Le Moniteur Universel, 6 janvier 1865, p. (article signé E. REYER).

 Feuilleton du MoniteurSOUVENIRS D’ALLEMAGNE Voir Le Moniteur des 19, 20, 22, 27, 29, 30 novembre, 16, 22, 25, 31 décembre 1864 et 3 et 4 janvier 1865.

A mesure que l’on avance vers le sud de l’Allemagne, on s’aperçoit aisément que les peuples d’origine et de race différentes, placés sous la même domination, tout en s’initiant aux beautés de la musique allemande, n’ont rien perdu de leur prédilection pour la musique originale et caractéristique de leur pays. Chez les Hongrois, les Bohémiens et les Polonais, comme chez les Italiens de la Vénétie, la musique est un des moyens par lesquels la nationalité de ces peuples se maintient et se manifeste. Aussi à Vienne, où se trouvent réunis les éléments cosmopolites qui constituent l’empire autrichien, y a-t-il, dans des proportions plus considérables qu’ailleurs, d’égales chances de succès pour le théâtre allemand, le théâtre italien, l’orchestre de StraussStrauss I, JohannJohann Baptist Strauss, Père (Vienne, 14 mars 1804 – Vienne, 25 septembre 1849), compositeur, violoniste et chef d’orchestre. Orphelin de bonne heure, il fut placé apprenti chez un relieur viennois et étudia avec Ignaz von Seyfried et Leopold Jansa. En 1823, il se joignit, comme altiste, au tLire la suite… et les concerts donnés par les musiciens tziganes. Il y a même, en dehors des traductions d’opéras français qui se jouent au théâtre impérial de la cour, une place spéciale pour la musique parisienne, dont l’aimable M. OffenbachOffenbach, JacquesJacques Offenbach (Cologne, 20 juin 1819 – Paris, 5 octobre 1880), violoncelliste et compositeur. Il se produisait dans les salons et en concerts lorsqu’Arsène Houssaye, qui voulait réformer l’orchestre du Théâtre-Français, lui offrit, par contrat signé le 30 juillet 1850, le poste de chLire la suite… s’est fait le spirituel pontife, et l’on montrait encore, il n’y a pas bien longtemps, le théâtre qui lui était consacré : c’était le Théâtre du quai, dirigé par M. TreumannTreumann, KarlKarl Treumann (Hambourg, 27 juillet 1823 – Baden près Vienne, 18 avril 1877), acteur, écrivain et directeur de théâtre. Après été apprenti dans une imprimerie, il rejoignit en 1841 ses frères au théâtre de Pest, où il eut du succès. En 1847, il fut engagé par Franz von Suppé au théLire la suite…. Un soir que je me promenais dans les allées du Volksgarten avec le colonel de RambergRamberg, Hermann Freiherr vonHermann Freiherr von Ramberg (Vienne, 24 novembre 1820 – Graz, 26 décembre 1899), général de cavalerie. Frère du peintre Arthur von Ramberg, il abandonna en 1841 ses études de droit à l’université de Prague pour entrer dans la cavalerie. Il devint chef de cavalerie en 1847 et participa auLire la suite…, frère du peintre de Weimar, et l’un des plus brillants officiers de l’armée autrichienne, il me sembla qu’une grande rumeur se répandait au loin ; je vis des gens qui couraient dans la direction du Danube ; le tocsin sonna, les musiciens de l’orchestre de StraussStrauss I, JohannJohann Baptist Strauss, Père (Vienne, 14 mars 1804 – Vienne, 25 septembre 1849), compositeur, violoniste et chef d’orchestre. Orphelin de bonne heure, il fut placé apprenti chez un relieur viennois et étudia avec Ignaz von Seyfried et Leopold Jansa. En 1823, il se joignit, comme altiste, au tLire la suite… s’arrêtèrent au milieu d’une valse, et le ciel se colora de lueurs rougeâtres. C’était le Théâtre du quai Franz-Joseph qui brûlait ; j’aperçus bientôt au milieu d’un tourbillon de fumée les flammes de l’incendie. Il était onze heures du soir ; bien des gens, réveillés dans leur premier sommeil par les cris de la foule, étaient passés sans transition de leur couche paisible aux agitations de la rue ; d’autres, plus timides, s’étaient mis aux fenêtres, et en haut comme en bas il y avait d’excellentes physionomies.

