Feuilleton du Journal des Debats 1874-03-31
FEUILLETON DU JOURNAL DES DÉBATS
DU 31 MARS 1874.
REVUE MUSICALE.
Théâtre de l’Opéra-Comique : Marie-MagdeleineMarie-MagdeleineMarie-Magdeleine, drame sacré en 3 actes et 4 parties pour soli, chœur et orchestre sur un livret de Louis Gallet mis en musique par Jules Massenet. L’œuvre fut créée le 11 avril 1873 au Théâtre de l’Odéon de Paris sous la direction d’Edouard Colonne.Lire la suite…, drame sacré, de M. Louis GalletGallet, LouisLouis Gallet (Valence, 4 février 1835 – Paris, 16 octobre 1898), écrivain, auteur dramatique et librettiste. Il publia un recueil de vers, Gioventù (1857), sous le pseudonyme L. Marcelly. Il gagna ensuite Paris où, de 1857 à 1867, il travailla d’abord dans une imprimerie puis dans l’adminLire la suite…, musique de M. Jules Massenet (1re audition). — Mme Carvalho, M. BouhyBouhy, Jacques-Joseph-AndréJacques-Joseph-André Bouhy (Pepinster/Belgique, 18 juin 1848 – Paris, 29 janvier 1929), baryton. Il étudia d’abord au Conservatoire de Liège puis à celui de Paris et y obtint un 1er prix de chant et un 1er prix d’opéra ainsi qu’un 2d prix d’opéra-comique en 1869. Il chanta la partie Lire la suite…. — Concerts populaires : La Madeleine au désertMadeleine au désert, LaLa Madeleine au désert, Scène pour baryton ou Contralto sur un poème d’Edouard Blau mis en musique par Ernest Reyer. Il existe une version avec accompagnement d’orchestre qui fut créée par le baryton Jacques Bouhy aux Concerts populaires, sis au Cirque Napoléon de Paris aujourd’hui CirquLire la suite…, scène pour voix et orchestre : M. Henri Logé.
On s’est beaucoup occupé ces jours-ci, jours de carême, du rengagement de Mme Carvalho et de la reprise de Mireille.MireilleMireille, opéra en cinq actes sur un livret de Michel Carré mis en musique par Charles Gounod et créé au Théâtre-Lyrique de Paris le 19 mars 1864.Lire la suite… Mme Carvalho reste-t-elle à l’Opéra-Comique ? Mme Carvalho rentre-t-elle à l’Opéra ? La veille, le contrat était signé avec M. Halanzier Halanzier-Dufresnoy, Hyacinthe-Olivier-HenryHyacinthe-Olivier-Henry Halanzier-Dufresnoy (Paris, 11 décembre 1819 – Paris, 28 décembre 1896), directeur. Il grandit dans le monde du théâtre ; sa mère, Mme Dufresnoy, avait été actrice au Théâtre de l’Odéon de Paris avant de prendre la direction d’une troupe qui se produisait en Lire la suite…; le lendemain, c’était avec M. Camille Du Locle. Heureuses les cantatrices que peuvent se disputer ainsi deux puissans rivaux ! Cet échange, d’ailleurs fort courtois, d’affirmations et de démentis, exerçait la plume des nouvellistes, et le public n’était fixé que sur un point : c’est qu’à la salle Ventadour ou à la salle Favart il retrouverait Mme Carvalho. Aujourd’hui, toute incertitude a cessé : Mme Carvalho est liée pour trois ans encore au théâtre de l’Opéra-Comique. Quand elle aura épuisé le succès de Roméo et JulietteRoméo et JulietteRoméo et Juliette, opéra en cinq actes sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré mis en musique par Charles Gounod et créé au Théâtre-Lyrique de Paris le 27 avril 1867.Lire la suite…, elle reparaîtra dans MireilleMireilleMireille, opéra en cinq actes sur un livret de Michel Carré mis en musique par Charles Gounod et créé au Théâtre-Lyrique de Paris le 19 mars 1864.Lire la suite…, une de ses meilleures créations au Théâtre-Lyrique. Après MireilleMireilleMireille, opéra en cinq actes sur un livret de Michel Carré mis en musique par Charles Gounod et créé au Théâtre-Lyrique de Paris le 19 mars 1864.Lire la suite… viendront les Noces de FigaroNoces de Figaro, LesLes Noces de Figaro (Le nozze di Figaro), K.V. 492, opera buffa en quatre actes sur un livret en italien de Lorenzo Da Ponte, d’après Beaumarchais, mis en musique par Wolfgang Amadeus Mozart et créé au Burgtheater de Vienne le 1er mai 1786.Lire la suite…, puis le Timbre d’argentTimbre d’argent, LeLe Timbre d’argent, opéra fantastique en quatre actes sur un livret de Michel Carré et Jules Barbier mis en musique