Feuilleton du Journal des Debats 1874-11-01
FEUILLETON DU JOURNAL DES DÉBATS
DU 1er NOVEMBRE 1874.
REVUE MUSICALE.
Séance annuelle de l’Académie des Beaux-Arts : Acis et GalatéeCantate Acis et GalatéeAcis et Galatée, cantate pour soli et orchestre sur un texte de Jules Adenis mis en musique par Léon Ehrhart. Composée dans le cadre du concours pour le prix de Rome en 1874, l’œuvre valut au compositeur le 1er prix. Elle fut exécutée lors de la séance annuelle de l’Académie des Beaux-ArLire la suite…, scène lyrique, poésie de M. E. AdenisAdenis-Colombeau, Jules dit Jules AdenisJules Adenis-Colombeau dit Jules Adenis (Paris, 28 juin 1821 – Paris, 7 février 1900), journaliste, librettiste et auteur dramatique. Il étudia au Collège royal de Bourbon puis fut engagé comme employé de la manufacture de Saint-Gobain tout en s’essayant au journalisme, de 1847 à 1849, danLire la suite…, musique de M. Léon EhrhartEhrhart, LéonLéon Ehrhart (Mulhouse, 11 mai 1854 – Porretta, Toscane/Italie, 4 octobre 1875), compositeur. Il étudia dans un premier temps la musique à Mulhouse, avec Joseph Heyberger. Il rejoignit ensuite Paris, où il prit des leçons privées d’orgue auprès d’Alexis Chauvet pour entrer au ConservatoLire la suite…, premier grand-prix de composition musicale. — Ouverture, composée par M. Henri Maréchal, pensionnaire de l’Académie de France à Rome. — Concerts populaires. Les deux premiers concerts. M. Pasdeloup et l’administration du droit des pauvres.
Le premier grand prix de composition musicale a été remporté cette année par M. EhrhartEhrhart, LéonLéon Ehrhart (Mulhouse, 11 mai 1854 – Porretta, Toscane/Italie, 4 octobre 1875), compositeur. Il étudia dans un premier temps la musique à Mulhouse, avec Joseph Heyberger. Il rejoignit ensuite Paris, où il prit des leçons privées d’orgue auprès d’Alexis Chauvet pour entrer au ConservatoLire la suite…, un tout jeune homme. Il a à peine vingt ans. Elève de M. Henri Reber, il a appris de son maître la pureté dans l’art d’écrire et le secret des fines harmonies. Mais la simplicité et l’élégance du style, la clarté et la sobriété de l’instrumentation, le sentiment de la couleur surtout font encore défaut au talent et à l’imagination du jeune disciple qu’un tempérament fougueux semble entraîner, un peu trop violemment peut-être, en dehors des voies scolastiques. Après tout, on ne saurait demander à un élève à peine sorti des bancs du Conservatoire ce qu’on est en droit d’attendre d’un musicien dans sa maturité, et ce qu’un musicien parfaitement mûr ne donne pas toujours. Entre ce qu’on apprend à l’école et ce que l’étude et l’expérience vous apprennent ensuite, il y a quelquefois toute une existence d’artiste. Aussi, ces cantates que nous entendons chaque année, et qui ajoutent à la pompe et à l’intérêt des séances de l’Institut, sont-elles ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le dire, de simples jeux académiques. La cantate n’est que le point de départ. Telle qu’elle se produit, avec une somme plus ou moins grande de défauts et de qualités, elle n’est que le germe d’un talent qui se développera, grandira, s’élèvera peut-être un jour jusqu’au génie ou restera stérile : Voilà pourquoi il ne faut pas voir dans le laurier que pose sur le front du triomphateur la cantate préférée, l’auréole de l’avenir. Voilà pourquoi l’élève couronné, si mérité que soit son succès et si heureux qu’il en puisse être, ne doit pas perdre de vue que les louanges qu’on lui prodigue ne sont et ne peuvent être que des encouragemens.
