L’Athenæum français, 24 juin 1854, p. 583-584 (article signé E. reyer).

Chronique musicale.

Opéra : GemmaGemmaGemma, ballet en deux actes sur un livret de Théophile Gautier, une chorégraphie de Francesca Cerrito et une musique du Comte Nicolas Gabrielli créé à l’Opéra de Paris le 31 mai 1854.Lire la suite…, ballet en 2 actes et 5 tableaux, livret de M. Théophile GautierGautier, TheophileThéophile Gautier ( Tarbes, 30 aout 1811 – Paris, 23 mai 1872), écrivain, journaliste. Il fit ses études à Paris où il se lia d’amitié avec Gérard Nerval et fut un grand défenseur de Victor Hugo. Pour Gauthier, la musique, la peinture et la poésie étaient les éléments fondamentaux dLire la suite…, musique de M. le comte GrabrielliGabrielli, Nicolo, CountComte Nicolo Gabrielli (Naples, 21 février 1814 – Paris, 14 juin 1891), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Naples avec Carlo Conti, Zingarelli et Donizetti. à partir de 1835, il composa de nombreux opéras dont I dotti per fantasmo (1836), L’Americano in fiera (1837), Il padre della dLire la suite…, chorégraphie de Mme CerritoCerrito, FannyFrancesca Cerrito dite Fanny Cerrito (Naples, 11 mai 1817 – Paris, 6 mai 1909), danseuse. Elle étudia au Teatro San Carlo de Naples puis auprès de Perrot, Blasis, et Saint-Léon. Sa brillante carrière débuta en Italie en 1832 et se poursuivit à Vienne en 1836, Milan en 1838, et Londres en 184Lire la suite…. — Opéra-Comique : La Fiancée du diableFiancée du Diable, LaLa Fiancée du Diable, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Eugène Scribe et Hippolyte Romand mis en musique par Victor Massé et créé à l’Opéra-Comique le 5 juin 1854.Lire la suite…, opéra-comique en 3 actes, paroles de M. ScribeScribe, Augustin-EugèneAugustin-Eugène Scribe (Paris, 24 décembre 1791 – Paris, 20 février 1861), auteur dramatique, librettiste. Auteur dramatique le plus joué à la Comédie Française en son temps (Bertrand et Raton en 1833, La Camaraderie en 1837, Une Chaîne en 1841), il fut un écrivain prolixe qui écrivit 425 Lire la suite… et RomandRomand, HippolyteHippolyte Romand (Paimpol/ Côtes-d’Armor, 24 avril 1808 – Saint-Brieuc, 28 août 1877), auteur dramatique. Il collabora à La Revue des Deux Mondes, dans laquelle il publia en 1834 une étude sur Alexandre Dumas père. Entre 1838 et 1854, il est l’auteur de quatre pièces de théâtre, dont LLire la suite…, musique de M. Victor MasséMassé, Felix-Marie-VictorFélix Marie Victor Massé (Lorient, 7 mars 1822 – Paris, 5 juillet 1884), compositeur. Il étudia le piano avec Zimmerman et la composition avec Halévy au Conservatoire de Paris, où obtint le 1er Prix de piano en 1839 et le 1er Prix de Rome en 1844. Il débute à l’Opéra-Comique en 1850 avec LLire la suite…. — Nécrologie. M. Georges Bousquet.


Le sujet du nouveau ballet, qui vient d’être représenté sur la scène de l’Opéra, est emprunté par M. Théophile GautierGautier, TheophileThéophile Gautier ( Tarbes, 30 aout 1811 – Paris, 23 mai 1872), écrivain, journaliste. Il fit ses études à Paris où il se lia d’amitié avec Gérard Nerval et fut un grand défenseur de Victor Hugo. Pour Gauthier, la musique, la peinture et la poésie étaient les éléments fondamentaux dLire la suite… au Joseph BalsamoJoseph BalsamoJoseph Balsamo, roman d’Alexandre Dumas père inspiré de la vie et des aventures du comte de Cagliostro, écrit en collaboration avec Auguste Marquet. D’abord publié en feuilleton dans La Presse de 1846 à 1849, il parut en livre en 1853. Ce roman fait partie de la série Les Mémoires d’un Lire la suite… d’Alexandre DumasDumas père, AlexandreAlexandre Dumas père (Villers-Cotterêts, 24 juillet 1802 – Puys, près de Dieppe, 5 décembre 1870), écrivain. Un des plus populaires écrivains de l’époque romantique, il écrivit avec des collaborateurs plus de trois cents ouvrages dont les drames, Henri III et sa cour, et La Tour de NesleLire la suite…. Il est bien entendu que nous voulons seulement parler de l’idée fondamentale : les détails sont tous de l’invention du poëte, et n’ont aucun point de ressemblance avec l’œuvre du célèbre romancier.

