager la passion du capitaine Maurice, propose à son amant de le faire asseoir à côté d’elle sur le trône des Anacotas : c’est le seul moyen qu’elle ait de le sauver. Cette proposition paraît contrarier les vues politiques et amoureuses de Mamma-Yambo, qui élève à l’instant même une objection écrasante : le mari de la reine voudra-t-il renoncer à son pays et combattre contre ses frères ? Abjurera-t-il sa religion pour adorer le dieu Bamboussi, et dissimulera-t-il la répugnance que lui inspire la nourriture préférée des anthropophages ? Semblable à Casimir, Maurice n’hésite pas entre la vie et le déshonneur. Jaguarita l’abandonne à son malheureux sort ; mais cette indifférence n’est pas réelle, comme on va le voir au dénouement. La reine demande à rester seule avec le prisonnier, puis elle lui indique une issue secrète par laquelle il pourra s’échapper et aller prévenir ses soldats. Jaguarita a trahi son peuple, elle mourra. Les sauvages préludent au sacrifice par de copieuses libations : ils plongent leurs coupes dans des tonnes d’eau de feu, butin pris sur l’ennemi ; peu à peu leurs membres s’engourdissent, leurs yeux se voilent, et ils tombent ivres-morts. Maurice, à la tête de sa compagnie, fond sur la tribu, délivre les prisonniers, fait loger par Pétermann une balle dans la cuisse de Yambo, qui veut emmener la reine, et offre sa main à Jaguarita pour prix de son beau dévouement. Il faut croire qu’une fois devenue la femme d’un si brillant officier, Jaguarita changera de costume.

J’ai la plus haute estime pour le caractère et pour le talent de M. HalévyHalévy, Jacques-Fromental-ÉlieJacques-Fromental-Élie Halévy (Paris, 27 mai 1799 – Nice, 12 mars 1862), compositeur. Il étudia la composition au Conservatoire de Paris avec Cherubini et Méhul et obtint le Prix de Rome en 1819. Il débuta avec succès à l’Opéra-comique en 1827 avec L’Artisan et produisit à ce théâtrLire la suite…, et, sans admirer exclusivement tontes ses œuvres, je crois que, parmi les modernes, ce sont celles qui doivent offrir les plus curieuses révélations aux jeunes adeptes de la nouvelle école. La mélodie de M. HalévyHalévy, Jacques-Fromental-ÉlieJacques-Fromental-Élie Halévy (Paris, 27 mai 1799 – Nice, 12 mars 1862), compositeur. Il étudia la composition au Conservatoire de Paris avec Cherubini et Méhul et obtint le Prix de Rome en 1819. Il débuta avec succès à l’Opéra-comique en 1827 avec L’Artisan et produisit à ce théâtrLire la suite… a une grâce un peu maniérée que d’autres ont critiquée et qui ne me déplaît nullement. En musique, j’aime mieux une recherche excessive qu’une simplicité affectée ; le pont-neuf m’a toujours produit l’effet d’une de ces déclarations que l’on reçoit à bout portant quand on se promène le soir dans certaines parties des boulevards ; ce n’est pas plus de l’amour que le reste n’est de la musique. Je n’ai donc pas été surpris de ne trouver dans la nouvelle partition de l’auteur de la JuiveJuive, LaLa Juive, opéra en cinq actes sur un livret d’Eugène Scribe mis en musique par Fromental Halévy et créé à l’Opéra de Paris le 23 février 1835.Lire la suite… ni lieux communs, ni rhythmes vulgaires, et, avant d’avoir entendu la première note de l’ouverture, j’étais bien sûr que le talent de Mme CabelCabel, Marie-JosèpheMarie-Josèphe Dreullette épouse Cabel (Liège, 31 janvier 1827 – Maisons-Laffitte, 23 mai 1885), soprano. Elle étudia à Liège avec Bouillon et à Bruxelles avec Ferdinand Cabel et Georges Cabel. Elle épousa ce dernier en 1847. Durant son année d’études au Conservatoire de Paris (1848/49)Lire la suite… serait tout à fait incompatible avec la nature de l’œuvre. Le seul reproche que je me permettrai de faire à Jaguarita l’IndienneJaguarita l’IndienneJaguarita l’Indienne, opéra-comique en un acte sur un livret de Henri de Saint-Georges et Adolphe de Leuven, mis en musique par Fromental Halévy et créé au Théâtre-Lyrique le 14 mai 1855.Lire la suite…, c’est de commencer à huit heures du soir et de finir à une heure du matin (du moins il en a été ainsi à la première représentation ; je ne sais si cet inconvénient aura disparu aux représentations suivantes). Un opéra-comique en trois actes n’est, après tout, qu’un opéra-comique ; et il n’est pas bien nécessaire pour sa réputation qu’il puisse aller de pair, comme longueur, avec les plus grands opéras en cinq actes. Les entr’actes sont, du reste, fort courts, et cela fait l’éloge du zèle des machinistes ; il est vrai que, les décors étant aussi simples qu’invraisemblables, le travail de ces messieurs se réduit à très-peu de chose.