Quelle que soit la destination d’un monument, c’est toujours une chose fort triste que de le voir brûler, mais c’est souvent un magnifique spectacle. Les pompes jouaient avec un ensemble, avec une rapidité admirables, et certes l’eau ne manquait pas ; fort heureusement le Théâtre du quai était assez isolé pour qu’il pût brûler sans danger pour les maisons voisines. A deux heures du matin, la seule partie de l’édifice qui fût encore debout s’écroula tout d’une pièce avec un fracas épouvantable : c’était la fin. Le peuple se retira en bon ordre, sauf quelques curieux qui voulurent voir fumer les dernières planches, ces planches sur lesquelles, la veille encore, les dieux de l’Olympe s’étaient trémoussés si joyeusement. Au moment où j’allais m’éloigner, un de mes voisins fit cette réflexion, tout empreinte d’une douce philosophie allemande : « Le théâtre de M. TreumannTreumann, KarlKarl Treumann (Hambourg, 27 juillet 1823 – Baden près Vienne, 18 avril 1877), acteur, écrivain et directeur de théâtre. Après été apprenti dans une imprimerie, il rejoignit en 1841 ses frères au théâtre de Pest, où il eut du succès. En 1847, il fut engagé par Franz von Suppé au théLire la suite… a vu certainement de meilleures soirées que celle-ci, mais jamais il n’avait attiré tant de monde. » M. TreumannTreumann, KarlKarl Treumann (Hambourg, 27 juillet 1823 – Baden près Vienne, 18 avril 1877), acteur, écrivain et directeur de théâtre. Après été apprenti dans une imprimerie, il rejoignit en 1841 ses frères au théâtre de Pest, où il eut du succès. En 1847, il fut engagé par Franz von Suppé au théLire la suite… dirige aujourd’hui le Karl-Theater où se jouent ces Posen [Possen] qui font les délices des Viennois ; Posen, en allemand, signifie facéties, bouffonneries, pièces burlesques.

L’habile imprésario, en changeant de domicile, n’a point négligé d’emporter avec lui toutes ces opérettes qui composent le fond le plus amusant de son répertoire, et que j’ai vues brûler sans chagrin, tant j’étais convaincu qu’elles renaîtraient de leurs cendres.

Le répertoire des Bouffes-Parisiens est très-populaire en Allemagne, aussi bien à Berlin qu’à Vienne, et je sais qu’il y a chez nous des musiciens qui s’en étonnent. Pourquoi cela ? Les Allemands ne sont point un peuple tellement grave, qu’ils n’aiment parfois à s’égayer, et ils admettent parfaitement la farce, la parodie à côté de la chose sérieuse. Ils ont applaudi la veille une symphonie de BeethovenBeethoven, Ludwig vanLudwig van Beethoven (Bonn, 16 décembre 1770 – Vienne, 26 mars 1827), compositeur. Enfant prodige qui donna son premier concert public à Bonn à huit ans. Il alla à Vienne et prit des leçons avec Haydn de 1792 à 1794 puis avec Albrechtsberger de 1794 à 1795 et avec Salieri vers 1799. Il compLire la suite… ou un opéra de M. Richard Wagner ; ils iront le lendemain se divertir aux joyeuses extravagances de BataclanBa-Ta-ClanBa-Ta-Clan, chinoiserie musicale en un acte sur un livret de Ludovic Halévy mis en musique par Jacques Offenbach et créée aux Bouffes-Parisiens le 29 décembre 1855.Lire la suite… ou à Orphée aux enfersOrphée aux enfersOrphée aux enfers, opéra-bouffon en deux actes sur un livret de Hector Crémieux mis en musique par Jacques Offenbach et créé aux Bouffes-Parisiens le 21 octobre 1858.Lire la suite…, et cela sans faire courir le moindre risque à leurs convictions musicales.