par Camille Saint-Saëns et créé au Théâtre-National-Lyrique à Paris le 23 février 1877.Lire la suite…, de M. Camille Saint-Saëns, et CarmenCarmenCarmen, opéra-comique en quatre actes sur un livret de Henri Meillac et Ludovic Halévy d’après la nouvelle éponyme de Proper Mérimée, mis en musique par Georges Bizet et créé au Théâtre de l’Opéra-comique de Paris le 3 mars 1875. Après la mort de Bizet, son ami le compositeur Ernest Lire la suite…, de M. Georges Bizet. Mais je ne puis vous dire encore si dans CarmenCarmenCarmen, opéra-comique en quatre actes sur un livret de Henri Meillac et Ludovic Halévy d’après la nouvelle éponyme de Proper Mérimée, mis en musique par Georges Bizet et créé au Théâtre de l’Opéra-comique de Paris le 3 mars 1875. Après la mort de Bizet, son ami le compositeur Ernest Lire la suite… et dans le Timbre d’argentTimbre d’argent, LeLe Timbre d’argent, opéra fantastique en quatre actes sur un livret de Michel Carré et Jules Barbier mis en musique par Camille Saint-Saëns et créé au Théâtre-National-Lyrique à Paris le 23 février 1877.Lire la suite… il y aura un rôle pour Mme Carvalho.
Donc, les études de MireilleMireilleMireille, opéra en cinq actes sur un livret de Michel Carré mis en musique par Charles Gounod et créé au Théâtre-Lyrique de Paris le 19 mars 1864.Lire la suite… vont commencer. M. GounodGounod, CharlesCharles Gounod (Paris, 17 juin 1818 – Saint-Cloud, 18 octobre 1893) compositeur. Gounod étudia le piano avec sa mère et la composition et l’harmonie en privé avec Reicha tout en faisant d’excellentes études classiques au Lycée Saint-Louis à Paris. Après avoir obtenu son baccalauréat, il Lire la suite… s’était d’abord montré quelque peu récalcitrant : il ne voulait point autoriser la reprise de son ouvrage sur la scène de l’Opéra-Comique, bien que M. Camille du Locle lui offrît pour cette reprise toutes les garanties de succès : ses meilleurs artistes, M. IsmaëlIsmaël, Jean-Vital Jammes ditJean-Vital Jammes dit Ismaël (Le Passage/Lot-et-Garonne, 28 avril 1825 – Marseille, 13 juin 1893), baryton. Né dans un milieu défavorisé, il chantait dans les rues pour gagner sa vie avant d’être engagé comme choriste au Grand-Théâtre de Nantes. Il ne put se faire admettre au ConservatoiLire la suite…, actuellement professeur de déclamation lyrique au Conservatoire ; M. DuchesneDuchesne, AdolpheAdolphe Duchesne (Paris, 1840 – Paris, 22 mai 1885), ténor. En 1865, il fut engagé au Théâtre-Lyrique de Paris, sans y briller particulièrement. Durant la guerre franco-prussienne, il s’engagea comme franc-tireur et se battit en héros à Châteaudun ; il fut blessé et décoré de la médailLire la suite… et Mme Carvalho. Le maître datait de Londres des épîtres qui plongeaient le jeune directeur dans une vive perplexité. Celui-ci ripostait pourtant par les argumens les plus persuasifs. Et comme, à la rigueur, le consentement de M. GounodGounod, CharlesCharles Gounod (Paris, 17 juin 1818 – Saint-Cloud, 18 octobre 1893) compositeur. Gounod étudia le piano avec sa mère et la composition et l’harmonie en privé avec Reicha tout en faisant d’excellentes études classiques au Lycée Saint-Louis à Paris. Après avoir obtenu son baccalauréat, il Lire la suite… n’était pas absolument nécessaire, le maître a fini par l’accorder. Il a dit : Oui, après avoir dit : Non ; après avoir dit : Non et oui. Cela m’a rappelé la scène de Jaguarita entre le dieu Bambousi et les sauvages :
Il a dit Non ! il a dit : Oui !
Seulement, l’idole de bois ne sait ni ce qu’on lui veut ni ce qu’elle dit, tandis que M. GounodGounod, CharlesCharles Gounod (Paris, 17 juin 1818 – Saint-Cloud, 18 octobre 1893) compositeur. Gounod étudia le piano avec sa mère et la composition et l’harmonie en privé avec Reicha tout en faisant d’excellentes études classiques au Lycée Saint-Louis à Paris. Après avoir obtenu son baccalauréat, il Lire la suite… a sans doute d’excellentes raisons pour dire : Oui, le lendemain du jour où il a dit : Non ; pour dire : Non, quand il a dit : Oui, la veille.