Seulement, la carrière s’ouvre plus belle et plus facile devant lui que devant ceux qui essaient de se frayer la voie par la propre force de leur volonté, sans protection, sans auxiliaires, sans appui. Pendant trois ans il pourra errer, pensif et recueilli, sous les frais ombrages du Pincio et s’exalter à la vue des chefs-d’œuvre répandus dans les temples saints comme dans les temples profanes de la Ville éternelle. Il n’entendra que peu ou point de bonne musique — voilà le mal ! — mais il vivra dans la contemplation journalière des merveilles que le soleil de l’Italie a fait éclore. Il s’en ira dans la campagne semée encore de tant de vestiges qui racontent à celui qui a lu et qui se souvient, les magnificences d’une civilisation disparue ; il suivra le cours du fleuve dont la pioche dévastatrice n’a point encore entamé les bords ; il s’assiéra sur les rives verdoyantes des lacs que les poëtes ont chantés ; il entendra, le soir, la flûte du pâtre et vivra de cette vie douce, facile, de cette vie intime qui établit entre les membres d’une même communauté des liens que le temps affaiblit quelquefois, mais qu’il ne brise jamais. Je le plains sincèrement s’il trouve trop longues ces trois années d’exil. Le voyage d’Allemagne est supprimé. Et c’est grand dommage que de tristes événemens en aient décidé ainsi. Mais, à l’époque où ce voyage était à peu près obligatoire, combien de jeunes élèves, dans leur ardeur de revoir Paris, ne demandaient pas mieux que de s’en affranchir ! Paris les attire, Paris les fascine : un peu plus, ils vous diront que Paris les attend.
Je ne veux point attrister le départ du jeune Léon en lui parlant des déceptions de l’avenir, des obstacles qu’il lui faudra vaincre au retour. Il a devant lui trois belles années qu’il pourra employer à lire les œuvres des grands maîtres, à concevoir sinon à exécuter le plan de quelque composition sérieuse, à remplir la tâche assez légère que lui imposent les règlemens et à caresser des chimères. Qu’il parte donc joyeux et libre en évitant de se renseigner auprès de ceux qui sont revenus. Il en est parmi ceux-là dont les cheveux ont blanchi ; ils attendent depuis vingt ans le bienveillant regard d’un directeur qu’ils ne se lassent pas d’implorer et qui ne se lasse pas de les éconduire. On les connaît dans les antichambres, où ils passent leurs loisirs, et dans les orchestres, où ils gagnent à peine de quoi vivre. Et pourtant eux aussi ont eu leur jour de triomphe ; eux aussi ont vu, au lendemain de leur premier succès, leur nom salué par les cent bouches de la Renommée ; eux aussi, aux applaudissemens d’un public d’élite, ont reçu l’accolade de leur professeur.
Heureusement, il en est d’autres auxquels la fortune a souri : leurs premiers pas dans la carrière ont été marqués par des succès, et ainsi à chaque étape nouvelle. On les compte. Leur talent ne leur a pas nui, la chance les a favorisés ; ils ont fidèlement suivi ce programme, dont les ambitieux et les forts doivent se pénétrer dès qu’ils se sont assis sur les bancs de l’école : le Conservatoire, Rome, le professorat, l’Institut. L’Institut, c’est le sommet de la destinée. Après cela il n’y a plus rien, rien, que le jugement de la postérité.
M. Léon EhrhartEhrhart, LéonLéon Ehrhart (Mulhouse, 11 mai 1854 – Porretta, Toscane/Italie, 4 octobre 1875), compositeur. Il étudia dans un premier temps la musique à Mulhouse, avec Joseph Heyberger. Il rejoignit ensuite Paris, où il prit des leçons privées d’orgue auprès d’Alexis Chauvet pour entrer au ConservatoLire la suite… a été un élève studieux, un bon élève, presque un prodige. A vingt ans il remporte le premier prix de composition ; peu s’en est fallu qu’il ne l’obtînt à dix-huit ans. Il y a dans sa cantate plus que des promesses, il y a des aptitudes et quelques éclairs à travers lesquels se montre un véritable tempérament musical. Je ne puis, malgré cela, que lui souhaiter un heureux voyage et faire des vœux pour son avenir. Mais qui pourrait prédire à ce jeune homme une brillante carrière si, à son retour de Rome, il retrouve nos théâtres lyriques et l’art musical dans l’état de dépérissement, de prostration et de décadence où il[s] sont aujourd’hui ?