En France, au contraire, il y a des gens qui se laissent aller, dans leur manière d’apprécier la musique, à des confusions déplorables, et quand ils ont dit d’un chef-d’œuvre : Ce n’est pas amusant, c’est la condamnation du chef-d’œuvre. Par contre, ils hésitent rarement à affirmer que ce qui est amusant est sublime. Ainsi, à ceux qui refusent toute espèce de valeur à M. Jacques OffenbachOffenbach, JacquesJacques Offenbach (Cologne, 20 juin 1819 – Paris, 5 octobre 1880), violoncelliste et compositeur. Il se produisait dans les salons et en concerts lorsqu’Arsène Houssaye, qui voulait réformer l’orchestre du Théâtre-Français, lui offrit, par contrat signé le 30 juillet 1850, le poste de chLire la suite…, d’autres répondent qu’il est un des premiers musiciens de son époque. Cette exagération, qui se fait si souvent remarquer dans les jugements portés par la majorité du public sur les compositeurs et sur leurs œuvres, est un des signes les plus évidents de son manque absolu d’éducation musicale. Il n’en est point ainsi en littérature où les hommes et les choses sont à leur véritable place. MeyerbeerMeyerbeer, GiacomoJakob Liebmann Meyer Beer dit Giacomo Meyerbeer (Vogelsdorf, 5 septembre 1791 – Paris, 2 mai 1864), compositeur. Il étudia la composition avec Zelter puis l’abbé Vogler et le piano avec Franz Lauska. Bien que considéré par Moscheles comme un des plus grands pianistes de son temps, Meyerbeer abLire la suite…, qui s’y connaissait, a vanté plus d’une fois devant moi le talent de M. OffenbachOffenbach, JacquesJacques Offenbach (Cologne, 20 juin 1819 – Paris, 5 octobre 1880), violoncelliste et compositeur. Il se produisait dans les salons et en concerts lorsqu’Arsène Houssaye, qui voulait réformer l’orchestre du Théâtre-Français, lui offrit, par contrat signé le 30 juillet 1850, le poste de chLire la suite…, et, comme on m’a reproché d’être beaucoup trop exclusif dans mes appréciations en matière d’art musical, je ne veux point laisser échapper l’occasion de déclarer que je n’ai jamais partagé complètement la manière de voir de quelques-uns de mes confrères à l’égard du spirituel fondateur des Bouffes. Dieu me garde de devenir jamais un musicien assez sévère pour m’effaroucher d’un éclat de rire. M. Jacques OffenbachOffenbach, JacquesJacques Offenbach (Cologne, 20 juin 1819 – Paris, 5 octobre 1880), violoncelliste et compositeur. Il se produisait dans les salons et en concerts lorsqu’Arsène Houssaye, qui voulait réformer l’orchestre du Théâtre-Français, lui offrit, par contrat signé le 30 juillet 1850, le poste de chLire la suite… n’est peut-être pas sans défaut ; mais il a une précieuse qualité, c’est d’être original et de boire assez habituellement dans son verre. J’ajouterai que, comme il est homme d’esprit et de sens, les quolibets et les coups d’encensoir l’atteignent peu. Il trace droit son petit sillon et ne se croit pas plus le rival de MozartMozart, Wolfgang AmadeusWolfgang Amadeus Mozart (Salzbourg, 27 janvier 1756 – Vienne, 5 décembre 1791), compositeur. Enfant prodige. Son père développa ses dons pour le piano et la composition et l’exhiba dès l’âge de six ans dans des voyages à travers toute l’Europe. Ses premières compositions, des pièces Lire la suite… ou de CimarosaCimarosa, DomenicoDomenico Cimarosa (Aversa, 17 décembre 1749 – Venise, 11 janvier 1801), compositeur. Il étudia au Conservatoire di Santa Maria di Loreto de Naples avec Antonio Sacchini. Il se fit remarquer avec son premier ouvrage pour la scène, l’intermezzo comique Le magie di Merlina e Zoroastro (1772). SeLire la suite… que M. DantanDantan, Jean-PierreJean-Pierre Dantan (Paris, 28 décembre 1800 – Bade, 6 septembre 1869), sculpteur. Il étudia à l’École des Beaux-Arts avec François-Joseph Bosio. Il se spécialisa dans la caricature dessinée et sculptée, réalisant des centaines de petits bustes qui étaient des portraits-charges des célLire la suite… ne se crut le rival de PhidiasPhidiasPhidias (Athènes, vers 490 av. J.-C. – Olympie, vers 430 av.J.-C.), sculpteur. Fils de Charmidès, d’origine athénienne, il est formé à l’école d’Argos pour la sculpture. Il fréquenta l’atelier de Myron d’Hégias et fut le compagnon de Polyctète. Ses premières œuvres (Cortège dLire la suite… le jour où, préludant à des travaux plus sérieux, il fit cette collection de statuettes qui le rendit célèbre.