Enfin, quoi qu’il arrive — ou qu’il advienne, — tenez pour certain que Mireille MireilleMireille, opéra en cinq actes sur un livret de Michel Carré mis en musique par Charles Gounod et créé au Théâtre-Lyrique de Paris le 19 mars 1864.Lire la suite…sera jouée à l’Opéra-Comique. Le public le désire ; les héritiers de Michel CarréCarré, Michel-FlorentinMichel-Florentin Carré (Besançon, 21 octobre 1822 – Paris, 28 juin 1872), auteur dramatique, librettiste. Il écrivit de nombreux drames, comédies, vaudevilles et livrets principalement en collaboration avec Jules Barbier dont Galathée (Massé), Les Noces de Jeannette (Massé), Les Papillotes Lire la suite… et l’éditeur de M. Charles GounodGounod, CharlesCharles Gounod (Paris, 17 juin 1818 – Saint-Cloud, 18 octobre 1893) compositeur. Gounod étudia le piano avec sa mère et la composition et l’harmonie en privé avec Reicha tout en faisant d’excellentes études classiques au Lycée Saint-Louis à Paris. Après avoir obtenu son baccalauréat, il Lire la suite… ne demandent pas mieux. Quant au directeur, il va sans dire qu’il compte beaucoup sur le succès de cette reprise. Il est douteux cependant que M. GounodGounod, CharlesCharles Gounod (Paris, 17 juin 1818 – Saint-Cloud, 18 octobre 1893) compositeur. Gounod étudia le piano avec sa mère et la composition et l’harmonie en privé avec Reicha tout en faisant d’excellentes études classiques au Lycée Saint-Louis à Paris. Après avoir obtenu son baccalauréat, il Lire la suite… passe le détroit pour venir s’assurer par lui-même si l’exécution de MireilleMireilleMireille, opéra en cinq actes sur un livret de Michel Carré mis en musique par Charles Gounod et créé au Théâtre-Lyrique de Paris le 19 mars 1864.Lire la suite… au théâtre de la rue Favart ne le cédera en rien à l’exécution de MireilleMireilleMireille, opéra en cinq actes sur un livret de Michel Carré mis en musique par Charles Gounod et créé au Théâtre-Lyrique de Paris le 19 mars 1864.Lire la suite… au Théâtre-Lyrique. Quand cet infortuné théâtre renaîtra de ses cendres, il trouvera son répertoire bien amoindri : on lui a pris FaustFaustFaust, opéra en cinq actes sur un livret de Michel Carré et Jules Barbier d’après Goethe mis en musique par Charles Gounod et crée au Théâtre-Lyrique le 19 mars 1859.Lire la suite…, Roméo et JulietteRoméo et JulietteRoméo et Juliette, opéra en cinq actes sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré mis en musique par Charles Gounod et créé au Théâtre-Lyrique de Paris le 27 avril 1867.Lire la suite…, les Noces de FigaroNoces de Figaro, LesLes Noces de Figaro (Le nozze di Figaro), K.V. 492, opera buffa en quatre actes sur un livret en italien de Lorenzo Da Ponte, d’après Beaumarchais, mis en musique par Wolfgang Amadeus Mozart et créé au Burgtheater de Vienne le 1er mai 1786.Lire la suite…, on va lui prendre Mireille ;MireilleMireille, opéra en cinq actes sur un livret de Michel Carré mis en musique par Charles Gounod et créé au Théâtre-Lyrique de Paris le 19 mars 1864.Lire la suite… que pourrait-on bien lui prendre encore ?