Le sujet de toute cantate réglementaire est celui-ci ; Un amour contrarié. Mais si le sujet est invariable, le titre varie presque toujours : c’est Mazeppa, c’est Calypso, c’est Atala, Ivanhoë, Paul et Virginie, Velléda, Françoise de Rimini, c’est Acis et Galatée.Cantate Acis et GalatéeAcis et Galatée, cantate pour soli et orchestre sur un texte de Jules Adenis mis en musique par Léon Ehrhart. Composée dans le cadre du concours pour le prix de Rome en 1874, l’œuvre valut au compositeur le 1er prix. Elle fut exécutée lors de la séance annuelle de l’Académie des Beaux-ArLire la suite… La cantate académique ne comporte que trois personnages : les deux amoureux et le tyran chantant une ou deux romances, ballades ou barcarolles, une scène dramatique, un duo et un trio, le tout encadré dans quelques phrases de récit. Acis et GalatéeCantate Acis et GalatéeAcis et Galatée, cantate pour soli et orchestre sur un texte de Jules Adenis mis en musique par Léon Ehrhart. Composée dans le cadre du concours pour le prix de Rome en 1874, l’œuvre valut au compositeur le 1er prix. Elle fut exécutée lors de la séance annuelle de l’Académie des Beaux-ArLire la suite… ne se distingue guère des autres productions du même genre vouées au même destin. Et il ne pouvait en être autrement, sans quoi Acis et GalatéeCantate Acis et GalatéeAcis et Galatée, cantate pour soli et orchestre sur un texte de Jules Adenis mis en musique par Léon Ehrhart. Composée dans le cadre du concours pour le prix de Rome en 1874, l’œuvre valut au compositeur le 1er prix. Elle fut exécutée lors de la séance annuelle de l’Académie des Beaux-ArLire la suite… n’eût pas obtenu le prix.
Les amours d’Acis et Galatée, on le sait, finissent misérablement. Le brutal cyclope écrase sous un bloc de granit le beau berger amant de la belle néréide. Certes, le sujet en vaut bien un autre, et il y a des vers charmans dans le poëme de M. E. AdenisAdenis-Colombeau, Jules dit Jules AdenisJules Adenis-Colombeau dit Jules Adenis (Paris, 28 juin 1821 – Paris, 7 février 1900), journaliste, librettiste et auteur dramatique. Il étudia au Collège royal de Bourbon puis fut engagé comme employé de la manufacture de Saint-Gobain tout en s’essayant au journalisme, de 1847 à 1849, danLire la suite…. Mais n’en est-il pas d’une cantate choisie par un jury comme d’un poëme donné au concours ? Devrait-on livrer à l’inspiration de jeunes musiciens doués d’aptitudes différentes un sujet qui leur plaît ou qui les étonne, qu’ils comprennent ou qu’ils ne comprennent pas ? MendelssohnMendelssohn, FelixJacob-Ludwig-Felix Mendelssohn-Bartholdy (Hambourg, 3 février 1809 – Leipzig, 4 novembre 1847), compositeur. Il étudia la composition avec Zelter et le piano avec Berger et se lia d’amitié avec Goethe. Enfant surdoué, ses premières compositions datent de 1819 et à douze ans il avait déjà cLire la suite… avait quatorze ans quand il improvisa au piano et jeta sur le papier les premières idées de son ouverture du Songe d’une nuit d’été.Songe d’une nuit d’étéSonge d’une nuit d’été (Ein Sommernachtstraum), ouverture (Op. 21) et musique de scène (Op. 61) de Felix Mendelssohn pour la comédie de Shakespeare traduite par August Wilhelm Schlegel, créée au Neues Schloss à Potsdam le 14 octobre 1843.Lire la suite… C’est du moins ce qui m’a été assuré par MeyerbeerMeyerbeer, GiacomoJakob Liebmann Meyer Beer dit Giacomo Meyerbeer (Vogelsdorf, 5 septembre 1791 – Paris, 2 mai 1864), compositeur. Il étudia la composition avec Zelter puis l’abbé Vogler et le piano avec Franz Lauska. Bien que considéré par Moscheles comme un des plus grands pianistes de son temps, Meyerbeer abLire la suite…. A quatorze ans MendelssohnMendelssohn, FelixJacob-Ludwig-Felix Mendelssohn-Bartholdy (Hambourg, 3 février 1809 – Leipzig, 4 novembre 1847), compositeur. Il étudia la composition avec Zelter et le piano avec Berger et se lia d’amitié avec Goethe. Enfant surdoué, ses premières compositions datent de 1819 et à douze ans il avait déjà cLire la suite… avait déjà lu ShakespeareShakespeare, WilliamWilliam Shakespeare (Stratford-upon-Avon, baptisé le 26 avril 1564 – Stratford-upon-Avon, 3 mai 1616), auteur dramatique et poète. Il est considéré comme l’un des plus grands écrivains de la littérature anglaise. Il écrivit 37 comédies et tragédies entre 1580 et 1613. Il épousa Anne HathLire la suite…. En est-il un seul, parmi les concurrens admis à s’exercer sur la cantate d’Acis et GalatéeCantate Acis et GalatéeAcis et Galatée, cantate pour soli et orchestre sur un texte de Jules Adenis mis en musique par Léon Ehrhart. Composée dans le cadre du concours pour le prix de Rome en 1874, l’œuvre valut au compositeur le 1er prix. Elle fut exécutée lors de la séance annuelle de l’Académie des Beaux-ArLire la suite…, qui ait lu ThéocriteThéocriteThéocrite (Syracuse, ca. 315 av. J.C. – Syracuse ?, ca. 250 av. J.