Avant d’analyser la partition, disons quelques mots des artistes. J’ai suffisamment parlé de Mme CabelCabel, Marie-JosèpheMarie-Josèphe Dreullette épouse Cabel (Liège, 31 janvier 1827 – Maisons-Laffitte, 23 mai 1885), soprano. Elle étudia à Liège avec Bouillon et à Bruxelles avec Ferdinand Cabel et Georges Cabel. Elle épousa ce dernier en 1847. Durant son année d’études au Conservatoire de Paris (1848/49)Lire la suite…. MeilletMeillet, Auguste Alphonse EdmondAuguste-Alphonse-Edmond Meillet (Nevers, 7 avril 1828 – Veules/ Seine-Inférieure, 31 août 1871), baryton. Il étudia au Conservatoire de Paris, et fut engagé à l’Opéra de 1848 à 1851. Il fut dans la troupe du Théâtre-Lyrique de 1851 à 1861 sauf pour la saison 1852/53 où il chanta à l’OpLire la suite… déploie sa verve ordinaire et toutes les ressources de son organe dans le rôle du major ; à part certaines exagérations habituelles à la plupart des acteurs du boulevard, son jeu a beaucoup de finesse et de naturel ; comme chanteur, il a de sérieuses qualités et de très-légers défauts ; mais je l’aime bien mieux en tonnelier d’Eidelberg qu’en officier hollandais. JuncaJunca, Francois MarcelFrançois-Marcel Junca (Bayonne, vers 1818 – Lormes près de Corbigny/ Nièvre, 4 octobre 1878), basse. Il fit ses études à Toulon puis à Paris et débuta en 1838 à Metz. Il chanta en 1840/41 à Lyon et de 1850 à 1855 au Théâtre-Lyrique de Paris où il participa aux créations des œuvres sLire la suite… est le plus beau Peau-Rouge qu’il soit possible d’imaginer, et je le soupçonne d’avoir, dans l’une de ses excursions lointaines, dévalisé Mamma-Yambo lui-même ou quelqu’un de ses descendants ; j’ai souvent vanté d’ailleurs la belle prestance de JuncaJunca, Francois MarcelFrançois-Marcel Junca (Bayonne, vers 1818 – Lormes près de Corbigny/ Nièvre, 4 octobre 1878), basse. Il fit ses études à Toulon puis à Paris et débuta en 1838 à Metz. Il chanta en 1840/41 à Lyon et de 1850 à 1855 au Théâtre-Lyrique de Paris où il participa aux créations des œuvres sLire la suite…, la noblesse de ses traits, l’ampleur de ses gestes et la manière artiste dont il se préoccupe des moindres détails de son habillement : il a peu à chanter dans la pièce de M. HalévyHalévy, Jacques-Fromental-ÉlieJacques-Fromental-Élie Halévy (Paris, 27 mai 1799 – Nice, 12 mars 1862), compositeur. Il étudia la composition au Conservatoire de Paris avec Cherubini et Méhul et obtint le Prix de Rome en 1819. Il débuta avec succès à l’Opéra-comique en 1827 avec L’Artisan et produisit à ce théâtrLire la suite…, mais il est souvent en scène et y excite toujours beaucoup d’intérêt et de sympathie. JuncaJunca, Francois MarcelFrançois-Marcel Junca (Bayonne, vers 1818 – Lormes près de Corbigny/ Nièvre, 4 octobre 1878), basse. Il fit ses études à Toulon puis à Paris et débuta en 1838 à Metz. Il chanta en 1840/41 à Lyon et de 1850 à 1855 au Théâtre-Lyrique de Paris où il participa aux créations des œuvres sLire la suite… a spécifié dans son engagement avec M. PerrinPerrin, EmileÉmile Perrin (Rouen, 8 janvier 1814 – Paris, 8 octobre 1885), directeur. Il étudia la peinture avec le baron Antoine-Jean Gros et Paul Delaroche et exposa au Salon régulièrement de 1841 à 1848 tout en écrivant des critiques d’art dans les journaux. Le 1er Mai 1848 il succéda à Alexandre Lire la suite… que, quel que soit le rôle qu’on lui donnera à jouer, il ne coupera pas un poil de sa barbe : on ne s’expliquerait pas sans cela cette longue et soyeuse toison qui pend au menton d’un Indien Peau-Rouge.