La salle TreumannTreumann, KarlKarl Treumann (Hambourg, 27 juillet 1823 – Baden près Vienne, 18 avril 1877), acteur, écrivain et directeur de théâtre. Après été apprenti dans une imprimerie, il rejoignit en 1841 ses frères au théâtre de Pest, où il eut du succès. En 1847, il fut engagé par Franz von Suppé au théLire la suite… étant incendiée, le Théâtre-Impérial de la cour étant fermé, je me consolais de ne pouvoir entendre le ténor WachtelWachtel, TheodorTheodor Wachtel (Hambourg, 10 mars 1823 – Francfort, 14 novembre 1893), ténor. Il étudia avec Julie Grandjean et débuta à Hambourg en 1849. Après s’être produit dans plusieurs villes allemandes, il fut engagé en 1862 à l’opéra de la cour de Berlin, où il se produisit jusqu’en 1879.Lire la suite… en allant passer mes soirées, pendant mon séjour à Vienne, tantôt au Volksgarten, tantôt au casino Dommayer ou dans les jardins du Nouveau-monde (Neuwelt) à Hietzing. Là je prenais plaisir à écouter le charmant répertoire de StraussStrauss I, JohannJohann Baptist Strauss, Père (Vienne, 14 mars 1804 – Vienne, 25 septembre 1849), compositeur, violoniste et chef d’orchestre. Orphelin de bonne heure, il fut placé apprenti chez un relieur viennois et étudia avec Ignaz von Seyfried et Leopold Jansa. En 1823, il se joignit, comme altiste, au tLire la suite… auquel ses fils, dont deux sont à Vienne (le troisième habite Saint-Pétersbourg) ont ajouté une foule de jolies valses, d’airs de danse et de fantaisies. Je ne sais que par ouï-dire ce qu’était l’orchestre de StraussStrauss I, JohannJohann Baptist Strauss, Père (Vienne, 14 mars 1804 – Vienne, 25 septembre 1849), compositeur, violoniste et chef d’orchestre. Orphelin de bonne heure, il fut placé apprenti chez un relieur viennois et étudia avec Ignaz von Seyfried et Leopold Jansa. En 1823, il se joignit, comme altiste, au tLire la suite… à l’époque où le père vivait ; tel qu’il est aujourd’hui, il me paraît sans rival pour le genre de musique qu’il exécute ; les fils continuent les traditions de leur père, et la meilleure société de Vienne se donne rendez-vous au Volksgarten ou à Hietzing chaque fois que l’orchestre de StraussStrauss I, JohannJohann Baptist Strauss, Père (Vienne, 14 mars 1804 – Vienne, 25 septembre 1849), compositeur, violoniste et chef d’orchestre. Orphelin de bonne heure, il fut placé apprenti chez un relieur viennois et étudia avec Ignaz von Seyfried et Leopold Jansa. En 1823, il se joignit, comme altiste, au tLire la suite… est annoncé sur l’affiche. Malheureusement la valse et la mazurka laissent une place trop grande aux pots pourris pour lesquels on a en Allemagne, et surtout à Vienne, une prédilection toute particulière. Je n’ai jamais fort goûté ce genre de composition dans lequel les motifs les plus disparates se heurtent et donnent à l’oreille des déceptions étranges : après la Prière du FreischützFreischütz, DerDer Freischütz, opéra romantique en trois actes sur un livret de Johann Friedrich Kind, mis en musique par Carl Maria von Weber, créé au Nouveau Schauspielhaus de Berlin le 18 juin 1821.Lire la suite…, à peine ébauchée, la TarentelleDanza (La Tarentelle), LaLa Danza (La Tarentelle), mélodie pour une voix et piano sur des paroles en italien de Carlo Pepoli mises en musique par Gioachino Rossini. Elle fait partie d’un recueil de douze mélodies intitulé Soirées musicales dont c’est la huitième mélodie.Lire la suite… de Rossini, bientôt