La scène se passe à Naples, au dix-septième siècle. Massimo, un peintre célèbre, fait le portrait de la comtesse Gemma, portrait destiné à être mis sous les yeux du prince de Tarente, auquel la jeune fille a été fiancée par son tuteur, le comte de San-Severino. A force de regarder son modèle, l’artiste en est devenu amoureux, et la belle comtesse, de son côté, n’est pas restée indifférente aux œillades du peintre. Un certain marquis de Santa-Croce, qui cherche à réparer par la chimie et les sciences occultes les brèches faites à sa fortune, vient se jeter à la traverse des deux amoureux ; il a, dans ses travaux hermétiques, retrouvé le secret du magnétisme connu autrefois des adeptes, dont Mesmer sera plus tard le grand-prêtre ; et il se sert de cette force inconnue pour satisfaire ses passions, et dominer Gemma qu’il espère contraindre à l’épouser. La belle comtesse est fort riche et Santa-Croce sait bien que ce mariage lui donnera plus d’or que ses alambics et ses creusets. Le marquis parvient à s’introduire auprès de Gemma, et pendant tout le temps qu’il la tient sous l’influence de son pouvoir magnétique, la jeune napolitaine, infidèle à Massimo, donne à Santa-Croce les témoignages de l’amour le plus passionné, amour qui se change en haine et en aversion aussitôt que Gemma sort du sommeil factice dans lequel elle est plongée. Au milieu d’un bal donné par le comte de San-Severino, a lieu une scène de jalousie entre Massimo et Santa-Croce ; le peintre met l’épée à la main, mais l’œil fascinateur du marquis le cloue à sa place ; peu à peu Gemma est entraînée au fond de la salle, du côté de la terrasse où Santa-Croce a aposté des affidés qui se précipitent sur la comtesse et l’enlèvent ; l’orage a envahi le ciel et la lueur des éclairs ajoute à la terreur superstitieuse qu’inspire le marquis, déjà soupçonné de sorcellerie et d’intimité avec le diable ; les invités sont eux-mêmes sous le charme du magnétiseur, et Santa-Croce disparaît sans que personne puisse s’opposer à sa fuite et à l’enlèvement de la comtesse.

Au troisième tableau Gemma, plongée de nouveau dans le sommeil somnambulique, est revêtue d’un costume de mariée, et va épouser Santa-Croce. Massimo tombe au milieu d’eux comme la foudre, et demande compte à Santa-Croce de sa conduite : celui-ci sourit dédaigneusement, et pour toute réponse il montre au jeune peintre le contrat de mariage que Gemma a signé, puis il l’engage à interroger lui-même la comtesse s’il croit qu’elle a agi sous l’empire d’une violence quelconque. Gemma se réfugie dans les bras de Santa-Croce, comme si elle voulait se soustraire aux emportements de Massimo. Ce dernier coup porté au cœur de l’artiste le rend fou de douleur, et il sort en proie au plus violent désespoir. Le marquis, resté seul avec sa fiancée somnambulique, l’éveille et essaye des moyens de séduction ordinaires pour obtenir son amour ; mais Gemma épouvantée et ne pouvant s’expliquer comment elle se trouve loin de son château, dans un lieu sinistre et au pouvoir de Santa-Croce, s’arrache aux étreintes du magnétiseur, et, saisissant un poignard qu’il porte à sa ceinture, elle va l’en frapper lorsque Barbara, une suivante gagnée par Santa-Croce, arrache l’arme des mains de la jeune fille. Gemma apercevant alors une fenêtre ouverte y court, saisit la branche d’un arbre voisin et tombe dans les bras de Giacomo, son fidèle majordome, qui rôdait le long des murailles du vieux donjon. Il recueille sa jeune maîtresse et l’emporte au galop sur la croupe de son cheval.