La première audition de Marie-MagdeleineMarie-MagdeleineMarie-Magdeleine, drame sacré en 3 actes et 4 parties pour soli, chœur et orchestre sur un livret de Louis Gallet mis en musique par Jules Massenet. L’œuvre fut créée le 11 avril 1873 au Théâtre de l’Odéon de Paris sous la direction d’Edouard Colonne.Lire la suite… à l’Opéra-Comique a eu lieu mardi dernier devant une très brillante assemblée. La salle était éclairée à giorno ; deux cents exécutans étaient rangés sur la scène transformée en estrade, et sur les panneaux formés par la toile de fond on avait inscrit les principales œuvres sacrées de Hændel, de Bach, de Haydn, de Beethoven, de Mendelssohn et de BerliozBerlioz, Louis-HectorLouis-Hector Berlioz (La Côte Saint-André, 11 décembre 1803 – Paris, 8 mars 1869), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris avec Lesueur et obtint le 1er Prix de Rome en 1830. La même année, il composa sa Symphonie fantastique. De retour de Rome, il composa Lelio ou le Retour à la vLire la suite… avec les noms de ces illustres maîtres. Les artistes portaient l’habit noir et la cravate blanche, mais on avait donné aux dames des chœurs un costume uniforme d’une élégante simplicité et d’un caractère biblique. Mme Carvalho et Mlle FranckCahn dite Franck, Adèle AnnaAdèle Anna Cahn dite Franck (Paris, 20 janvier 1853 – Paris, 1er juillet 1912), soprano. Elle était l’élève d’Elie Nathan et débuta à l’Opéra-comique dans le rôle-titre de Galathée (V. Massé) le 2 juillet 1873. Elle épousa le baryton Edmond Duvernoy à Paris le 23 juin 1875. Elle Lire la suite… étaient vêtues, elles aussi, d’une robe blanche, aux plis harmonieux et sévères, qui rappelait la tunique de lin des filles d’IsraëlIsmaël, Jean-Vital Jammes ditJean-Vital Jammes dit Ismaël (Le Passage/Lot-et-Garonne, 28 avril 1825 – Marseille, 13 juin 1893), baryton. Né dans un milieu défavorisé, il chantait dans les rues pour gagner sa vie avant d’être engagé comme choriste au Grand-Théâtre de Nantes. Il ne put se faire admettre au ConservatoiLire la suite…. Là se bornait le seul effet pittoresque que pût se permettre la direction de l’Opéra-Comique, bien que le drame religieux de MM. GalletGallet, LouisLouis Gallet (Valence, 4 février 1835 – Paris, 16 octobre 1898), écrivain, auteur dramatique et librettiste. Il publia un recueil de vers, Gioventù (1857), sous le pseudonyme L. Marcelly. Il gagna ensuite Paris où, de 1857 à 1867, il travailla d’abord dans une imprimerie puis dans l’adminLire la suite… et Jules Massenet ait été écrit en vue d’une mise en scène aussi compliquée, aussi luxueuse que celle d’un opéra. Il est divisé en trois actes et quatre tableaux, dont chacun indique une situation différente et veut un décor particulier. Malheureusement, il n’est point dans nos usages de faire pour un drame sacré, fût-ce un chef-d’œuvre, ce qu’on fait pour le premier drame profane venu. Et puis il y a aussi les convenances qui s’opposent à ce qu’on mette le Christ en scène. C’est déjà beaucoup qu’on le fasse chanter.
Lorsqu’on donna GalliaGalliaGallia, motet/lamentation pour soprano solo, chœur mixte et orchestre sur un texte latin extrait du Livre des Lamentations de la Bible, mis en musique par Charles Gounod. L’œuvre fut créée au Royal Albert Hall de Londres le 1er mai 1871. Juliette Conneau, la soprano soliste, un chœur de 900 pLire la suite… à l’Opéra-Comique, le spectateur avait sous les yeux les ruines de Jérusalem, et les artistes qui chantaient la Lamentation de M. GounodGounod, CharlesCharles Gounod (Paris, 17 juin 1818 – Saint-Cloud, 18 octobre 1893) compositeur. Gounod étudia le piano avec sa mère et la composition et l’harmonie en privé avec Reicha tout en faisant d’excellentes études classiques au Lycée Saint-Louis à Paris. Après avoir obtenu son baccalauréat, il Lire la suite…, hommes et femmes, étaient habillés à l’antique. Il est possible que ce coup d’œil fut un sujet de distraction pour le public ; mais les vrais musiciens regrettaient la vaste estrade garnie de pupitres et d’exécutans. Tous les décors du monde ne sauraient offrir rien de plus imposant, rien de plus majestueux que cette armée d’instrumentistes et de chanteurs échelonnés sur une surface inclinée dont les derniers gradins se perdent dans les frises. Le compositeur qui, dirigeant son œuvre, a commandé une fois dans sa vie à un orchestre