M. MonjauzeMonjauze, Jules SebastienJules-Sébastien Monjauze (Paris, 24 octobre 1825 – Meulan/ Yvelines, 8 septembre 1877), ténor. Il étudia au Conservatoire de Paris avec Ponchard et se produisit d’abord comme acteur au Théâtre Français de Saint-Pétersbourg, puis à l’Odéon. Il débuta comme chanteur dans Jaguarita l’Lire la suite…, ténor débutant dans le personnage de Maurice, a fait ses premières armes à l’Odéon ; quelques scènes bien dites dans le PaquebotPaquebot, LeLe Paquebot, comédie en trois actes en vers par Joseph Méry créée au Théâtre de l’Odéon de Paris le 4 avril 1847.Lire la suite… de MéryMéry, Francois-Joseph-Pierre-AndréFrançois-Joseph-Pierre-André Méry (Les Aygalades près de Marseille, 21 janvier 1798 – Paris, 17 juin 1866), écrivain. Il étudia le droit à Aix-en-Provence avant de fonder le périodique Le Phocéen en 1820 et plus tard La Méditerranée. En 1824, il vint à Paris et collabora au journal Le Lire la suite… le mirent en évidence, et il partit pour Saint-Pétersbourg. A son retour, il épousa la belle écuyère MmeLejearsLejears, AntoinetteAntoinette Cuzent épouse Lejears, écuyère. Sœur de l’écuyer et compositeur Paul Cuzent, elle épousa à l’âge de 15 ans l’écuyer Lejars et se produisit avec grand succès au Cirque Franconi. En 1842, elle partit avec son mari et son frère en tournée en Allemagne et en Russie. En 1849,Lire la suite…. Le mariage ayant développé chez M. MonjauzeMonjauze, Jules SebastienJules-Sébastien Monjauze (Paris, 24 octobre 1825 – Meulan/ Yvelines, 8 septembre 1877), ténor. Il étudia au Conservatoire de Paris avec Ponchard et se produisit d’abord comme acteur au Théâtre Français de Saint-Pétersbourg, puis à l’Odéon. Il débuta comme chanteur dans Jaguarita l’Lire la suite… le filet de voix assez agréable qu’il possédait auparavant, il lui vint à l’idée de débuter comme ténor, et il demanda des leçons à Ponchard. M. MonjauzeMonjauze, Jules SebastienJules-Sébastien Monjauze (Paris, 24 octobre 1825 – Meulan/ Yvelines, 8 septembre 1877), ténor. Il étudia au Conservatoire de Paris avec Ponchard et se produisit d’abord comme acteur au Théâtre Français de Saint-Pétersbourg, puis à l’Odéon. Il débuta comme chanteur dans Jaguarita l’Lire la suite… a reçu au Théâtre-Lyrique l’accueil le plus flatteur : il est ce qu’on appelle un beau garçon ; sa voix est un peu grêle et un peu blanche ; il ne chante pas toujours juste ; mais, à part cela, il doit être considéré comme un sujet précieux, aujourd’hui que le ténor est devenu chez nous l’avis rara, le merle blanc. M. MonjauzeMonjauze, Jules SebastienJules-Sébastien Monjauze (Paris, 24 octobre 1825 – Meulan/ Yvelines, 8 septembre 1877), ténor. Il étudia au Conservatoire de Paris avec Ponchard et se produisit d’abord comme acteur au Théâtre Français de Saint-Pétersbourg, puis à l’Odéon. Il débuta comme chanteur dans Jaguarita l’Lire la suite… est un charmant comédien.