Au quatrième tableau nous retrouvons Massimo dans son atelier, en contemplation devant une esquisse qu’il a faite de souvenir et qui représente Gemma. Sa sœur Angiola essaye en vain de calmer sa douleur. Tout à coup on frappe à la porte avec violence ; c’est Gemma, qui ayant réussi à tromper les recherches des affidés de Santa-Croce, lancés à sa poursuite, vient demander asile à son amant ; les deux jeunes gens tombent dans les bras l’un de l’autre et se renouvellent tous leurs serments ; puis revêtant l’un et l’autre des habits de paysans, ils se mettent en route pour regagner le château de San-Severino. Arrivés dans une vallée environnée de sites pittoresques, ils sont reçus par des villageois qui célèbrent les noces du plus joli couple de l’endroit : Beppo et Marietta. Mais Santa-Croce est parvenu à reconnaître les traces des deux fugitifs, et il tombe à l’improviste, lui et ses acolytes, au milieu du bal champêtre. Il déploie aux yeux de Gemma le contrat de mariage qu’elle a signé et lui enjoint de le suivre ; Massimo le traite d’imposteur et de sorcier, et ameute les paysans. Une lutte s’engage entre ceux-ci et les limiers de Santa-Croce ; le marquis a pris Gemma dans ses bras et l’entraîne au sommet d’une roche : Massimo le poursuit, lui barre le passage et force le marquis à mettre l’épée à la main. Blessé par le jeune peintre, Santa-Croce chancelle et roule du haut de la montagne dans le torrent qui l’engloutit au fond de l’abîme. Gemma est ramenée sur le devant du théâtre par Massimo, et la belle comtesse que son amant vient de soustraire au pouvoir satanique du magnétiseur, enlace de ses bras amoureux le jeune peintre dont elle racontera elle-même le dévouement au comte de San-Severino son tuteur.

Mme Fanny CerritoCerrito, FannyFrancesca Cerrito dite Fanny Cerrito (Naples, 11 mai 1817 – Paris, 6 mai 1909), danseuse. Elle étudia au Teatro San Carlo de Naples puis auprès de Perrot, Blasis, et Saint-Léon. Sa brillante carrière débuta en Italie en 1832 et se poursuivit à Vienne en 1836, Milan en 1838, et Londres en 184Lire la suite… peut revendiquer une large part dans le succès de ce ballet, écrit par la plume fine, élégante et spirituelle d’un poëte auquel l’Opéra doit ses deux chefs-d’œuvre chorégraphiques, GiselleGiselleGiselle, ballet fantastique en deux actes sur un livret de Théophile Gautier et Henri de Saint-Georges, une chorégraphie de Jean Coralli et une musique d’Adolphe Adam, créé à l’Opéra de Paris le 28 juin 1841.Lire la suite… et la PériPéri, LaLa Péri, ballet-fantastique en deux actes sur un livret de Théophile Gautier, une chorégraphie de Jean Corelli et une musique de Friedrich Burgmuller créé à l’Opéra de Paris le 17 juillet 1843.Lire la suite…. La charmante danseuse a réglé avec un talent des plus rares les situations indiquées par le librettiste, et elle a recueilli une double moisson de couronnes et de bouquets, auxquels se sont mêlés les applaudissements les plus enthousiastes d’une salle comble et qui n’a pas désempli depuis le jour de la première représentation. M. le comte GabrielliGabrielli, Nicolo, CountComte Nicolo Gabrielli (Naples, 21 février 1814 – Paris, 14 juin 1891), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Naples avec Carlo Conti, Zingarelli et Donizetti. à partir de 1835, il composa de nombreux opéras dont I dotti per fantasmo (1836), L’Americano in fiera (1837), Il padre della dLire la suite…, qui est l’auteur de la musique de Gemma, a un nom très-populaire en Italie comme compositeur de ballets ; il a semé sa nouvelle partition de mélodies distinguées, relevées par une orchestration très-habilement écrite, et nous sommes bien convaincus que la manière heureuse dont il vient de débuter sur notre première scène lyrique l’engagera a faire une nouvelle infidélité aux théâtres d’au delà les monts, où l’ont si souvent acclamé les bravos de ses compatriotes.