nombreux et bien discipliné, a connu les plus pures jouissances qu’il lui soit donné de ressentir. Aussi n’ai-je jamais bien compris l’amertume avec laquelle BerliozBerlioz, Louis-HectorLouis-Hector Berlioz (La Côte Saint-André, 11 décembre 1803 – Paris, 8 mars 1869), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris avec Lesueur et obtint le 1er Prix de Rome en 1830. La même année, il composa sa Symphonie fantastique. De retour de Rome, il composa Lelio ou le Retour à la vLire la suite… parlait du sentiment musical de ses contemporains, lui qui avait eu sous ses ordres, en FranceCahn dite Franck, Adèle AnnaAdèle Anna Cahn dite Franck (Paris, 20 janvier 1853 – Paris, 1er juillet 1912), soprano. Elle était l’élève d’Elie Nathan et débuta à l’Opéra-comique dans le rôle-titre de Galathée (V. Massé) le 2 juillet 1873. Elle épousa le baryton Edmond Duvernoy à Paris le 23 juin 1875. Elle Lire la suite… comme en Allemagne et en Russie, les meilleurs orchestres qu’il soit possible de réunir, lui qui goûtait non seulement l’immense bonheur de diriger lui- même l’exécution de ses œuvres, mais qui avait encore la satisfaction de les entendre applaudir. J’ai assisté à des ovations faites à BerliozBerlioz, Louis-HectorLouis-Hector Berlioz (La Côte Saint-André, 11 décembre 1803 – Paris, 8 mars 1869), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris avec Lesueur et obtint le 1er Prix de Rome en 1830. La même année, il composa sa Symphonie fantastique. De retour de Rome, il composa Lelio ou le Retour à la vLire la suite…, qui étaient de véritables triomphes. Il en était ému jusqu’aux larmes. Mais le lendemain, plus d’orchestre, plus de chanteurs, plus d’estrade, plus de bravos, plus rien. La vision avait disparu, l’accès de fièvre était passé. Il lui en restait à peine le souvenir. Il me semble qu’à sa place j’aurais puisé dans ce seul souvenir, souvent renouvelé du reste, la consolation de toutes les injustices, de toutes les déceptions.
Sans doute l’exécution de Marie-MagdeleineMarie-MagdeleineMarie-Magdeleine, drame sacré en 3 actes et 4 parties pour soli, chœur et orchestre sur un livret de Louis Gallet mis en musique par Jules Massenet. L’œuvre fut créée le 11 avril 1873 au Théâtre de l’Odéon de Paris sous la direction d’Edouard Colonne.Lire la suite… était confiée à un chef dont j’ai déjà loué l’habileté et l’intelligence, mais combien le succès aurait été plus grand si M. MassenetMassenet, Jules-Emile-FrédéricJules-Émile-Fréderic Massenet (Maontaud/Loire, 12 mai 1842 – Paris, 13 août 1912), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris, où il obtint un 1er prix de piano en 1859 puis un 1er prix de contrepoint et fugue ainsi que le 1er Prix de Rome en 1863. à Rome, Liszt lui confia une élève,Lire la suite… avait dirigé son œuvre lui-même ! Le public eût senti son intérêt s’accroître et ses sympathies devenir plus vives à la vue de ce jeune homme dont la physionomie est si intelligente, dont l’œil est si pénétrant, et qui cependant n’a encore exposé ni son portrait ni son buste. J’espère bien qu’on ne me fera pas l’injure de me croire accessible, lorsque je parle ainsi, à ces petites satisfactions de vanité que les virtuoses recherchent. Ce n’est pas à ce sentiment vulgaire qu’obéissait M. Félicien DavidDavid, Félicien-CésarCésar-Félicien David (Cadenet, 13 avril 1810 – St Germain-en-Laye 29 aout 1876), compositeur. Orphelin à cinq ans, après des études à la maîtrise de la cathédrale St.-Sauveur d’Aix-en-Provence et au collège St.-Louis d’Aix, il entra en 1830 au Conservatoire de Paris dans la classe d’HLire la suite…, par exemple, lorsqu’il dirigeait lui- même l’exécution de ses odes-symphonies. Quand un compositeur est maître de lui, et quand il n’est pas absolument disgracié du ciel, il obtient de ces masses qu’il dirige des intentions, des effets que nul n’obtiendra comme lui, parce qu’il les pénètre de sa pensée, tandis qu’un chef d’orchestre si habile qu’il soit, n’est jamais qu’un intermédiaire. J’accorde bien volontiers que, dans certains cas, c’est un intermédiaire fort utile. Je laisserai donc le chef d’orchestre au théâtre, frappant de son archet la carapace du souffleur ; mais, pour diriger un orchestre de symphonie, quel est celui qui se refusera, avec quelque apparence de raison ou de droit, à céder le pas, ou plutôt le bâton, au compositeur ?