Mlle GarnierGarnier, MarieMarie Garnier (? – ?), contralto. Engagée au Théâtre-Lyrique en 1852, elle participa aux créations de Si j’étais roi (Adam, 1852), Le Roi des Halles (Adam, 1853) et Colin-Maillard (Hignard, 1853). Elle créa le rôle-titre de Rose et Narcisse (Barbier, 1855) puis quitta le Théâtre-Lyrique pLire la suite… dit quelques notes, montre une jolie toilette, une taille fine, de beaux cheveux dorés, puis disparaît. M. AdamAdam, HenryLouis-Henri Adam (Versailles, 1er juillet 1821 – Paris, 1er novembre 1867), basse. Il étudia au Conservatoire de Paris et obtint un 1er prix de cor à pistons en 1841. Engagé au Théâtre-lyrique en 1853, il y créa Le Bijou perdu (Adam, 1853), Une Rencontre dans le Danube (Henrion, 1854), Le MuLire la suite… joue le sergent Pétermann en artiste de troisième ordre qui veut avoir de l’avancement. Les chœurs sont bons et moins mous que d’habitude ; l’orchestre, vaillamment conduit par M. DeloffreDeloffre, Louis-Michel AdolpheLouis-Michel-Adolphe Deloffre (Paris, 28 juillet 1817 – Paris, 8 janvier 1876), violoniste et chef d’orchestre. Il étudia le violon d’abord avec son père, puis avec Bellon, Lafont et enfin Baillot. En 1836, il partit avec le chef d’orchestre Louis Jullien à Londres où il fut violon solo Lire la suite…, s’est tiré avec honneur des difficultés de l’œuvre, de ces finesses instrumentales qui abondent en général dans les partitions de M. HalévyHalévy, Jacques-Fromental-ÉlieJacques-Fromental-Élie Halévy (Paris, 27 mai 1799 – Nice, 12 mars 1862), compositeur. Il étudia la composition au Conservatoire de Paris avec Cherubini et Méhul et obtint le Prix de Rome en 1819. Il débuta avec succès à l’Opéra-comique en 1827 avec L’Artisan et produisit à ce théâtrLire la suite….