-C.), poète grec. Il est considéré comme le créateur de la poésie bucolique grecque. Il aurait vécu une partie de sa vie à Alexandrie sous Ptolémée II (309/8 av. J.-C. – 215 av. J.-C.) et serait mort à Syracuse à la courLire la suite…, OvideOvidePublius Ovidius Naso dit Ovide (Sulmona/ Italie, 20 mars 43 av. J.-C. – Tomis (Constanta)/ Roumanie, ? 17 ap. J.-C.), poète. Il publia de nombreux recueils de poèmes dont Les Amours, Les Héroïdes et L’Art d’aimer. Après quarante ans, il abandonna la poésie érotique et se mit à rédigeLire la suite… et Virgile Publius Vergilius Maro dit VirgilePublius Virgilius Maro dit Virgile (Andes près Mantoue, vers 15 octobre 70 av. J.-C. – Brindisi, 27 septembre 19 av. J.-C.), poète. Il se lia d’amitié avec le poète Horace, le critique Quintilius Varus et la poète élégiaque Cornelius Gallus et étudia la philosophie, les lettres, le droitLire la suite…? On me dira qu’il n’est pas absolument nécessaire de savoir le latin — ou le grec — pour traiter musicalement un sujet antique. C’est bien possible ; mais au moins faut-il avoir ce sentiment de la couleur qui est inné chez quelques compositeurs, que quelques uns acquièrent par l’étude, et qui chez d’autres ne se manifeste jamais. Eh bien ! dans la cantate de M. EhrhartEhrhart, LéonLéon Ehrhart (Mulhouse, 11 mai 1854 – Porretta, Toscane/Italie, 4 octobre 1875), compositeur. Il étudia dans un premier temps la musique à Mulhouse, avec Joseph Heyberger. Il rejoignit ensuite Paris, où il prit des leçons privées d’orgue auprès d’Alexis Chauvet pour entrer au ConservatoLire la suite…, je ne vois pas la plus petite trace de ce sentiment qui fait dire d’un musicien : c’est un coloriste. Qualités de facture, élégance dans le tour mélodique, tempérament dramatique, habileté dans l’art d’écrire, tout ce que l’on voudra ; mais de couleur, point.
Je n’en trouve ni dans la mélodie ni dans l’orchestre, à l’exception de ce petit effet d’instrumens à vent, de ce petit air de danse « qui part du bois voisin » et qui accompagne assez heureusement le récitatif de Galatée. Mais, à la longue, ce papillotage de l’orchestre devient fatigant, nuit à la clarté et gêne le développement de la déclamation lyrique. La romance de la jeune nymphe commence beaucoup mieux qu’elle ne finit. On ne reproche pas à un musicien de vingt ans, amoureux des formules nouvelles et ennemi des cadences surannées, de se souvenir des maîtres qu’il admire et des ouvrages qu’il a étudiés ; mais il m’a semblé que les quelques réminiscences qui m’ont frappé dans la cantate de M. EhrhartEhrhart, LéonLéon Ehrhart (Mulhouse, 11 mai 1854 – Porretta, Toscane/Italie, 4 octobre 1875), compositeur. Il étudia dans un premier temps la musique à Mulhouse, avec Joseph Heyberger. Il rejoignit ensuite Paris, où il prit des leçons privées d’orgue auprès d’Alexis Chauvet pour entrer au ConservatoLire la suite… étaient plutôt l’effet d’une recherche un peu pénible que d’un mouvement naturel et spontané.
Le petit gazouillement de flûte et de clarinette que l’orchestre fait entendre pendant les premières mesures de la romance d’Acis ne manque pas d’une certaine poésie :
Doux Zéphir, sur ton haleine, Qui parfume au loin la plaine, Emporte ce long baiser ; Puis, avec une caresse, Sur le front de ma maîtresse Va lentement le poser.
Il y a de la chaleur, de la verve, sinon une grande richesse d’inspiration, dans le duo entre Acis et Galatée, et une belle progression des voix et de l’orchestre au moment où le géant Polyphème va s’élancer sur Acis.
Malgré l’effet produit par le trio final, je ne puis en louer ni le rhythme un peu vulgaire, ni le style qui rappelle les plus parfaits modèles auxquels, dans ce genre, l’école italienne moderne nous a initiés.