interrompue par le Miserere du TrovatoreTrovatore, IlIl Trovatore, opéra en quatre actes sur un livret en italien de Salvadore Cammarano  complété par Leone Emanuele Bardare et mis en musique par Giuseppe Verdi. L’œuvre fut créée au Théâtre Apollo à Rome le 19 janvier 1853 et au Théâtre-Italien à Paris le 23 décembre 1854.Lire la suite…, et ainsi de suite. Nous avons l’orgue de Barbarie, les virtuoses de l’accordéon, les chanteurs de rue et bien d’autres calamités encore ; mais au moins nous ne laissons pas le pot-pourri acquérir droit de cité chez nous, et on ne le voit figurer qu’exceptionnellement sur les programmes de nos concerts publics.

C’est au Volksgarten que j’ai entendu pour la première fois les frères Farkas, de Raab, renommés parmi les plus célèbres musiciens tziganes de la Hongrie. Ils sont un peu plus nombreux que les frères Siamois et dirigent un petit orchestre d’instruments à corde : violons, altos, violoncelles, contrebasse et tympanon ou zimbala. On donne également le nom de chapelle à ces sociétés d’artistes voyageurs qui vont donner des concerts de ville en ville. Leur répertoire se compose naturellement d’airs bohémiens et hongrois, de frischka, de lassan et de csardas, qu’ils exécutent sans musique et auxquelles ils ajoutent à chaque exécution nouvelle de nouvelles variations et de nouvelles fioritures. L’improvisation est un des caractères saillants de la virtuosité des musiciens tziganes. Celui des frères Farkas qui jouait du tympanon m’étonna prodigieusement par la rapidité de son jeu, par la profusion des arabesques dont il entourait le thème principal, et aussi par les effets piquants et tout nouveaux pour moi qu’il tirait d’un instrument que je n’avais jamais entendu. Il n’est peut-être pas inutile que j’ouvre ici une parenthèse pour dire que le tympanon se joue comme l’harmonica, avec cette différence que les petites baguettes frappent des cordes de laiton et d’acier au lieu de frapper des touches de verre. Ces cordes sont à peu près disposées comme celles du piano dans la table sonore, et le son qu’elles produisent a beaucoup d’analogie avec celui du psaltérion, de la harpe et de l’épinette. Le premier violon ne me surprit pas moins, tant il y avait de brio, de fantaisie et de grâce pittoresque dans les évolutions de son archet. Ce n’était assurément ni l’ampleur magistrale de VieuxtempsVieuxtemps, HenriHenri Vieuxtemps (Verviers/Belgique, 17 février 1820 – Mustapha/Algérie, 6 juin 1881), violoniste et compositeur. Enfant prodige, il se produisit en concerts à Bruxelles dès l’âge de sept ans, attirant l’attention du violoniste Charles de Bériot qui le fit venir à Paris, où il débuta enLire la suite…, ni la verve éblouissante de SivoriSivori, Ernesto CamilloErnesto Camillo Sivori (Gènes, 25 octobre 1815 – Gênes, 19 février 1894), violoniste et compositeur. Élève de Niccolo Paganini, il se produisit dans toute l’Europe, mais surtout à Londres où il fonda en 1845 The Beethoven Quartet Society et collabora avec Berlioz au sein de la New PhilharLire la suite…, ni la classique pureté de Joachim Joachim, JosephJoseph Joachim (Kitsee près de Presbourg/Bratislava, 28 juin 1831 – Berlin, 15 août 1907), violoniste, compositeur et pédagogue. Enfant prodige, il étudia à Pest et à Vienne et fit ses débuts à huit ans. Ayant développé toute sa technique dès l’âge de douze ans, il étudia ensuite àLire la suite…; c’était autre chose : un mélange