L’ouverture débute brillamment avec des trompettes et des tambours ; on devine déjà les militaires dans la coulisse ; après la fanfare vient la mélodie douce et vaporeuse, délicatement chantée par des violons en sourdines, et sur laquelle se détachent de la façon la plus originale deux notes que le cor fait entendre successivement : la tonique et la dominante. Après un chœur d’introduction fort court, le major Van-Tromp chante des couplets qui ont de l’allure et du rhythme ; vient ensuite une romance sentimentale, soupirée par le ténor Maurice, qui, avant l’arrivée de Jaguarita, pense encore à la blonde Héva, sa cousine. Mme CabelCabel, Marie-JosèpheMarie-Josèphe Dreullette épouse Cabel (Liège, 31 janvier 1827 – Maisons-Laffitte, 23 mai 1885), soprano. Elle étudia à Liège avec Bouillon et à Bruxelles avec Ferdinand Cabel et Georges Cabel. Elle épousa ce dernier en 1847. Durant son année d’études au Conservatoire de Paris (1848/49)Lire la suite… entre en scène, fait une roulade, une pirouette sur le mot Jaguarita, essentiellement euphonique, et commence un grand air, belle et poétique inspiration, accompagnée d’une manière ravissante par les arpèges de la harpe et les sons mélodieux du cor et du hautbois. L’andante est suivi d’une cabalette, pleine de brio et de mouvement ; là, comme ailleurs, la mélodie disparaît sous une grêle de trilles, de gammes chromatiques et diatoniques, de staccatti, de fusées et autres artifices que M. HalévyHalévy, Jacques-Fromental-ÉlieJacques-Fromental-Élie Halévy (Paris, 27 mai 1799 – Nice, 12 mars 1862), compositeur. Il étudia la composition au Conservatoire de Paris avec Cherubini et Méhul et obtint le Prix de Rome en 1819. Il débuta avec succès à l’Opéra-comique en 1827 avec L’Artisan et produisit à ce théâtrLire la suite… n’a certainement pas à se reprocher. Je dois citer encore au premier acte : un excellent trio ; l’air Gentil colibri, mon doux ami, et le grand finale : O nuit tutélaire, qui est un des plus beaux morceaux d’ensemble que je connaisse, l’une des inspirations les plus larges, les plus grandioses de l’illustre maître. La phrase principale est dite d’abord par le ténor ; le chœur accompagne à mezza-voce ; puis elle reparaît ornée d’un contre-sujet exécuté par les premiers violons ; reprise ensuite fortissimo par toutes les voix et par l’orchestre, elle grandit et se développe au moyen d’un crescendo qui amène un unisson formidable.

Après le fameux quatrain de la Grotte, on entend au second acte un très-beau chœur de soldats ; les voix sont groupées avec un art merveilleux, et il y a dans l’orchestre un travail rempli d’intérêt, une vigueur de tons, une énergie d’allure excessivement remarquables. Les airs de danse sont charmants ; les jeunes sauvagesses sont armées d’arcs et de flèches, de tomawaks mignons et de petits boucliers sur lesquels elles frappent en cadence, et dont le timbre métallique s’harmonise avec l’accord. Jaguarita chante un air de bravoure auquel succède heureusement une mélodie imitative rappelant un peu, comme couleur seulement, la ballade de Zora dans la Perle du BrésilPerle du Brésil, LaLa Perle du Brésil, opéra-comique en trois actes sur un livret de Jules-Joseph Gabriel et Sylvain Saint-Etienne mis en musique par Félicien David et créé au Théâtre-Lyrique le 22 novembre 1851.Lire la suite…. Le chœur accompagne pianissimo, puis les danses recommencent sur un rhythme à cinq temps dont l’effet est assez bizarre. De petits couplets, avec flûte et triangle, chantés par Mme CabelCabel, Marie-JosèpheMarie-Josèphe Dreullette épouse Cabel (Liège, 31 janvier 1827 – Maisons-Laffitte, 23 mai 1885), soprano. Elle étudia à Liège avec Bouillon et à Bruxelles avec Ferdinand Cabel et Georges Cabel. Elle épousa ce dernier en 1847. Durant son année d’études au Conservatoire de Paris (1848/49)Lire la suite…, ont été très-applaudis. Citons encore la romance du capitaine Maurice, un chœur à boire, une marche triomphale et un grand duo d’amour parfaitement dialogué, tour à tour sentimental et dramatique.