Mlle Sophie CruvelliCruvelli, SophieJeanne-Sophie-Charlotte Cruwell dite Sophie Cruvelli (Bielefeld/Allemagne, 12 mars 1826 – Monte-Carlo, 6 novembre 1907), soprano. Elle étudia le chant avec Giulio Marco Bordogni à Paris et Francesco Lamperti à Milan. Elle fit son début au Théâtre La Fenice de Venise en 1847 et au Théâtre-ItaLire la suite… a joué hier pour la première fois le rôle d’Alice de Robert le Diable ; Robert-le-diableRobert le Diable, opéra en cinq actes sur un livret d’Eugene Scribe et  Germain Delavigne, mis en musique par Giacomo Meyerbeer, créé à l’Opéra de Paris le 21 novembre 1831.Lire la suite…elle y a eu de très-beaux moments comme cantatrice et comme comédienne. Nous avons eu déjà plus d’une fois l’occasion d’apprécier les belles qualités de la jeune artiste, l’ampleur et l’étendue de sa voix, la noblesse de son geste, la passion, l’énergie et la sensibilité qu’elle déploie tour à tour dans son chant ; mais ce que nous n’admettons pas et n’admettrons jamais, c’est qu’une artiste se laisse aller, dans le seul but de provoquer les applaudissements de la claque et de la partie inintelligente du public, à des altérations du texte, à des cadences périlleuses et à des points d’orgue d’un goût équivoque, auxquels le compositeur a été bien loin de songer. Cela est du plus mauvais effet, et Mlle CruvelliCruvelli, SophieJeanne-Sophie-Charlotte Cruwell dite Sophie Cruvelli (Bielefeld/Allemagne, 12 mars 1826 – Monte-Carlo, 6 novembre 1907), soprano. Elle étudia le chant avec Giulio Marco Bordogni à Paris et Francesco Lamperti à Milan. Elle fit son début au Théâtre La Fenice de Venise en 1847 et au Théâtre-ItaLire la suite… devrait laisser de pareils exercices à ces artistes médiocres et présomptueux qui croient nécessaire de montrer leur collaboration à chacune des œuvres qu’ils interprètent.

DepassioDepassio, JeanJean Depassio (Lyon, 4 mai 1824 – Montmorency, 24 mars 1887), basse. A la fin de ses études au Conservatoire de Paris il fut engagé à la Monnaie à Bruxelles où il resta jusqu’en 1851. Entre 1851 et 1854, il chanta à l’Opéra de Paris et participa aux créations du Juif errant (Halévy, 1Lire la suite… a fait sa rentrée dans le rôle de Bertram, qu’il chante toujours avec la même voix pleine, vibrante et admirablement timbrée ; il donne le mi-bémol avec une aisance parfaite, et rien ne l’empêcherait de descendre jusqu’au , si son rôle était un demi-ton plus bas.

L’Opéra-Comique vient de donner un ouvrage en trois actes intitulé la Fiancée du DiableFiancée du Diable, LaLa Fiancée du Diable, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Eugène Scribe et Hippolyte Romand mis en musique par Victor Massé et créé à l’Opéra-Comique le 5 juin 1854.Lire la suite…. La fiancée se nomme Catherine Bazu ; le diable n’est autre qu’un jeune seigneur avignonnais, le marquis de Langeais ; ce marquis est un séducteur émérite qui en a conté autrefois à Gillette, la sœur d’Andiol. Tandis que la pauvre fille se lamente sur sa faute et sur l’abandon dans lequel son amant l’a laissée, le jeune seigneur revient au village escorté d’une troupe de francs lurons, et, affublé d’un domino rose, il apparaît la nuit à tous les amoureux qui prétendent successivement à la main de Catherine ; la grêle de coups de bâton qu’il fait pleuvoir sur leurs épaules les guérit de leurs velléités matrimoniales, et il espère arriver ainsi à rester maître du champ de bataille et du cœur de la jeune villageoise ; mais le marquis a compté sans Gillette, qui, déniaisée tout à coup par son cousin l’inquisiteur Mattéo, attend le marquis la nuit dans la chambre de Catherine, lui met un pistolet sur la gorge et le force ainsi, après avoir dépouillé sa défroque infernale, à signer une promesse de mariage que lui a rédigée le frère Mattéo. L’action est égayée par la silhouette grossière d’un certain Pistoia, l’un des prétendants de Catherine encore tout tremblant et tout moulu de la rencontre qu’il a faite une nuit des cornes et de la fourche de Lucifer.