de poésie sauvage et d’élégance naïve, les traits les plus brillants succédant à des phrases d’une mélancolie élégiaque, et tout cela exécuté avec la plus entière indépendance de la mesure et du rythme ; aussi je ne pus m’empêcher de reporter sur les artistes accompagnateurs un peu de mon admiration pour le virtuose. C’est surtout en entendant exécuter par l’orchestre des frères Farkas une marche hongroise que j’avais déjà entendue deux années auparavant à Innsbruck, que je pus me rendre compte jusqu’à quel point les musiciens tziganes possèdent l’art de transformer un motif, de le varier et de le présenter sous les aspects les plus différents. Je me suis donné le plaisir d’orchestrer cette marche dont l’auteur m’est inconnu, et qui a plus d’un point de ressemblance avec celle de Racoczy [Rakoczy], si savamment instrumentée par M. Hector BerliozBerlioz, Louis-HectorLouis-Hector Berlioz (La Côte Saint-André, 11 décembre 1803 – Paris, 8 mars 1869), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris avec Lesueur et obtint le 1er Prix de Rome en 1830. La même année, il composa sa Symphonie fantastique. De retour de Rome, il composa Lelio ou le Retour à la vLire la suite….

On ne peut se faire une idée du déluge de fioritures, d’arpèges, de trilles, de gammes chromatiques et d’enjolivements multiples répandu par le caprice du zymbalier sur les phrases caractéristiques de cette composition originale. Certes il ne faudrait pas essayer de retrouver dans ce genre d’improvisation, où les Hongrois excellent, les procédés à l’aide desquels sont écrites les variations des maîtres classiques du piano, ni ceux dont se servent, d’après M. Henri HerzHerz, Henri H.Henri Herz (Vienne, 6 janvier 1803 – Paris, 5 janvier 1888), pianiste et compositeur. Il étudia le piano avec son père, Jacques Herz, puis avec Louis-Barthélemy Pradher au Conservatoire de Paris et obtint un premier prix en 1817. Il fonda une manufacture de pianos en 1825 en association avec leLire la suite…, nos plus habiles arrangeurs modernes.

« Le violon et la zymbale constituent le principal intérêt de l’orchestre bohémien, les autres instruments ne servent d’ordinaire qu’à doubler l’harmonie, à marquer le rythme et à former l’accompagnement : ce sont pour la plupart des flûtes, des clarinettes, quelques cuivres, un violoncelle, une contrebasse et des seconds violons, selon qu’il se peut. Le premier violon déroule tous les serpentements parcourus par le caprice du virtuose et le cymbalier rythme cette course, en se chargeant d’indiquer l’accélération, le ralentissement, l’énergie ou la mollesse de la mesure. Il manie avec une singulière dextérité et agilité de prestidigitateur les petits marteaux de bois avec lesquels il parcourt les cordes qui remplacent, dans cette primitive ébauche du piano, ceux que font mouvoir les touches de celui-ci. Le zymbalier partage avec le premier violon le droit de développer certains passages, de prolonger à l’infini certaines variations, selon son bon plaisir du moment. Il fait nécessairement partie des virtuoses solistes de la bande, comme l’on dit dans l’argot musical de la Bohême civilisée. L’on voit bien aussi de temps en temps un violoncelle ou une clarinette assez distingués rivaliser avec eux et se livrer pour leur part aux prérogatives de l’improvisation illimitée. Il y en a qui se sont acquis beaucoup de renom, mais ils n’en sont pas moins toujours des exceptions. »