Au troisième lever de rideau, JuncaJunca, Francois MarcelFrançois-Marcel Junca (Bayonne, vers 1818 – Lormes près de Corbigny/ Nièvre, 4 octobre 1878), basse. Il fit ses études à Toulon puis à Paris et débuta en 1838 à Metz. Il chanta en 1840/41 à Lyon et de 1850 à 1855 au Théâtre-Lyrique de Paris où il participa aux créations des œuvres sLire la suite… chante un hymne à la liberté, avec accompagnement de cymbales ; la scène du Manitou est admirablement réussie : le chœur syllabique des femmes, l’entrée des basses et des ténors, les fines broderies de l’orchestre, tout cela est traité de main de maître et fait le plus grand honneur au talent de coloriste de M. HalévyHalévy, Jacques-Fromental-ÉlieJacques-Fromental-Élie Halévy (Paris, 27 mai 1799 – Nice, 12 mars 1862), compositeur. Il étudia la composition au Conservatoire de Paris avec Cherubini et Méhul et obtint le Prix de Rome en 1819. Il débuta avec succès à l’Opéra-comique en 1827 avec L’Artisan et produisit à ce théâtrLire la suite…. Le chœur des sauvages, brandissant leurs casse-tête et demandant le massacre des prisonniers, est d’une férocité incroyable. Maurice, resté seul, soupire un air mélancolique et s’endort mollement bercé par les frémissements légers des violons en sourdines. Un chant de violoncelle annonce le retour de Jaguarita ; ici est placé un duo tragique dont la coda écrite dans le style orné produit assez l’effet de ces deux vers mis à la suite l’un de l’autre :

Oui, je veux mourir avec toi,

Landerirette ! landerirette !

Les notes prolongées du cornet à pistons indiquent que le camp indien s’éveille. C’est la diane des Anacotas. Le tableau de l’ivresse des sauvages est d’une saisissante vérité ; Jaguarita se remet à chanter pour gagner du temps ; les soldats hollandais arrivent, et la toile tombe sur la reprise de la belle mélodie qui sert de thème au finale du premier acte.

Nous sommes heureux de constater pour la seconde fois le nouveau succès que vient d’obtenir l’auteur de la JuiveJuive, LaLa Juive, opéra en cinq actes sur un livret d’Eugène Scribe mis en musique par Fromental Halévy et créé à l’Opéra de Paris le 23 février 1835.Lire la suite…, de l’Éclair, de la Reine de ChypreReine de Chypre, LaLa Reine de Chypre, opéra en cinq actes sur un livret de Henri de Saint-Georges mis en musique par Fromental Halévy et créé à l’Opéra de Paris le 22 décembre 1841.Lire la suite… et de tant d’autres chefs-d’œuvre. Les idées mélodiques de M. HalévyHalévy, Jacques-Fromental-ÉlieJacques-Fromental-Élie Halévy (Paris, 27 mai 1799 – Nice, 12 mars 1862), compositeur. Il étudia la composition au Conservatoire de Paris avec Cherubini et Méhul et obtint le Prix de Rome en 1819. Il débuta avec succès à l’Opéra-comique en 1827 avec L’Artisan et produisit à ce théâtrLire la suite… sont aussi fraîches, aussi jeunes aujourd’hui qu’elles l’étaient autrefois. C’est ainsi qu’en jouant de la musique de compositeurs toujours jeunes, M. PerrinPerrin, EmileÉmile Perrin (Rouen, 8 janvier 1814 – Paris, 8 octobre 1885), directeur. Il étudia la peinture avec le baron Antoine-Jean Gros et Paul Delaroche et exposa au Salon régulièrement de 1841 à 1848 tout en écrivant des critiques d’art dans les journaux. Le 1er Mai 1848 il succéda à Alexandre Lire la suite… éludera, sans s’en douter ou en s’en doutant peut-être, l’article de son contrat qui l’oblige à jouer, plus souvent qu’il ne le désire, de la musique de jeunes compositeurs.