En somme, et j’aime à le répéter à M. EhrhartEhrhart, LéonLéon Ehrhart (Mulhouse, 11 mai 1854 – Porretta, Toscane/Italie, 4 octobre 1875), compositeur. Il étudia dans un premier temps la musique à Mulhouse, avec Joseph Heyberger. Il rejoignit ensuite Paris, où il prit des leçons privées d’orgue auprès d’Alexis Chauvet pour entrer au ConservatoLire la suite…, bien que je le lui aie déjà dit, il y a en lui l’étoffe d’un musicien distingué, d’un musicien qu’un premier succès académique peut conduire rapidement à de plus sérieux, à de plus légitimes succès.
L’exécution d’Acis et GalatéeCantate Acis et GalatéeAcis et Galatée, cantate pour soli et orchestre sur un texte de Jules Adenis mis en musique par Léon Ehrhart. Composée dans le cadre du concours pour le prix de Rome en 1874, l’œuvre valut au compositeur le 1er prix. Elle fut exécutée lors de la séance annuelle de l’Académie des Beaux-ArLire la suite… a été confiée à M. NicotNicot, Charles-AugusteCharles-Auguste Nicot (Mulhouse, 23 octobre 1843 – Paris, 28 mars 1899), ténor. Il étudia au Conservatoire de Paris, où il obtint un 1er prix d’opéra-comique et un second prix de chant et d’opéra en 1868. Il débuta à l’Opéra-Comique le 29 février 1869, dans Mergy du Pré-aux-clercs Lire la suite…, à M. BrionBrion dit Brion d’Orgeval, BarthélemyBarthélemy Brion dit Brion d’Orgeval (Saint-Etienne, 13 mai 1833 – Paris, 7 novembre 1893), baryton et compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris, où il obtint un 3e accessit d’opéra en 1856. Le 22 février 1866, il épousa Marie-Henriette-Leocardie Conard à Marseille. Il se produisLire la suite… d’Orgeval et à Mme Madier-Fursch. M. NicotNicot, Charles-AugusteCharles-Auguste Nicot (Mulhouse, 23 octobre 1843 – Paris, 28 mars 1899), ténor. Il étudia au Conservatoire de Paris, où il obtint un 1er prix d’opéra-comique et un second prix de chant et d’opéra en 1868. Il débuta à l’Opéra-Comique le 29 février 1869, dans Mergy du Pré-aux-clercs Lire la suite… a la voix trop mince, M. BrionBrion dit Brion d’Orgeval, BarthélemyBarthélemy Brion dit Brion d’Orgeval (Saint-Etienne, 13 mai 1833 – Paris, 7 novembre 1893), baryton et compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris, où il obtint un 3e accessit d’opéra en 1856. Le 22 février 1866, il épousa Marie-Henriette-Leocardie Conard à Marseille. Il se produisLire la suite… a la voix trop lourde ; mais Mme Madier-Fursch a une superbe voix. Cette jeune cantatrice a fait de très grands progrès depuis qu’elle a quitté l’Opéra. J’ai eu l’occasion, il y a quelque temps, de raconter les succès qu’elle a obtenus, dans les premiers rôles de son emploi, sur différens théâtres américains. La voilà revenue à Paris et engagée au théâtre du Châtelet. Malheureusement, s’il faut en croire un journal des mieux informés, la Revue et Gazette musicale, ce théâtre, qui a à peine entrevu les premières lueurs de l’aurore, en serait déjà à son déclin.
« La question de l’Opéra populaire se complique : les bons résultats qu’on espérait de la combinaison Dufau-Fischer ont quelque peine à se manifester, et il se pourrait que nous eussions à annoncer bientôt la regrettable nouvelle du naufrage de l’entreprise. Nous voulons encore espérer, etc…. »
Nous aussi, nous voulons espérer que l’administration supérieure interviendra, comme c’est son droit, dans une question qui intéresse au plus haut point les compositeurs, les artistes lyriques et l’art musical. Après quoi, s’il y a un privilège à faire passer d’une main dans une autre, elle devra exiger de sérieuses garanties chez le candidat qui osera y prétendre, et ne l’octroyer qu’à bon escient.