J’ai emprunté cette citation au livre de M. Liszt Liszt, FranzFranz Liszt (Raiding, 22 octobre 1811 – Bayreuth, 31 juillet, 1886), pianiste et compositeur. Il étudia le piano d’abord avec son père puis grâce à une bourse étudia à Vienne avec Czerny pour le piano et Salieri pour la composition. Ses premiers récitals en 1823 à Vienne et à Pest firenLire la suite…: Des Bohémiens et de leur musique en HongrieDes Bohémiens et de leur musique en HongrieF. Liszt:Des Bohémiens et de leur musique en Hongrie. Paris : A. Bourdillat, 1859.Lire la suite…, afin de compléter les détails que j’ai donnés sur les musiciens tziganes et leurs procédés d’exécution. M. LisztLiszt, FranzFranz Liszt (Raiding, 22 octobre 1811 – Bayreuth, 31 juillet, 1886), pianiste et compositeur. Il étudia le piano d’abord avec son père puis grâce à une bourse étudia à Vienne avec Czerny pour le piano et Salieri pour la composition. Ses premiers récitals en 1823 à Vienne et à Pest firenLire la suite…, mieux que personne, pouvait parler des Bohémiens et de leur art. S’il n’a pas, comme l’Anglais Borrow, vécu de leur vie nomade, il les a visités souvent dans leurs tribus ; ils lui ont fait fête, et il les a suivis dans leurs courses vagabondes à travers les pustas, les sulyasen et les kanaszen de son pays, pour les retrouver plus tard à Kiew [Kiev], sous leurs tentes triangulaires, dans les salons aristocratiques de Moscou et à l’ombre des forêts de l’Ukraine. Il y a quelques années déjà que le livre de M. LisztLiszt, FranzFranz Liszt (Raiding, 22 octobre 1811 – Bayreuth, 31 juillet, 1886), pianiste et compositeur. Il étudia le piano d’abord avec son père puis grâce à une bourse étudia à Vienne avec Czerny pour le piano et Salieri pour la composition. Ses premiers récitals en 1823 à Vienne et à Pest firenLire la suite… a été publié ;  je voudrais donner à ceux qui ne l’ont pas encore lu l’envie de le lire. Ils y trouveront mêlées à des récits très-attrayants, à des descriptions pleines de poésie et de couleur locale, des dissertations philosophiques du plus haut intérêt, et tout cela écrit dans un style imagé qui est bien assurément l’affirmation exacte de la brillante personnalité de l’auteur. Pour posséder cette richesse, cette variété d’expressions qui surprennent quelquefois le lecteur, il faut, comme M. LisztLiszt, FranzFranz Liszt (Raiding, 22 octobre 1811 – Bayreuth, 31 juillet, 1886), pianiste et compositeur. Il étudia le piano d’abord avec son père puis grâce à une bourse étudia à Vienne avec Czerny pour le piano et Salieri pour la composition. Ses premiers récitals en 1823 à Vienne et à Pest firenLire la suite…, connaître presque autant de langues et de dialectes que le cardinal MezzofanteMezzofanti, Giuseppe CasparGiuseppe Caspar Mezzofanti (Bologne, 17 septembre 1774 – Rome, 15 mars 1849), cardinal. Il étudia à Bologne et fut ordonné prêtre en 1797. La même année, il fut nommé professeur d’Arabe à l’université de Bologne. De 1803 à 1808 et de 1814 à 1831, il tint la chaire de professeur de LLire la suite… [Mezzofanti]Mezzofanti, Giuseppe CasparGiuseppe Caspar Mezzofanti (Bologne, 17 septembre 1774 – Rome, 15 mars 1849), cardinal. Il étudia à Bologne et fut ordonné prêtre en 1797. La même année, il fut nommé professeur d’Arabe à l’université de Bologne. De 1803 à 1808 et de 1814 à 1831, il tint la chaire de professeur de LLire la suite… et les parler couramment.

(La suite prochainement.)