Aucune analyse ne saurait faire ressortir tout ce qu’il y a de charme, d’invention et de mérite littéraire dans ce libretto, qui réunit toutes les qualités nécessaires pour réussir au théâtre de l’Opéra-Comique. Un diable et un inquisiteur, il n’en faut pas davantage à M. ScribeScribe, Augustin-EugèneAugustin-Eugène Scribe (Paris, 24 décembre 1791 – Paris, 20 février 1861), auteur dramatique, librettiste. Auteur dramatique le plus joué à la Comédie Française en son temps (Bertrand et Raton en 1833, La Camaraderie en 1837, Une Chaîne en 1841), il fut un écrivain prolixe qui écrivit 425 Lire la suite… pour faire une pièce à grand succès et à grand spectacle.

Là nouvelle partition de M. MasséMassé, Felix-Marie-VictorFélix Marie Victor Massé (Lorient, 7 mars 1822 – Paris, 5 juillet 1884), compositeur. Il étudia le piano avec Zimmerman et la composition avec Halévy au Conservatoire de Paris, où obtint le 1er Prix de piano en 1839 et le 1er Prix de Rome en 1844. Il débute à l’Opéra-Comique en 1850 avec LLire la suite… est remplie de fraîches pensées mélodiques et d’ingénieux détails ; son orchestration est travaillée avec beaucoup de soin et l’ensemble de l’ouvrage dénote un compositeur qui possède tous les secrets de son art ; nous avons remarqué au premier acte une romance amoureuse chantée par Gillette, et à laquelle vient s’unir une mélodie franche et bien rhythmée dite par Andiol. C’est là un excellent échantillon du talent de contrepointiste du compositeur. Le chœur des jeunes seigneurs, en tête desquels marche le marquis de Langeais, est d’un rhythme gracieux et original ; c’est à notre avis une des meilleures pages de la partition ; la romance de Catherine est très-sentimentale, et nous aimons beaucoup la manière piquante et originale dont le majeur est accompagné ; l’air chanté par Andiol, et dont la coupe rappelle un peu trop peut-être la cavatine italienne, n’en est pas moins une jolie inspiration qui mérite d’être citée.

Le final de ce premier acte est parfaitement traité ; le compositeur y a reproduit un effet de cloches dont il s’était déjà servi avec succès dans les Noces de JeannetteNoces de Jeannette, LesLes Noces de Jeannette, opéra-comique en un acte sur un livret de Michel Carré et Jules Barbier, mis en musique par Victor Massé, créé à l’Opéra-Comique le 4 février 1853.Lire la suite…. C’est là une réminiscence, volontaire assurément, mais qui n’en est pas moins très-pardonnable. On a applaudi au second acte un joli air chanté par Catherine : Ah ! qu’on a de peine à trouver un mari, un trio d’une bonne facture et un charmant quatuor, dont la dernière partie a eu les honneurs du bis. Andiol chante ensuite une mélodie d’un beau style, et Catherine dit une bluette musicale vive et légère dont la mélodie a quelque ressemblance avec une phrase bien connue de la walse de Giselle ; GiselleGiselle, ballet fantastique en deux actes sur un livret de Théophile Gautier et Henri de Saint-Georges, une chorégraphie de Jean Coralli et une musique d’Adolphe Adam, créé à l’Opéra de Paris le 28 juin 1841.Lire la suite…le public n’en veut jamais à un compositeur de lui rappeler un motif qui lui plaît et sur lequel il a déjà exprimé une opinion flatteuse. Les couplets de l’inquisiteur Mattéo accompagnés par le chœur ont beaucoup d’entrain et une certaine allure grivoise qui est loin de déplaire aux amateurs d’opéras comiques.

Le troisième acte s’ouvre par un double chœur de paysans et de seigneurs dans lesquels la disposition des voix est excellente ; il y a quelques longueurs dans le trio suivant, quoiqu’il ne manque pas d’intérêt au point de vue scénique. Le duo des deux mariés est plein de passion et de belles mélodies ; le duo suivant entre Gillette et le marquis renferme des situations très-comiques ; l’instrumentation en est colorée et les instruments dialoguent avec les voix d’une manière neuve et charmante.