Deux incidens ont marqué chacun des deux premiers concerts du Cirque : l’un à propos du Prélude, de M. Verdi Verdi, GiuseppeGiuseppe Verdi (Roncole près Busseto/Italie, 9 octobre 1813 – Milan, 27 janvier 1901), compositeur. Il étudia avec Ferdinando Provesi à Busseto dès 1825 puis, de 1831 à 1835 avec Vincenzo Lavigna à Milan. De 1836 à 1839, il fut maestro di musica à Busseto puis retourna à Milan où son premiLire la suite…; l’autre à propos de la Marche des Pellerins. Nous admettrons, si l’on veut, que le nom de M. VerdiVerdi, GiuseppeGiuseppe Verdi (Roncole près Busseto/Italie, 9 octobre 1813 – Milan, 27 janvier 1901), compositeur. Il étudia avec Ferdinando Provesi à Busseto dès 1825 puis, de 1831 à 1835 avec Vincenzo Lavigna à Milan. De 1836 à 1839, il fut maestro di musica à Busseto puis retourna à Milan où son premiLire la suite… figure à son tour (une fois d’ailleurs n’est pas coutume), sur les programmes classiques de M. Pasdeloup. Mais nous ne savons trop pourquoi M. Pasdeloup, qui, en général, a le courage de ses opinions, a cru devoir recourir à une espèce de subterfuge pour faire accepter par ses habitués un fragment de l’œuvre du célèbre maestro. En baptisant du nom de Prélude ce qui était tout simplement l’entr’acte de la TraviataTraviata, LaLa Traviata, opéra en trois actes sur un livret en italien de Francesco Maria Piave, d’après La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils, mis en musique par Giuseppe Verdi et créé au Théâtre La Fenice de Venise le 6 mars 1853.Lire la suite…, M. Pasdeloup a pu laisser croire au public du Cirque qu’il allait entendre quelque morceau inédit, composé peut-être tout exprès pour l’entreprise de M. Pasdeloup. Et c’est ce que le public a cru jusqu’au moment où plusieurs personnes ont reconnu l’entr’acte de la Traviata. Traviata, LaLa Traviata, opéra en trois actes sur un livret en italien de Francesco Maria Piave, d’après La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils, mis en musique par Giuseppe Verdi et créé au Théâtre La Fenice de Venise le 6 mars 1853.Lire la suite…Le morceau est joli, très délicatement instrumenté et d’une expression touchante et mélancolique qui cependant doit être beaucoup mieux appréciée au théâtre qu’au concert. On l’a écouté avec attention, avec plaisir, et on l’a très applaudi. Mais des amis trop zélés ont demandé bis. Alors il y a eu dans la salle de très vives protestations ; on dit même que des cartes ont été échangées entre un prince italien (un principe) qui est verdiste et un baron allemand qui ne l’est pas. Il faut espérer que l’affaire n’aura pas de suites, aujourd’hui que les affaires d’honneur — et les affaires d’argent — au théâtre, comme au concert, s’arrangent si facilement.
L’autre incident a été provoqué par les bravos enthousiastes qui ont accueilli la Marche des Pèlerins d’Harold en Italie. Harold en ItalieHarold en Italie, symphonie en quatre parties pour orchestre avec alto principal. Ecrite à la demande de Nicolo Paganini, elle fut créée à la salle du Conservatoire de Paris le 23 novembre 1834.Lire la suite…Tandis que des amis de M. VerdiVerdi, GiuseppeGiuseppe Verdi (Roncole près Busseto/Italie, 9 octobre 1813 – Milan, 27 janvier 1901), compositeur. Il étudia avec Ferdinando Provesi à Busseto dès 1825 puis, de 1831 à 1835 avec Vincenzo Lavigna à Milan. De 1836 à 1839, il fut maestro di musica à Busseto puis retourna à Milan où son premiLire la suite… eux-mêmes étaient du bon côté, une poignée de mécontens, qui tous, malheureusement, n’étaient pas des étrangers, essayait de réagir contre le succès de l’une des œuvres les plus délicates, les plus poétiques d’un compositeur français, d’un compositeur qui devrait être à l’abri de toute haine, de toute rancune, de toute manifestation hostile, puisqu’il est mort. La majorité, comme on pouvait s’y attendre, a eu raison d’une minorité turbulente, et M. Pasdeloup, qui ne demandait pas mieux, a fait recommencer la Marche des Pèlerins. Quel ravissant tableau ! Ces oppositions de timbre, ces deux notes utSonge d’une nuit d’étéSonge d’une nuit d’été (Ein Sommernachtstraum), ouverture (Op. 21) et musique de scène (Op. 61) de Felix Mendelssohn pour la comédie de Shakespeare