Tout cela est un détour, une précaution épistolaire pour vous dire que je n’ai pas été entièrement satisfait de l’interprétation de Marie-MagdeleineMarie-MagdeleineMarie-Magdeleine, drame sacré en 3 actes et 4 parties pour soli, chœur et orchestre sur un livret de Louis Gallet mis en musique par Jules Massenet. L’œuvre fut créée le 11 avril 1873 au Théâtre de l’Odéon de Paris sous la direction d’Edouard Colonne.Lire la suite… à l’Opéra-Comique, et tout en félicitant M. Camille Du Locle des soins, minutieux qu’il a donnés à l’œuvre de M. MassenetMassenet, Jules-Emile-FrédéricJules-Émile-Fréderic Massenet (Maontaud/Loire, 12 mai 1842 – Paris, 13 août 1912), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris, où il obtint un 1er prix de piano en 1859 puis un 1er prix de contrepoint et fugue ainsi que le 1er Prix de Rome en 1863. à Rome, Liszt lui confia une élève,Lire la suite…, tout en lui sachant un gré infini du sentiment généreux auquel il a obéi en mettant son théâtre, ses artistes et de nombreux exécutans supplémentaires au service d’une pareille entreprise, je regrette pour la centième fois que nous n’ayons pas à Paris un local, une administration, un personnel spécialement affectés à l’exécution des oratorios, des drames sacrés et des symphonies. De telles compositions constituent un genre très noble, je vous l’assure, et à l’aide d’un de ces viremens de fonds auxquels nous semblons prendre goût depuis quelques années, on arriverait très facilement à le protéger d’une manière efficace, sinon tout à fait digne de lui.
Quand l’œuvre de M. MassenetMassenet, Jules-Emile-FrédéricJules-Émile-Fréderic Massenet (Maontaud/Loire, 12 mai 1842 – Paris, 13 août 1912), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris, où il obtint un 1er prix de piano en 1859 puis un 1er prix de contrepoint et fugue ainsi que le 1er Prix de Rome en 1863. à Rome, Liszt lui confia une élève,Lire la suite… aura été exécutée trois, quatre, cinq, six fois à l’Opéra-Comique, de longtemps, là ou ailleurs, il ne sera plus question de recommencer. Tandis que telle partition franchement médiocre…..
Mme Carvalho, très souffrante le soir de la première audition, était mieux, beaucoup mieux, tout à fait mieux le surlendemain ; elle avait retrouvé du même coup le charme de sa voix et toutes les grâces de son style. M. DuchesneDuchesne, AdolpheAdolphe Duchesne (Paris, 1840 – Paris, 22 mai 1885), ténor. En 1865, il fut engagé au Théâtre-Lyrique de Paris, sans y briller particulièrement. Durant la guerre franco-prussienne, il s’engagea comme franc-tireur et se battit en héros à Châteaudun ; il fut blessé et décoré de la médailLire la suite… s’est très habilement tiré d’une partie fort difficile, et qu’il avait à peine eu le temps d’étudier. Je n’ai rien à ajouter à ce que j’ai déjà dit de la belle partition de M. Massenet Massenet, Jules-Emile-FrédéricJules-Émile-Fréderic Massenet (Maontaud/Loire, 12 mai 1842 – Paris, 13 août 1912), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris, où il obtint un 1er prix de piano en 1859 puis un 1er prix de contrepoint et fugue ainsi que le 1er Prix de Rome en 1863. à Rome, Liszt lui confia une élève,Lire la suite…; je ne reviendrai pas non plus sur l’éloge que j’ai fait du talent avec lequel M. BouhyBouhy, Jacques-Joseph-AndréJacques-Joseph-André Bouhy (Pepinster/Belgique, 18 juin 1848 – Paris, 29 janvier 1929), baryton. Il étudia d’abord au Conservatoire de Liège puis à celui de Paris et y obtint un 1er prix de chant et un 1er prix d’opéra ainsi qu’un 2d prix d’opéra-comique en 1869. Il chanta la partie Lire la suite… a chanté le rôle de Juda. Et ce n’est pas par pure galanterie que j’adresse à Mlle FranckCahn dite Franck, Adèle AnnaAdèle Anna Cahn dite Franck (Paris, 20 janvier 1853 – Paris, 1er juillet 1912), soprano. Elle était l’élève d’Elie Nathan et débuta à l’Opéra-comique dans le rôle-titre de Galathée (V. Massé) le 2 juillet 1873. Elle épousa le baryton Edmond Duvernoy à Paris le 23 juin 1875. Elle Lire la suite… mes complimens les plus sincères sur sa jolie voix.