Nous n’avons rien dit de l’ouverture, qui est faite avec quelques-uns des motifs de l’ouvrage, et qui nous a paru manquer d’unité par la manière un peu décousue dont les différentes parties de cette préface symphonique sont liées l’une à l’autre.

Nous souhaitons bien sincèrement à la Fiancée du diableFiancée du Diable, LaLa Fiancée du Diable, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Eugène Scribe et Hippolyte Romand mis en musique par Victor Massé et créé à l’Opéra-Comique le 5 juin 1854.Lire la suite… une longue série de représentations ; ce qui n’empêchera certainement pas M. MasséMassé, Felix-Marie-VictorFélix Marie Victor Massé (Lorient, 7 mars 1822 – Paris, 5 juillet 1884), compositeur. Il étudia le piano avec Zimmerman et la composition avec Halévy au Conservatoire de Paris, où obtint le 1er Prix de piano en 1839 et le 1er Prix de Rome en 1844. Il débute à l’Opéra-Comique en 1850 avec LLire la suite… de nous gratifier bientôt d’un nouvel ouvrage.

Un de nos confrères, pour le talent et pour la personne duquel nous avions une vive sympathie, vient de mourir à la suite d’une maladie qui pardonne bien rarement. Georges Bousquet a succombé dans toute la force de la jeunesse à une affection de poitrine dont il était atteint depuis quelques années. Après avoir obtenu le premier prix de composition, et à son retour de Rome, BousquetBousquet, Ange-Georges-JacquesAnge-Georges-Jacques Bousquet (Perpignan, 12 mars 1818 – Saint-Cloud, 15 juin 1854), compositeur. Il commença ses études à Perpignan puis entra au Conservatoire de Paris en 1835 et remporta le Grand Prix de Rome en 1838 ex-æquo avec Charles Gounod. A Rome il se lia d’amitié avec Gounod et FanLire la suite… fit représenter en 1838 sur le théâtre de l’Opéra-Comique un ouvrage en un acte qui, à cause du peu d’intérêt qu’offrait le libretto, n’obtint qu’un succès d’estime. Il écrivit ensuite plusieurs morceaux de musique de chambre et quelques compositions religieuses au nombre desquelles nous devons citer un bel Agnus DeiAgnus DeiAgnus Dei, œuvre de musique sacrée composée par Georges Bousquet.Lire la suite… et un Pater nosterPater NosterPater noster, œuvre de musique sacrée composée par Georges Bousquet.Lire la suite… d’un style très-élevé ; le Théâtre-Lyrique a joué il y a deux ans un opéra-comique intitulé TabarinTabarinTabarin, opéra-comique en deux actes sur un livret de Jules-Edouard Alboize de Pujol et Andrel mis en musique par Georges Bousquet et créé au Théâtre-Lyrique le 22 décembre 1852.Lire la suite… et qui est assurément une des plus jolies partitions du répertoire ; le talent de Georges Bousquet s’était révélé sous un jour tout nouveau dans ce délicieux ouvrage tout plein de jeunesse, de verve et d’originalité. Au moment où il a été si cruellement enlevé à sa famille et à ses nombreux amis, au moment où l’avenir s’ouvrait si riant devant lui, Georges Bousquet mettait la dernière main à un ouvrage en quatre actes, destiné au Théâtre-Lyrique. Cet opéra n’en sera pas moins représenté, et il se mêlera plus d’une douce larme aux applaudissements du public, à en juger par les regrets que BousquetBousquet, Ange-Georges-JacquesAnge-Georges-Jacques Bousquet (Perpignan, 12 mars 1818 – Saint-Cloud, 15 juin 1854), compositeur. Il commença ses études à Perpignan puis entra au Conservatoire de Paris en 1835 et remporta le Grand Prix de Rome en 1838 ex-æquo avec Charles Gounod. A Rome il se lia d’amitié avec Gounod et FanLire la suite… laisse après lui et par le talent qu’il aura très-certainement répandu dans cette œuvre comme dans celles qui l’ont précédée.