traduite par August Wilhelm Schlegel, créée au Neues Schloss à Potsdam le 14 octobre 1843.Lire la suite… et si qui se succèdent en s’affaiblissant, et sur lesquelles passent, comme dans un lointain vaporeux, des réminiscences du thème principal, ces piquantes harmonies, ces délicatesses d’orchestre si ingénieuses, si particulières au talent du compositeur, ont produit une très vive impression. Et nous voilà bien loin de l’époque où un journal de musique parisien publiait, après la première audition de la symphonie d’Harold en ItalieHarold en ItalieHarold en Italie, symphonie en quatre parties pour orchestre avec alto principal. Ecrite à la demande de Nicolo Paganini, elle fut créée à la salle du Conservatoire de Paris le 23 novembre 1834.Lire la suite…, un article où BerliozBerlioz, Louis-HectorLouis-Hector Berlioz (La Côte Saint-André, 11 décembre 1803 – Paris, 8 mars 1869), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris avec Lesueur et obtint le 1er Prix de Rome en 1830. La même année, il composa sa Symphonie fantastique. De retour de Rome, il composa Lelio ou le Retour à la vLire la suite… était accablé d’invectives et qui commençait ainsi : « Ha ! ha ! ha ! — Haro ! haro ! Harold ! » Mais ce n’est pas tout : le lendemain de l’apparition du spirituel article, BerliozBerlioz, Louis-HectorLouis-Hector Berlioz (La Côte Saint-André, 11 décembre 1803 – Paris, 8 mars 1869), compositeur. Il étudia au Conservatoire de Paris avec Lesueur et obtint le 1er Prix de Rome en 1830. La même année, il composa sa Symphonie fantastique. De retour de Rome, il composa Lelio ou le Retour à la vLire la suite… reçut une lettre anonyme, dans laquelle, après un déluge d’injures plus grossières encore, on lui reprochait d’être assez dépourvu de courage pour ne pas se brûler la cervelle.
M. Pasdeloup nous a déjà fait entendre outre la Marche des Pèlerins et le Prélude de M. VerdiVerdi, GiuseppeGiuseppe Verdi (Roncole près Busseto/Italie, 9 octobre 1813 – Milan, 27 janvier 1901), compositeur. Il étudia avec Ferdinando Provesi à Busseto dès 1825 puis, de 1831 à 1835 avec Vincenzo Lavigna à Milan. De 1836 à 1839, il fut maestro di musica à Busseto puis retourna à Milan où son premiLire la suite…, la Symphonie héroïque, la Suite hongroise de M. Massenet, l’admirable, l’incomparable ouverture d’ObéronOberonOberon, opéra romantique en trois actes sur un livret en anglais de James Robinson Planche, d’après le poème de Christoph Martin Wieland, mis en musique par Carl Maria von Weber et créé au Théâtre de Covent Garden à Londres le 12 avril 1826. La version en français due à Charles Nuitter eLire la suite…, un divertissementDivertimento en fa majeur KV. 247Divertimento en fa majeur KV. 247 pour cordes et deux cors de Wolfgang Amadeus Mozart. L’œuvre était une commande pour la Saint-Antoine de Padoue, le 13 juin 1776, jour de la fête de la comtesse Antonia Lodron ; elle fut exécutée pour la première fois ce jour-là en sa demeure de Salzbourg.Lire la suite… de Mozart, des fragmens du Songe d’une nuit d’étéSonge d’une nuit d’étéSonge d’une nuit d’été (Ein Sommernachtstraum), ouverture (Op. 21) et musique de scène (Op. 61) de Felix Mendelssohn pour la comédie de Shakespeare traduite par August Wilhelm Schlegel, créée au Neues Schloss à Potsdam le 14 octobre 1843.Lire la suite… et la Reformation’s-sinfonieSymphonie no. 5 en ré mineur op. 107 dite « Reformation »Symphonie no. 5 en ré mineur op. 107 dite « Réformation » pour orchestre de Felix Mendelssohn. Elle fut inspirée par les célébrations du tricentenaire de la Confession d’Augsbourg, fêté par les protestants allemands le 25 juin 1830. Terminée en mai 1830, elle fut révisée par MendeLire la suite…, de MendelssohnMendelssohn, FelixJacob-Ludwig-Felix Mendelssohn-Bartholdy (Hambourg, 3 février 1809 – Leipzig, 4 novembre 1847), compositeur. Il étudia la composition avec Zelter et le piano avec Berger et se lia d’amitié avec Goethe. Enfant surdoué, ses premières compositions datent de 1819 et à douze ans il avait déjà cLire la suite…, qui ne me paraît pas, malgré les beautés qu’elle renferme, devoir être considérée comme la manifestation la plus haute, la plus caractéristique du talent de l’illustre maître.