Une scène intitulée la Madeleine au désertMadeleine au désert, LaLa Madeleine au désert, Scène pour baryton ou Contralto sur un poème d’Edouard Blau mis en musique par Ernest Reyer. Il existe une version avec accompagnement d’orchestre qui fut créée par le baryton Jacques Bouhy aux Concerts populaires, sis au Cirque Napoléon de Paris aujourd’hui CirquLire la suite…, et chantée par M. BouhyBouhy, Jacques-Joseph-AndréJacques-Joseph-André Bouhy (Pepinster/Belgique, 18 juin 1848 – Paris, 29 janvier 1929), baryton. Il étudia d’abord au Conservatoire de Liège puis à celui de Paris et y obtint un 1er prix de chant et un 1er prix d’opéra ainsi qu’un 2d prix d’opéra-comique en 1869. Il chanta la partie Lire la suite… au dernier concert du Châtelet, a failli causer un grand scandale. M. PasdeloupPasdeloup, Jules-EtienneJules-Étienne Pasdeloup (Paris, 15 septembre 1819 – Fontainebleau, 13 août 1887), pianiste et chef d’orchestre. Il étudia au Conservatoire de Paris où il obtint les premiers prix de solfège en 1832 et de piano en 1834. En 1841, il devint répétiteur de solfège au Conservatoire, puis rép�Lire la suite…, suivant sa coutume, en avait fait imprimer la poésie au verso de ses programmes : il a dû la supprimer sur un nouveau tirage. Ce qui n’a pas empêché les vers déjà imprimés et distribués à la presse musicale d’être reproduits avec toutes les fautes, toutes les inepties d’une épreuve fort mal corrigée. Mon ami et collaborateur, M. Edouard Blau, me saura gré d’en rétablir le texte.
Exportant ses douleurs et les pardons reçus,
Loin du calvaire sombre a fui la Madeleine…
Et les vents du désert tordent sur ses bras nus
Sa chevelure encore pleine
Des parfums essuyés sur les pieds de Jésus.
Séraphins dont la voix bénie
Soutenait dans son agonie
Le doux blessé du genre humain,
De l’azur penchez-vous sur elle,
Et que des blancheurs de votre aile
Tombe un peu d’ombre en son chemin !
Pourquoi gémir ? ô Madeleine !
Ton passé n’est plus : un seul mot
Avec la courtisane a fait une chrétienne,
Et si tu pleures Christ, il est vivant là-haut !
Non, séraphins, ouvrez vos ailes,
Vers les puretés éternelles
Partez en vous voilant le front,
Et que seule elle ensevelisse
Dans le désert, morne complice,
Son désespoir, suprême affront.
Elle songe, à jamais flétrie,
Moins au Fils du Très-Haut qu’à celui de Marie,
Au beau Nazaréen tant de fois écouté,
Et plus à l’homme mort qu’au Dieu ressuscité !
On avait imprimé, entre autres bévues, au tombeau nazaréen, ce qui ne veut rien dire, du tout.
Personne ne respecte plus que moi les saintes légendes, personne n’en subit plus que moi le charme poétique. Et je voudrais bien n’être ni lapidé ni excommunié pour avoir mis en musique une scène dont les vers sont fort beaux et dans laquelle l’auteur n’a fait qu’exalter, sous des couleurs peut-être un peu trop accentuées, un peu trop sensuelles, les sentimens humains, les élans attendris de la belle pécheresse. Marie-Magdeleine n’a-t- elle pu redevenir femme au moment suprême de la séparation ? Et est-ce un crime à faire au poëte d’avoir supposé cette défaillance fugitive et vaincue aussitôt ?
Quelques uns des vers que M. Louis GalletGallet, LouisLouis Gallet (Valence, 4 février 1835 – Paris, 16 octobre 1898), écrivain, auteur dramatique et librettiste. Il publia un recueil de vers, Gioventù (1857), sous le pseudonyme L. Marcelly. Il gagna ensuite Paris où, de 1857 à 1867, il travailla d’abord dans une imprimerie puis dans l’adminLire la suite… a écrits pour le drame sacré de Marie-MagdeleineMarie-MagdeleineMarie-Magdeleine, drame sacré en 3 actes et 4 parties pour soli, chœur et orchestre sur un livret de Louis Gallet mis en musique par Jules Massenet. L’œuvre fut créée le 11 avril 1873 au Théâtre de l’Odéon de Paris sous la direction d’Edouard Colonne.Lire la suite…, et que je pourrais citer, sont empreints d’une langoureuse ardeur dont personne n’a paru choqué. Je voudrais bien que l’on couvrît de la même indulgence l’inspiration profane de M. Edouard Blau. La Madeleine, que l’on appelle vulgairement la Liseuse de Corrége, offre-t-elle par hasard rien de mystique et de repentant dans l’attitude et dans l’expression que le grand peintre parmesan a données à cette délicieuse figure de jeune femme mollement étendue sur le gazon vert ?