Mais tandis que l’intelligent directeur des Concerts populaires poursuit, avec un zèle, avec une ardeur qui devraient être largement récompensés, la tâche que depuis quatorze ans il a si bien remplie, voilà qu’une administration, toujours bien pourvue et toujours avide, en exigeant une plus grande part dans ses bénéfices, semble se montrer jalouse de ses succès. C’est de l’Assistance publique que je veux parler ; il n’est pas malaisé de le deviner. Le directeur des hospices, lors de la fondation des Concerts populaires, voulut bien se contenter de percevoir un droit fixe de 150 fr. ; plus tard, toujours à cause de la prospérité de l’entreprise, ce droit fut élevé à 400 fr. par concert. Aujourd’hui cela ne suffit plus : l’administration de l’Assistance publique a la prétention d’assimiler les Concerts populaires à une entreprise théâtrale et veut leur appliquer, comme au théâtre, un droit de 11 0/0. La salle du Cirque ne désemplit pas ; M. Pasdeloup doit faire des bénéfices énormes ; n’est-il pas juste que les pauvres de Paris en aient leur part ? Voilà comment raisonne sans doute M. le directeur des hospices. Apprenons-lui donc, si vraiment il l’ignore, que les dépenses de chaque concert s’élèvent en moyenne à 5,000 fr., et il pourra se rendre compte alors du chiffre auquel se réduisent ces « énormes bénéfices » réalisés par M. Pasdeloup. M. le directeur des hospices doit se souvenir aussi qu’après la déconfiture du Théâtre-Lyrique il fut prouvé de la manière la plus irréfutable que la somme encaissée par l’administration de l’Assistance publique, et produite par le prélèvement du droit des pauvres sur les recettes brutes, eût suffi à sauver ce théâtre de sa ruine.
M. Pasdeloup a refusé de se soumettre au nouveau tarif qu’on veut lui imposer. C’est maintenant au conseil municipal, ou plutôt à l’Assemblée elle-même, d’intervenir énergiquement dans une question à propos de laquelle les théâtres de Paris élèvent depuis bien longtemps déjà des réclamations si peu écoutées que les prétendus droits de l’administration des hospices ne font que prendre une extension plus grande à mesure qu’ils sont plus unanimement contestés.
Que dirait l’Assistance publique et que ne serait-on pas en droit de lui dire si demain M. Pasdeloup renonçait à l’exploitation de ses concerts ?E. Reyer.
P. S. Nous renvoyons le lecteur à la lettre que M. Pasdeloup vient de nous adresser et que nous publions aujourd’hui.
Personnes discutées
Personnes citées
Oeuvres discutées
Oeuvres citées
Notes d'édition
L’article en question fut publié dans Le Pianiste du 5 décembre 1834.
Il s’agit d’Edmond-Louis-Jacques-Joseph de Nervaux (Toulouse, 3 mai 1820 – Paris, 6 septembre 1895).
Voici la lettre que le chef d’orchestre des Concerts populaires, Jules Pasdeloup adressa aux journaux :
« Monsieur le Directeur,
Puisque la presse a eu connaissance de la difficulté qui s’est élevée entre l’administration de l’Assistance publique et moi, voulez-vous bien donner l’hospitalité aux lignes suivantes, car je tiens à ce que l’on sache bien que ce n’est pas le droit des pauvres que je discute ? La question du droit des pauvres est une question législative, et il appartient aux députés d’apprécier s’il est juste qu’une seule catégorie d’industriels continue à supporter cet impôt. Ce ne fut qu’après m’être entendu, il y a quatorze ans, avec l’administration de l’Assistance, qui fixa à 150 francs mon abonnement, porté successivement depuis jusqu’à 400 francs _par concert, que je mis à la disposition du public : 1,200 places à 75 c. et 1,200 places à 1 fr. 25. Aujourd’hui la même administration comprend à merveille que cette somme de quatre cents francs par séance représente le maximum des frais que je puis supporter de ce chef, et, prétendant désormais au droit, proportionnel complet, elle me dit : « Augmentez le prix de vos places. »
Moi, je réponds : Non. Le succès des concerts tient en grande partie à leur titre, auquel je dois demeurer fidèle. Ils cessent d’être « populaires » si mes prix ne sont plus à la portée du plus grand nombre. Il aurait certes mieux valu ne pas m’aider dans mon oeuvre. J’aurais, dès le début, poursuivi une autre combinaison et un prix supérieur eût été accepté plus facilement alors que ne le serait aujourd’hui une augmentation sur cette catégorie de places. L’unique cause de ma résistance aux prétentions des hospices est qu’en modifiant le traité passé avec moi, on porterait une atteinte grave à l’existence,- même des Concerts populaires, dont il ne m’appartient pas de faire ressortir la salutaire influence, mais à l’objet et au caractère desquels l’administration de l’Assistance avait paru jusqu’ici rendre justice.
Veuillez agréer etc.
Pasdeloup »