M.BouhyBouhy, Jacques-Joseph-AndréJacques-Joseph-André Bouhy (Pepinster/Belgique, 18 juin 1848 – Paris, 29 janvier 1929), baryton. Il étudia d’abord au Conservatoire de Liège puis à celui de Paris et y obtint un 1er prix de chant et un 1er prix d’opéra ainsi qu’un 2d prix d’opéra-comique en 1869. Il chanta la partie Lire la suite… a chanté la Madeleine au désert Madeleine au désert, LaLa Madeleine au désert, Scène pour baryton ou Contralto sur un poème d’Edouard Blau mis en musique par Ernest Reyer. Il existe une version avec accompagnement d’orchestre qui fut créée par le baryton Jacques Bouhy aux Concerts populaires, sis au Cirque Napoléon de Paris aujourd’hui CirquLire la suite…avec un très grand sentiment, avec une sûreté irréprochable, avec toute l’autorité d’un grand chanteur et d’un excellent musicien. Et j’ajouterai que si nette qu’ait été sa diction, le public a applaudi les paroles comme s’il ne les avait pas entendues. C’est de cela qu’a bénéficié le compositeur.
M.BouhyBouhy, Jacques-Joseph-AndréJacques-Joseph-André Bouhy (Pepinster/Belgique, 18 juin 1848 – Paris, 29 janvier 1929), baryton. Il étudia d’abord au Conservatoire de Liège puis à celui de Paris et y obtint un 1er prix de chant et un 1er prix d’opéra ainsi qu’un 2d prix d’opéra-comique en 1869. Il chanta la partie Lire la suite… a dit aussi, de la façon la plus magistrale l’air de Fernand Cortez : O patrie ! ô lieux pleins de charme ! inspiration, sublime que le compositeur a colorée d’une instrumentation si brillante et si pittoresque, lui qui, au dire des pédagogues de son époque, écrivait fort mal.
Je n’en suis point encore, Dieu merci ! à passer en revue les concerts de la saison. Mais avant de me mettre à une besogne aussi délicate et qui demande beaucoup de recueillement, je veux dire en quelques mots combien j’ai eu de plaisir à assister à la soirée musicale de M. Henri Logé. Ce jeune pianiste, déjà célèbre et très fêté dans les salons parisiens, avait réuni, chez Erard, un auditoire d’élite. M. Henri Logé a fait d’immenses progrès : son jeu a acquis une sûreté, une perfection, un brio qu’il n’avait certainement pas il y a un an. Le voilà rompu maintenant à toutes les difficultés mécaniques de son instrument, le voilà familiarisé avec tous les styles : il a joué la Rapsodie hongroiseRhapsodie hongroise no. 8 S. 244 no. 8Rhapsodie hongroise no. 8 en fa dièse mineur pour piano S. 244 no. 8 de Franz Liszt. Elle fut composée en 1847 et publiée en 1853. Elle est dédiée à Anton Augusz. La première partie de cette rhapsodie est basée sur une chanson tzigane entendue par Liszt à l’automne 1846, Káka tövén köLire la suite… de Liszt et la Gavotte et Musette de Sébastien Bach, un nocturne, une valse, une polonaise de Chopin et le CapriceCaprice pour piano op. 33 no. 2Caprice pour piano en mi majeur op. 33 no. 2 de Felix Mendelssohn. Ce caprice fut publié par Breitkopf & Härtel en avril 1836 sous le titre de Trois Caprices pour piano op. 33. Ils furent composés séparément entre 1833 et 1835.Lire la suite… n° 2 de Mendelssohn, sans parler de deux morceaux de sa composition : une Romance sans paroles et une Grande Marche. Grande Marche pour pianoGrande Marche pour piano, de Henri Logé. L’œuvre fut publiée à Paris par Durand, Schoenewerk et C.ie, 1874.Lire la suite…La place modeste qu’occupaient sur le programme du concert ces deux morceaux, qui assurément ne sont pas sans mérite, nous indique que M. LogéLogé, Henri-Edouard-AugusteHenri-Edouard-Auguste Logé (Bruxelles, 12 janvier 1854 – Paris, 18 février 1912), pianiste et compositeur. Il étudia au Conservatoire de Bruxelles, où il obtint le Grand Prix à l’âge de 14 ans. Il se produisit d’abord dans les villes de la Côte d’Azur (Nice, Menton, Cannes et MarseillLire la suite… fait plus de cas, jusqu’à présent, de son beau talent de virtuose que de ses aptitudes comme compositeur. Mais quel est celui qui peut lire dans l’avenir d’un jeune artiste si bien doué et qui a à peine vingt ans ?
E. Reyer.